Chapitre 237
« Oh, Frère Aîné Sylra, tu es enfin réveillé ! » lança Blake avec un grand sourire.
« Attends encore un peu. Je vais pouvoir attraper tous les poissons de ce lac en un rien de temps. »
« Comme ça, plus tard, quand tu voudras manger du poisson, tu pourras te servir à ta guise. Sans avoir à t'épuiser à les attraper un par un dans le lac ! »
« Putain de bordel de merde ! » Sylra manqua de s'évanouir de rage, enchaînant les jurons.
« Ces poissons, c'est moi qui les élève ! La pêche, ce n'est rien d'autre qu'un passe-temps pour tuer l'ennui ! »
« Tu les as tous électrocutés, putain ! Comment je suis censé pêcher à l'avenir ?! »
« Ah ? Ça, ça... » Blake se figea instantanément, planté au milieu du lac, quelque peu désemparé.
« Ça... je ne savais pas. »
« Et si je remettais tous ces poissons à l'eau pour toi ? »
Sylra s'avança et jeta un coup d'œil ; son visage devint instantanément plus noir que du charbon. Dans les deux grands paniers en bambou, plusieurs centaines de poissons avaient été électrocutés, raides, morts de chez morts.
Certains avaient la peau tellement brûlée par l'électricité qu'ils dégageaient une odeur de rôti.
À quoi bon les remettre à l'eau, putain ?
Sylra prit une profonde inspiration, arrachant péniblement un sourire aimable. « Blake, tu es à ce point désœuvré que tu n'as rien de mieux à faire ? »
« Non. » Blake secoua la tête avec un sourire.
« Je suis venu ici aujourd'hui uniquement pour te témoigner ma piété filiale, Frère Aîné Sylra ! »
« Je t'emmerde, merci. » Sylra grinça des dents.
« Prends tous ces poissons que tu as électrocutés et sale-les pour en faire du poisson séché. »
« Si un seul d'entre eux pourrit et commence à puer, je te le fourre dans la bouche ! »
Sur ces mots, Sylra secoua ses manches et tourna les talons, furieux.
Alors qu'il s'apprêtait à sortir du bois, il sentit soudain une odeur de papier brûlé.
Un mauvais pressentiment lui noua instantanément l'estomac. Suivant l'odeur, il se dirigea vers la lisière de la forêt.
En voyant la scène, il manqua de cracher une bouchée de sang.
À la lisière des bois se dressait une stèle de pierre, avec une épée brisée plantée devant. C'était la tombe du maître de Sylra, le Vénérable Épée des Nuages.
En ce moment même, Aerin était agenouillé devant la stèle, drapé dans des vêtements de deuil.
Un brasero brûlait devant lui ; tenant une épaisse liasse de papier monnaie, il la jetait dans les flammes tout en pleurant à chaudes larmes.
« Maître Épée des Nuages, ce junior vous regrette. Vous me manquez tellement que je ne peux ni dormir ni manger en paix ! »
« Ce peu d'argent est un modeste témoignage de mon respect. Utilisez-le pour vous acheter du vin là-bas ! »
« Maître Épée des Nuages, ce junior va se prosterner à nouveau devant vous. Je vous en prie, acceptez-le, vieil homme ! »
Regardant Aerin déposer le papier monnaie et commencer à se prosterner bruyamment devant la tombe, Sylra eut une expression encore plus complexe. Il s'avança, les mains dans le dos.
« Frère Junior Aerin, que fais-tu ? »
« Frère Aîné Sylra, tu es enfin réveillé. » Aerin essuya ses larmes et articula, étranglé par l'émotion : « J'ai rêvé du Maître Épée des Nuages la nuit dernière. »
« Je suis venu spécialement aujourd'hui pour brûler un peu de papier monnaie pour notre Maître. »
« ...Quoi ? » Sylra se figea, doutant de ses propres oreilles.
