Chapitre 257
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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Chapitre 256
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Bien avant que l’humanité ne s’aventure dans l’espace, d’autres êtres intelligents l’avaient déjà fait.
Leur corps était frêle, mais les dieux les avaient gratifiés de pouvoirs extraordinaires.
Guidés par la « Providence » que leurs dieux leur avaient tracée, ils s’aventurèrent dans l’espace et se baptisèrent le « Culte ».
Au début, ils parvenaient à peine à voyager d’une lune à l’autre. Les bénédictions des dieux ne les avaient pas aidés à conquérir l’espace.
Mais le Culte n’abandonna pas. Au lieu de s’en remettre uniquement à leurs pouvoirs psychiques innés, ses membres se consacrèrent au développement technologique.
Leurs voyages lunaires les menèrent peu à peu à explorer des planètes, puis à coloniser leur système stellaire. Partis d’une petite planète, ces êtres intelligents finirent par bâtir un empire s’étendant sur plusieurs systèmes stellaires.
À l’échelle de l’univers, toutefois, ce ne fut qu’un instant fugace. D’innombrables civilisations s’étaient élevées avant eux, puis avaient disparu. La leur ne ferait pas exception.
La prospérité de l’Empire du Culte fut de courte durée. Les luttes intestines, la corruption des dirigeants et les guerres incessantes écourtèrent rapidement son existence. À présent, son ancienne gloire n’était plus que l’ombre d’elle-même.
La forteresse spatiale Kesha Arma comptait parmi les nombreux vestiges laissés par cet empire jadis resplendissant.
Traduit dans les termes de MegaCorp, « Kesha Arma » signifiait « Roi de la richesse ». Cette forteresse spatiale avait été construite pour protéger une planète minière.
À l’apogée de l’empire, les vaisseaux miniers de nombreuses races faisaient régulièrement escale dans la forteresse. Fidèle à son nom, elle était un centre de richesse pour l’empire.
Si les ressources de la planète minière ne s’étaient pas épuisées, il en serait peut-être encore ainsi aujourd’hui.
Une fois épuisées les ressources de la planète qui justifiaient son existence, l’importance de Kesha Arma s’effondra. En pleine décadence, l’empire n’avait aucun moyen d’entretenir une forteresse qui ne rapportait rien. Un siècle plus tôt, elle constituait un point stratégique majeur ; à présent, elle était devenue un fardeau pur et simple.
Lorsque les frais d’entretien de la forteresse dépassèrent de loin les bénéfices qu’elle rapportait, l’empire prit une décision toute simple.
Abandonner la forteresse spatiale qui marquait la fin de son âge d’or.
Après le retrait des vaisseaux de guerre du Culte qui y étaient stationnés, la forteresse spatiale se retrouva sans propriétaire. Techniquement, elle appartenait toujours à l’Empire du Culte, mais dans les faits, elle n’avait ni administrateurs ni présence militaire.
Ceux qui restèrent étaient des gens qui gagnaient leur vie en fournissant des services aux mineurs, ou qui cherchaient un abri vacant. Il était inévitable qu’une ville sans maître finisse en bidonville.
Kesha Arma devint un nouvel abîme au cœur du cosmos.
Ceux qui prirent le contrôle de ce « Roi de la richesse » déchu furent le Cartel Marcio.
Il comptait parmi les cinq cartels les plus puissants de toute la station spatiale.
En général, les cartels des stations spatiales évitaient de s’installer sur des planètes ou dans des villes spatiales. Ils avaient de nombreux ennemis et ne savaient jamais quand une force punitive pouvait débarquer. Ils préféraient investir dans des vaisseaux lourdement armés où leurs membres pouvaient vivre.
Les dirigeants du Cartel Marcio avaient toutefois toujours suivi une autre voie.
Ils gagnaient des crédits en servant d’intermédiaires aux criminels d’autres pirates. Ils créaient des marchés noirs pour les cartels spécialisés dans la contrebande, ou mettaient en relation des trafiquants d’êtres humains avec les hautes sphères de MegaCorp, entre autres.
Tout comme Kesha Arma avait autrefois prospéré en servant d’intermédiaire entre la planète minière et les vaisseaux miniers, le Cartel Marcio s’enrichissait en faisant le lien entre pirates et criminels.
Ironiquement, c’était ce modèle commercial qui avait permis à Kesha Arma et au Cartel Marcio de survivre. Même MegaCorp et l’Union stellaire, qui détestaient les stations spatiales, comptaient parmi leurs clients.
Une zone sans loi, tolérée par les grandes puissances de l’univers : voilà ce qu’était Kesha Arma aujourd’hui.
