Chapitre 294
Le bureau d’écriture d’An Ruo fut finalement transféré à l’étage.
Quant à la pièce souterraine, elle fut laissée en l’état… comme salle de jeux privée.
Avant de déménager, An Ruo fouilla discrètement les armoires et en vida une partie. Il retira certains objets qui semblaient capables de blesser quelqu’un.
Il ne pensait pas pouvoir cacher ça à Ulysses. Heureusement, celui-ci ne fit aucune objection, ce qui lui fit pousser un long soupir de soulagement.
Quant aux jouets du sous-sol, An Ruo voulait savoir ce qu’Ulysses avait bien pu avoir en tête.
Profitant d’un moment d’intimité au clair de lune, il finit par le lui demander.
« Je ne pense pas que tu me ferais du mal. »
Ulysses avait dans les yeux un air pensif, quelque peu distant. Il se dévoilait entièrement à An Ruo, leur peau collée l’une à l’autre, comme si leurs cœurs l’étaient aussi.
« Mais je voulais aussi savoir si tu me traiterais vraiment de cette façon, et jusqu’où tu… irais. »
Il voulait connaître les limites d’An Ruo avec lui, trouver la frontière au-delà de laquelle les choses ne seraient plus sans danger.
Mais, au bout du compte, cette frontière se révéla bien, bien plus éloignée qu’il ne l’avait imaginé.
Plus exactement, dans le monde qu’An Ruo lui avait fait découvrir, il ne trouvait rien qui lui paraisse dangereux.
Lors de leur expérience de la veille, le plus grand « tort » qu’An Ruo lui avait fait était de le pénétrer profondément, jusqu’au fond de sa poche gestationnelle, au point que le plaisir submerge son esprit et le laisse un moment la tête vide.
Bien sûr, aucune Zerg femelle n’aurait considéré cela comme un tort.
À part ça, il n’y avait que la morsure qu’An Ruo lui avait donnée à l’épaule, lorsque les phéromones d’Ulysses l’avaient submergé. Elle avait laissé sur sa peau une légère marque blanche de dents, qui disparut presque aussitôt que le mâle le relâcha.
Mais pour une Zerg femelle, cela ne pouvait guère non plus être considéré comme un tort.
C’était plutôt un petit jeu.
Ulysses ne trouvait aucun « tort ».
Partout où il regardait, il n’y avait que de l’amour. Il était plongé dans un océan chaud, entièrement formé de l’amour du dieu, et manquait de s’y noyer.
Il était prêt à se noyer.
An Ruo écouta sans tout comprendre. Il saisit en gros qu’Ulysses lui avait fait passer une sorte de « test ».
« Alors, est-ce que j’ai réussi ton test ? » demanda An Ruo, un peu coupable.
Après tout, il avait bel et bien utilisé ces objets.
Il avait bloqué les phéromones d’Ulysses, l’empêchant de les libérer jusqu’au tout dernier moment.
D’ordinaire, Ulysses libérait ses phéromones plusieurs fois avant qu’An Ruo atteigne lui-même le plaisir, mais la nuit dernière, quoi qu’il arrive, il n’avait pas pu les libérer. Tout ce qu’il avait pu faire, c’était s’agripper à An Ruo et endurer.
Rien que d’y repenser, An Ruo se trouvait absolument odieux.
Ulysses se pencha vers lui et l’embrassa. Ses lèvres se posèrent près de son oreille, dans un geste à mi-chemin entre le baiser, le mordillement affectueux et le frottement tendre.
« Ce n’était pas ✧ NоvеIight ✧ (source originale) un test, murmura Ulysses. Peu importe comment tu me traites, je peux l’accepter. »
Même si An Ruo faisait vraiment quelque chose qui dépassait ses limites, Ulysses n’aurait qu’à les repousser lui-même.
Il croyait en l’amour que le dieu lui portait.
Tant qu’il continuerait d’y croire, il le tolérerait et l’accepterait sans limites.
Jusqu’au jour où il ne pourrait plus se mentir à lui-même.
Heureusement, le dieu ne l’avait jamais forcé à affronter une telle situation.
Ulysses trouvait même que le dieu pourrait se montrer plus excessif avec lui.
Il pouvait accepter bien plus de choses qu’An Ruo ne l’imaginait.
Le problème, maintenant, c’était plutôt que son mâle était assez peu disposé à accepter ce genre de choses.
Ulysses eut un petit rire, prit la main du mâle et lui embrassa la paume. Aussitôt après, il le vit, embarrassé, replier les doigts tandis que le bout de ses oreilles rougissait.
Son mâle était pur, comme une guimauve blanche et moelleuse.
Comme une page vierge.
Ulysses avait goûté à la douceur de cette friandise moelleuse.
Les marques de ses baisers s’étaient posées sur la page vierge.
Le dieu l’avait écrit et créé, tandis que lui, à son tour, écrivait et façonnait son dieu — de ses baisers, de tout son être.
Ils s’influençaient l’un l’autre, inextricablement enlacés.
Ulysses ne pouvait s’empêcher de l’aimer.
