Chapitre 2 246
« Comment est-ce possible ? »
L’homme d’âge mûr avait probablement deviné que Han Fei ne mourrait pas : c’était un monstre capable d’affronter seul huit Ouvreurs de Ciel.
Depuis le début, ils savaient que ceux qui osaient participer à la compétition décennale du Royaume de l’Ouverture céleste ne pouvaient pas être faibles.
Mais, à cet instant, la puissance au combat dont Han Fei fit preuve dépassa leur imagination. Ils prirent alors conscience du fossé entre les mortels et les Talents célestes.
Même si l’homme d’âge mûr n’avait tiré que cinq pour cent de sa puissance de sa Mer d’Origine, cela représentait tout de même un chiffre astronomique terrifiant.
Han Fei lança : « En comparaison, vous n’êtes pas très malin. Même si je peux demander beaucoup, vous pouvez au moins marchander ! Vous croyez pouvoir me tuer ? Qui vous a donné cette idée irréaliste ? »
En un clin d’œil, la silhouette de Han Fei disparut et le vide se distordit.
L’homme d’âge mûr fut pris de court. « Ça va mal, il se déplace à une vitesse supraluminique ! Repliez-vous, repliez-vous, repliez-vous ! »
« Pfft ! »
L’un d’eux n’eut pas le temps de réagir. Il sentit seulement quelqu’un pénétrer au plus profond de son âme. Au moment où son corps explosa, il se dit : *Je suis au Royaume de l’Ouverture céleste. Je peux ressusciter. Dès que je reviendrai à la vie, je me rendrai et je paierai.*
Seulement, il ignorait que Han Fei avait détruit sa marque vitale et qu’il n’avait aucune chance de ressusciter.
Boum ! Boum !
Après avoir transpercé trois puissants cultivateurs du Royaume de l’Ouverture céleste à la suite et en avoir tué un, le poulpe rugit qu’il allait condenser une perle démoniaque et se battre jusqu’à la mort. Han Fei réapparut devant eux.
L’homme d’âge mûr fut un peu surpris que Han Fei ne poursuive pas son attaque, mais, quelle qu’en fût la raison, il s’empressa de dire : « Si vous voulez des ressources, je vous les donnerai. »
Han Fei sourit. « Voilà qui est mieux ! L’harmonie apporte la prospérité. Pourquoi se battre ? »
L’homme d’âge mûr était terrifié. Lui qui avait toujours été un chasseur n’avait aucun moyen de résister à un véritable expert. La force de cet homme lui inspirait une peur sans précédent.
« C’est donc ça, le niveau des Talents célestes qui vont participer à la Compétition des Dix Mille Ans ? »
L’homme d’âge mûr n’avait jamais rencontré quelqu’un comme lui. S’il était déjà aussi fort avant de transformer sa Mer d’Origine en étoile, à quel point le serait-il après l’avoir fait ?
Han Fei n’avait pas l’intention de tuer ces gens, puisqu’ils les avaient laissés partir un peu plus tôt. Que ce soit par peur ou pour une autre raison, ils l’avaient au moins fait.
S’il voulait récupérer ce qu’on lui avait pris, c’était parce qu’on l’avait dépouillé sans raison. En tant qu’Empereur humain, il pouvait donner de l’argent, mais il ne tolérerait certainement pas qu’on le vole. Il y perdrait la face.
Au bout du compte, l’homme d’âge mûr ne rassembla que des ressources équivalant à 90 000 kilomètres. Bien sûr, ce n’était pas grand-chose pour Han Fei. Plus il avançait dans le Royaume de l’Ouverture céleste, plus il avait besoin de ressources. Cette petite forteresse des Monstres marins avait pu lui en fournir l’équivalent de 110 000 kilomètres, ce qui dépassait déjà ses attentes.
À cet instant, Han Fei se tenait sur la tête du grand poulpe et dit d’un ton détaché : « Montrez-moi votre carte marine. »
L’homme d’âge mûr n’osa pas tarder. Il sortit aussitôt une tablette de jade et répondit : « Compagnon taoïste, cette carte marine couvre deux grands camps de vagabonds et s’étend sur une zone maritime d’un demi-année-lumière. C’est la meilleure que je possède. »
Han Fei la balaya du regard grâce à sa perception. Elle indiquait bien deux grands camps de vagabonds. L’un d’eux était leur destination précédente : la Cité du Clair de Lune magique. On y comptait 1 009 îles, 117 campements ordinaires de la nature sauvage, 203 grands navires de vagabonds, 58 forteresses des Monstres marins et un château mobile.
