Chapitre 2 187
Le deuxième jour après le retour de Han Fei à la cultivation, Lu Chen vint le voir.
La brusque ascension de Han Fei avait attiré l’attention de nombreux maîtres puissants. Avant même le début de son défi, beaucoup s’étaient déjà inscrits pour l’affronter.
On disait que son dernier coup de sabre avait touché bien des gens et les avait inspirés ; c’était ce qui avait attiré leur attention.
On disait aussi que Han Fei était d’une puissance stupéfiante. Beaucoup voulaient le voir dégainer son sabre. À leurs yeux, s’il le gardait au fourreau depuis si longtemps, c’était qu’il avait quelque chose de spécial. Peut-être pourraient-ils en tirer des enseignements.
À ce stade, beaucoup avaient oublié les origines de Han Fei. Toutefois, quelques personnes complotaient en secret et voulaient donner une leçon à cet humain méprisable et arrogant.
Quelle qu’en fût la raison, les adversaires que Lu Chen avait inscrits pour affronter Han Fei le lendemain étaient pour la plupart des maîtres puissants classés au-delà de la 4 500e place. Leur classement moyen tournait autour de la 4 200e place.
Quant aux rois classés entre la 4 500e et la 5 000e place, ils connaissaient leurs limites. La défaite cuisante de Lu Feiming avait déjà montré ce qu’il en était. Même s’ils étaient plus forts que lui, ils ne l’étaient pas de beaucoup. Inutile de risquer leur vie.
C’était précisément l’effet recherché par Han Fei.
Il ne pouvait toutefois pas se montrer trop fort.
Aussi, le lendemain, lorsqu’il repartit à l’assaut, Han Fei ne rencontra toujours pas de difficulté particulière pour vaincre des adversaires classés autour de la 4 500e place.
En revanche, contre celui qui occupait la 4 087e place, il lui fallut près d’une centaine de rounds pour l’emporter. Son adversaire le bombarda à plusieurs reprises et le blessa légèrement.
Beaucoup comprirent alors que la limite de Han Fei se situait aux alentours de la 4 000e place.
De plus en plus de gens cherchèrent donc à s’inscrire pour l’affronter.
De son côté, après s’être fait un nom, Han Fei annonça qu’il ne combattrait qu’une fois par mois, contre dix adversaires à chaque fois.
Personne ne protesta. Après tout, au lendemain de son troisième tournoi de classement, il avait déjà gagné près d’un millier de places. Han Fei avait beau dissimuler ses forces, il n’en restait pas moins un nouveau venu au Camp des forces de l’ordre. Sa Mer d’Origine n’était pas encore pleinement ouverte. Comment aurait-il pu entrer d’un seul coup dans le top deux mille ?
Les deux mille premiers représentaient à peu près le sommet du Camp des forces de l’ordre et des Charognards. Bien des rois avaient cultivé pendant des milliers, voire des dizaines de milliers d’années pour atteindre ce niveau ! Comment un nouveau venu comme Han Fei aurait-il pu y parvenir aussi vite ?
Le temps passa rapidement. En un clin d’œil, trois années s’écoulèrent.
Sans compter les maîtres puissants absents de la ville principale, Han Fei avait atteint la 3 678e place au cours de ces trois années. Il avait remporté trois cents combats d’affilée, sans jamais perdre ni dégainer son sabre.
Peu à peu, le défi mensuel de Han Fei devint un spectacle incontournable pour certains riches, qui espéraient le voir dégainer son sabre au moins une fois.
Certains supposaient que Han Fei s’entraînait et aiguisait son sabre, qu’il cherchait à le porter à son summum.
