Chapitre 2 236
« Putain, je le tuerai en rentrant. »
Ce ne fut qu’après que Han Fei eut pénétré dans la demeure de Mo Qi que Zhou Bo put achever de réparer son corps. Sans même regarder le majordome Zhou, toujours agenouillé par terre, il lança des injures en direction de la maison de Mo Qi.
« Pourquoi tu te la racontes autant, espèce de fichu médium minable… »
Boum !
Avant qu’il ait fini sa phrase, Zhou Bo reçut une gifle si violente que la moitié de son corps explosa.
« Putain, espèce d’idiot. Rentre chez toi et mets-toi à genoux. Cette fois, tu ne participeras pas à la compétition. »
Le visiteur avait une allure imposante. À sa vue, bon nombre des disciples présents ne purent s’empêcher de se tenir à carreau. N’était-ce pas Zhou Liheng, le chef actuel de la Famille Zhou ?
Zhou Bo, encore abasourdi, était en train de réparer son corps lorsqu’il vit son père joindre les mains en direction de la maison. « Fée Mo Qi, mon fils est irréfléchi et vous a offensée. Je vais le ramener chez nous et le corriger. Quant au majordome, faites-le s’agenouiller aussi longtemps que vous le souhaitez. »
« Papa ! Qu’est-ce que tu… »
« Tais-toi ! »
Zhou Bo n’osa plus ouvrir la bouche.
Mais les paroles suivantes de Mo Qi rendirent livide le seigneur classé quatrième.
Une voix s’éleva de la maison. « Zhou Liheng, tu ferais mieux d’avoir un autre enfant ! J’ai pratiqué une divination pour ton fils. Il n’a déjà pas beaucoup de chance, et il connaîtra à coup sûr une grande calamité d’ici mille ans. Même s’il y survit, d’autres calamités l’attendront. Bref, il ne vivra pas au-delà de trois mille ans et mourra jeune. »
Le visage de Zhou Liheng se crispa et ses paupières tressaillirent. Avait-il donc engendré un bon à rien ?
Même s’il estimait que son fils n’était pas si mauvais, Zhou Liheng n’osait vraiment pas mettre en doute les paroles de Mo Qi. Même le Monarque devait faire appel à elle. En outre, elle n’avait aucune raison de lui mentir. Elle devait encore rester longtemps dans la Cité des Charognards ; mille ans ne représenteraient qu’un clin d’œil pour elle. À quoi bon lui mentir ?
Aussitôt, le regard de Zhou Liheng se fit glacial. Son fils avait vu ce qu’il avait fait aujourd’hui. Comment avait-il pu engendrer un imbécile pareil ? Avec un tempérament aussi suicidaire, il doutait qu’il vive jusqu’à trois mille ans.
Zhou Bo venait tout juste de rétablir son corps quand il entendit le jugement de Mo Qi à son sujet. Il paniqua sur-le-champ. « Papa, ne l’écoute pas, cette salope… »
Pan !
Zhou Liheng le gifla du revers de la main, et Zhou Bo fut projeté au loin comme un boulet de canon.
Zhou Liheng joignit les mains en direction de Mo Qi, puis se retourna d’un air indifférent. « À partir d’aujourd’hui, tu n’es plus le jeune maître de la Famille Zhou. La famille ne te fournira plus aucune ressource. Va te débrouiller seul ! Tu pourras revenir si tu vis au-delà de trois mille ans. »
Zhou Bo : « ??? »
Tous les disciples centraux des familles : « ??? »
Tous restèrent bouche bée, Pan Ying comprise.
Ils savaient qu’il ne fallait pas prendre Maître Mo Qi à la légère et qu’il fallait la respecter. C’est pourquoi ils avaient patiemment attendu leur tour pendant trois jours.
Mais ils ne s’étaient pas attendus à ce que cette maîtresse soit si redoutable.
Il suffisait de voir la réaction du chef de la Famille Zhou. À cause des paroles de Mo Qi, l’avenir de Zhou Bo était ruiné. Le jeune maître de la Famille Zhou venait d’être chassé par les siens. Qui aurait pu supporter une telle chose ?
Plus important encore, la réaction de Zhou Liheng leur révélait clairement le poids des paroles de la personne qui se trouvait à l’intérieur.
Aussitôt, tous redoublèrent de respect. Ils ne voulaient pas devenir le prochain Zhou Bo. Ils comprirent aussi que leur statut de disciples centraux n’était pas aussi élevé qu’ils l’avaient imaginé. Bien des gens pouvaient encore ruiner leur vie d’un simple regard.