Et aujourd’hui encore, comme toujours, la forteresse des pirates était en proie au crime.
« Merde ! Vise la tête ! La tête, putain ! »
« T’es le seul en qui j’ai confiance ! J’ai mis tous mes crédits sur toi ! »
« Argh ! Espèce de salope ! Pourquoi tu lui coupes le bras ?! »
Ce qui avait autrefois été connu sous le nom de cinquième arsenal…
Un lieu autrefois rempli d’armes en tout genre était désormais bondé d’une foule en délire.
Humains, cyborgs, Loups et Coldbloods — des êtres issus de cultures et de milieux différents — criaient tous devant le même spectacle.
Dans la cage de fer, deux hommes nus se battaient.
Leur apparence, leur couleur de peau et les armes qu’ils tenaient différaient, mais ils avaient deux points communs : tous deux portaient de lourds colliers de contention et étaient couverts de sang de la tête aux pieds.
C’était une arène de gladiateurs tenue par des pirates, l’un des nombreux abîmes ordinaires de la ville.
« Ouais ! Encore un peu ! Espèce d’ordure, tu peux le faire ! »
« Hein ? Qu’est-ce qui lui prend, à celui-là ?! Argh ! Putain ! »
« Wouhou ! Il a gagné ! Il a gagné ! »
« Aaaah ! Mes crédits ! Noooon ! »
Le combat brutal prit fin lorsque l’homme à la hache décapita celui qui maniait une lance.
Les émotions suscitées par la vie et la mort ne se limitaient pas à la cage. Autour de l’arène, la foule était tout aussi emportée par l’exaltation ou le désespoir.
Gidque, un cyborg qui avait récemment rejoint le Cartel Marcio, faisait partie des spectateurs qui acclamaient le vainqueur.
« Ha ha, alors, ça fait combien ? »
Il pariait rarement contre les chances, et cette fois, il avait décroché le gros lot.
Gidque brancha son terminal sur la machine de comptabilité installée dans l’arène. En voyant deux zéros s’ajouter d’un coup à son solde de crédits, il ne put s’empêcher de sourire en coin.
« Waouh, miser sur l’outsider, c’est le pied. »
« … Putain de veinard, je suis tellement jaloux. »
Les regards qu’on lui lançait n’avaient rien d’amical, mais personne n’osa s’approcher à la légère. Tout le monde savait qu’il appartenait au Cartel Marcio.
Il savoura le mélange d’envie et de rancœur qu’il suscitait, puis quitta l’arène.
Le cyborg, dont le corps était à moitié mécanique, fut accueilli par une lumière aveuglante.
C’était une symphonie artificielle de néons, venus des boutiques de divertissement. Du rouge, du bleu, du jaune, du vert : toutes sortes de lumières inondaient la rue, rendant presque impossible de distinguer les vêtements des passants.
Les enseignes n’étaient pas les seules à former un chaos bigarré. Les bâtiments aussi. Certains, comme l’arène qui avait autrefois été un arsenal, portaient profondément l’empreinte de l’architecture du Culte ; d’autres n’étaient que des constructions grossières assemblées par des étrangers.
Devant les boutiques délabrées qui semblaient sur le point de s’écrouler à tout moment, pirates, vagabonds, esclaves, mercenaires et personnages en tout genre traînaient.
Dans cet endroit aux allures de bidonville, où rien ne semblait aller ensemble, il suffisait de lever les yeux pour entrevoir un fragment du passé.
Au-dessus de leurs têtes, un « autre sol » les contemplait.
Kesha Arma, forteresse spatiale en orbite autour d’une planète, se déplaçait de concert avec elle. À travers ses parois extérieures transparentes, la planète abandonnée semblait observer les habitants de la forteresse. Où qu’on se trouve à Kesha Arma, on pouvait toujours apercevoir un fragment du paysage désolé de cette planète.
Pourtant, même face au summum de la civilisation du Culte, Gidque ne ressentait rien. Il avait vu ce spectacle trop souvent et, de toute façon, le solde affiché sur son terminal comptait davantage à ses yeux.
« Je vais me prendre un verre. »
Il avait profité de ses divertissements ; il était maintenant temps de refaire le plein. Il se dirigea vers un bar qu’il fréquentait souvent.
À son entrée, les autres clients, qui tuaient eux aussi le temps en buvant de l’alcool synthétique, l’accueillirent.
« Une tournée d’alcool de synthèse pour cette table. »
Gidque s’installa tranquillement avec eux, ce qui lui valut quelques regards surpris de la part des pirates.
