Chapitre 263
【Tout le monde n’aurait pas accepté de changer de sexe du jour au lendemain, surtout après avoir disparu sans un mot pendant trois jours.
Felix avait beau avoir une excellente raison, il s’en sentait extrêmement coupable.
Pour éviter que Lucas ne le « fasse monter en grade » — en le soulevant pour le tabasser —, il avait pris soin d’enfiler une combinaison de protection légère sous son uniforme décontracté.
Elle ne ferait sans doute pas le poids face à une femelle Zerg féroce, mais elle pourrait au moins limiter un peu les blessures internes.
Pourtant, après avoir fini de parler, quand il observa la réaction de Lucas, celui-ci sembla complètement ailleurs.
Son amant du même sexe avait disparu pendant trois jours, puis était revenu pour annoncer qu’en tant que Zerg mâle, il comptait le courtiser à nouveau. Aucune Zerg femelle n’aurait pu garder son sang-froid en entendant ça.
Lucas n’avait tout simplement pas compris ce qu’il voulait dire. Quel Zerg mâle ? Quelle cour ? Pourquoi changer ses dossiers ?
Felix lui laissa le temps de digérer la situation et de consulter ses dossiers mis à jour. Mais dès que Lucas reporta son regard sur lui, Felix se couvrit aussitôt la tête des deux bras.
« Ne me frappe pas à la tête ! Ni au visage ! » Ailleurs, ça pouvait aller.
Il avait encore besoin de ce visage pour amadouer son Zerg.
Il ne pouvait pas se permettre de l’abîmer.
Lucas était toujours abasourdi.
Quand Felix lui avait demandé de consulter les dossiers, il avait cru qu’il avait reçu une nouvelle affectation et qu’on le mutait ailleurs.
Mais à la place… son sexe avait changé ?
Son supérieur, le général Enzo, de la Septième Région militaire, lui avait même expliqué la situation en personne : il y avait eu un problème lors de l’examen initial et ils s’étaient trompés.
€€€€L’officier sous tes ordres est en réalité un mâle ! Quel bazar.
Lucas ignorait si l’appareil de test s’était trompé ou non, mais il avait déjà couché avec Felix. Comment aurait-il pu ne pas savoir si Felix était une femelle ou un mâle ?
Le petit déjeuner touchait déjà à sa fin et d’autres Zergs apparaissaient sur la route. Felix, lui, avait l’air manifestement coupable et terrorisé à l’idée de se faire battre.
Les dents serrées, Lucas l’attrapa par le col, le traîna dans la salle d’entraînement voisine, en verrouilla la porte et le plaqua contre le mur d’une main.
Les yeux de Felix s’écarquillèrent de surprise lorsqu’il heurta le mur.
Ça y était : la fameuse « promotion » militaire.
Recrue, il avait été si brillant et si affable qu’il n’avait jamais eu droit à ce genre de traitement. Allait-il vraiment le découvrir aujourd’hui, grâce à Lucas ?
Lucas se montra tout de même étonnamment gentil. Même après l’avoir plaqué contre le mur, il avait laissé ses deux pieds toucher le sol. Espérons que ses poings se montreraient tout aussi délicats et ne lui feraient pas trop mal.
Tandis que Felix songeait à cela, Lucas se pencha vers lui. Son beau visage, où perçait une colère contenue, grandit sous ses yeux.
Qu’il était beau.
Felix se figea, oubliant de réagir.
Le voir toujours aussi peu repentant ne fit qu’attiser la colère de Lucas. Les dents serrées, il se rapprocha encore jusqu’à ce que leurs nez se frôlent, puis lui lança d’une voix basse :
« Tu te rends compte de ce que tu fais ? Tu as perdu la tête ? Tu t’es vraiment fait passer pour un Zerg mâle !? Tu crois sérieusement que personne ne s’en apercevra ?
Felix était un Zerg femelle.
Lucas avait couché avec lui. Il le savait parfaitement.
Il ignorait par quel moyen Felix s’était fait passer pour un Zerg mâle, et encore moins comment il avait réussi à modifier ses dossiers sans que personne ne s’en aperçoive.
Mais aucun mensonge ne résiste à l’épreuve du temps. Tôt ou tard, la vérité éclaterait. Et Felix se faisait remarquer à tout bout de champ. L’identité d’un Zerg mâle attirait forcément énormément l’attention. Combien de temps croyait-il pouvoir garder le secret ?
Quand on le découvrirait, sa réputation et sa carrière seraient réduites à néant.
Lucas avait déjà accepté la réalité : il était lesbienne, attirée par les Zergs femelles. Après avoir appris que les relations entre femelles au sein de l’armée pouvaient entraîner des sanctions disciplinaires, il s’était aussi préparé au pire.
Mais il n’aurait jamais imaginé que Felix prendrait une seule de ses phrases pour se jeter dans un abîme sans retour.
Lucas était furieux contre Felix pour ce qu’il avait fait, mais il regrettait tout autant ses propres actes.
Il le regrettait amèrement.
