Chapitre 698
« J’ai mes réseaux. Suis-moi et je veillerai à ce que tu ne manques jamais de médicaments. » Le vieil homme était sûr de lui.
« On en reparlera plus tard. Je t’ai piégé le type. Va le récupérer toi-même. » Corpse Ghost s’ennuyait. Il rangea sa matraque et s’assit dans un coin. Il se dissimula entièrement sous son imperméable.
« C’est pour ton bien. Pourquoi t’obstiner ? » Le vieil homme promena son regard autour de lui. Après avoir testé la réaction de Corpse Ghost, il siffla. Trois agents apparurent. Le vieil homme n’était pas venu seul. Si Corpse Ghost avait tenté de l’attaquer, il aurait déjà été neutralisé.
« Tu veux me tuer en amenant autant de monde ? » Les yeux de Corpse Ghost disparaissaient sous sa casquette. Un son étrange lui monta de la gorge. On aurait dit des os qui s’entrechoquaient. Quelque chose bougeait sous sa peau, faisant bomber son imperméable.
« Je dois prendre mes précautions. » Le vieil homme haussa les épaules. « Tu dois comprendre. Quelqu’un d’aussi bon que moi est une cible facile. »
« C’est donc ça, le secret de ta longévité ? Tu as vécu toute ta vie comme un rat. » Corpse Ghost ricana, puis se tut.
Deux agents entrèrent dans la pièce. Ils posèrent les flacons sur la table et ouvrirent la cage. Chacun tenant une chaîne, ils limitèrent les mouvements du monstre. Puis ils lui passèrent une lourde entrave autour des épaules. « Dehors ! » Tels des animaux menés à l’abattoir, les agents poussèrent la bête vers le vieil homme.
« Je t’avais dit que je viendrais te voir. » L’homme gloussa en s’approchant. Les rides de son visage se plissèrent les unes contre les autres. C’était répugnant. « Ne t’inquiète pas. Je ne te tuerai pas si facilement. Même si tu es un monstre, je te chérirai. » Le vieil homme ne semblait ni haineux ni rancunier. Il n’éprouvait qu’une haine pure. « J’ai été très heureux quand tu m’as menti, car personne n’avait osé le faire depuis longtemps. D’ordinaire, je n’aurais pas eu l’occasion de faire ça, alors merci. » Le vieil homme contempla les yeux du monstre, dissimulés sous des lignes noires. On aurait dit qu’il admirait une œuvre d’art. « La malveillance prend racine dans le cœur des gens. Dès qu’on la laisse croître librement, elle asservit les émotions humaines. »
Ses mains calleuses saisirent la tête du monstre. Le vieil homme lui releva le visage. « J’ai un immense jardin où je cultive des gens comme toi. Dans quelques jours, la malveillance jaillira de tes yeux comme des racines et s’enfoncera dans la terre. Elle se reliera à celle des autres et recouvrira chaque parcelle de ta peau. Pourtant, tu seras toujours en vie pour te regarder passer de l’état humain à quelque chose d’autre. » Le vieil homme avait l’habitude de s’occuper des monstres. Il pouvait déterminer leur degré de mutation d’un seul regard. Le jeune homme qui lui avait menti quelques heures plus tôt avait perdu connaissance et ne représentait aucune menace. Le vieil homme rabattit son imperméable, révélant une boîte argentée. Elle contenait de nombreuses pilules semblables à des graines et des seringues. Après réflexion, il choisit la plus grande.
Alors que la seringue allait s’enfoncer dans le monstre, le vieil homme tressaillit. Avec une agilité qui ne correspondait pas à son âge, il bondit en avant. Il attrapa le monstre et s’en servit comme d’un bouclier.
Les coups de feu crépitèrent sans interruption. Les agents que le vieil homme avait amenés réagirent trop lentement. Deux d’entre eux furent criblés de balles. La tête du dernier explosa, mais il était toujours en vie. L’homme hurla. Des fils noirs partirent de son cœur et recouvrirent son corps. La malveillance qu’il dégageait était plus puissante que d’habitude. L’agent lacéra sa peau avec ses doigts. Des yeux noirs s’ouvrirent dans ses plaies. Les lignes noires s’enroulèrent et se changèrent en péchés. La raison de l’agent fut dévorée, et il devint un monstre. Il ne sentait plus la douleur et les balles ne pouvaient pas le tuer. Il voulait consacrer le peu de vie qui lui restait à détruire le monde, laissant derrière lui une cicatrice noire incurable !
Les coups de feu cessèrent. Le vieil homme tenta de ramper dans la pièce pour se cacher, mais Corpse Ghost lui ferma la porte au nez. Il se tenait près de la fenêtre et ricana.
« Traître ! »
« On ne peut pas être un traître quand on a rejoint la police de nuit. Tu devrais le savoir mieux que quiconque. » La voix de Black Crow venait du toit. Le vent nocturne souleva son imperméable. Quelques hommes-chiens de l’allée Gan Shui étaient agenouillés à ses côtés. « Le règlement de la police de nuit interdit aux agents de s’en prendre les uns aux autres. Ceux qui le font sont dévorés par leurs péchés. N’est-ce pas pour ça que tu essaies depuis tout ce temps d’emprunter la main d’un autre pour me tuer ? »
« Black Crow ! » Le vieil homme se dissimula derrière le monstre. « Si tu oses ordonner aux chiens de tirer sur l’agent, le quartier général ne te le pardonnera jamais. »
« Je crois que tu as oublié quelque chose. Le laboratoire Zhu Chuan a une particularité : quand on laisse un cadavre dans l’auberge, il disparaît le lendemain. » Black Crow sourit. « Le très respecté Maître Chien est entré dans la zone interdite pour sauver ses collègues, et on ne l’a jamais revu. »
« Ne fais pas l’idiot. Réfléchis. Chaque agent de la police de nuit a un monstre dans le cœur. J’ai cultivé ma malveillance pendant des décennies. Si tu me pousses à bout, je m’injecterai le stimulant pour déclencher cette malveillance et engendrer un démon assez puissant pour former une autre zone interdite ! » Le vieil homme se recroquevilla dans un coin. Il n’avait aucune idée du nombre d’hommes que Black Crow avait amenés.
« Tu es notre agent le plus ancien. Tu es le plus expérimenté de la Troisième Rue. Le quartier général est au courant de tes affaires clandestines. Il les tolère à cause du monstre que tu as dans le cœur. » Black Crow savait qu’il était difficile de s’occuper du vieil homme. Ce dernier avait un sens du danger extrêmement développé et s’était transformé en bombe à retardement.
« La police de nuit perçoit des fonds en fonction du niveau de danger. J’ai augmenté le mien pour accroître les ressources et les capacités de la police de nuit. En quoi est-ce mal ? » Le vieil homme dévoila le secret de la police de nuit malgré la présence d’étrangers. Il devait survivre. « Seuls les visiteurs venus de l’extérieur de cette ville peuvent devenir agents de la police de nuit. Notre corps contient un sang de justice qui ne convient pas à cette ville. Mais qu’est-ce que ce sang rouge nous a apporté ? On nous a traqués, isolés et utilisés comme sujets d’expérience. Je ferai n’importe quoi pour survivre. J’ai consacré tant d’efforts à cultiver la malveillance dans mon cœur pour changer notre situation. »