Chapitre 62
Dale se dirigea vers la porte de la maison située en avant-dernière position de la spirale. En tournant la poignée, il ressentit une légère excitation.
C’était rare, mais l’inconnu parvenait parfois à le stimuler. Il s’imagina que c’était sans doute ce que ressentaient les riches lorsqu’ils rendaient visite aux pauvres lors de leurs tournées « philanthropiques ».
« On ne sait jamais ce qu’on peut découvrir. » Il rit à cette pensée. Ce n’est pas parce que le père de Sarah était un philanthrope que cela l’exemptait des préjugés de Dale.
Ce n’était pas tous les riches, mais c’était toujours un riche.
En ouvrant la porte, il trouva ses bagages qui l’attendaient déjà. « Flippant », fit-il remarquer en refermant la porte derrière lui.
Durant son séjour dans la ville souterraine, il n’avait vu personne se trimballer avec ses bagages, alors comment arrivaient-ils à se retrouver partout ?
L’intérieur de la maison était aussi propre que dépouillé. Vraiment.
Derrière la porte en acajou qu’il venait de fermer se trouvait un salon simple, doté de fenêtres transparentes laissant entrer une lumière naturelle... ou plutôt artificielle.
Un ventilateur de plafond se mit à tourner lorsqu’il actionna l’interrupteur.
Il fit le tour du propriétaire et hocha la tête.
Dale ouvrit les fenêtres pour laisser entrer l’air frais. L’absence de poussière était la preuve évidente que des gens avaient déjà vécu ici avant même leur arrivée.
Honnêtement, il était un peu déçu de ne pas avoir eu l’occasion de voir à quoi ressemblaient ses aînés.
Il avait toutes les raisons de croire qu’il y avait au moins un Ascendu parmi les rangs de ceux qui étaient maintenant en troisième année.
Dale continua d’arpenter la maison tout en notant tout ce qui lui semblait intéressant.
La maison possédait de nombreuses commodités, dont une cuisine et une salle de bain.
Il entra dans la salle de bain, retira les fourreaux de ses hanches et posa ses sabres sur son lit.
Il n’y avait pas grand-chose dans la pièce, à part un grand lit king-size, une armoire et des rideaux beiges. Dale se passa les mains sur le visage.
Il ouvrit l’armoire et jeta un coup d’œil à l’intérieur. Elle contenait exactement ce à quoi il s’attendait : des uniformes de deuxième année.
C’était exactement le même modèle que celui de sa première année, à la différence près que les broderies étaient argentées au lieu du bronze habituel.
Dale haussa un sourcil. N’avait-il pas déjà vu ce type de survêtement militaire ?
« Si, c’est ça. Pendant la mission. Trevor, Sarah et Gary en portaient. » Il pencha la tête en refermant l’armoire.
Est-ce que l’armée leur avait donné à l’avance, ou y avait-il une autre raison pour laquelle ils possédaient déjà des uniformes de deuxième année ?
« Maintenant que j’y pense, même avant qu’il soit garanti que nous obtenions notre diplôme, leur réussite était pratiquement acquise tout au long de l’année. »
Dale haussa les épaules et reprit sa route.
« Il reste encore d’autres endroits à explorer ? La vache. » Inutile de dire que c’était plus grand que n’importe quelle maison que Dale avait pu voir dans les bas-fonds.
Le seul endroit où il avait vu des maisons qui faisaient paraître celle-ci minuscule était la capitale de la nation. Enfin, ça, et Grilon City.
Ça faisait du bien d’avoir au moins un peu d’intimité dans un endroit aussi bondé.
En continuant son exploration, il finit par tomber sur une trappe.
« Je n’ai jamais compris l’utilité d’une trappe. Pourquoi aurais-je besoin d’une trappe que je dois ouvrir manuellement ? Et en plus, elle est toujours visible. »
S’il pouvait la voir, alors la personne qu’il essayait de piéger le pouvait tout autant, et à moins que cette personne ne soit adepte de ce genre de choses, elle ne se ferait pas avoir.
Pour lui, ce n’était donc qu’une porte sur le sol.
Dale l’ouvrit, révélant un escalier qui descendait en colimaçon vers ce qu’il supposait être le sous-sol.
Il n’y avait aucune lumière, l’endroit était aussi sombre qu’oppressant.
« Design ingénieux. C’est quoi la suite, une poupée flippante ? » Il fit claquer sa langue contre ses dents et ignora son instinct qui lui criait de dire « non merci » et de refermer la trappe.
Dale fit un pas à l’intérieur, s’attendant presque à ce qu’une main attrape ses chevilles. « Après réflexion... » Il fit marche arrière et retourna dans la chambre.
Saisissant un sabre, il retourna rapidement vers le sous-sol et posa le pied sur la première marche.
Il serra la poignée, laissant des arcs électriques recouvrir la surface de la lame. Ce n’était pas grand-chose, mais cela fournissait au moins une source de lumière assez faible.
À mesure qu’il descendait, il cessa peu à peu d’avoir l’impression qu’une voix mystérieuse allait chuchoter son nom.
« Pourquoi ces escaliers sont-ils si longs ? Où est-ce que ça mène ? En enfer ? » Il était même sûr que l’enfer était plus proche que l’endroit où menaient ces escaliers.
Bientôt, son pied toucha un sol plat et il avança.
Avec la lumière orangée, il voyait à peine devant lui, mais cela lui donnait assez de visibilité pour distinguer les contours de la pièce.
Elle était sans doute plus vaste que le reste de la maison.
Une chose que Dale remarqua fut l’intensité de l’énergie fournie par Eden... elle avait augmenté en quantité et en qualité.
S’il était calme auparavant, il était maintenant presque drogué.
« Ça aurait fait des miracles, bien mieux que cette camelote qu’ils vendent dans les bas-fonds... enfin bref. »
Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver l’interrupteur.
En l’allumant, il fut immédiatement submergé par un mélange de stupeur et de regret.
Il se trouvait dans un grand dojo souterrain aux murs carrelés et aux néons fluorescents. Il y avait des emplacements pour toutes sortes d’armes et divers dispositifs pour l’aider à s’entraîner.
Le regret venait simplement de l’un de ces dispositifs. C’était la poupée d’entraînement qu’il avait payée la veille.
« J’ai failli vider mon compte en banque à cause de cette foutue poupée ! » Cela lui faisait mal, à lui et à son portefeuille — surtout à ce dernier — d’avoir loué cette chose.
Maintenant, il était presque totalement fauché, à part les 15 crédits qui lui restaient.
Avec le recul, ça ne servait à rien de pleurer sur le lait renversé... ou plutôt sur les crédits gaspillés.
Perte de temps et d’argent mise à part, ça valait le coup d’être dans le top dix. Le simple fait d’être 9e lui avait déjà apporté tant d’avantages.
Il eut du mal à imaginer ce que Trevor devait avoir chez lui. Dale serra les dents.
S’il le fallait, il se battrait pour conserver son rang.