Chapitre 145
Alors que Reiji se demandait ce que pouvait bien être ce « cadeau », Daichi sortit un trousseau de clés de sa poche et en décrocha une.
Il la lui lança directement dans les mains avec ce même petit sourire en coin, teinté d'arrogance.
« ... Qu'est-ce que je suis censé faire avec ça ? » demanda Reiji en fixant la petite clé, perplexe.
« Ces deux-là t'emmèneront quelque part ; choisis ton cadeau là-bas. »
Le Chauve et Le Barbu s'avancèrent et se mirent au garde-à-vous aux côtés de Daichi.
Satoshi s'approcha également et tapota l'épaule de Reiji, ses yeux chaleureux se plissant de fierté.
« Je n'arrive pas à croire que ce jour soit déjà arrivé ! » murmura-t-il.
« Moi non plus ! » s'exclama Le Chauve en essuyant une larme solitaire sur son visage.
« ... C'est quoi ce bordel ?? »
Reiji était décontenancé par leurs réactions, mais il ne put que serrer la clé dans sa main.
« Très bien, vous pouvez y aller pour le moment. Je te tiendrai au courant pour ta prochaine mission », dit Daichi en hochant la tête, avant de retourner à son bureau pour attraper une pile de dossiers.
Alors que Reiji sortait du bureau, guidé par les deux sbires, il jeta un dernier regard à la scène : son père, en train d'examiner inlassablement divers documents.
Cette image dégageait, de manière étrange, une atmosphère mélancolique et solitaire qui le fit froncer les sourcils devant l'application dont faisait preuve Daichi.
« ... Il a l'air épuisé. »
***
« Bon, c'est quoi ces têtes d'enterrement ? »
Le Chauve et Le Barbu avaient les yeux fixés sur lui, un peu humides, alors que l'ascenseur descendait.
Ils n'avaient pas appuyé sur le bouton du rez-de-chaussée.
À la place, c'était le bouton P5 qui était allumé, lequel nécessitait la même clé d'accès que l'étage du bureau de Daichi.
Il avait déjà une petite idée en tête en voyant ça, mais il préféra ne rien dire, de peur de découvrir que ce n'était pas ce qu'il pensait.
« R-Rien du tout, Boss ! Tu verras bien assez tôt ! » renifla Le Chauve.
Reiji secoua la tête et attendit, son rythme cardiaque s'accélérant à mesure qu'ils approchaient.
Et en quelques secondes...
*DING*
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, révélant une autre série de portes juste devant.
Elles étaient faites d'un métal épais, et les murs alentour semblaient capables de résister à des balles, si jamais quelqu'un parvenait à mettre la main sur une arme à feu.
Les trois hommes s'approchèrent d'un petit boîtier fixé près des portes métalliques, et Le Barbu y posa son pouce.
« Un lecteur d'empreintes digitales ? »
Après un petit bip, on entendit un mécanisme se déverrouiller et les portes s'ouvrirent lentement.
Les yeux de Reiji s'agrandirent, manquant de sortir de leurs orbites alors qu'il fixait, totalement incrédule, le spectacle merveilleux qui s'offrait à lui.
Des rangées entières de voitures diverses étaient soigneusement alignées dans l'immense garage souterrain ; il estima qu'il devait y en avoir au moins 50.
Cela allait des supercars aux SUV, et même des limousines !
C'était un paradis pour n'importe quel amateur de voitures, surtout pour quelqu'un comme Reiji, qui remarqua qu'il ne pouvait même pas identifier la plupart d'entre elles.
Il reconnaissait quelques marques et modèles, mais ce qui l'enthousiasmait encore plus, c'était le fait qu'il y avait des constructeurs automobiles totalement inconnus, qui n'existaient même pas dans son monde précédent.
Cela signifiait des designs inédits qu'il n'avait jamais vus auparavant.
Reiji ne se qualifierait pas vraiment de fanatique de voitures, mais il avait toujours eu un faible pour les véhicules stylés comme ceux-là.
« C'est... ridicule. »
Il avait passé son permis de conduire dans sa vie précédente, mais il n'avait jamais possédé sa propre voiture.
C'était un luxe qu'il ne pouvait tout simplement pas se permettre.
Et là, il avait sous les yeux des voitures de sport tape-à-l'œil avec des portes en élytre.
Voyant ses yeux pétiller, Le Barbu gloussa.
« C'est incroyable, pas vrai ? Toutes ces voitures sont neuves et n'ont jamais été utilisées. »
« Hein ? Jamais utilisées ? Il y en a autant ? » Reiji haussa un sourcil.
« Eh bien, certaines sont des cadeaux de partenaires commerciaux, d'autres ont été achetées comme objets de collection parce que leur valeur augmente tant qu'elles ne roulent pas, vu leur rareté. Le reste est là pour toi et... l'autre Jeune Boss », expliqua Le Barbu, sa voix s'éteignant à la fin.
« ... Je vois. »
Donc son demi-frère avait aussi accès à ce garage, ce qui ne le surprit pas.
Il se reconcentra sur le trésor étincelant devant lui avec un regard complexe, se grattant la nuque tout en inspectant les lieux.
« Je peux vraiment prendre n'importe quelle voiture ici ? Ou c'est limité à une certaine sélection ? » demanda-t-il avec hésitation.