Il n’aurait jamais dû perdre la tête et dire à Felix qu’il aimait les Zergs mâles.
Et, ces trois derniers jours, il aurait dû s’expliquer au lieu de ne rien dire et d’attendre comme un idiot — d’attendre trois jours entiers, jusqu’à ce que Felix ruine son avenir.
Les yeux de Lucas s’injectèrent de sang.
Il avait désespérément envie d’embrasser Felix à pleine bouche et de lui dire que ce qu’il aimait n’avait jamais été un Zerg mâle.
C’était Felix qu’il aimait.
Femelle ou mâle, peu importait.
Mais il était déjà trop tard.
Non.
Il n’était pas encore trop tard.
Lucas arracha Felix, toujours abasourdi, au mur, le saisit et se mit à l’entraîner vers la porte.
« Tu viens avec moi tout expliquer. On ira voir le général Enzo et on lui racontera ce qui s’est passé. L’affaire n’a pas encore éclaté. Tout le monde n’est pas encore au courant, alors il est toujours temps ! Je suis ton supérieur. Si tu as pris une mauvaise décision et t’es engagé dans la mauvaise voie, c’est parce que je ne t’ai pas correctement encadré. J’assumerai toute la responsabilité. Tu peux encore corriger ton erreur et repartir de zéro.
Felix se dépêcha de le retenir, refusant de le laisser partir.
Attends, quoi ?
Comment ça, il s’était fait passer pour un Zerg mâle ?
Il était bel et bien un Zerg mâle !
En tout cas, pour le moment, il était Zerg mâle à cent pour cent !
« Je suis un Zerg mâle ! » s’écria Felix, presque affolé.
Jamais il n’aurait imaginé qu’un jour, on remettrait son sexe en question de cette façon.
Il avait cru qu’au pire, certains Zergs se demanderaient s’il était vraiment un Zerg femelle !
Lucas lui lança un regard glacial qui disait clairement qu’il ne croyait pas un traître mot et attendait simplement de voir quelle autre absurdité Felix allait inventer.
Son regard était froid et résolu. Il était déterminé à remettre Felix dans le droit chemin, incapable de le regarder continuer à faire des erreurs.
Felix avait envie de pleurer.
Quelle situation complètement absurde !
Il ne voulait surtout pas se retrouver devant le général de la Région militaire pour une histoire pareille. Dans ce cas, lui, Lucas et le général seraient tous trois horriblement gênés.
« Je suis vraiment un Zerg mâle. Si tu ne me crois pas, touche-moi. »
Felix attrapa la main de Lucas, bien décidé à le lui prouver.
Le bras de Lucas se raidit et refusa de bouger. Il lança un regard furieux à Felix, les oreilles rougissantes, furieux qu’il ose encore faire une plaisanterie aussi obscène dans un moment pareil.
Felix se sentit profondément lésé.
Il cherchait vraiment seulement à prouver qu’il était un Zerg mâle.
Si cette méthode ne marchait pas, qu’était-il censé faire ?
Les pensées de Felix s’emballèrent si vite que son cerveau faillit fumer. Enfin, il se souvint de ce qu’il avait oublié.
« Alors, je vais libérer des phéromones pour te le prouver ! »
Sur ces mots, Felix se prépara à les libérer.
Bien sûr, Lucas ne croyait pas que Felix pouvait produire lui-même des phéromones de Zerg mâle, mais il se rappela alors le flacon que Felix avait sorti ce jour-là et se mit aussitôt sur ses gardes.
Il observa attentivement les gestes de Felix, guettant l’endroit où il comptait sortir ses phéromones, juste sous son nez.
Puis il sentit leur parfum enivrant et puissant.
Des phéromones familières.
Les instincts de son corps s’éveillèrent aussitôt. Le regard de Lucas se troubla un instant, son esprit s’embruma tandis qu’il cherchait involontairement cette odeur…
Puis il comprit ce qui se passait.
Il se mordit le bout de la langue pour se ressaisir grâce à la douleur, puis se tourna vers Felix.
Celui-ci se tenait juste devant lui, les mains bien visibles devant son corps, sans faire le moindre geste suspect. Il observait Lucas d’un air plein d’espoir.
Lucas luttait pour résister aux phéromones.
Il avait déjà été possédé de fond en comble sous leur influence, et son corps les connaissait bien trop. Sa réaction fut donc violente, et son expression devint effroyable.
Il détestait se perdre sous l’effet des phéromones d’un Zerg mâle.
Ce qu’il voulait, ce n’était pas celles-là, mais celles de Felix…
Lucas fut soudain pris de confusion.
Il fixait Felix, qui semblait n’avoir absolument rien fait, tout en dégageant l’intense pouvoir de séduction d’un Zerg mâle, son beau visage comme illuminé.
Lucas pinça les lèvres et se mit à fouiller le corps de Felix, avec toute la minutie d’une fouille militaire, cherchant où il avait pu cacher les phéromones.
Felix sourit pendant que Lucas le fouillait ; ses mains le chatouillaient un peu.
