Chapitre 1474
Chapitre 1474
Réussir demain signifie une liberté partielle vis-à-vis de Mère. Échouer signifie prendre du retard sur les autres dans leur progression. Prendre du retard sur les autres, c'est prendre du retard sur tous les dragonnets éclos durant leur cycle.
Le Quatrième était le seul à ne pas s'en soucier. C'est parce qu'il avait déjà réussi le second entraînement. Il attendait simplement ce moment pour faire étalage de ses capacités.
Contrairement aux autres, qui ne trouvaient pas le sommeil à cause de l'anxiété, lui ne dormait pas car il était trop excité. Tous les quatre restèrent près de l'ouverture de la grotte, scrutant l'obscurité en attendant que le soleil se lève.
Le cycle de la lumière et du jour n'est pas fixe sur le continent des dragons. Cela tient au fait que la position du plan n'est pas fixe. Il se déplace librement dans le royaume. La lumière du jour apparaît lorsqu'ils entrent sur la trajectoire de l'un ou l'autre des soleils. L'ajout de la troisième étoile a seulement rendu les choses plus aléatoires, mais cela a augmenté la durée de lumière du jour dont ils bénéficient. Ils n'eurent donc pas à attendre longtemps avant que le soleil ne se lève.
Le soleil ne les déçut pas. Il s'éleva majestueusement et apporta la lumière sur le plan. Puis, un autre soleil apparut à l'opposé sur l'horizon. Le second soleil était en train de se coucher, mais ils entrèrent sur sa trajectoire avant qu'il n'ait fini de disparaître, si bien que la durée de sa lumière fut brève.
Les dragonnets n'eurent pas besoin de rappeler Mère à l'ordre avant qu'elle ne leur parle. Sa voix résonna dans leurs esprits comme une cloche. « Préparez-vous. »
Ils commencèrent à se préparer. Ils étendirent leurs petites ailes et les déployèrent sur toute leur longueur. Leurs esprits étaient déterminés et ils savaient déjà à quoi s'attendre ; ils étaient donc aussi prêts qu'ils pouvaient l'être. Malgré cela, certains ne purent s'empêcher de paniquer lorsque le sens divin de Mère saisit la Première.
La Première fut soulevée et sortie de la grotte. Elle fut emmenée loin de la montagne. Son corps resta suspendu au-dessus du vide, au bord de la falaise. Sous elle s'étendaient les cieux ouverts. Puis, elle fut lâchée vers le sol.
La Première commença à battre des ailes. Les muscles de sa poitrine se contractaient et se relâchaient de manière répétée et vigoureuse pour forcer ses ailes à battre l'air.
Mais voler n'est pas aussi simple que de battre des ailes. Il faut ressentir les courants aériens. Ensuite, elle doit décider si elle veut aller à contre-courant ou suivre le flux. Elle ne peut faire ni l'un ni l'autre si elle veut voler. Elle doit choisir, et la manière dont elle bat des ailes doit être en accord avec sa décision.
La première chose qu'elle tenta donc de faire fut de sentir le flux d'air avec son sens divin et ses ailes. Puis, elle essaya d'accorder le rythme de ses ailes aux courants aériens. Ce n'est pas quelque chose qui se fait aisément en pleine chute.
Elle possède des souvenirs de vols et les instincts nécessaires pour les maîtriser rapidement. Mais elle tombe, et son cœur bat la chamade par peur, car elle sait que sa mère ne l'empêchera pas de s'écraser au sol.
Elle ne mourra pas, car Mère amortira sa chute, mais son échec entraînera bien plus que des blessures physiques. L'échec blessera son orgueil ; il serait donc préférable qu'elle puisse se concentrer sur le vol, mais elle en est incapable car elle craint de faillir.
Elle est tout simplement trop anxieuse. Elle réfléchit plus qu'elle n'agit. La pensée que le Troisième puisse la surpasser envahissait son esprit. C'est alors que la voix de Mère résonna dans sa tête.
« Concentre-toi. Domine le vent. »
Cela l'extirpa de sa torpeur mentale. Cela la stimula également et l'aida à se concentrer. Sa performance s'améliora immédiatement.
Son sens divin se transforma en une sphère autour d'elle, collectant des informations. Elle fut capable d'identifier le flux d'air qui l'entourait. Elle décida de le suivre, car c'était plus facile. Elle s'orienta dans la direction du vent et battit des ailes en harmonie avec lui.
Elle parvint à planer. Ses ailes sont incapables de générer la poussée nécessaire pour maintenir son corps imposant en l'air ; la prochaine étape consiste donc à augmenter son vol avec du mana.
Elle doit tisser du mana dans l'air à travers ses ailes. Cela permettra à ses ailes de devenir capables de soulever son corps. Ses ailes serviront de fondation à un sortilège de lévitation majeur qu'elle continuera d'utiliser jusqu'à ce qu'elle devienne transcendante.
Mais savoir comment faire quelque chose est différent de le faire. La connaissance est différente de la sagesse. La première génération de dragons a également lutté pour voler. Mais ils y parvenaient car leurs ailes étaient assez grandes pour les porter.
Des générations d'évolution chez les dragons ont éliminé le besoin d'ailes. En effet, les ailes deviennent redondantes à certains niveaux, et les dragons peuvent voler sans elles. L'énergie est donc dirigée vers des choses plus utiles, comme la robustesse des écailles, le souffle de dragon ou la puissance de leur monde intérieur.
Cela a conduit les ailes à être éclipsées par d'autres parties du corps chez les générations ultérieures. Ainsi, les ailes ne se développent plus aussi vite qu'elles le devraient chez les dragonnets. C'est pourquoi ses ailes ne peuvent porter son corps seules, peu importe son talent de vol. Cela doit être assisté par un sortilège. C'est ce sortilège qui l'empêche de voler.
Idéalement, elle devrait être capable de tisser le sortilège puisqu'elle a réussi à tisser le rugissement du dragon hier. Mais cette courte expérience ne suffit pas, et le sortilège de vol est plus complexe que le rugissement du dragon. Tout ce qu'elle parvint à faire fut d'incliner sa chute vers le lac dans la gorge. Puis, elle y tomba.
« J'ai échoué », dit-elle avec tristesse.
Mère lui parla à travers son sens divin. « C'est en forgeant qu'on devient forgeron. »
Puis, Mère la saisit et la souleva dans les airs. Sur le chemin du retour vers le sommet, elle croisa le Deuxième frère qui tombait vers le sol. Il se débattait comme elle l'avait fait.