« N'importe laquelle est à toi, même cette limousine si c'est ce qui te branche », répondit Le Barbu en haussant les épaules. « Par exemple, l'autre Jeune Boss a choisi une Forger Ardent en édition limitée, dont il n'existe que 15 exemplaires au monde. »
« Forger Ardent ? »
« Euh, elle ressemble un peu à celle-là », intervint Le Chauve en pointant une supercar décapotable deux places qui semblait tout droit sortie d'un film de science-fiction.
« ..... Waouh. »
Reiji fut un peu tenté d'en choisir une similaire, mais il secoua immédiatement la tête.
Il avait décidé depuis longtemps que sa première voiture serait un SUV, même s'il n'avait jamais prévu que ce serait si tôt.
Au départ, il pensait en louer une avec son permis, mais là, une option haut de gamme lui était servie sur un plateau d'argent.
Reiji reprit ses esprits et déambula dans le garage, observant tous les véhicules garés avec curiosité.
« Trop petite... Trop moche... Je n'aime pas la couleur. »
Il prêta une attention particulière aux SUV, mais aucun ne lui plaisait vraiment.
« ... Bon sang, j'ai l'impression d'être un peu gâté, là », se dit-il intérieurement.
Et puis, ses pas ralentirent.
Ses yeux bleu perçant se mirent à briller lorsqu'il vit la voiture devant lui, son cœur battant à nouveau d'excitation.
« C'est celle-là », murmura-t-il.
Une grosse voiture noire, presque comme un tank, avec d'épais pare-chocs en fer, une forme assez rectangulaire et des roues massives qui surélevaient considérablement la carrosserie par rapport aux autres modèles.
Même avec sa taille de plus d'un mètre quatre-vingt, Reiji devrait utiliser les marchepieds pour monter facilement à bord.
Quoique, c'était peut-être un peu exagéré.
La voiture ressemblait à un Hummer de son autre monde, mais avec un design plus robuste, et celle-ci provenait d'une marque appelée Orion.
8 places, un système multimédia et un coffre plus que satisfaisant.
Il avait envie de faire plein de voyages avec ses amis, et cette voiture pourrait non seulement tous les accueillir facilement, mais elle serait aussi capable d'affronter des terrains plus difficiles s'ils décidaient de faire du hors-piste.
« Aha, l'Orion Warzone ! Un excellent choix qui correspond parfaitement à l'aura féroce du Boss ! » Le Chauve applaudit avec approbation. « Même si je serai triste qu'on ne puisse plus autant te conduire... »
« ... Warzone ? »
Le nom commença à lui faire douter, mais il ne pouvait tout simplement pas détacher ses yeux de ce magnifique mastodonte.
« Alors, c'est celle-là que tu veux, Boss ? » demanda Le Barbu pour confirmer.
Reiji pinça les lèvres, pensif.
Non pas parce qu'il voulait en choisir une autre, mais parce qu'il se demandait s'il devait vraiment en accepter une tout court.
Il avait l'impression qu'il s'impliquerait de plus en plus avec le Syndicat s'il acceptait de tels cadeaux, et cela lui donnait une légère impression de corruption.
S'il avait été dans sa situation d'avant, il aurait certainement hésité beaucoup plus, mais maintenant...
Après avoir entendu certaines histoires et découvert le passé de l'organisation, il n'était plus aussi méfiant qu'autrefois.
Et même si une petite partie de lui pensait qu'il s'agissait d'un plan machiavélique de son père pour le pousser à reprendre le flambeau, il savait que ce n'était pas le cas.
Voyant son silence, Le Barbu se gratta le visage, embarrassé.
« Qu'est-ce qui ne va pas, Boss ? Elle ne te plaît pas ? »
« ... Ce n'est pas ça. Je... je réfléchissais, c'est tout. »
Comme s'il sentait son trouble intérieur, Le Barbu s'appuya contre l'un des piliers et croisa les bras.
« Boss... Tu sais, l'une des raisons pour lesquelles le Grand Boss en a acheté autant, alors qu'il ne s'intéresse pas vraiment aux voitures, c'est parce qu'il sait à quel point toi tu les aimes. »
« ... Moi ? »
Reiji cligna des yeux, puis comprit ; des souvenirs enfouis devinrent plus nets lorsqu'il se concentra dessus.
Quand il était plus jeune, l'OG Reiji était complètement obsédé par les belles voitures.
Il était trop petit pour connaître le nom de la plupart d'entre elles, mais dès qu'il en voyait une qui lui plaisait, il en parlait sans cesse à ses parents.
Daichi n'avait jamais vraiment échangé avec lui à ce sujet, mais en entendant ça maintenant...
« ... C'est du tsundere ou un manque total de compétences sociales de base ? »
Un léger sourire apparut sur son visage et il soupira.
« C'est décidé. Je prends celle-là », dit-il avec un grand sourire en caressant le capot noir, large et brillant, de la Warzone.
« Haha ! Bien, très bien ! Les clés sont déjà sur le contact, on peut la déposer à ton appartement tout de suite ! »
Reiji hocha la tête, distrait, en examinant l'intérieur avec ses sièges moelleux et son tableau de bord high-tech.
Et puis, Le Chauve dit quelque chose qui le fit frissonner d'excitation.
« Boss, tu veux faire un tour pour l'essayer ? »
« Putain, ouais !! »