Chapitre 2 284
Depuis que Han Fei était sorti des Ruines des Dieux, sa puissance avait fait des bonds prodigieux. Il n’avait plus rien à voir avec celui qu’il était avant d’y entrer.
Même si son corps et son âme s’étaient peu renforcés, ses fondations étaient exceptionnellement solides. Il avait déjà étendu sa Mer d’Origine sur quatre cent mille kilomètres, cultivé son Âme Yang et révélé les avantages du Dao de l’équilibre.
L’attaque de Han Fei stupéfia Feng Xingliu. Ces deux-là avaient beau venir de familles extraordinaires, ils ne s’étaient pas attendus à rencontrer si facilement un tel Talent céleste.
Ils n’avaient encore jamais entendu parler d’un Talent céleste pareil.
Enfin, si : il y en avait deux. Dans leur vie, ils avaient effectivement croisé deux personnes dotées d’un talent aussi aberrant et d’une puissance de combat aussi étrange. La première était Feng Yu, cette femme impossible à décrire, le Talent céleste le plus puissant de l’histoire de leur race. Quant à l’autre, ils ignoraient s’il fallait le compter, mais il n’appartenait pas à leur race.
Feng Xingliu regarda Feng Qingcheng, bouche bée. « Sérieusement ? À ce niveau-là ? »
Feng Qingcheng pinça légèrement les lèvres. « Il doit être au même niveau que ma sœur. S’il parvient vraiment à tenir tête à ce Requin noir sans se faire battre, il pourrait bien entrer au tableau céleste. »
Feng Xingliu ouvrit de grands yeux. « Vraiment ? »
Feng Qingcheng répondit : « Tu ne lis simplement pas assez. Certaines familles de la Chaîne divine ont de jeunes descendants dont le sang a retrouvé sa forme ancestrale ; d’autres possèdent un Héritage divin, et certains naissent avec un Corps du Dao. Si nous sommes venus dans le Royaume divin de la Mer orientale, c’est pour rencontrer les héros du monde entier : des experts talentueux et les descendants des détenteurs d’un Héritage divin. C’est peut-être le premier que nous croisons. »
Voyant les beaux yeux de Feng Qingcheng briller, Feng Xingliu ne put s’empêcher de lancer d’un air renfrogné : « Hé ! Pourquoi tu as les yeux qui brillent ? Pourquoi tu souris ? Tu n’as pas peur qu’il se fasse battre ? »
Feng Qingcheng secoua la tête. « Comment un homme à qui ma sœur a donné le Sabre violent de la Plume de phénix pourrait-il être ordinaire ? S’il est vraiment aussi talentueux, il pourrait bien devenir mon beau-frère. »
« Lui ? »
Feng Xingliu ne put s’empêcher de marmonner. Comment Feng Yu aurait-elle pu tomber sous le charme de ce fanfaron ?
Tandis que Feng Xingliu faisait la moue, Han Fei avait déjà rangé le Sabre violent de la Plume de phénix. Il comptait se faire passer pour un membre de la Montagne de la Lumière du Poing. À quoi bon continuer à jouer du couteau ?
« Encaisse ça ! »
Han Fei décocha un coup de poing horizontal. Une marque de poing dorée jaillit à une vitesse dépassant celle de la lumière, chargée d’étranges runes.
Le Requin noir ricana. « Même avec une technique secrète, tu ne tiendras pas longtemps. Vieux Zhou, tu crois qu’une marionnette peut m’arrêter ? »
Sur ces mots, le Requin noir lança lui aussi un coup de poing horizontal. C’était également un cultivateur du corps. En cultivant le Poing du Dragon noir, il pouvait faire surgir une scène où une centaine de dragons se déchaînaient.
Bang ! Bang ! Bang !
Toc, toc, toc !
Pourtant, lorsque leurs poings s’entrechoquèrent, le Requin noir eut l’impression de sombrer dans un cauchemar. Il crut apercevoir une ombre démoniaque suprême. Son visage demeurait indistinct, mais un chemin semblait s’ouvrir devant lui. S’il l’empruntait, il pourrait presque rivaliser avec un dieu.
« La voie divine ? »
Le Requin noir respirait avec difficulté, mais il ne put contempler longtemps cette voie divine : la douleur dans son âme le ramena à lui. Chaque marque de poing de Han Fei portait un pouvoir étrange, capable, semblait-il, de s’imprimer directement dans son âme.
Les coups lui causaient déjà un léger malaise, mais après des milliers d’impacts en un instant, il eut l’impression que son âme était purifiée et baptisée par la foudre. Au cours de ce seul échange, son âme se dispersa et il faillit être possédé.
« Quelle est cette technique de poing ? »
Le Requin noir était horrifié. Non seulement il avait failli se perdre dans cette prétendue voie divine, mais ce type pouvait aussi attaquer directement son âme. Comment continuer le combat ? Son corps pouvait encore encaisser les coups, mais son âme finirait en miettes. Sa puissance de combat s’effondrerait alors, et il serait en danger.
