Chapitre 2 194
Comme lorsque Han Fei disputait chaque jour le classement de l’arène, cette série de défis acharnés dura plus d’un mois.
En un mois à peine, Han Fei atteignit la cinq-centième place. Dans le camp intérieur du Camp des forces de l’ordre, c’était un record presque sans précédent.
Chen Yan prenait chaque jour le temps de vérifier les progrès de Han Fei dans les défis.
Aujourd’hui était un moment décisif : Han Fei allait entrer dans le top cinq cents du camp intérieur. Tous les maîtres puissants du camp qui n’étaient pas partis en mission étaient donc venus assister au combat.
En réalité, moins de trois cents personnes du camp intérieur figuraient parmi les cinq cents premiers. Toutes les autres avaient participé à diverses missions.
Le top cinq cents n’était donc pas l’essentiel. Ce classement ne représentait que le potentiel de Han Fei dans la Cité des Charognards.
Entrer dans le top cinq cents du camp intérieur signifiait que Han Fei avait les qualités requises pour devenir l’un des plus grands maîtres de la Cité des Charognards. Il aurait plus de chances de percer jusqu’à l’ouverture du ciel et sa puissance serait plus grande une fois ce cap franchi.
En réalité, tous ceux qui parvenaient à intégrer le camp intérieur étaient susceptibles de percer jusqu’à l’ouverture du ciel.
Toutefois, seuls ceux du top cent pouvaient vraiment s’attirer les faveurs des hauts gradés.
À cet instant, face à Han Fei se tenait un roi de la Race aux Dix Mille Écailles, qui dégageait une aura meurtrière impressionnante. Il avait forcément cultivé une technique étrange pour atteindre un tel niveau.
L’homme déclara : « Plus tu te bats, plus tu ralentis. À présent, tu ne peux affronter que six personnes par jour. Je ne suis peut-être pas en mesure de gagner, mais je refuse de croire que tu puisses atteindre le top cent sans t’arrêter. Alors, allons-y ! »
Une énorme hache rouge sombre apparut dans sa main, accompagnée d’une chaîne noire.
Fwouh !
L’homme saisit la chaîne et la fit tournoyer en décrivant un arc. Sa puissance était comparable à celle de Tu Meng.
Han Fei voulut se ruer sur lui, mais l’homme avait manifestement laissé une ouverture exprès. Il tenait une chaîne dans la main gauche.
Han Fei leva son long sabre sur le côté.
Clang !
Han Fei fut projeté à plusieurs dizaines de mètres. Au contact du coup, il comprit que cette hache géante avait le pouvoir d’absorber la force.
« Intéressant. Tu veux absorber ma force pour accroître la tienne ? »
Après cette attaque d’essai, comme Han Fei ne ripostait pas, l’homme ramena soudain sa hache géante et la saisit à deux mains. Han Fei vit alors qu’il en tenait une autre, rouge sombre, dans la main gauche.
« Ton Dao du sabre a fusionné avec le Dao céleste. Laisse-moi donc te montrer mon Dao de la hache, qui a lui aussi fusionné avec le Dao céleste. »
Bzzz !
Une immense silhouette apparut derrière lui, et ses deux haches s’abattirent avec rage. On aurait dit qu’un rayon de lumière fendait le ciel, tandis que la pression écrasante du Grand Dao s’abattait. Sous cette aura meurtrière, Han Fei fut quelque peu surpris : l’aura de cet homme était vraiment puissante.
Parmi les maîtres qui assistaient au combat, quelqu’un dit avec un léger sourire : « Guo Meng est allé étudier dans la Zone minière infinie. Il est en retraite depuis des années. Sa véritable puissance dépasse largement la cinq-centième place. Je me demande si Ye Fengliu saura encaisser cette hache. »
En voyant cette attaque, Han Fei sut qu’il ne pouvait plus cacher sa force. Son adversaire était bien trop puissant pour se classer cinq-centième. Il avait presque deux fois plus de force que les combattants précédents.
Han Fei ne croyait pas qu’un roi quelconque classé cinq-centième puisse lancer une attaque pareille. L’aura meurtrière de cette hache imprégnait l’âme, sa puissance y était mêlée, et la volonté du Dao céleste en décuplait la force.
Han Fei se dit que cet homme n’avait aucun sens à être classé cinq-centième.
Boum !
Han Fei leva la main et, du pouce, entrouvrit le fourreau.