Quoi qu’An Ruo fasse, et de quelque manière qu’il s’y prenne, tout chez lui était adorable aux yeux d’Ulysses.
Il était à la fois le dieu qui avait créé Ulysses, l’humain qui l’avait changé et le mâle qu’Ulysses avait lui-même façonné.
Leurs destins étaient entrelacés, tissés dans la vie l’un de l’autre.
Le lien entre un protagoniste et son dieu ne pouvait donc pas rivaliser avec celui qui unissait Ulysses à son dieu.
Ulysses le pensa avec une froide arrogance, puis « dévora » sans tarder le dieu sous lui, qui le laissait se livrer à ses envies autant qu’il le voulait.
……
[5 janvier, beau temps. Je n’ai encore pas réussi à écrire aujourd’hui.
C’est la faute d’Ulysses, qui a passé trop de temps à me dévorer…
Demain, c’est sûr !]
[6 janvier. Le Petit Albinos m’a présenté un club de lecture. Ça a l’air vraiment intéressant. Beaucoup de Zergs se réunissent pour parler de romans et échanger leurs avis. Ça a l’air formidable, et j’ai envie d’y participer.
Mais si j’y vais en tant que moi-même, je vais forcément attirer l’attention. Rien que d’y penser, mon anxiété sociale panique.
Je devrais peut-être me créer un autre pseudonyme ?]
[7 janvier. Je me suis fabriqué un déguisement parfaitement banal et passe-partout, puis je me suis glissé dans le club pour écouter.
Tout le monde a des idées si différentes, et les sujets qui les intéressent sont vraiment inhabituels. J’ai l’impression que mon point de vue s’est élargi et j’ai appris plein de choses auxquelles je n’aurais jamais prêté attention d’ordinaire.
Le seul problème, c’est qu’on m’a réclamé une mise à jour de mon roman en face, sans savoir que c’était moi.
Je culpabilise.
Demain, j’écrirai pour de bon !]
[8 janvier. Selerus déménage. Avant de partir, il m’a offert le cadeau qu’il avait promis de me fabriquer.
C’est une écharpe et des gants qu’il a tricotés lui-même, couverts de motifs complexes de plantes et de fleurs. Il y a même tout un troupeau de grands canards blancs.
Trop mignon !
Mais je suis un peu triste de le voir partir.
Ulysses a passé tant d’années sans sa Mère à ses côtés. Ils ont enfin eu la chance de vivre ensemble quelque temps, et voilà que Selerus repart déjà. Ulysses doit être triste, non ?
Selerus a dit qu’il reviendrait s’occuper d’Ulysses quand il porterait un œuf. Il pourra aussi aider deux jeunes parents, mâle et femelle, aussi inexpérimentés que nous, à couver l’œuf et à prendre soin du petit.
À l’entendre, on croirait qu’il a de l’expérience…
(Ah ! Je ne devrais pas avoir des pensées aussi méchantes ! Un peu d’introspection !)
Mais moi, j’ai vraiment de l’expérience. Je me suis occupé du petit Ulysses ! (Fier)
J’ai même couvé Ulysses moi-même !]
[9 janvier. Écriture.
J’écris, j’écris !]
[10 janvier. Metis rentre chez lui.
Je me demande quel accord il a conclu avec les Zergs au nom de l’Empire Tianjia. Les Zergs ont vraiment accepté de leur fournir une partie de la technologie de leur équipement d’Apaisement psychique.
Il me suffirait de demander à Ulysses pour en savoir plus.
Mais je refuse de lui demander !]
[Hein ?
Avant de repartir pour l’Empire Tianjia, Metis m’a envoyé plusieurs séries de photos. Il y a des photos de lui avec Caleb, des photos de l’Empereur Tianjia, et même des photos de Metis et de l’Empereur Tianjia quand ils étaient petits !
Ahhh, deux petits qui se ressemblent, tout doux et adorables !
Trop mignon !
L’Empereur Tianjia était vraiment aussi adorable quand il était petit !
Le contraste est énorme !
Pas étonnant qu’on parle de « date de péremption » pour les Zergs femelles et les Tianjia femelles.
Mais comment a-t-il su que j’aimais collectionner les photos des protagonistes ?
Qu’est-ce qui m’a trahi, au juste ?
Ulysses ?
Probablement pas.
Alors Enzo ?
Ça, c’est tout à fait possible.
Depuis quand ces deux-là sont-ils si proches ?
À cause d’Axel ?
Metis a dit que, quand l’Empereur Tianjia pondrait, il prendrait sans arrêt des photos de l’œuf et me les enverrait.
Il est si gentil, bouhouhou.
Et quand lui et le lieutenant général Caleb auront un œuf, il faudra aussi qu’il le prenne en photo et m’envoie les clichés.]
[J’ai fait l’éloge de Metis devant Ulysses, et ensuite Ulysses m’a chevauché.
J’ai mal aux hanches.
J’écrirai demain.]
[Janvier… On est quel jour, déjà ?
Le mariage fait dégénérer les gens.]
……