En même temps, il se disait que le général de division, si sévère et méticuleux, était particulièrement beau et incroyablement attirant comme ça.
« Général de division, tu as trouvé ce que tu cherchais ? » demanda Felix.
Plus Lucas fouillait, plus son expression s’assombrissait.
Rester maître de lui face à des phéromones aussi compatibles avec les siennes était déjà assez difficile, mais il ne parvenait toujours pas à trouver la source de celles que Felix était censé avoir cachées.
Et Felix, à côté de lui, souriait en ajoutant que si Lucas continuait à le toucher comme ça, il allait bander.
Le cerveau de Lucas avait l’impression de brûler.
Il finit par fermer les yeux et laisser ses instincts de Zerg femelle le guider dans ses recherches.
Ses lèvres effleurèrent le cou de Felix et se posèrent contre sa peau.
Felix n’avait évidemment pas pu cacher des phéromones sous sa peau, et Lucas ne sentait rien d’anormal sous ses doigts. Il poursuivit donc sa fouille vers le bas.
Suivant lentement la ligne des vêtements de Felix, il finit par se serrer contre lui.
Felix leva instinctivement la main pour l’arrêter. Mais en réalisant qu’il s’agissait du visage de Lucas, il la retira.
À moitié surpris, à moitié gêné, Felix demanda : « Là ? »
En parlant, il jeta un regard autour de lui, vers la salle d’entraînement vide, austère et toute militaire, et se sentit quelque peu nerveux et inquiet.
Aussi audacieux qu’il fût, il n’avait jamais rien tenté dans un endroit pareil.
Comme prévu, le général de division était encore plus audacieux que lui, en pensée comme en actes.
Felix regarda Lucas, l’impatience à peine dissimulée.
Lucas ouvrit les yeux, se retrouva face à l’entrejambe de Felix et resta muet un instant, avant de se redresser à la vitesse de l’éclair, le visage rouge jusqu’aux oreilles.
Très bien.
Il en était certain, maintenant.
Felix n’avait rien caché.
Même s’il avait caché quelque chose, le seul endroit possible aurait été dans son pantalon. Et Lucas ne pouvait tout de même pas lui fourrer la main dans l’entrejambe pour farfouiller ici.
Lucas se frappa le front et se força à retrouver son calme.
Il attendit que la chaleur de son visage retombe un peu, renonça à chercher comment Felix aurait pu dissimuler ses phéromones et aborda le problème sous un autre angle.
« Puisque tu prétends être un Zerg mâle, pourquoi tes dossiers d’identité d’origine indiquaient-ils que tu étais un Zerg femelle ? Et pourquoi cela n’a-t-il pas changé pendant toutes ces années d’examens médicaux militaires obligatoires ? »
Il voulait voir comment Felix comptait justifier cela.
« Parce que je n’avais pas encore différencié », répondit Felix, comme si c’était une évidence.
Différencié ?
Lucas ne comprenait pas ce mot.
Felix s’approcha, toucha le corps raide du général de division et lui expliqua :
« Ma famille est assez particulière. Nous avons un gène spécial. Avant l’âge adulte, notre sexe ne se manifeste pas clairement et, même après, nous restons longtemps dans un état “neutre”. Ce n’est qu’après avoir rencontré le Zerg avec lequel nous voulons vivre et nous lier comme partenaire — notre “Zerg prédestiné” — que nous nous différencions en un sexe, qui devient alors définitif. »
Lucas eut l’impression d’écouter un récit fantastique incompréhensible.
Il n’avait jamais entendu parler de quoi que ce soit de semblable.
Mais il savait aussi que la génétique des Zergs était si complexe et étrange que presque tout était possible. Depuis les temps anciens, l’espèce Zerg évoluait en dévorant et en incorporant sans cesse des gènes ; on pouvait donc dire que son patrimoine génétique contenait presque tout ce qu’on pouvait imaginer. Même les gènes les plus obscurs pouvaient exister, y compris ceux qui faisaient luire l’abdomen.
Si les explications de Felix semblaient particulièrement invraisemblables, c’était parce qu’elles touchaient au problème le plus épineux de l’espèce Zerg : les sexes et leur proportion au sein de la population.
Mais à bien y réfléchir, la situation s’était déjà considérablement améliorée depuis les temps anciens, quand il n’y avait eu qu’une Reine des Zergs, d’innombrables femelles Zergs stériles — des Zergs soldats et des Zergs ouvriers — et seulement quelques dizaines, voire une centaine de Zergs mâles.
La proportion des sexes n’était pas éternellement fixe et immuable.
Il fallait simplement d’immenses périodes à l’échelle cosmique pour qu’elle change peu à peu.
Autrement dit, ce que disait Felix pouvait vraiment être vrai.
Lucas avait toujours eu un faible pour Felix, et sa raison se laissait facilement entraîner par lui.
Dès que Felix lui expliquait quelque chose, Lucas le croyait.
Aussi absurde que cela paraisse, il le croyait.
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