« Eh ben, qu’est-ce qui t’amène, boîte de conserve ? »
« Ce salaud a dû gagner du fric. D’habitude, tu perds, mais t’as décroché le gros lot avec un pari ? »
« … Putain, j’allais le dire. »
Après quelques tournées, Gidque et les autres pirates furent vite ivres.
« Dis, boîte de conserve, faut que je te demande un truc. On dit que dans l’Union stellaire, même se branler tout seul, c’est interdit. C’est vrai ? »
« Ouais. À cause des politiques de contrôle de la population et de reproduction, c’est illégal. Ils inspectent les souvenirs de tout le monde chaque année. Et si on se fait prendre… »
Gidque forma une paire de ciseaux avec son index et son majeur, ce qui fit frissonner les autres pirates d’horreur.
« Putain, c’est l’histoire la plus flippante que j’aie jamais entendue. »
« Tu peux pas coucher librement, tu peux même pas te branler. Le fait que t’aies vécu là-bas pendant des décennies, ça fait froid dans le dos, mec. Putain. »
« Puisqu’on parle de trucs flippants, vous avez entendu les dernières rumeurs ? À propos du Cartel Satuah ? »
« Le Satuah ? Ces tarés ? Quoi, à leur sujet ? »
« Un pote connaît des types du Cartel Satuah. Il m’a dit qu’il avait complètement perdu contact avec eux, il y a deux mois. »
« Beurk, merde. Ce qui me choque le plus, c’est que tu connaisses ces enfoirés du Satuah. Dégage de là. »
Les autres pirates chahutèrent le Loup à l’allure de renard qui prétendait connaître le Cartel Satuah. Un pirate humain balafré prit alors la parole.
« J’ai entendu une histoire du même genre. »
« Ah bon ? »
« Le marché aux esclaves du Cartel Satuah a disparu sans laisser de trace. Paraît que toute leur organisation a été anéantie. »
Les paroles du pirate humain surprirent Gidque.
Le Cartel Satuah avait une réputation sinistre. Son activité principale consistait à capturer des primitifs sur des planètes inexplorées pour les vendre comme esclaves. Il était assez puissant pour établir d’immenses marchés aux esclaves sur des planètes sans propriétaire, tout comme le Cartel Marcio. On disait que ses opérations étaient presque aussi vastes que cette forteresse spatiale.
« Je me fiche de ce qui est arrivé à ces enfoirés du Satuah, mais ces derniers temps, les choses deviennent vraiment bizarres. »
« Ouais, avec la chute de la cité spatiale TNC, on a perdu un sacré repaire. »
« Imbécile, elle a disparu depuis longtemps. Tourne la page. »
« J’entends dire que les Outspacers recommencent à faire des leurs. »
« Grâce à eux, je me fais un paquet de fric, moi. Il y a plein de gens qui embauchent des mercenaires, maintenant. »
« Tu racontes n’importe quoi parce que t’as jamais affronté d’Outspacer, hein ? »
« Les Outspacers, c’est bon à manger ? »
« Ta mère est sûrement meilleure. »
« Pfft. L’univers entier est vraiment en train de partir en couille ? »
Le murmure grave du pirate balafré changea l’ambiance autour de la table.
En tant que pirates qui sillonnaient chaque jour des dizaines, voire des centaines de systèmes stellaires, ils étaient souvent les premiers à remarquer les changements qui s’opéraient dans l’univers.
Et le pirate balafré avait raison. L’univers sombrait dans un chaos plus grand que jamais.
Gidque fronça les sourcils, agacé par cette ambiance qui plombait la fête. Un jour aussi chanceux que celui-là, la dernière chose dont il avait envie, c’était d’entendre des histoires aussi sinistres.
Pourtant, ses camarades semblaient beaucoup s’amuser de ces histoires de fantômes improvisées et s’empressaient de raconter tout ce qu’ils savaient.
« Vous savez pourquoi le Cartel Dvara a éclaté ? Il paraît qu’un vaisseau fantôme les a eus… »
« N’importe quoi, j’ai entendu dire par les types du Cartel Humanity que… »
Des rumeurs sur un vaisseau fantôme noir qui dévorait les vaisseaux spatiaux, des histoires secrètes sur la chute de cités spatiales et des récits de démons portant une peau humaine pour imiter les gens : tout cela semblait absurde.
Plus Gidque écoutait les pirates, plus il en restait abasourdi.
On aurait dit qu’ils avaient oublié où ils se trouvaient. Ils étaient dans une forteresse bâtie au cœur de l’espace, un sanctuaire de la technologie et de la science, et pourtant, ils débitaient des superstitions.
