Chapitre 17
Lian ouvrit la porte et sortit sans faire le moindre bruit. Le ciel du royaume s'étendait toujours au-dessus de lui. Il jeta un coup d'œil autour de lui pour s'assurer que personne ne se trouvait à proximité.
Grâce à ses sens, il pouvait percevoir le moindre son dans un rayon de vingt mètres. Mais par chance, il n'y avait aucun bruit.
Il remonta le col de sa chemise et se dirigea vers l'extrémité du village. Plus il avançait, plus l'air devenait glacial. Bien plus froid. Respirer devenait difficile.
Et l'odeur qu'il avait à peine distinguée à midi était maintenant parfaitement claire.
L'odeur du sang. Du vieux sang, du sang putréfié. Les maisons en ruine apparurent peu à peu. Des bâtiments délabrés qui semblaient abandonnés depuis des années.
Mais c'était étrange. Très étrange. Personne ne les gardait. Il n'y avait aucun garde. Aucune clôture en vue.
Comme s'ils avaient été délibérément laissés à l'abandon.
Lian inspecta les lieux pendant quelques instants. Il n'y avait personne. Il se dirigea alors vers le bâtiment le plus proche.
Avant d'entrer, par mesure de sécurité, il regarda à nouveau autour de lui. Il pénétrait dans un endroit qui était pratiquement interdit.
« Si les villageois l'apprennent, ça va forcément causer des problèmes. » Il réfléchit un instant et gloussa. Il ne savait pas ce qu'il trouverait à l'intérieur.
Il espérait simplement que, quoi que ce soit, cela vaudrait la peine de s'attirer des ennuis. Mais il était aussi préparé à l'éventualité qu'il n'y ait rien du tout.
Il poussa doucement la porte en bois vermoulu.
Grincement...
La porte s'ouvrit. Une obscurité absolue lui fit face. Lian fit un pas à l'intérieur. Et à cet instant précis... un bruit retentit derrière lui.
« Pourquoi es-tu venu ici ? »
Chaque muscle de son corps se contracta. Son cœur manqua de lui bondir hors de la poitrine. Il se retourna immédiatement. Mais lorsqu'il vit le visage de la personne, il relâcha son souffle.
« Bon sang... »
Seris se tenait là. Elle le regardait avec le même visage impassible que d'habitude.
« Tu aurais pu apparaître un peu plus discrètement. » Lian se frotta le visage.
« Non. »
« ... »
Évidemment que non. Lian ne savait même pas pourquoi il avait posé la question. Il était toujours surpris de ne pas s'être habitué à la personnalité de cette fille.
« Qu'est-ce que tu fais là ? »
Seris haussa les épaules.
« Je t'ai suivi. »
« Depuis quand ? »
« Depuis que tu t'es levé du lit. »
Lian resta silencieux un instant, puis soupira. Il semblait que cette fille pouvait toujours se dissimuler à ses sens. Mais comme elle était plus forte que lui, c'était normal.
« D'accord. » Il regarda autour de lui.
« Quelque chose ne tourne pas rond depuis qu'on est entrés dans ce village. »
« Je sais. » Seris hocha la tête.
« C'est la zone interdite. Mira m'a dit que je ne pouvais pas venir ici. »
« Donc, parce qu'elle t'a dit que tu ne pouvais pas venir ici, tu es venue ? »
« Oui. Et je sens une odeur de sang qui vient d'ici. »
« Maintenant qu'on est proches... je sens vraiment le sang. » Pour la première fois, Seris fronça un peu le nez et remarqua la puanteur du sang.
Bien sûr, elle l'avait senti plus tôt aussi, mais elle avait cru se tromper. Après tout, quelle raison y aurait-il pour que du sang provienne d'ici ?
Lian s'avança sans ajouter un mot. À l'intérieur, le bâtiment était parfaitement intact, contrairement à son apparence extérieure. Un long couloir s'étirait devant eux.
Des murs de pierre et des torches qui brûlaient silencieusement. Et le silence. Un silence qui devenait de plus en plus pesant à chaque instant.
Ils marchèrent pendant quelques minutes, mais le couloir ne finissait pas. Il semblait trop long. Cela ressemblait davantage à l'entrée d'un temple souterrain ou d'un monastère qu'à une maison de village.
Pourquoi un tel endroit serait-il abandonné ? Et puis, s'il était vraiment abandonné, pourquoi y avait-il des torches ? Cela n'avait aucun sens.
Et puis... ils trouvèrent des escaliers. Des escaliers qui descendaient dans les profondeurs de la terre.
Lian regarda Seris.
« Allons-y. » dit simplement Seris.
Et tous deux descendirent. À chaque pas qu'ils faisaient, l'odeur de sang devenait plus forte.
Plus forte.
Plus forte.
Jusqu'à ce que respirer devienne difficile à cause de cette puanteur.