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Dans la chambre de Mo Qi, Han Fei était assis nonchalamment sur une chaise. « Tu viens de ruiner son avenir en quelques mots ? »
Mo Qi répondit d’un ton maussade : « Je n’ai pas menti. Il n’a vraiment pas de chance. Il ne vivra pas au-delà de trois mille ans. »
Han Fei demanda : « Et qui, selon toi, a de la chance ? »
Mo Qi répondit : « J’ai la flemme de regarder… Hein… »
Elle prétendait ne pas vouloir vérifier, mais leur jeta tout de même un coup d’œil et s’exclama, surprise : « Ils sont tous condamnés à mourir jeunes ? »
Puis Mo Qi ne put s’empêcher de fixer Han Fei, les yeux brillants.
« Pourquoi tu me regardes ? Ça n’a rien à voir avec moi. Ils ne vont pas participer à la Compétition des dix mille ans ? Ils ont vécu dans le luxe depuis leur naissance. Une fois là-bas, ils devront se battre à mort, et tous les génies du Royaume divin de la Mer orientale s’y rassembleront. À mon avis, ce serait un miracle qu’ils en réchappent. »
Le cœur de Mo Qi fit un bond. « Pourquoi tu te justifies ? »
Han Fei demanda : « Je me justifie ? »
Mo Qi rétorqua : « Tu es bien bavard, aujourd’hui ! »
Han Fei fronça les sourcils. « Je suis venu voir mon alliée. »
Mo Qi le dévisagea un instant, puis déclara tout à coup : « Je ne sais pas pourquoi, mais je viens de me dire que tu étais le corps original. »
« Moi ? »
Mo Qi sourit soudain. « Arrête de faire semblant. Tu t’es trahi. Tu m’as vraiment bernée. J’ai toujours cru que tu étais un avatar. Les hommes, de nos jours, sont vraiment tous des menteurs. »
Han Fei fronça les sourcils. « Comment pourrais-je être le corps original ? »
Mo Qi renifla. « Humph ! Ne nie pas. Tu as scellé ton Grand Dao du Temps, pas vrai ? C’est pour ça que, quand je t’ai embrassé tout à l’heure, je l’ai senti grâce à notre contact physique étroit. »
Han Fei : « Hein ? »
Mo Qi reprit : « Tu ne sais donc pas que deux personnes qui suivent le même Grand Dao réagissent quand elles se touchent ? »
Han Fei resta bouche bée. « Quand est-ce que tu m’as embrassé ? »
Mo Qi répondit : « Tu as scellé le Grand Dao du Temps, alors tu ne sais évidemment pas que je viens d’utiliser le Temps qui s’écoule. »
Han Fei ne sut que répondre. « Vraiment ? Attends, tu n’as donc aucune limite ? Je te préviens, j’ai une femme. Je ne t’épouserai pas. »
Mo Qi reprit : « Dis-moi plutôt ! Pourquoi ne t’ai-je pas dit que tu étais le corps original ? »
Han Fei plissa les yeux. « Ça ne te servirait à rien de savoir si je suis le corps original ou non. Et je ne veux pas que mon plan comporte la moindre faille. »
Les yeux de Mo Qi s’illuminèrent. « Alors, tu es vraiment le corps original ? »
« Hein ? »
Han Fei se leva brusquement. « Attends, qu’est-ce que tu veux dire ? »
Mo Qi éclata aussitôt de rire. « Hahaha ! Je t’ai menti, tout à l’heure. Je ne t’ai pas embrassé. Pourquoi est-ce que je t’embrasserais, avec une tête pareille ? »
Han Fei : « … »
Han Fei se sentit au plus mal. Il en était sûr : les femmes étaient nées menteuses. Plus elles étaient belles, plus elles mentaient. Ce dicton disait vrai.
Mo Qi était ravie. « Waouh, tu me l’as même caché ! Tu suis un Grand Dao spécial ? Ce ne serait quand même pas une grande technique ? Je ne comprends pas comment une grande technique pourrait se dissimuler à un Monarque ! »
Han Fei se dit : *C’est normal que tu ne saches pas. Comment pourrais-tu connaître les techniques divines issues du Pot de Purification des Démons ?*
Han Fei comprit malheureusement qu’il s’était fait avoir et n’insista pas.