Pourtant, le Requin noir ne prit pas la fuite. Il comprit simplement qu’il ne pouvait pas affronter Han Fei au corps à corps. Ce dernier était aussi puissant que lui, et ses attaques pouvaient lui transpercer l’âme sans fin.
Le Requin noir recula aussitôt, puis frappa du pied. Une ombre noire longue de plusieurs milliers de mètres apparut dans la mer.
« Corps divin Rakshasa, Malédiction des ténèbres ! »
« Un Corps de Loi ? »
Han Fei en eut la certitude : c’était bien un Corps de Loi. Une fois fusionné avec le Requin noir, il deviendrait une Idole du Dharma.
À bord du Requin noir, d’innombrables personnes s’exclamèrent.
« Le Corps divin Rakshasa ! Le patron a vraiment sorti son Corps de Loi ? »
« Qui est cet homme ? Comment a-t-il pu pousser le patron jusque-là ? »
Celui qui fut le plus effrayé fut le Vieux Qin, le capitaine de l’équipe de Feng Xingliu. Dès qu’il eut reconstitué son corps, il s’écria : « Le Corps divin Rakshasa ? Il figure parmi les mille premiers du classement des Corps de Loi ! »
Feng Qingcheng renifla. « Il ose faire le fier alors qu’il n’est même pas dans les cent premiers ? »
Feng Xingliu répliqua : « Hé, ça reste un Corps de Loi ! Il y en a d’autres ici ? »
Feng Qingcheng répondit : « Même sans Corps de Loi, je n’ai pas peur de lui. »
Rugissement !
À peine Feng Qingcheng eut-elle prononcé ces mots qu’un autre géant, haut de plusieurs milliers de mètres, surgit du sol. Celui-ci resplendissait d’une lumière dorée : c’était l’Idole du Dharma de Han Fei.
Beaucoup s’exclamèrent : « Lui aussi a un Corps de Loi ? »
« Quel genre de Corps de Loi est-ce ? »
« Pourquoi se trouve-t-il à l’intérieur du Corps de Loi ? »
« Pourquoi ce Corps de Loi lui ressemble-t-il à ce point ? »
Feng Xingliu ouvrit de grands yeux, et Feng Qingcheng s’exclama : « Monde de l’Idole du Dharma ! Il a déjà fusionné avec son Corps de Loi. Même s’il a fusionné avec le pire des Corps de Loi, cela reste une Idole du Dharma. Aucun Corps de Loi ne peut rivaliser avec une Idole du Dharma. »
C’était la première fois que Han Fei voyait un Corps de Loi autre que le Corps divin martial du Firmament. Il ne sut pourquoi, mais à la vue de ce Corps de Loi Rakshasa, sa gorge se contracta et il eut un peu faim.
Pourtant, sous la forme du Monde de l’Idole du Dharma, Han Fei lança une nouvelle salve de marques de poing dorées. Le Requin noir poussa un rugissement furieux. Même si son adversaire avait lui aussi un Corps de Loi, il n’avait pas encore transformé sa Mer d’Origine en étoile. Comment pourrait-il lui tenir tête ?
« Aaaah ! »
Toc, toc, toc !
Bang ! Bang ! Bang !
Comparé au combat entre Han Fei et le Requin noir, celui qui opposait Blood Fiend au Vieux Zhou paraissait bien banal.
Quant à Feng Xingliu, il n’avait plus rien à faire. Un instant plus tôt, il se croyait condamné ; l’instant d’après, un gros bras était venu à la rescousse.
En plus, ce gros bras était voyant, arrogant et féroce. Pour une raison ou une autre, son caractère ressemblait un peu à celui de Feng Yu.
Le Requin noir rugit comme un forcené : « Les Rakshasas se nourrissent de sang ! »
Un épais brouillard noir jaillit, chargé d’un puissant pouvoir corrosif. Lorsque le poing de Han Fei le traversa, il sentit sa chair et son sang se faire ronger.
« Hmph ! »
« Illumination céleste… »
Boum !
Un pilier divin descendit du ciel et purifia une grande partie du brouillard noir. Les poings de Han Fei s’abattirent en rafale et arrachèrent une partie de l’âme du Requin noir à son corps.
Pour une raison qu’il ignorait, Han Fei avait de plus en plus faim. Il ne se rendit même pas compte que son Idole du Dharma, qui ne mesurait au départ que dix mille mètres, grandissait à vue d’œil.
Il ne reprit ses esprits que lorsqu’elle dépassa les vingt mille pieds.
Sous les regards horrifiés de tous, Han Fei saisit le Corps de Loi Rakshasa à deux mains. Le Requin noir fit frénétiquement exploser son apparence illusoire, cherchant à briser l’Idole du Dharma.
Mais les mains de Han Fei étaient entravées par le pouvoir de son adversaire. D’une simple pensée, deux bras dorés jaillirent de son Idole du Dharma, agrippèrent le Corps de Loi Rakshasa et le mordirent.
« Hiii ! »
Tous les spectateurs retinrent leur souffle. Comment pouvait-on le manger ?
