*DRIIING~DRIIING~DRIIING*
« Urgh... »
Reiji gémit en se tournant sur le côté pour éteindre son alarme, tout en s'étirant autant qu'il le pouvait.
Il faisait encore assez sombre dehors, les premiers rayons de l'aube perçant à peine dans sa chambre à travers l'interstice de ses rideaux.
« Putain, ça fait mal ! »
Les antidouleurs qu'il avait pris la veille lui avaient permis de dormir comme une souche malgré les événements stressants, mais maintenant qu'ils ne faisaient plus effet, la douleur commençait à le transpercer.
La somnolence s'évapora rapidement et il lutta pour se mettre debout après avoir jeté sa couverture, révélant un épais bandage enroulé autour de son épaule droite.
La plaie étant assez large, il fallait changer le pansement quotidiennement, mais il ne pouvait pas se permettre de perdre du temps à aller à l'hôpital ou d'appeler l'un des membres du personnel médical du syndicat.
« Je vais devoir le faire moi-même. »
Reiji alla en boitant jusqu'à la salle de bain, où il gardait une trousse de premiers secours qui ferait l'affaire, au moins pour aujourd'hui.
Il s'appuya contre le lavabo et défit lentement le bandage, claquant de la langue pour tenter d'étouffer la sensation de poignard qui s'intensifiait à chaque seconde.
« Wow... J'avais pas bien regardé hier soir, mais... »
La coupure, libérée de ses bandages, apparut dans toute sa splendeur.
Une ligne rouge assez épaisse marquait le haut de son épaule, avec de petits filets de sang qui annonçaient encore sa présence en coulant lentement le long de son bras, maintenant que plus rien ne les retenait.
« Hmm, au moins, c'est pas sur le tatouage ? »
Le dragon noir sur son côté gauche était intact, ce qui le fit soupirer de soulagement.
« Ok, peut-être que je commence à perdre la boule ? » murmura-t-il, un peu surpris par son indifférence générale face à une blessure aussi importante.
Reiji commença à panser la plaie, secouant la tête pour chasser ces pensées parasites. Aujourd'hui devait être une journée remplie de plaisir, de détente et, bien sûr, de révisions.
Il n'avait pas le temps de s'apitoyer sur son sort ou de râler contre son état d'esprit changeant.
Après avoir fini d'appliquer le bandage et avalé un autre antidouleur, Reiji ferma les yeux et prit une minute pour reprendre ses esprits alors qu'il sentait sa tête tourner.
Quand il les rouvrit, il se regarda dans le miroir et remarqua les cernes qui trahissaient son manque de sommeil. Il se sentait aussi plus chaud que d'habitude, et en tâtant son front et son cou, il fut évident qu'il avait attrapé un peu de fièvre comme effet secondaire.
« ...Putain de merde. »
Prendre une douche serait compliqué avec tout ce qui recouvrait son épaule, alors il utilisa un gant de toilette et nettoya soigneusement chaque partie de son corps après l'avoir humidifié avec de l'eau et du savon.
Ça ferait l'affaire pour le moment.
Le plus dur serait en fait la pâtisserie. Les macarons étaient un dessert assez complexe à réaliser, exigeant beaucoup de finesse et de technique.
Mais il pouvait à peine bouger son bras droit sans grimacer à cause de l'agonie soudaine.
Les pilules ne pouvaient pas faire de miracles.
Ce serait une bataille difficile, bien plus éprouvante que la guerre miniature qu'il avait vécue la nuit dernière.
Après s'être emmitouflé dans des vêtements épais et un sweat à capuche pour cacher sa blessure, il se mit directement au travail, sifflant de douleur tout au long de cette procédure presque masochiste.
Pendant tout ce temps, il eut envie d'annuler les plans de la journée, rêvant de s'effondrer sur son lit alors que la fièvre commençait à embrumer son esprit.
Haruna était plus ou moins prête pour les partiels, et prendre un jour de congé, puisque demain était encore une option, n'était pas si tiré par les cheveux.
Et peut-être qu'un coup de fil à Yui pour la faire rester chez elle toute la journée pourrait potentiellement fonctionner, en espérant que cela l'empêcherait de croiser Riku d'une manière ou d'une autre.
« ... Non, je peux pas faire ça. Elle était tellement enthousiaste à l'idée de manger des sucreries. Et j'espère qu'elle pourra devenir amie avec Haruna, ce qui l'aiderait beaucoup. »
Aujourd'hui était tout simplement trop important.
Alors, il retroussa métaphoriquement ses manches et se concentra sur sa tâche, la tête baissée et le cerveau en mode automatique.
***
*TOK TOK TOK TOK TOK TOK TOK TOK*
« REIJIIIIII ! »
*TOK TOK TOK TOK TOK TOK TOK TOK*
« Hé ! Ferme-la, j'arrive ! »
Reiji, qui fixait son four, se frappa le front d'exaspération en courant vers la porte en toute hâte.
Le boucan qu'elle faisait commençait déjà à aggraver son mal de crâne, ce qui le rendait inquiet pour le reste de la journée.
Il ouvrit précipitamment la porte pour voir la rousse pétillante rayonner vers lui avec un sourire éblouissant.
« Qu'est-ce qui t'a pris autant de temps ? Ma main commençait à me faire mal à force de frapper ! » lança-t-elle en entrant sans attendre son autorisation.
« J'ai mis 5 secondes, en quoi c'est long ? »
Yui se tourna vers lui avec un regard impassible, tout en gardant son sourire.