« Comment as-tu deviné ? »
Mo Qi répondit : « Tu progresses trop vite. Ça n’a aucun sens. »
« Ah… »
Han Fei prit une longue inspiration. « Bon, allons droit au but. Je ne suis pas venu pour te laisser découvrir mon identité. Je veux savoir si tu es vraiment prisonnière ici. Avec ton statut, tes moyens et ton identité, tu pourrais facilement quitter la Cité des Charognards, non ? »
Han Fei se posait cette question depuis longtemps. Il voulait tirer l’affaire au clair avant de se rendre dans la Dynastie de la Capitale divine. Sinon, il avait le sentiment qu’il y avait quelque chose de louche dans ce que Mo Qi lui avait demandé de faire.
Mo Qi ouvrit de grands yeux et le regarda d’un air innocent. « Mon identité ? »
Han Fei poursuivit : « Tu peux insulter les dix grands seigneurs comme bon te semble, Zhao Honghuang ne peut pas te contrôler, et le Monarque aux Dix Mille Écailles tolère tes agissements. J’imagine qu’il te demande même de l’aide, pas vrai ? Tu ne fais pas partie de la Race aux Dix Mille Écailles, mais ton statut dans la Cité des Charognards est si particulier que je me demande si tu n’es pas même au-dessus de Zhao Honghuang. Alors pourquoi as-tu besoin de mon aide ? Pourquoi ne pars-tu pas simplement par tes propres moyens ? »
C’était à cause de ces questions que Han Fei soupçonnait Mo Qi d’appartenir au Temple du Temps. Il avait l’impression que ceux qui suivaient le Grand Dao du Temps étaient liés au Temple du Temps. C’était qu’il n’en avait rencontré que deux : la Carpe-dragon du Temps, d’abord, puis Mo Qi. Le Temple du Temps avait chassé la Carpe-dragon du Temps, tandis que Mo Qi jouissait d’un statut extraordinaire. Impossible qu’il ne la soupçonne pas.
Clac !
Avec l’assurance d’un grand personnage, Mo Qi tapa l’épaule de Han Fei. « Hé ! Ne te méprends pas. Je suis à l’épreuve ! Peu importe qui je suis, je ne peux partir d’ici que par mes propres moyens. Quels que soient les moyens auxquels j’ai recours, ils doivent être les miens. Sinon, pourquoi rester ici ? Autant partir pour la Dynastie de la Capitale divine, non ? »
Han Fei eut un petit rire. « Cette épreuve est vraiment longue. Le Monarque aux Dix Mille Écailles t’a personnellement regardée la passer ? »
Mo Qi répondit : « L’épreuve de chacun est différente. Même si la Cité des Charognards me respecte et que je dispose de ressources innombrables, je suis coincée ici ! Je ne vais tout de même pas surveiller une bande de membres des Dix Mille Écailles pendant des dizaines de milliers d’années, si ? »
Han Fei ne répondit pas ; il se contenta de regarder Mo Qi en silence.
Elle eut l’air un peu mal à l’aise. Après un long moment, elle dit : « Si je te le raconte, tu devras m’expliquer pourquoi tu as fait tant d’efforts pour entrer dans la Cité des Charognards. Avec ta force, tu peux te débrouiller dehors. Tu n’as aucune raison de rester ici. »
Han Fei hocha la tête. « D’accord ! »
Les yeux de Mo Qi s’illuminèrent. « Vraiment ? »
Han Fei répondit : « Vraiment. »
Mo Qi s’empressa de lui dire : « Je viens d’une superpuissance. C’est ma dernière épreuve ; je dois donc la réussir seule. Une fois cette épreuve terminée, plus personne ne pourra me contrôler. Même si je peux continuer à obtenir des ressources dans la Cité des Charognards, à devenir plus forte, à consolider mes bases et même à explorer la Mer des Étoiles, je déteste devoir attendre trop longtemps. »
Le cœur de Han Fei fit un bond. Il s’agissait donc bien d’une superpuissance. Sinon, pourquoi le Monarque aux Dix Mille Écailles aurait-il été si courtois avec Mo Qi ?
Han Fei demanda : « Alors, le sort de la Race aux Dix Mille Écailles t’indiffère vraiment ? Tu n’es ici que temporairement ? »
Mo Qi secoua la tête. « Ça m’est vraiment égal. L’essor ou le déclin d’une race suit le cours naturel des choses. Chaque jour, des races disparaissent et d’autres émergent dans ce monde, comme il y a la naissance, la vieillesse, la maladie et la mort. De toute façon, nous n’intervenons jamais dans ce genre d’affaires. Et toi ? Pourquoi veux-tu t’infiltrer dans la Race aux Dix Mille Écailles ? »
Han Fei fixa Mo Qi avec intensité. Quelques secondes plus tard, il prit un air grave et déclara, détachant chaque mot : « Parce que je suis l’empereur de la race humaine. »