Les navires de vagabonds, les forteresses des Monstres marins et les châteaux mobiles n’avaient pas d’emplacement fixe. Ils pouvaient se trouver n’importe où dans cette zone maritime. Cette distance d’une année-lumière représentait leur territoire.
Han Fei trouvait malgré tout que la zone d’un demi-année-lumière était démesurément vaste.
Même s’il maîtrisait la vitesse supraluminique, il n’avançait qu’à trois fois la vitesse de la lumière. Il lui faudrait au moins deux mois pour traverser une telle zone maritime. Un Établisseur de Mer ordinaire mettrait six mois, même en voyageant à la vitesse de la lumière. Mais comment un Établisseur de Mer ordinaire pourrait-il aller aussi vite ? Cela signifiait que la plupart des gens mettraient peut-être trois ou cinq ans pour traverser cette zone.
Un grand camp de vagabonds se trouvait à environ huit jours de marche de sa position actuelle, à la vitesse de la lumière.
Han Fei comprit aussitôt que ce devait être la première bataille de leur épreuve.
D’après la carte marine qu’il avait obtenue, il y avait plus de 160 îles et 23 campements ordinaires de vagabonds entre la Terre désolée chaotique et ce camp de vagabonds.
Il devait y avoir beaucoup d’endroits semblables à l’Île des Rêves dans cette zone maritime.
Han Fei se dit que la crise évoquée par Mo Qi était peut-être simplement l’écrasante brutalité du monde extérieur envers les gens de la Terre désolée chaotique. Il estima que, même si tous ceux qui étaient partis cette fois étaient des Talents célestes, au moins un cinquième d’entre eux seraient éliminés dans cette zone maritime.
Bien sûr, cette élimination s’accompagnait d’une progression rapide. Seuls le péril et la proximité de la mort permettaient de grandir aussi vite. Il était clair que les 150 personnes choisies par la Cité des Charognards ne constituaient pas le véritable nombre de participants à la Compétition des Dix Mille Ans.
Han Fei estima qu’ils auraient de la chance si la moitié atteignait la Dynastie de la Capitale divine. Il soupçonnait même qu’il serait déjà remarquable qu’un tiers y parvienne.
Traverser une zone maritime aussi vaste et affronter tant d’épreuves pouvait effectivement former des experts du Royaume de l’Ouverture céleste.
Malheureusement, une telle épreuve n’avait aucun intérêt pour Han Fei. Son seul avantage était de lui permettre de trouver des adversaires avec qui s’entraîner et de se tremper au combat. Puisque la nature sauvage était si dangereuse, les batailles devaient y être nombreuses. Peut-être pourrait-il atteindre un équilibre parfait entre son corps et son âme avant la Compétition des Dix Mille Ans.
Même s’il n’avait pas atteint le Dao extrême, il voulait éprouver la puissance qui se cachait derrière le Dao de l’équilibre.
Han Fei demanda : « Puisque vous savez déjà que je vais au Royaume divin de la Mer orientale pour participer à la Compétition des Dix Mille Ans, savez-vous à quelle distance se trouve la Dynastie de la Capitale divine ? »
L’homme d’âge mûr secoua la tête avec un sourire amer. « À vol d’oiseau, elle se trouve à environ huit années-lumière. Malheureusement, je n’y suis allé qu’une fois. Le voyage est trop dangereux. En chemin, des forteresses des Monstres marins m’ont capturé, des châteaux mobiles m’ont retenu et j’ai dû me battre dans divers campements de la nature sauvage. Heureusement, j’ai survécu et j’ai pu former cette petite forteresse des Monstres marins. »
« Hé… »
Han Fei se sentit au plus mal. À quel point ce Royaume marin était-il vaste ? La Dynastie de la Capitale divine était-elle si éloignée ? Il se demanda comment réagiraient les autres qui étaient partis avec lui s’ils apprenaient qu’elle se trouvait si loin.
Pour la première fois, Han Fei trouva que cinquante ans, c’était très court. S’il n’y prenait pas garde, il n’arriverait pas à temps.