Aussitôt, tout le monde écarquilla les yeux. Ce type allait enfin dégainer ?
« Bon sang, il s’est retenu jusque-là. Il entretient encore son sabre ? »
« En si peu de temps, ce ne peut pas être une technique d’entretien du sabre. Il a dû comprendre quelque chose à l’Arène des Charognards. »
Un maître puissant classé aux alentours de la trois-centième place déclara gravement : « Je ne pourrais pas résister à la hache de Guo Meng. Depuis son retour de la Zone minière infinie, il s’est retiré du monde. Je ne pensais pas qu’il avait si bien dissimulé sa véritable force. »
Quelqu’un hocha la tête. « C’est vrai. Cette hache a déjà fusionné avec le Dao céleste. Impossible de savoir si c’est son propre Dao ou celui du Ciel. »
Clang !
Dans un crissement de métal, Han Fei tint le fourreau d’une main et le sabre de l’autre. Le son du sabre qu’on tirait semblait résonner depuis longtemps, mais, en réalité, il ne dura qu’un instant.
Une lueur éclatante jaillit de la lame. Avant même qu’elle ne soit entièrement sortie du fourreau, un enfer de lames s’étendit sur mille kilomètres, attirant toute chose dans son sillage. Au moment où le sabre fut dégainé, beaucoup crurent rester figés dans l’instant même où Han Fei le tirait, comme si celui-ci ne finirait jamais de dégainer.
« Art du dessin ! »
Quand l’Art du dessin fusionna avec l’Enfer des lames, les rois ne purent dire si Han Fei avait dégainé son sabre ou s’il avait dissimulé des milliards de lueurs de lame dans son fourreau.
Clang !
Le sabre et la hache s’entrechoquèrent dans un tintement clair et continu. Le ciel changea de couleur, des traînées lumineuses jaillirent dans toutes les directions. Le vainqueur n’était pas encore désigné, mais des milliards de lueurs de lame balayèrent l’endroit où se trouvait Guo Meng.
« Pff ! Pff ! Pff ! Pff ! »
Des entailles apparurent sans cesse sur le corps de Guo Meng : d’abord une, puis dix, puis cent, jusqu’à le recouvrir entièrement.
Une trace de sang perla au coin des lèvres de Han Fei.
À cet instant, un puissant maître du camp intérieur se leva brusquement, les yeux brillants. « Tous deux ont déjà fusionné avec le Dao céleste ? »
Une femme entrouvrit les yeux. « Pour cette attaque, ces deux-là sont proches du top cent. Malheureusement, il leur faut longtemps pour la lancer. Leur véritable puissance de combat se situe donc entre le top cent et le top deux cents. »
Crac !
Soudain, Guo Meng sentit ses haches géantes perdre toute leur force. Il les rapprocha ; un Qi immortel jaillit et bloqua de justesse l’attaque de Han Fei, le projetant à des milliers de kilomètres.
Une fois arrêté, Guo Meng plissa les yeux, observa la fissure sur sa hache géante, puis la rangea lentement.
« Très bien ! Tu as gagné ce combat ! »
Quelqu’un s’exclama : « Guo Meng, tu abandonnes ? »
Guo Meng ricana. « Ce n’est qu’un combat amical. Tu crois que c’est plus important que ma hache ? »
Puis il jeta un coup d’œil à Han Fei. « Ton sabre est dans le même état, pas vrai ? »
Han Fei ayant déjà rangé son arme, les autres ne pouvaient pas la voir. Mais d’après les paroles de Guo Meng, il ne semblait pas avoir remporté la victoire non plus.
Quelqu’un poussa donc un soupir de soulagement. « Ouf ! Je croyais qu’il allait encore gagner. On dirait qu’il va enfin s’arrêter au top cinq cents. »
« S’arrêter ? Je ne sais pas d’où te vient cette assurance. Ces deux-là ont clairement dépassé le niveau de la cinq-centième place. Personne ne leur reprocherait de gagner deux cents rangs. Comment peux-tu dire qu’il va s’arrêter ? »
« Hein ? Ils sont si forts que ça ? »
« Bien sûr. Regarde leurs expressions. Ils ont l’air détendus ? »
Quelqu’un ne put s’empêcher de jeter un coup d’œil aux cinq cents maîtres les mieux classés. La plupart avaient l’air grave, comme s’ils repensaient encore au combat qui venait d’avoir lieu.
