Auteur : Shinozaki Kaoru
Traductrice : Moonkissed
En descendant vers les étages inférieurs, je présentai Pigimaru à Mist.
— Je m’inquiétais parce que je sentais sans cesse une présence, alors qu’aucun monstre n’apparaissait. Donc, c’était lui que je percevais.
Je me rappelai notre échange juste après avoir pris l’escalier secret.
— Il n’y a pas de monstres pour l’instant.
— Hati-dono, en fait—
À ce moment-là, Mist s’apprêtait visiblement à demander quelque chose.
Comme si elle voulait dire qu’elle sentait un monstre.
J’aurais précisé — des monstres autres que Pigimaru si elle avait connu son existence plus tôt…
— Allez, Pigimaru.
— —Pii.
Le craintif Pigimaru tendit timidement une petite excroissance vers Mist.
Mist avança aussi la main vers lui.
Elle me lança un coup d’œil en douce.
— Il… ne mord pas, n’est-ce pas ?
— Non.
— Pyiii~… Pii, pii… Pii… ?
Pigimaru restait méfiant.
Il tapotait du bout de son appendice le bout du doigt de Mist.
Punii, punyuu…
Je le sens encore un peu timide avec elle.
Les lèvres de Mist esquissèrent un sourire, son regard se fit doux.
— Je m’appelle Mist Barkas. Enchantée, Pigimaru-dono ?
— Pii ? Pyiii… Piii….. Pyuuuu~ ♪ !
Pigimaru commença à frotter le doigt de Mist avec son excroissance.
Sa couleur vire au rose clair.
On dirait qu’il l’apprécie.
— Fufu, c’est un slime vraiment mignon. Il m’apaise, étrangement.
— Pii~ ♪
— On dirait que Pigimaru t’aime bien… C’est la première fois que je le vois si amical avec quelqu’un.
— Pii !? Pyuuu~ !
Son appendice se tendit soudain vers moi.
Punyuu, punyuu~
Je sentis sa petite masse souple sur ma joue.
Pigimaru devint d’un rose bien vif.
Mist se couvra la bouche de la main.
Pff…
— Mais il aime quand même Hati-dono par-dessus tout.
— Pii ♪
Des monstres nous attaquèrent à intervalles réguliers.
Pourtant, Mist les abattait à chaque fois.
Elle ne paraissait pas vraiment en danger.
Elle s’en sortait très bien.
J’ai l’impression qu’elle est déjà rompue au combat.
Nous descendîmes encore d’un étage.
Nous arrivâmes dans ce qui ressemblait à une zone résidentielle.
— Hm ?
Une porte familière attira mon regard.
Avec ces « joyaux » déjà vus : le genre de porte qui s’ouvre quand on y injecte de l’énergie magique.
Je posai la main, insufflai ma magie.
Dans une légère vibration, la porte s’ouvrit.
Je jetai d’abord un coup d’œil prudent à l’intérieur.
La pièce semblait vide.
J’entrai et balayai les lieux.
Rien de notable.
De vieux meubles disposés çà et là.
Aucune trace de piège, à vue de nez…
J’appelai Mist, qui montait la garde au seuil.
— Tu peux entrer.
— Bien reçu. Excusez-moi.
Mist pénétra dans la pièce.
— ………..
— Qu’y a-t-il ?
— Rien.
Ce « Excusez-moi » était-il vraiment nécessaire ?
Je refermai, posai mes affaires.
Je sortis ma montre de poche pour vérifier l’heure.
— On fait une pause ici.
— Reçu.
— Tu peux dormir un peu, tu sais ? Je te réveillerai quand on repartira.
Mist marqua un temps, puis répondit :
— Non, ça ira.
— Je vois bien que tu manques de Sleep… Je te jure que je te réveillerai au départ. J’aimerais que tu dormes un peu, sinon…
Mist se couvrit les yeux.
— Je crois que je n’arriverai pas à m’endormir.
— On enlève déjà de la fatigue en s’allongeant. Étends-toi dans un sac de couchage. Je serais embêté que tu t’effondres en route.
Elle réfléchit, soupira, sourit.
— D’accord… Alors je me couche un instant.
Elle ôta ses brassards, gardant son serre-front lumineux.
Puis elle déplia un sac de couchage et s’allongea,
de dos, tournée de mon côté opposé.
— Pigimaru.
— Pii.
Je lui avais glissé des consignes plus tôt.
Il devait la distraire.
Punyonn~
Pigimaru sauta au sol et reprit sa forme ronde.
Roulant sur lui-même, il se glissa devant Mist.
Il s’arrêta face à son visage.
— Pii !
— Pigimaru-dono… ? Qu’y a-t-il ?
— Pii !
— <Sleep>
— — …suu…
Je lançai <Sleep> sur Mist.
Je la laisserai dormir jusqu’à la fin de la jauge.
Ce Sleep profond sera bref, mais devrait lui rendre un peu de forces.
J’ai lu ça quelque part sur le net.
— Si la durée est assez longue, ça pourrait même aider une insomnie…
Reste à savoir si <Sleep> donne un repos paisible.
— Pii, pii, pii, pii, pii.
Pigimaru se balance à gauche et à droite devant elle.
On dirait un métronome.
Il… veille sur Mist ?
— Pii ?
À ce moment-là—
— Pipiii~ !?
Le serre-front de Mist disparut.
Le brassard posé à côté du sac de couchage, aussi.
Aussitôt, la silhouette de Mist se transforma.
— — — — — –
Ses oreilles se déformèrent complètement…
— en longues oreilles pointues.
Une Elfe…
Je me plaçai face à Mist endormie.
— Pii ?
« Qu’est-ce qui lui arrive ? »
Pigimaru semblait demander ça.