Quant aux épreuves évoquées par l’homme d’âge mûr, elles ne l’inquiétaient pas. La vie était pleine de dangers et d’occasions. Comme on disait, les accidents arrivaient. Il voulait lui aussi découvrir à quoi ressemblait ce fameux château mobile.
Même les forteresses des Monstres marins comptaient un expert du niveau de la Transformation stellaire. Le château mobile devait être gardé au moins par un expert sur le point d’atteindre le royaume de la Longévité. Il y avait même peut-être un Monarque. Il ne fallait pas sous-estimer ces endroits.
Han Fei avait beaucoup de questions. Il décida donc d’interroger l’homme d’âge mûr.
Han Fei demanda : « Puisque vous utilisez la Mer d’Origine de ce poulpe comme campement, n’avez-vous pas peur qu’il vous dévore et se serve de la puissance de sa Mer d’Origine pour vous écraser et vous anéantir tous ? Vous deviendriez alors un excellent tonique pour lui. »
Cette fois, le poulpe répondit : « Je suis un Esprit compagnon. »
« Hein ? »
Han Fei ne put s’empêcher de regarder l’homme d’âge mûr. *Ce poulpe est donc son Esprit compagnon ? Cet homme est encore plus puissant que je ne le pensais.*
Si l’homme d’âge mûr s’était battu de toutes ses forces contre lui un peu plus tôt, il lui aurait peut-être fallu un certain temps pour le vaincre.
L’homme d’âge mûr répondit : « En temps normal, seul votre Esprit compagnon est vraiment digne de confiance. Les autres peuvent rester indéfiniment dans ma forteresse des Monstres marins, à condition qu’ils me fassent confiance ou me prêtent serment. Nous ne faisons plus qu’un ; nous vivons et nous développons ensemble. »
Han Fei fut surpris. Les faibles s’attachaient généralement aux forts. Cela signifiait-il qu’il y avait en réalité beaucoup plus de gens dans le grand poulpe ?
Han Fei demanda : « Combien de personnes vivent dans votre campement ? »
L’homme d’âge mûr ne put que répondre : « Environ 80 000, mais peu d’entre elles ont dépassé le Royaume de l’Établissement de la Mer. À chaque combat, seuls les plus forts peuvent se battre, afin de montrer notre puissance. »
Han Fei comprit. Voilà pourquoi on l’appelait une forteresse des Monstres marins : plus de 80 000 personnes vivaient à l’intérieur de ce poulpe.
Pas étonnant que l’homme d’âge mûr n’ait pas osé se battre à mort contre lui. Au moindre faux pas, beaucoup de gens seraient morts.
Cela dit, dans ce monde, les forts dévoraient les faibles. Il avait tué un Ouvreur de Ciel, ce qui affaiblirait assurément considérablement la forteresse des Monstres marins de cet homme d’âge mûr. Mais il n’y pouvait rien. Ils auraient dû l’écouter et le payer plus tôt.
Han Fei lança : « Allez ! Reprenez la chasse. Tout le monde ne peut pas trouver votre position comme moi, et tout le monde ne peut pas en affronter dix à lui seul. Je vous ai dépouillés aujourd’hui. Si vous l’osez, vous pourrez vite reconstituer vos réserves. C’est une épreuve. Les pontes ne s’en soucieront pas. »
Le grand poulpe et l’homme d’âge mûr prirent respectueusement congé de Han Fei, puis s’enfuirent au plus vite.
Ce ne fut qu’après s’être éloignés qu’ils se sentirent gagnés par l’effroi. Ils estimèrent avoir eu de la chance de survivre cette fois.
Le grand poulpe dit : « Peut-être que cet homme a quitté la Terre désolée chaotique pour la première fois et qu’il ignore à quel point la nature sauvage est dangereuse. Sinon, nous serions morts. »
L’homme d’âge mûr acquiesça à son tour. « Il est beaucoup trop fort. Il doit être un expert sans égal, formé par les grandes puissances de la Terre désolée chaotique. Allez savoir comment un homme pareil nous a trouvés. »
Après avoir laissé partir le grand poulpe, Han Fei déposa les ressources dans sa Mer d’Origine, mais ne reprit pas immédiatement sa route. Il entra plutôt dans sa Mer d’Origine pour cultiver.
Pour les gens ordinaires, il fallait au moins un mois, voire deux, avant d’atteindre le campement le plus proche de la nature sauvage.
Pendant ces deux mois, autant cultiver dans sa Mer d’Origine.