Chapitre 2 971
2971 Maître du Temple du Temps, je vais te trancher la tête (1)
Ce qui apparut à sa vue fut une montagne sombre, dépourvue de toute couleur, au loin. Dans le vide flottait l’air sec et quelque peu étouffant propre à l’Ère primordiale, tandis que l’énergie qui y régnait était mêlée. De lourds nuages noirs, parfois teintés de rouge fer, se dessinaient dans le ciel.
Han Fei se trouvait au milieu des montagnes, entouré de nombreuses falaises, avec sous ses pieds un abîme sans fond.
Derrière lui, la porte de pierre par laquelle il était entré avait disparu à un moment donné.
Alors que Han Fei s’apprêtait à trouver un sommet où s’installer pour découvrir en quoi consistait l’épreuve ultime, une lance, si rapide qu’il n’eut même pas le temps de réagir, tomba soudain du ciel et lui transperça le corps en un instant.
« Pouf… »
À cet instant, Han Fei sentit toutes ses forces scellées. Il ne pouvait plus utiliser ni son énergie spirituelle, ni son qi chaotique, ni son Qi immortel, ni son pouvoir de l’âme.
Propulsé par la lance, son corps percuta à une vitesse incroyable une falaise située à un million de kilomètres derrière lui.
Boum…
Clang !
Han Fei heurta violemment la falaise. La lance le transperça et s’y enfonça à moitié.
Comment Han Fei aurait-il pu prévoir une telle scène ? N’était-ce pas l’épreuve ultime ? Comment cela pouvait-il s’appeler une épreuve ultime ? Cette vitesse dépassait même les réflexes d’un cultivateur du Rang insouciant. Han Fei n’eut même pas le temps de recourir à l’Éclair des mille tonnerres avant d’être transpercé.
Ce n’était pas parce qu’il était trop faible. Après avoir réussi quatre épreuves d’affilée, Han Fei ne pouvait pas être faible. Par conséquent, si c’était là l’épreuve ultime, il allait sans doute mourir.
Pourtant, une fois cloué à la falaise, il ne se passa rien de ce à quoi il s’attendait, et Han Fei put observer les environs.
Il n’était pas le seul à être cloué à cette falaise. Tout autour de lui, au-dessus, au-dessous, à gauche et à droite, de nombreuses personnes y étaient empalées.
Han Fei les compta : ils étaient six cent cinq à être cloués là.
Il y avait parmi eux des hommes et des femmes. Certains avaient encore le corps intact ; d’autres n’avaient pas résisté à l’érosion du temps. Ils n’étaient plus que des squelettes, des dépouilles ou des cadavres desséchés.
Mais même morts, certains d’entre eux avaient encore les os qui luisaient faiblement. Sans exception, tous avaient raffiné leurs Os de moelle de jade du Dao céleste. Et leurs os n’étaient plus de simples Os de moelle de jade du Dao céleste : des lois les enveloppaient, signe évident qu’ils avaient atteint un niveau supérieur.
Cela signifiait que le plus faible d’entre eux avait au moins atteint le sommet du Rang insouciant. Beaucoup devaient être des puissants du Rang immortel.
Han Fei en aperçut même huit dont les corps n’avaient pas pourri et ne pouvaient être érodés par le temps. Ils arboraient des expressions résolues, douloureuses, tourmentées ou sereines…
« Des Grands Monarques ? »
Les paupières de Han Fei tressaillirent malgré lui. Ces huit-là étaient tous de Grands Monarques.
C’était absurde. Même des Grands Monarques avaient été cloués à mort ici ?
Mais Han Fei comprit bientôt que si même un Grand Monarque n’avait pas pu esquiver cette lance, alors elle n’était pas la cause de leur mort : elle était impossible à éviter. Frère aîné Lei Heng avait donc dû être cloué ici comme lui, à l’époque.
Comme Han Fei l’avait prévu, une centaine de secondes environ après qu’il eut été cloué là, les épais nuages dans le ciel commencèrent à se rassembler.
Ils s’amassèrent pendant trois jours et trois nuits, sans montrer le moindre signe de s’arrêter.
« Encore ? »
Han Fei avait déjà deviné ce qui l’attendait. L’Ancien Dieu de la Note du Tonnerre était maître de la foudre : il allait donc encore subir des éclairs !
Pourtant, il avait déjà traversé le Domaine du Tonnerre chaotique. À quoi bon le foudroyer maintenant ? S’il restait scellé et qu’on le frappait sans relâche, personne ne pourrait tenir : il finirait forcément foudroyé à mort. Même Frère aîné Lei Heng, connu comme un esprit de la foudre, mourrait sous les coups. Il n’était qu’un esprit de la foudre, pas l’ancêtre de la foudre. Après tout, ces Grands Monarques eux-mêmes avaient été foudroyés à mort !
À cet instant, la voix impitoyable retentit de nouveau : « L’épreuve ultime va commencer. Candidat, veuillez vous tenir prêt. Cette épreuve vous fera endurer toutes vos souffrances. Seuls ceux qui possèdent une véritable persévérance pourront la réussir. »
« La souffrance ? »
Han Fei se dit : *Le quatrième niveau de l’épreuve n’était-il pas déjà assez douloureux ? Qu’est-ce qu’ils peuvent bien m’infliger de plus ?*
Boum !
Dans le ciel, les nuages de tribulation apparurent, et une Tribulation céleste pourpre et noire s’abattit.
Oui, ce n’était pas un éclair ordinaire, mais une Tribulation céleste. Sans même parler de sa nature, cette Tribulation céleste pourpre et noire ne pouvait être anodine. De plus, les nuages de tribulation s’étaient amassés pendant si longtemps. Combien de Tribulations célestes allait-il devoir subir ? Il n’avait même pas encore eu l’occasion d’éprouver véritablement la puissance du Royaume du Monarque qu’il avait déjà traversé tant de Tribulations célestes.
« Pouf… »
Un éclair s’abattit. Son corps n’explosa pas, contrairement à ce qu’il avait imaginé. Mais il lui arriva quelque chose d’encore plus terrifiant que de voir son corps éclater et sa chair se déchirer.
Des flammes noires dévorèrent le corps de Han Fei.
« Aaaah ! »
Les veines de Han Fei saillirent de partout. C’était bon sang de feu des enfers !
Le corps consumé par le feu des enfers était censé être un karma qu’on ne réglait que lors d’une tribulation divine. Mais voilà qu’il se présentait plus tôt que prévu.
La douleur atroce de la brûlure, qui le dévorait aussi bien dans sa chair que dans son âme, déferla sur lui comme une vague. Il ressentait tout avec une telle netteté qu’il aurait voulu perdre connaissance. La sensation de dix mille fourmis le mordant, de son cœur découpé en morceaux et de ses os réduits en poussière l’assaillait de concert.
Dans son âme, c’était un supplice mental. Comme si on la déchirait et la hachait menu. Contrairement à la douleur physique, la souffrance mentale était invisible. Le désespoir, le découragement et le dégoût de la vie : toutes sortes d’émotions profondément négatives furent ravivées.