Feng Xingliu n’y comprenait rien non plus. Il se tourna vers Feng Qingcheng. « Qu’est-ce qui se passe ? Le Corps de Loi n’est-il pas condensé à partir des forces du ciel et de la terre ? Il est en train de manger le Corps de Loi du Requin noir ? »
Feng Qingcheng, tout aussi perplexe, entrouvrit la bouche. « Eh bien, je n’en sais rien ! L’Idole du Dharma est une déferlante de puissance empruntée par le corps d’origine. Hum… les livres n’en parlent pas ! »
« Crrac ! »
« Pouf ! Pouf ! Pouf ! Pouf ! »
Quatre grandes mains et une bouche déployèrent soudain leur force et déchirèrent le Corps de Loi du Requin noir.
« Crounch, crounch… »
Voyant le Corps de Loi Rakshasa sur le point de disparaître, Han Fei ouvrit la bouche et mordit quelque chose. Un pouvoir venu du ciel et de la terre sembla se faire engloutir par lui.
Puis Han Fei sentit soudain que la puissance de son Idole du Dharma avait augmenté de dix pour cent.
« Hein ? »
Han Fei était un peu perdu. Il s’était surtout servi de la deuxième Pilule divine pour cultiver son Idole du Dharma. À l’époque, lorsqu’il l’invoquait, sa puissance n’augmentait que de trente pour cent. Il l’avait utilisée bien des fois, mais c’était la première fois qu’il cherchait à engloutir le Corps de Loi de quelqu’un d’autre.
Han Fei se rappela alors qu’il avait commencé à comprendre son Idole du Dharma en fusionnant avec le Corps divin martial du Firmament.
Son cœur tressaillit. Sérieusement ?
Il se souvint que, d’après les informations sur la deuxième Pilule divine, lorsqu’on comprenait le Monde de l’Idole du Dharma, on prenait son propre corps pour Idole du Dharma. Les Neuf Cieux au-dessus de la tête, on foulait la Mer abyssale, et l’Idole du Dharma pouvait atteindre trente-trois mille pieds, tout engloutir et l’assimiler à son véritable corps.
Jusqu’alors, il n’avait jamais compris le véritable sens de cette absorption de toutes choses dans son vrai corps. Mais à présent, quelque chose lui paraissait étrange. S’il n’avait pas rencontré cet homme, il n’aurait sans doute jamais découvert qu’il pouvait dévorer le Corps de Loi d’autrui.
« Pouf ! »
Le Requin noir saignait des sept orifices, les cheveux en bataille. Il était au bord de la folie. Qui diable était cet homme ? Pourquoi se battait-il de façon aussi absurde ? Son Corps de Loi pouvait se faire dévorer ?!
À cet instant, bien que surpris, Han Fei ne ralentit pas. Son corps de plus de six mille mètres continuait de frapper le Requin noir de ses quatre poings.
Même si le Corps de Loi de ce dernier était brisé, il n’était pas totalement sans défense.
Toutefois, s’il avait invoqué son Corps de Loi, c’était pour bloquer les étranges coups de poing de Han Fei. À présent qu’il n’en avait plus, les marques de poing de Han Fei s’abattaient comme de grosses étoiles. Même s’il pouvait les arrêter, il ne voulait pas que son âme soit mise en pièces par son adversaire.
À cet instant, le Vieux Zhou, qui n’avait pas réussi à prendre le dessus sur Blood Fiend, s’écria : « Requin noir, j’en ai fini de jouer. Débrouille-toi tout seul ! »
Le vieil homme comprit que quelque chose clochait. Lors de cette compétition qui n’avait lieu que tous les cent mille ans, de nombreux experts cherchaient à traquer les puissants participants. Ils ne l’avaient pas fait auparavant, car il n’y avait eu jusque-là qu’une compétition dans le Royaume de l’Établissement de la Mer. Mais cette fois, il y en avait aussi pour les Vénérables, les maîtres de l’Établissement de la Mer et les Ouvreurs de Ciel. Ils savaient que les puissants du Royaume de l’Ouverture céleste venus participer étaient forcément exceptionnels, et beaucoup avaient donc tenté de les chasser.
Cela ne signifiait pas pour autant qu’ils pouvaient vraiment les traquer sans retenue.
Ces gens étaient trop puissants, surtout celui-là. Il n’avait même pas encore transformé sa Mer d’Origine en étoile, mais il dominait le Requin noir depuis le début du combat. Combien de Talents célestes de ce niveau y avait-il dans le Royaume divin de la Mer orientale ?
D’où venait-il ? Comment se pouvait-il que ceux qui le soutenaient ne lui aient laissé aucun atout ?
Un homme pareil n’avait peut-être même pas peur des Monarques. Le traquer de force ne pouvait que se retourner contre eux.
Le Requin noir était furieux ! Il s’apprêtait à battre en retraite.
Mais Han Fei le pressa de plus belle. Le géant courut dans les airs et le poursuivit à une vitesse dépassant celle de la lumière. Han Fei cria : « Tu peux te tirer, mais laisse le navire derrière toi. »
Requin noir : « ??? »