Chapitre 2 384
Le corps principal du dieu du massacre avait péri face à l'église de la justice il y a plus de mille ans. C'était il y a fort longtemps, une période durant laquelle le dieu de la justice n'avait cessé de gagner en puissance.
Lui, en revanche, n'avait nullement progressé. Il n'était plus, à l'heure actuelle, qu'un demi-dieu ayant besoin de sacrifices pour subsister ; il lui était donc impossible d'affronter le dieu de la justice.
Désormais, son manque de puissance allait causer l'échec de sa quête de résurrection. Il n'avait pas la force nécessaire pour protéger le réceptacle qu'il convoitait.
Ce n'était pas qu'il fût incapable de vaincre l'ange de la justice envoyé pour éliminer l'ange du massacre. Il en avait la certitude.
C'était simplement que le jeu n'en valait pas la chandelle : s'exposer pour un ange du massacre incomplet n'était pas rationnel. S'il se manifestait pour combattre l'ange de la justice, il savait pertinemment que le dieu de la justice lancerait ses rejetons divins à ses trousses.
Ces rejetons seraient capables de l'abattre. Et même si l'un d'eux échouait, le dieu de la justice pouvait toujours en envoyer d'autres.
Il ne lui restait donc qu'à renoncer à protéger cet ange du massacre inachevé. Cela lui déplaisait, mais il savait qu'il s'agissait là de l'option la plus sage.
C'est grâce à de tels choix, empreints de prudence, qu'il était resté en vie bien après que les autres âmes eurent été anéanties. Alors, même si cela lui répugnait, il s'y résoudrait.
Il soupira de nouveau et murmura : « J'espère que celle qui se trouve dans la dimension spirituelle s'en sortira mieux. Ou devrais-je revenir à mon plan initial, celui de créer un ange du massacre en secret ? »
Legion n'était pas le seul sur qui il comptait pour sa rédemption. Il y avait une autre tueuse en laquelle il plaçait de grands espoirs.
Cette tueuse était déjà une légende et était en passe de devenir une demi-déesse. Un pas de plus, et elle serait mûre pour être récoltée.
Elle avait précédemment dérobé un cœur sanglant à l'église de la justice. Elle souhaitait l'utiliser pour atteindre le rang 8, car ce fragment de sa chair contenait la capacité divine de ce rang.
C'était une aubaine pour lui, car si elle parvenait au rang 8 en utilisant son propre corps, il lui serait bien plus facile de prendre possession d'elle lorsqu'elle deviendrait un ange. Ce cœur sanglant constituerait une porte dérobée lui permettant d'accéder à son existence sans avoir à l'affronter.
Non pas qu'il fût incapable de la soumettre par la force, mais il préférait éviter tout conflit.
La première raison était qu'il ne voulait ni détruire son réceptacle, ni la pousser dans une situation où elle deviendrait assez désespérée pour perdre le contrôle.
La seconde était qu'il se trouvait dans un état incomplet. Sans son corps principal, il lui était difficile de survivre. Maintenir son existence exigeait énormément de ressources et d'efforts. Se lancer dans un combat ne ferait qu'aggraver sa condition.
C'était donc une bonne chose qu'il existât une faille dans son être, une faiblesse qu'il pourrait exploiter pour s'emparer furtivement de son existence et la prendre au dépourvu.
Cette pensée l'amusa un instant. Il gloussa et déclara : « Je parie qu'elle a cru qu'utiliser la chair d'un dieu mort pour progresser la rapprocherait de l'autre fragment et lui permettrait de trouver plus facilement l'autorité de la voie. Elle ignore à quel point elle a raison de le penser. »
Malheureusement, son vol du cœur sanglant avait alerté l'église de la justice, qui s'était lancée à sa poursuite.
Pour échapper à ses traqueurs, elle s'était réfugiée dans la dimension spirituelle. L'environnement chaotique de ce lieu lui permettait d'éviter aisément la capture et la mort.
Cependant, cela ne suffisait pas à décourager l'église de la justice. S'ils y mettaient du leur, ils seraient capables de capturer une tueuse de rang 7, même si elle se cachait dans la dimension spirituelle.
Afin d'éviter la perte de cette tueuse prometteuse, ce demi-dieu envoya certains de ses croyants assassiner les capitaines des porteurs de lampes pour dérober leurs cœurs sanglants.
Ses fidèles en avaient volé un peu partout. Ils les avaient subtilisés pour qu'il les garde et les dissimule, mais le but principal de leurs actions était de détourner l'attention de l'église de la justice, rendant difficile pour eux de se concentrer sur la tueuse dans la dimension spirituelle.
Jusqu'ici, son plan avait fonctionné. Il ignorait combien de temps cela pourrait durer, mais il espérait que la tueuse serait en sécurité jusqu'à ce qu'elle devienne un ange.
Le problème était que le processus de transformation en ange était lent. Il fallait en moyenne cinq cents ans à une légende pour y parvenir. C'était une longue attente, mais il n'avait pas d'autre choix que de patienter.
Il avait tenté d'autres approches pour améliorer sa situation en attendant. L'une d'elles consistait à élever des rejetons divins du massacre en captivité jusqu'à ce qu'ils deviennent des anges. Hélas, cela n'avait jamais fonctionné.
Le projet d'élever un ange du massacre en captivité avait échoué pour plusieurs raisons. D'abord, maintenir un rejeton divin puissant en captivité exigeait une force suffisante pour l'empêcher de s'échapper. Il possédait cette force, mais l'utiliser provoquait des fuites et des fissures dans son existence.
Ainsi, tenter de retenir une légende ou même un demi-dieu en captivité se retournait généralement contre lui, provoquant la dispersion de son âme et le rapprochant toujours plus de la mort.
La seconde raison de cet échec était que les tueurs avaient besoin d'une certaine liberté pour remplir les conditions de leur progression.
Il ne pouvait les garder enchaînés dans un lieu scellé indéfiniment, sous peine de les voir stagner. Mais s'il leur accordait cette liberté, ils tentaient de s'enfuir, ce qui l'obligeait à dépenser sa propre force pour les maintenir en vie.
La troisième raison, et peut-être la plus importante, était qu'il ne pouvait garder des rejetons divins en captivité, car l'enfermement affectait leur état mental et les rendait très vulnérables à la perte de contrôle.