Chapitre 2 152
Ploc. Ploc.
Ploc. Ploc.
Ce bruit envahit l’esprit de Garrick Voss, le tirant de son profond sommeil pour le plonger dans un abîme d’effroi.
Ses paupières frémirent et s’ouvrirent. Les effets du poison s’étaient dissipés depuis longtemps. Il regarda autour de lui, d’abord confus, puis terrorisé.
Il se trouvait dans une caverne faiblement éclairée. Au loin, l’eau ruisselait le long des stalactites, créant une sinistre mélodie annonciatrice de sa perte.
Son corps était glacé. Ses mains étaient attachées au-dessus de sa tête. Des cordes lui maintenaient les jambes écartées. Nu, il était plaqué contre la paroi de la caverne.
Voss gémit. Puis il hurla : « À l’aide ! Aidez-moi ! »
Des pas approchèrent depuis un recoin. Adam avançait les mains croisées dans le dos, comme s’il se promenait dans un parc.
« Ah, vous voilà réveillé », dit-il avec un sourire amical.
« Qui êtes-vous ?! » lâcha Voss.
C’était un paladin templier, et pourtant le poison l’avait mis K.-O. Ce qui était encore plus terrifiant, c’était qu’il n’avait même pas senti le poison.
« Non. Non. Non. » Adam agita un doigt. « C’est moi qui vais poser les questions. Répondez honnêtement, maintenant. »
« Vous savez qui je suis ?! » rugit Voss, furieux et terrifié. « Si vous vous en prenez à moi, vous vous en prenez à la Garde ! »
« Vous devriez vraiment menacer celui qui tient votre vie entre ses mains ? » Adam leva les yeux au ciel. « Allons. Vous valez mieux que ça. »
Voss déglutit. Ses yeux tremblèrent. « Q-Qu’est-ce que vous voulez ? »
Adam s’avança. D’une voix glaciale, il déclara :
« Répondez à mes questions. Dites la vérité. Si vous mentez, je le saurai. Et je vous ferai souffrir. Je vous ouvrirai le ventre. Je vous arracherai les entrailles et vous étranglerai avec. Mais avant tout ça, je ferai en sorte que des orcs vous violent jusqu’au sang. Vous avez compris ? »
Le corps de Voss fut secoué de violents tremblements. « J-Jurez sur votre Mana ! Vous me laisserez partir si je réponds à vos… »
Adam soupira. À l’insu de Voss, il tissa un sort d’illusion et fit apparaître de robustes orcs sauvages qui s’avançaient vers lui depuis le recoin.
« Tss, tss, tss. » Il secoua la tête, déçu. « Vous pensez vraiment être en position d’exiger quoi que ce soit ? Vous êtes à ma merci. Je poserai les questions. Vous répondrez. C’est compris ? »
Voss jeta un regard horrifié au groupe d’orcs illusoires, puis reporta les yeux sur Adam. Peu à peu, la peur qui les habitait céda la place à la résignation, puis à l’acceptation.
« Vous allez me tuer de toute façon », murmura-t-il. « Soit. »
L’instant suivant, il lécha la fausse molaire dissimulée dans sa bouche. Il la retourna, puis la mordit violemment et avala aussitôt le poison.
Les yeux d’Adam s’écarquillèrent lentement. Avant qu’il ait pu avancer d’un pas, Voss se mit à écumer. Le poison agissait beaucoup trop vite. L’instant suivant, du sang lui coula des yeux et du nez, puis il s’immobilisa complètement.
Garrick Voss était mort.
Adam annula le sort d’illusion et contempla le cadavre, songeur.
Les officiers de la Garde gardent-ils toujours du poison dans la bouche ?
Il ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi la Garde se montrait si impitoyable envers ses propres hommes. Cela n’avait aucun sens. Ce n’était pas comme s’ils étaient des espions. Ils étaient la force de police de Davos.
Alors pourquoi ce poison ? Pourquoi aller aussi loin ?
J’aurais peut-être dû lui laisser une porte de sortie, se demanda Adam en fronçant les sourcils.
Une lueur d’espoir, peut-être, pour lui donner une chance de survivre ?
Mais après tout, Adam ne s’était pas attendu à ce que l’homme soit aussi féroce et déterminé.
Le comportement de Garrick Voss avait été étrange. Un doute lancinant tourmentait Adam. Il contempla le cadavre pendant un long moment. Il lança plusieurs sorts sur le corps immobile pour vérifier s’il cachait des pièges. Il n’y en avait pas.
À l’aide de quelques sorts simples, il détruisit le corps de l’homme, le réduisit en cendres, puis les enterra dans la caverne. Personne ne retrouverait la moindre trace du violeur.
Adam plongea son regard en lui-même. Quelques instants plus tard, il poussa un soupir impuissant.
Aucun souvenir, songea-t-il.
Il attendait le jour où il pourrait contrôler pleinement le Lotus et en libérer tout le potentiel. D’ici là, tout dépendrait du hasard.
Adam revêtit les vêtements de Voss et prit son visage, adoptant son apparence.
Puis il sortit de la caverne à la faveur de la nuit et regagna Davos.
Sans les souvenirs de l’homme, il devrait compter sur ses propres ruses et son savoir-faire pour tenter de recueillir des indices sur Havel Norwood.
***
Le quartier général de la Garde de la Cité se trouvait dans le quartier des Seigneurs.
C’était un imposant bâtiment de pierre grise. Sa façade arborait le blason de Davos, tandis que les bannières de la Garde de la Cité flottaient fièrement au-dessus de l’entrée principale.
Des gardes en uniforme patrouillaient dans l’enceinte, et des hommes comme des femmes franchissaient les portes à toute heure. À l’intérieur, le bâtiment abritait des bureaux administratifs, des salles de réunion, des salles d’interrogatoire ainsi qu’un service des archives regorgeant de rapports et de dossiers accumulés au fil des ans.
C’était un lieu d’ordre et d’autorité, où la Garde coordonnait ses efforts pour préserver la paix et faire respecter les lois de Davos.
Le lendemain matin, Adam se présenta au quartier général de la Garde de la Cité sous les traits de Voss. Feignant l’assurance, il entra d’un pas désinvolte.
Avant sa mort, il avait suivi le véritable Voss pendant plusieurs jours, étudiant attentivement ses habitudes, ses manières et son quotidien. Ajouté à l’entraînement à l’espionnage qu’il avait reçu dans sa jeunesse, cela lui suffisait pour imiter le lieutenant avec un certain degré de précision.
Et voilà comment Adam avait infiltré l’un des endroits les mieux gardés de Davos.
Pourtant, Adam ne connaissait pas grand-chose de l’homme. Il n’avait observé Voss que quelques jours avant sa mort. C’était pourquoi il n’osait pas s’attarder au quartier général. Plus il y resterait, plus quelqu’un risquait de remarquer que quelque chose clochait. Et plus il parlerait, plus il risquerait de se faire démasquer.
La première règle de l’espionnage : ne jamais prendre de risques inutiles.
Les informations avaient de la valeur, mais sa vie en avait davantage. Surtout pour Adam, qui était seul. Inutile de découvrir la vérité s’il se faisait prendre dans l’intervalle.
Un bon espion savait quand avancer, quand battre en retraite et, surtout, quand tourner les talons.
Adam prenait déjà un risque énorme en se faisant passer pour Garrick Voss après ne l’avoir suivi que quelques jours.
Sa mission était simple, désormais.
Trouver le service des archives. Chercher des renseignements sur Havel Norwood.
Et ressortir aussi vite que possible.