Il observa Aerin de haut en bas, le voyant drapé dans ses habits de deuil, pleurant aussi tragiquement que s'il avait perdu ses propres parents. Sylra était si furieux qu'il en rit nerveusement.
« Non, attends, Aerin, tu es devenu fou ? »
« Le Vénérable Épée des Nuages est mon Maître, pas le tien, d'accord ? »
« Ton Maître, le vieux Vénérable Flamme Ardente, est encore en pleine forme ! Pour quel enterrement es-tu en train de pleurer ?! »
Contre toute attente, en entendant cela, Aerin secoua immédiatement la tête avec une indignation vertueuse. « Frère Aîné Sylra, tes paroles sont inappropriées ! »
« Le Vénérable Épée des Nuages était le chef de la génération précédente des Dix Grands Aînés de la Lame Divine. C'est un ancien de notre Secte de la Lame Divine ! »
« Même si je ne suis pas son disciple, je reste son neveu martial. Qu'y a-t-il de mal à brûler un peu de papier monnaie et à se prosterner quelques fois pour ce vieil homme ? »
Sylra répondit, impuissant : « Le problème, c'est que moi, son disciple légitime, je n'ai encore rien dit, et toi, tu es là à pleurer et à brûler des trucs. Est-ce approprié ? »
« De plus, on est loin de la période du Festival. Quel genre de jeu joues-tu ? »
« Frère Aîné Sylra, tenir de tels propos est vraiment cruel. Ne peut-on brûler du papier monnaie que pendant le Festival ? » dit Aerin, indigné.
« La nuit dernière, j'ai rêvé que le Maître Épée des Nuages était tout seul dans l'au-delà. Sans nourriture pour manger ni eau pour boire. Il ne pouvait même pas s'offrir le tabac à pipe qu'il aimait tant de son vivant ! »
« C'est pourquoi je suis allé acheter du papier monnaie dès l'aube pour le brûler pour le vieil homme ! »
« Dis-moi, le vieil homme a vécu une vie pauvre et misérable. Maintenant qu'il est parti, ne devrions-nous pas, en tant que juniors, faire preuve d'un peu de piété filiale ? »
« Maître Épée des Nuages, Aerin va se prosterner deux fois de plus devant vous. Je vous en prie, acceptez-le, vieil homme... »
Voyant Aerin agenouillé au sol, prêt à se prosterner à nouveau, Sylra eut un tressaillement au coin de la bouche. Il fit un grand pas en avant, le saisit par l'épaule et le releva brutalement.
« Aerin, tu peux arrêter tes conneries ? »
« Frère Aîné, tu n'as pas besoin d'être aussi ému. » Aerin essuya ses larmes, la voix brisée : « Le Maître Épée des Nuages est notre ancien à tous. C'est ce que je dois faire... »
« Tu dois mes fesses, oui ! » Sylra était si furieux qu'il en lâcha une bordée d'injures.
« Je te le répète une dernière fois. Le Vénérable Épée des Nuages est mon Maître, pas le tien ! »
« Si tu as vraiment trop de larmes et que tu ne sais pas où les verser, attends que ton propre Maître crève et tu pourras pleurer tout ton soûl ! »
« Frère Aîné Sylra, tu... pourquoi te mets-tu en colère ? » Voyant Sylra entrer dans une rage noire, Aerin rit maladroitement.
« Je montrais juste ma piété filiale envers le Maître Épée des Nuages, c'est pourquoi je... »
« Ta piété filiale, je t'emmerde, dégage ! » Sylra fit tournoyer la béquille de fer qu'il tenait à la main et envoya valser Aerin d'un coup sec, comme s'il frappait une balle de golf.
Il tourna la tête pour regarder le papier monnaie et les cendres d'encens éparpillés sur le sol devant la tombe, si furieux qu'il en fit trembler sa barbe et écarquilla les yeux.
« Putain de merde, à quel genre de petit jeu ces trois bâtards jouent-ils ? »