À cet instant, une silhouette apparut soudain.
Les rois joignirent aussitôt les mains en signe de salut. « Salutations, Maître Exécuteur des lois. »
Chen Yan hocha légèrement la tête, jeta un regard à Guo Meng puis à Han Fei, et déclara : « Guo Meng a fusionné avec le Dao céleste. D’après les tests de puissance précédents, il est classé deux-cent-trente-septième dans le camp intérieur. Quelqu’un s’y oppose ? »
Tout en parlant, Chen Yan regarda un homme classé deux-cent-trente-septième, qui n’avait toutefois pas entièrement fusionné avec le Dao céleste.
L’homme s’empressa de répondre : « Maître Exécuteur des lois, je n’ai aucune objection. »
Chen Yan poursuivit : « Ye Fengliu a déjà fusionné avec le Dao céleste. Il a certes pris l’avantage dans son combat contre Guo Meng, mais on peut soupçonner qu’il entretenait son sabre. Il est donc classé deux-cent-trente-huitième dans le camp intérieur. Quelqu’un s’y oppose ? »
Le puissant maître que Guo Meng venait de remplacer esquissa un sourire amer et répéta : « Je n’ai aucune objection. »
Il resta sans voix et recula de deux pas.
Mais, comme l’avait dit Chen Yan, au vu de la puissance dont Guo Meng et Ye Fengliu venaient de faire preuve, il ne pouvait résister à aucun des deux.
Même s’il avait réussi à encaisser leurs coups, il aurait été incapable de poursuivre le combat. Cette fois, il acceptait donc le classement sans discuter.
Puis Chen Yan déclara : « Ye Fengliu, suis-moi. »
Au départ, Chen Yan ne voulait pas que tout le monde le voie accorder un traitement de faveur à Ye Fengliu, mais il n’y pouvait rien. C’était la volonté de Maître Honghuang.
Un instant plus tard.
Dans la jungle sous-marine du Camp des forces de l’ordre.
Chen Yan y conduisit Han Fei et dit : « Maître Honghuang, Ye Fengliu est là. »
« Très bien ! Fais-le entrer ! »
Chen Yan regarda Han Fei. « Petit, tu as de la chance. Vas-y ! »
…
Quand Han Fei revit Zhao Honghuang, celui-ci le dévisagea pendant dix secondes.
Mais Han Fei ne broncha pas. *Je ne crois pas que tu sois capable de voir à travers moi.*
En effet, au bout d’une minute, Zhao Honghuang finit par détourner son regard scrutateur et demanda d’un ton indifférent : « Qui t’a enseigné cette technique du sabre ? »
Han Fei répondit : « Maître Honghuang, j’ai un jour aperçu un sabre dans mes souvenirs hérités. Je l’ai visualisé chaque jour et j’ai fini par atteindre ce royaume. »
Zhao Honghuang hocha légèrement la tête. Dans ce cas, c’était logique. Toutefois, sous un autre angle, si Han Fei tenait cela de ses souvenirs hérités, alors il n’était déjà plus tout à fait humain. On pouvait dire qu’il était à moitié bête et à moitié homme. Et si son sang venait à subir une nouvelle mutation, il pourrait bien se transformer directement en pieuvre.
Zhao Honghuang déclara : « Pour l’instant, tu n’as plus besoin de relever les défis du camp intérieur. Je vais t’offrir une occasion d’obtenir un Fruit de l’Origine du monde. Est-ce que ça t’intéresse ? »
Han Fei releva soudain la tête, les yeux brillants.
L’expression de Han Fei satisfit pleinement Zhao Honghuang.
Celui-ci reprit tranquillement : « Les Fruits de l’Origine du monde ne naissent que dans les cimetières primitifs ressuscités et les Terres de l’Origine. Or, dans le Territoire désolé du Chaos, les lieux ressuscités sont extrêmement rares. Il faut payer un prix considérable pour les découvrir. Je ne peux donc pas te les offrir à la légère. »
Han Fei se demanda ce que Zhao Honghuang avait en tête.
« Je vous écoute, Maître Honghuang. »
Zhao Honghuang tenait une pilule rouge dans sa main. « Je ne crois pas à la loyauté absolue. Même les membres de la Race aux Dix Mille Écailles ne sont pas absolument loyaux. Si tu veux cette occasion, prends cette pilule de tribulation à dix couches. »