Ce jour-là, Chen Yan fit son rapport à Zhao Honghuang. « Maître Honghuang, jusqu’ici, Ye Fengliu semble avoir progressé à une vitesse prodigieuse. Grâce aux ressources obtenues dans la tour de cultivation, il a réservé une chambre pour trente ans. De plus, il a déjà réuni toutes les ressources nécessaires à l’aménagement de sa Mer d’Origine. Il traverse actuellement une période de croissance explosive. Votre clairvoyance est vraiment admirable, Maître Honghuang. »
Zhao Honghuang en avait lui aussi entendu parler, mais ce genre de chose ne méritait pas qu’il s’y attarde. « Quelle est la situation exacte ? »
Chen Yan répondit : « À présent que Ye Fengliu a établi sa Mer d’Origine, j’estime que celle-ci atteint déjà quatre-vingt mille kilomètres. Ce garçon a un talent exceptionnel. Vu la façon dont il aiguise son sabre, il n’est pas étonnant que sa Mer d’Origine ait atteint cette taille durant cette période de croissance. Bien sûr, c’est surtout parce qu’il s’entraîne dans la tour de cultivation. D’après mes observations régulières, sa puissance a considérablement augmenté. Elle doit se situer autour de 350 000 vagues, et sa puissance d’âme a probablement dépassé les 800 000 points. Mais après cette période de croissance explosive, sa progression devrait ralentir… »
Zhao Honghuang hocha légèrement la tête. « Nous verrons dans dix ans. Au fait, sélectionne ces temps-ci une centaine de personnes courageuses et talentueuses dans le camp intérieur. »
« Hein ? »
Le cœur de Chen Yan s’emballa. « Maître Honghuang, la période de dix mille ans touche-t-elle à sa fin ? La Dynastie de la Capitale divine s’apprête-t-elle à agir de nouveau ? »
Zhao Honghuang acquiesça légèrement. « Cent mille ans se sont écoulés depuis la bataille des rois. Le Royaume marin a connu près de cent mille ans de paix, et de nombreux maîtres puissants et génies ont émergé. Cette fois, la Cité des Charognards ne doit pas laisser retomber son élan. Tu devras sélectionner ces cent personnes toi-même. J’ai entendu dire que la Cité des Vagabonds et la Cité de l’Origine ont déjà commencé leurs préparatifs. »
Chen Yan fut secoué. « J’en ai déjà entendu parler. L’Équipe des Élus de la Cité des Vagabonds se fait de plus en plus remarquer. Parmi ses membres, il y a un Talent céleste nommé Nezha qui peut même combattre des Ouvreurs de Ciel alors qu’il est Établisseur de Mer. Il a tué beaucoup de gens dans la Cité de l’Origine… »
« Hmph ! »
Zhao Honghuang renifla. « Les Talents célestes sont rares. Ye Fengliu est bel et bien une jeune pousse prometteuse. Malheureusement, le tournoi décennal de la Dynastie de la Capitale divine aura lieu dans moins de cent ans. Sinon… »
…
Sept autres années passèrent.
Ce jour-là, l’Arène des Charognards était bondée : l’heure du défi de Han Fei était de nouveau venue.
Cela faisait dix ans qu’il participait à ces défis mensuels. En dix ans, Han Fei avait remporté mille rounds d’affilée, sans jamais perdre.
En réalité, Han Fei considérait cela comme une forme d’entraînement. Il retenait presque toute sa puissance, jusqu’à atteindre sa limite. Et, une fois cette limite atteinte, il n’en utilisait pas davantage pour affronter ces gens.
Ce jour marquait le moment décisif où il pouvait entrer dans le top trois mille.
Han Fei était désormais au zénith de sa gloire. Dans l’Arène des Charognards, personne n’aurait cru qu’il remporterait mille rounds de suite sans être vaincu. Depuis qu’il avait atteint la 4 000e place, une foule innombrable attendait sa défaite, y compris le seigneur de l’arène, Nie Yunxiang.
Pourtant, à présent, Han Fei partageait déjà les bénéfices de chaque combat avec l’arène, et il n’avait toujours pas perdu. Nie Yunxiang n’en revenait pas. Il était même allé demander des explications à Chen Yan.
Celui-ci lui avait répondu : « Maître Honghuang fait exprès de favoriser ce garçon. Tu comptes t’en mêler ? »
Ces mots clouèrent le bec à Nie Yunxiang. Comment aurait-il pu se mesurer à Zhao Honghuang ? À voir la fermeté de Chen Yan, il comprit que les hauts placés tenaient Ye Fengliu en haute estime !
À cet instant, dans l’arène…
C’était le dixième combat de Han Fei pour la journée, et le dernier avant qu’il n’accède à la 3 000e place.
Son adversaire était Qiu Yuepiao.
Comme Han Fei, c’était un authentique sabreur.
Qiu Yuepiao était dépité. Il avait attendu que Han Fei finisse par perdre, mais il n’aurait jamais cru devoir l’affronter lui-même.
C’était déjà très difficile de conserver la 3 000e place, et voilà qu’arrivait un homme invaincu depuis mille rounds. Ils étaient tous deux sabreurs. Si les autres n’avaient pas réussi à forcer Han Fei à dégainer, cela ne le dérangeait pas. Mais s’il échouait lui aussi, Han Fei risquait de détruire sa voie du Dao.