« Chaque seconde sans mon bien-aimé me semble durer une décennie. »
« ...Où est-ce que t'as appris cette réplique aussi ringarde ? » Reiji gloussa, stupéfait par l'évolution rapide de ses méthodes pour le taquiner.
Bien qu'elle ait été initialement sérieuse, dans une certaine mesure, dans son béguin aléatoire pour lui, il était évident qu'elle continuait sur cette lancée parce qu'elle voyait qu'il trouvait ça à la fois drôle et exaspérant.
« J'ai regardé des films et des dramas romantiques en préparation pour notre mariage. Je me suis dit que je devrais commencer à m'entraîner tôt », sourit-elle.
Reiji ne trouva pas de réponse immédiate, alors il resta planté là, la bouche bée, la main tenant toujours la porte ouverte.
Yui le scruta de haut en bas et fronça légèrement les sourcils.
« Ça va ? C'est quoi ces cernes ? Et t'es tout pâle, aussi ? » demanda-t-elle, inquiète.
Reiji ferma la porte et sourit.
« C'est rien, je suis juste resté debout très tard pour réviser les partiels. Je vise la première place, alors j'ai passé quelques nuits blanches », répondit-il.
Il s'était préparé à ce genre de questions à l'avance, donc ça ne l'avait pas pris au dépourvu.
« Hmmmm... »
Yui fit un pas de plus, les yeux plissés comme si elle ne le croyait pas.
« Les macarons sont presque prêts, alors laisse-moi te faire visiter la maison en attendant », dit-il en changeant rapidement de sujet tout en passant devant elle.
« Oh ! Des macarons ! T'as fait quels parfums ? » s'exclama Yui en bondissant derrière lui comme un chiot.
La simple mention des sucreries avait illuminé son visage, et elle enleva rapidement ses chaussures pour enfiler les chaussons d'invité.
Elle avait clairement fait des efforts pour aujourd'hui, portant une jupe blanche arrivant aux genoux et un chemisier rouge sous un gilet beige qui lui donnait un look à la fois mature et juvénile.
Elle avait assorti le tout avec des boucles d'oreilles créoles dorées qui ressortaient joliment sous ses cheveux rouge foncé extra volumineux, ce qui semblait presque impossible.
« Imagine un parfum et je l'ai probablement », répondit Reiji avec un sourire en coin.
« Oh, t'as le parfum chewing-gum alors ? »
« Hein ? Euh... Non ? Je parlais des parfums de macarons classiques, comme vanille, chocolat, framboise et pistache. Tu sais, ceux qui sont populaires », cligna des yeux Reiji, nerveux, ne s'attendant pas à rater le coche dès la première devinette.
Yui gloussa en se couvrant la bouche devant son air perplexe.
« Je te taquinais, j'aime pas les parfums bizarres comme le chewing-gum de toute façon. Enfin, sauf quand c'est vraiment du chewing-gum. »
« Purée, j'ai cru que j'allais te décevoir dès le départ ! »
Yui attrapa son bras, le tirant légèrement vers elle alors qu'il haussait les sourcils de surprise, et lui murmura à l'oreille :
« Tu ne peux jamais me décevoir, quoi qu'il arrive. »
Reiji sentit un frisson lui parcourir l'échine et se dégagea rapidement de son emprise en toussant.
« W-Wow, t'as regardé combien de films ? » marmonna-t-il.
« Beaucoup », répondit-elle en tirant la langue pour le taquiner.
« Dangereuse ! Elle est super dangereuse, putain ! »
Reiji se retourna et entra dans le salon, cachant son visage partiellement rougi.
« C'est le salon, et là-bas, c'est la cuisine. »
« OH ! ÇA SENT INCROYABLEMENT BON ! » cria Yui en reniflant l'arôme qui émanait du four, tout en sautillant sur place d'excitation.
Reiji ne put s'empêcher de rire devant son attitude détendue, bien loin de la froideur piquante qu'il connaissait du jeu.
« Allez, calme-toi. Ils ne sont pas encore prêts. »
« Ooooh... D'accord », fit-elle en faisant la moue.
« Tu veux voir le reste de l'appart, ou je commence à préparer le café ? » demanda Reiji, essayant de ne pas craquer et de pincer ses joues adorables qui s'étaient gonflées de mécontentement.
« Euh, montre-moi la chambre ! Je veux voir où on dormira après le mariage ! »
« ...C'est une menace de niveau Thanos. »
Quand Yui remarqua ses sourcils qui tressautaient, elle éclata de rire une fois de plus, ses yeux rouges se plissant de joie devant son malheur.
« Tu vas continuer comme ça toute la journée ? » soupira-t-il.
« Peut-être ? Au moins jusqu'à ce que ça ne soit plus drôle pour moi. »
« ...Ça, ça risque de ne jamais arriver, surtout quand il s'agit de toi. »
« Yep, c'est génial que tu comprennes ! Maintenant, montre-moi notre chambre ! » déclara-t-elle en posant les mains sur ses hanches dans une posture autoritaire.
Reiji n'avait pas vraiment réfléchi à tout ça quand il avait eu l'idée de l'inviter, se concentrant davantage sur les problèmes qui pourraient survenir si elle croisait à nouveau Riku.
Et maintenant ?
Il en payait le prix.
Mais alors qu'il secouait la tête et suivait son « ordre », un léger sourire étira ses lèvres, apaisant la douleur mentale et physique que son corps traversait.