Et les monstres mystérieux ? La moitié des pirates qui fréquentaient cette forteresse vivaient de la capture et de la vente de ces prétendus « monstres mystérieux ».
Gidque ne comprenait pas ce qu’il y avait de divertissant dans leurs histoires.
« Je me tire. »
Il régla son ardoise auprès de l’androïde et quitta le bar.
« Des monstres, mon cul. »
À l’ère de l’exploration spatiale, les monstres n’étaient pas des créatures mystérieuses ni des vaisseaux fantômes qui engloutissaient des vaisseaux stellaires.
Ayant été humain, puis cyborg de l’Union stellaire et désormais pirate, il savait ce qu’étaient les véritables monstres.
« … Autant aller dormir. »
Dans quelques heures, il devrait retourner au travail.
Et le cyborg solitaire disparut dans la foule de la rue.
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Pendant que Gidque gâchait sa vie au bar, de nouveaux visiteurs arrivaient au port militaire de la forteresse.
À l’image de cette ville dominée par une station spatiale chaotique, les visiteurs étaient tout aussi variés.
Des vaisseaux d’assaut pirates arborant les emblèmes de cartels, des vaisseaux de guerre élégants et efficaces de MegaCorp, des cargos robustes de l’Union stellaire et toutes sortes d’autres appareils civils entraient et sortaient facilement de la ville. Il n’était pas nécessaire de procéder à des inspections poussées, puisque les intentions de tous ceux qui visitaient la forteresse pirate étaient évidentes. Après tout, c’était ridicule, pour une bande de criminels, d’empêcher les autres de commettre des crimes.
Des centaines de vaisseaux allaient et venaient du port militaire. L’un d’eux se démarquait.
« Hé, ce vaisseau ressemble à celui des enfoirés du Satuah. »
« Ils n’étaient pas censés se faire discrets ? Qu’est-ce qu’ils foutent ici ? »
Le vaisseau d’assaut du Cartel Satuah était connu pour sa coque longue et étroite et sa poupe large. Sa conception inhabituelle, issue de la modification d’un ancien vaisseau de MegaCorp, en faisait une rareté.
Le vaisseau d’assaut du Satuah, frappé d’une ancre, venait d’accoster au port. Quelques pirates en descendirent et se mirent à discuter avec les gardes.
Au loin, les pirates qui observaient la scène se grattèrent la tête, perplexes.
« Qu’est-ce que… Il y a un Loup avec les pirates du Satuah ? »
Le Cartel Satuah était réputé pour n’être composé que d’humains. Il considérait les autres êtres intelligents comme des cibles potentielles d’enlèvement, ce qui en faisait une bande de parias, même parmi les différentes races vivant dans les stations spatiales.
Pourtant, un Loup aux plumes blanches et aux yeux ambrés se tenait parmi l’équipage. Et il ne faisait pas que rester là : il semblait donner des ordres aux membres du Satuah.
Cela allait à l’encontre de tout ce que les pirates croyaient savoir.
Les gardes aussi semblaient trouver le vaisseau d’assaut suspect. L’inspection sommaire qui aurait dû suffire se transforma en fouille complète de l’intérieur du vaisseau.
En voyant les gardes suivre le Loup à bord du vaisseau d’assaut, les pirates supposèrent que ce faux vaisseau du Satuah serait bientôt expulsé de la forteresse.
Mais le résultat de la fouille fut tout à fait inattendu.
Les gardes ressortirent du vaisseau sans prendre aucune mesure contre l’équipage. En fait, on aurait dit qu’ils avaient accepté des pots-de-vin : ils traitaient le Loup avec autant de respect qu’un chef de cartel.
Les gardes allèrent même jusqu’à aider les membres du Satuah. Ils ne retournèrent à leurs postes qu’après le débarquement de deux conteneurs sur le quai.
« … Qu’est-ce qui se passe, bordel ? »
« Qu’est-ce qu’il y a sur ce vaisseau pour qu’ils se comportent comme ça ? »
Les pirates n’avaient jamais vu les gardes agir de la sorte. Tous les regards se braquèrent sur le vaisseau d’assaut.
La plupart étaient simplement curieux, mais quelques-uns avaient autre chose en tête.
Ils réfléchissaient déjà au moyen de découvrir ce que contenait exactement le vaisseau.
Et s’il s’avérait qu’il s’agissait de quelque chose de précieux, ils étaient prêts à le prendre pour eux.
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[Traducteur – Seraph]
[Correcteur Draxx]
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