— J’avais déjà un pressentiment sur sa véritable identité. Mais—
Je la regardai encore.
— C’est tout de même surprenant.
Le changement ne touchait pas que ses oreilles.
Son visage aussi avait changé.
— Quelque chose s’est dissipé quand j’ai utilisé <Sleep>.
Je crois même que ses cheveux diffèrent un peu.
Son visage est clairement différent.
J’ai eu le souffle coupé en le voyant.
Avant, Mist avait bien le visage d’une très belle femme — de mon monde.
Mais à présent—
C’est d’un tout autre ordre.
J’ai l’habitude de voir de belles femmes.
Par exemple, ma tante.
Dans la 2-C, il y a Sogou Ayaka.
Il y a aussi les sœurs Takao, qu’on pourrait dire au sommet.
Donc, je rangeais Mist dans ce même tiroir : « très belle ».
Mais la Mist Barkas actuelle n’a plus rien d’ordinaire.
Comment dire… ?
C’est presque irréel.
Ce n’est plus un visage « vivant », mais une œuvre ciselée par un artiste en quête d’un idéal.
— Je vois…
« On dit que les Elfes, hommes comme femmes, sont si beaux que vos yeux vous en sortent de la tête. »
Je me rappelai cette conversation à la taverne.
— Donc voilà à quoi ressemble une Haute-Elfe.
Je me souvenais aussi des mots de Monk Dorogetti.
L’homme qui avait voulu provoquer Mist en public et s’était ridiculisé.
Puis il est mort ici, dans les ruines de Mills.
Après sa scène sur la place, quelque chose m’avait chiffonné.
Monk était trop sûr de lui.
Pourquoi une telle certitude ?
Ça m’avait travaillé.
Mist portait alors une capuche.
Normalement, impossible d’être certain.
Il n’avait même pas vu son visage.
La première hypothèse reste l’erreur de personne.
Pourtant, Monk affirmait absolument.
Que signifie cela ?
Qu’il s’appuyait sur un élément qui fondait sa conviction.
Comme moi quand j’ai entendu sa voix : j’ai su d’emblée.
Que Mist était « la » jeune femme rencontrée dans la forêt sombre.
Monk devait, lui aussi, avoir sa « pièce à conviction ».
Il a dû entendre la voix de Mist.
Elle peut probablement modifier son visage et ses oreilles par un pouvoir spécial.
Mais visiblement, seul l’apparence change.
En bref, sa voix ne change pas.
Monk était obsédé par « Seras Ashrain ».
Il se souvenait de sa voix — une voix qui marque.
Et il avait dû l’entendre auparavant.
Pour lui, la voix de « Seras Ashrain » et de « Mist Barkas » coïncidait exactement.
— ……….
Je remarquai autre chose.
Mon regard glissa vers la poitrine de Mist.
Aucun changement corporel — du moins, c’est mon impression.
Seule la tête a changé, à ce que je vois.
Je repensai aux paroles de Monk :
« Même cette partie déjà bien mûre, cette pitoyable excuse de poitrine ! Je m’en souviens parfaitement ! »
Il disait l’avoir gravée dans sa mémoire.
Pas seulement sa poitrine, d’ailleurs…
Et son corps était dissimulé par ses vêtements.
Mais sa personnalité avait aussi dû marquer Monk au fer rouge.
Sa voix et sa poitrine.
Sa personnalité aussi.
À tel point qu’il était convaincu que c’était Seras Ashrain.
Voilà pourquoi, en lui ôtant la capuche, il a été pris d’une violente confusion.
Parce que le visage et les oreilles ne correspondaient pas au souvenir.
Il ne pouvait pas comprendre.
La voix et la silhouette, identiques.
Mais le visage et les oreilles, non…
« C’est… un mensonge… Je ne me trompe pas. Tout est un mensonge… »
Cette confusion lui a été favorable.
Je regardai ses longues oreilles.
Monk avait voulu les toucher.
Mist avait violemment repoussé sa main, en le foudroyant du regard.
— Autrement dit… Voilà son état d’origine, hein… Plutôt que de changer le corps, ce pouvoir modifie l’« information » reflétée dans les yeux d’autrui… ?
Par exemple via une technique d’illusion.
Je vois.
En touchant son oreille, on ressent l’écart entre « ce que l’œil voit » et « ce que la main perçoit ».
Serait-ce pour ça que Mist déteste tant qu’on la touche ?
— Au fait, les Elfes sont-ils forts ?
« Ils combattent en empruntant la puissance des esprits. »
C’est ce que racontaient des hommes à l’auberge.
— Cette illusion serait donc la puissance des esprits… ?
C’est peut-être aussi un esprit qui lui donne de percevoir les mensonges.
Son serre-front.
Son brassard.
Son armure.
Tout cela doit être forgé par le pouvoir des esprits.
Et le pouvoir des esprits de Mist vient d’être relâché.
Quand elle était immobilisée par <Paralyze>, l’effet tenait bon.
Mais—
— On dirait que <Sleep> neutralise temporairement le pouvoir de l’esprit…
Découverte inattendue : un avantage de <Sleep>.
Je baissai les yeux vers le beau visage de ma garde, endormie paisiblement.
La jauge bleue au-dessus d’elle diminuait, lentement.
— ……….
Ce n’est pas encore une preuve irréfutable.
Disons que mon pressentiment s’en trouve puissamment renforcé.
Mais je suis presque certain…
— qu’elle est l’ex-cheffe des chevaliers disparue du Saint-Royaume de Neia.
La Princesse des Hauts-Elfes.
La véritable identité de Mist Barkas est—
— La Chevalière Princesse, Seras Ashrain.