Dès qu’il entra dans l’arène, Qiu Yuepiao demanda à Han Fei : « Frère Ye, tu peux dégainer ton sabre pour ce combat ? »
Han Fei avait déjà livré neuf combats d’affilée et était plus ou moins blessé. À la supplique de Qiu Yuepiao, il répondit : « Tout dépend si tu es assez fort pour m’y obliger. Si tu ne veux pas voir ton sabre détruit, mieux vaut sortir aujourd’hui ton sabre le plus puissant. »
Qiu Yuepiao reprit : « Frère Ye, tu n’es pas fatigué après mille combats ? Comme dit le proverbe, l’arbre qui dépasse la forêt est le premier abattu par le vent. Je trouve que tu te fais trop remarquer, Frère Ye. »
Han Fei ricana. « Frère Qiu, tu n’en as pas assez de défendre la 3 000e place ? Je peux te donner un coup de main. Moi, je ne suis pas fatigué… »
Qiu Yuepiao : « … »
« Ah… »
Qiu Yuepiao soupira doucement. « Tu ne me laisses pas le choix ! Je ne voulais pas me faire remarquer. Je voulais juste rester un sabreur discret et contenir mon intention meurtrière… Mais pourquoi ne peux-tu pas m’éviter ? Tu peux battre les autres ! »
Han Fei pensa : *T’éviter ? Je compte grimper dans le classement aujourd’hui. Si je t’évite, comment veux-tu que je monte ?*
Bzz !
Le regard de Qiu Yuepiao se fit glacial. Son attitude mielleuse disparut, et il se transforma en un sabreur froid et meurtrier.
Clang !
Qiu Yuepiao s’avança vers Han Fei, pas à pas. Il tendit la main dans le vide et en tira un sabre, comme si le vide lui-même lui servait de fourreau.
Le cœur de Han Fei fit un bond. Cet homme n’avait rien d’ordinaire. Il avait consulté son dossier : au cours du siècle écoulé, son classement n’avait jamais vacillé.
Même lorsqu’il reculait parfois, il parvenait toujours à remonter en tuant ses adversaires.
À cet instant, d’innombrables spectateurs s’exclamèrent : « Quelle Intention du sabre ! Regardez, le Dao céleste a fusionné avec le Dao du sabre… Qiu Yuepiao a vraiment atteint ce niveau.
— Il dissimulait sa puissance.
— Regardez, les doigts de Ye Fengliu ! Il va dégainer.
— Incroyable ! Ce combat valait vraiment le déplacement. »
Aussitôt, les millions de spectateurs de l’arène ouvrirent de grands yeux. Qiu Yuepiao était-il donc assez puissant pour forcer Ye Fengliu à dégainer ?
Qiu Yuezi cria : « Je ne suis pas mauvais non plus dans la voie du sabre. Tu as aiguisé ton sabre pendant dix ans, moi, pendant trois cents ans. Voyons aujourd’hui qui l’emportera ! »
Clang !
Dans ce combat, avant même que l’un ou l’autre ne passe à l’attaque, le long sabre que tenait Han Fei se mit à trembler et à bourdonner.
Fwou !
Qiu Yuepiao ricana et abattit son sabre. Dans toute l’arène, le ciel et la terre perdirent leurs couleurs. L’éclat de la lame jaillit, transperçant les âmes.
Face à ce coup, d’innombrables personnes virent le visage grave de Han Fei.
Cling !
À cet instant, le fourreau du sabre que Han Fei avait dissimulé pendant dix ans s’ouvrit soudain d’un pouce.
« Kof, kof ! »
« Pff ! »
À cet instant, quelqu’un cria dans l’arène : « Ceux qui n’ont pas atteint le Royaume de l’Établissement de la Mer, fermez les yeux ! »
Mais tout le monde attendait depuis dix ans que Han Fei dégaine son sabre. Qui aurait accepté de fermer les yeux ?
Une lueur argentée, rapide comme la traînée d’une étoile, jaillit sans laisser de trace. Derrière Han Fei, le qi du sabre emplit la mer.
« Dégainé ! »
Cling !
Crac… Crac…
Boum ! Boum ! Boum !
D’innombrables explosions retentirent, et les yeux de quantité de spectateurs éclatèrent. Ils ne pouvaient vraiment pas supporter les runes du Dao contenues dans le sabre.
Ils n’entendirent que le bruit des sabres qui se brisaient. Quand leurs yeux eurent repoussé, ils découvrirent, sur le fond marin entre Qiu Yuepiao et Han Fei, un immense ravin long de plusieurs milliers de kilomètres et profond de plusieurs milliers de mètres.
« Qui a gagné ?
— Le sabre de qui s’est brisé ? »
Tous les regards se tournèrent vers le sabre de Qiu Yuepiao. Ils virent qu’il avait été tranché en deux, et que son Intention du sabre avait disparu.
« Putain… Trois cents ans… et toujours moins fort que… dix ans… Pff… »