Et puis... ils atteignirent le bas des escaliers. Lian fit le dernier pas. Son regard se porta vers l'avant.
À cet instant, son corps se figea. Ses yeux s'écarquillèrent. Pendant un moment, il sentit son estomac se nouer.
Il eut l'impression qu'il allait vomir, mais il se força à se retenir.
À côté de lui, Seris s'arrêta brusquement. Pour la première fois depuis leur rencontre, le teint de la jeune fille changea. Ses yeux s'ouvrirent en grand, sous le choc.
« Ça... » dit-elle, et pour la première fois, sa voix trembla légèrement.
Elle tourna la tête. Voir cette scène maudite était très dur, même pour elle !
Pas seulement pour elle, mais pour n'importe quel humain. Voir cette scène était effrayant, terrible et écœurant.
« C'est quoi ce bordel ?! » Sa voix résonna dans l'immense espace souterrain.
« C'est quoi ce délire ?! »
Devant eux se trouvait une fosse immense. Un lac de sang. Vraiment du sang. Et une quantité énorme. Au moins des centaines de milliers de litres de sang !
La surface du sang ondulait lentement. Et au-dessus... des centaines de corps étaient suspendus.
Des humains. Des hommes, des femmes, des personnes âgées, des jeunes. Tous suspendus au plafond.
Leurs ventres étaient ouverts. Leurs poitrines étaient éventrées. Leurs corps étaient desséchés. Comme si tout leur sang avait été drainé. Des gouttes de sang tombaient lentement de leurs corps.
Goutte...
Une goutte tomba dans le lac de sang.
Goutte...
Une autre goutte.
Le bruit de chaque goutte tombant était étrangement clair dans ce silence infernal.
Lian fixa l'un des corps. Soudain, il remarqua quelque chose.
Il n'y avait pas de cœur. La poitrine était vide. Il regarda le corps suivant.
Et le suivant.
Et encore le suivant.
Aucun d'entre eux n'avait de cœur. Tous les cœurs avaient été retirés.
« Pourquoi n'ont-ils pas de cœur ? » Seris l'avait remarqué aussi.
Lian fronça les sourcils. Il n'avait aucune réponse à cette maudite question, tous leurs autres organes étaient en place.
Seuls les cœurs manquaient !
Puis son regard se fixa sur l'un des visages. Il cessa de respirer. Il reconnut ce visage.
« ... »
Un peu plus loin, un autre corps était suspendu. Familier, lui aussi. Et un autre, et encore un autre. Lian sentit le sang se glacer dans ses veines.
« Non... »
C'étaient les villageois. Les gens qu'il voyait tous les jours. Et puis, il vit un visage qui lui fit sombrer le cœur.
Mira.
La jeune fille gentille qui avait pris soin d'eux. Elle était suspendue là. Desséchée et morte !
Son cœur avait été arraché.
Et au fond du hall, on pouvait voir le corps du vieil Aldric. Le chef du village. Il était mort lui aussi.
« Si ce sont les vrais... » Lian déglutit difficilement.
« Alors qui sont les gens à l'extérieur ? » enchaîna Seris, les yeux écarquillés par l'incrédulité.
Aucun des deux n'avait de réponse. Pour la première fois depuis leur entrée dans ce royaume, ils ressentirent une peur réelle.
La peur de quelque chose qu'ils ne comprenaient même pas.
Des milliers de possibilités et d'arguments différents leur traversèrent l'esprit. Mais chacun semblait plus terrifiant et horrible que le précédent. Peu importe la façon dont ils y réfléchissaient, ce n'était pas normal.
Ils étaient dans un lieu de massacre ! Ils étaient dans un abattoir. Un endroit où des humains, chacun avec sa propre vie, ses souvenirs, ses amis et ses proches, avaient été dépecés et suspendus comme des moutons.
Qu'est-ce qui avait pu leur faire une chose pareille ?
« On doit partir. » Lian recula. Sa voix était sèche et dure.
« Tout de suite. »
« Je suis d'accord. » Seris hocha immédiatement la tête.
« On doit récupérer les autres et sortir de ce maudit village. » Ils ne voulaient pas passer une seconde de plus dans ce village maudit et damné.
Tous deux firent demi-tour sans attendre. Ils remontèrent les escaliers en courant. Ils traversèrent le couloir. Ils se dirigèrent vers la sortie. Mais juste au moment où ils ouvrirent la porte...
Tous deux s'arrêtèrent.
À l'entrée du bâtiment, une jeune fille se tenait là. Un visage familier vêtu de blanc.
Mira.
Mais quelque chose clochait chez elle. Très gravement. Ses yeux n'étaient plus chaleureux. Plus gentils. Ils étaient froids, sans âme et inhumains. Comme les yeux d'un monstre !
Elle les regarda calmement. Pas en colère. Pas contrariée. Elle se contentait de les regarder.
Puis ses lèvres bougèrent.
« Vous n'auriez pas dû venir ici. »