Chapitre 2 033
Chapitre 2033 — Une mission confiée par un Monarque
La scène était très étrange, comme s’il l’avait attendu tout spécialement.
Il était déjà allé au Temple du Vide. Qui était cet homme ? Han Fei se demanda s’il s’agissait de la personne à laquelle il pensait.
— Êtes-vous Chu Hao ? demanda Han Fei.
Le jeune homme sourit. — C’est bien moi ?
— Tss !
Han Fei se sentit au plus mal. Il était encore en vie ? Il prit une profonde inspiration. — Vous êtes toujours vivant ?
Han Fei n’arrivait pas à l’accepter. Si l’homme devant lui était Chu Hao, le maître du Palais du Monarque, comment pouvait-il encore être en vie ?
D’après le feuillet de jade laissé par Chu Hao, celui-ci avait été grièvement blessé à l’époque. De plus, après s’être réincarné cinq fois, il n’avait plus aucune chance de cultiver à nouveau un corps de réincarnation ; il avait donc envoyé le Pot de Purification des Démons au loin pour lui offrir une chance.
Si Chu Hao était toujours en vie, pourquoi aurait-il cédé le Pot de Purification des Démons ? Il aurait mieux fait de le garder, non ? Peu importait la gravité de ses blessures, le Pot de Purification des Démons aurait dû pouvoir les soigner.
Han Fei déclara aussitôt d’un ton calme : — Il est impossible que vous soyez encore en vie.
…
L’homme hocha légèrement la tête. — Je ne suis effectivement pas vivant, mais je ne suis pas mort non plus.
Han Fei plissa les yeux et attendit que le jeune homme poursuive.
— Il n’est pas facile de vivre ou de mourir dans le Royaume de la Longévité. Mon corps a bel et bien disparu, mais il me reste mon âme, comme la vieille tortue dans ton corps. On peut dire que je ne suis plus qu’une âme résiduelle !
En apprenant qu’il avait affaire à une âme résiduelle, Han Fei redoubla de vigilance. C’était l’âme résiduelle d’un Monarque. S’il lui voulait du mal, Han Fei devrait aussitôt recourir à l’insigne du Temple du Vide.
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Le jeune homme sourit. — Ne sois pas nerveux. Si j’avais pu prendre possession de ton corps, je l’aurais fait depuis longtemps. Je n’aurais pas attendu plus de cent mille ans que tu apparaisses.
Han Fei ne le crut pas. — Pas nécessairement ! Et si les autres n’étaient simplement pas dignes que vous preniez possession de leur corps ? Un Monarque peut attendre des centaines de milliers d’années qu’une occasion se présente ; par exemple, attendre que je maîtrise le Pot de Purification des Démons… Ça ne me paraît pas impossible, si ?
Le jeune homme sourit. — Tu es déjà devenu un disciple du Temple du Vide. Pourquoi as-tu encore peur de moi ?
— Difficile à dire.
Le jeune homme secoua légèrement la tête et ne sembla pas vouloir s’expliquer davantage. — Tu as dû voir le feuillet de jade que j’ai laissé. Ne crois pas que tu sois invincible simplement parce que tu possèdes le Pot de Purification des Démons. En hériter signifie que tu dois assumer une responsabilité plus lourde. De nombreux dieux l’ont possédé autrefois, mais ils n’ont pas réussi à réprimer le présage funeste et ont fini par mourir dans d’atroces souffrances. Tu crois vraiment que je le désire ?
Han Fei avait pris sa décision. Quoi que cet homme puisse dire, il ne croirait pas qu’il ne désirait pas le Pot de Purification des Démons. Comment la mort des dieux aurait-elle pu l’effrayer ?
À quel point fallait-il être puissant et talentueux pour devenir un Monarque ? Face au danger et au Pot de Purification des Démons, il choisirait probablement ce dernier.
Le présage funeste pouvait certes le tuer, mais le Pot de Purification des Démons pouvait faire de lui un dieu. Tant qu’il ne connaîtrait pas les véritables intentions de Chu Hao, Han Fei ne baisserait pas sa garde.
Voyant que Han Fei était exceptionnellement méfiant, Chu Hao ne chercha pas à se justifier. — Il y a deux raisons pour lesquelles j’ai voulu céder le Pot de Purification des Démons. D’abord, j’étais sur le point de mourir et ne pouvais plus m’en servir. Les dieux me l’ont confié ; je devais donc choisir quelqu’un pour en hériter. Que tu le veuilles ou non, tu finiras par devoir affronter le présage funeste. Tu ne peux pas y échapper.
— Ensuite, mon âme est incomplète. Mes blessures peuvent encore être soignées, mais il me manque un trésor spirituel. J’espère que tu pourras le trouver. En échange, je peux te renseigner sur les autres lianes du Pot de Purification des Démons. En vérité, quand tu auras trouvé ce dont j’ai besoin, il se pourrait que tu ne sois déjà plus de taille face à moi. Qu’en dis-tu ?
Han Fei songea : *Ça se tient. Cet homme est grièvement blessé. Comme il le dit, s’il s’agit simplement de trouver un trésor pour restaurer son âme et reconstruire son corps, ça ne paraît pas difficile. Il sera toujours un Monarque. Il n’est pas encore un dieu, mais il reste extrêmement puissant.*
Cependant, comme Chu Hao l’avait dit, s’il pouvait obtenir cet objet et sauver Chu Hao, qui était si gravement blessé, sa force dépasserait certainement le Royaume de l’Établissement de la Mer.
Et même s’il trouvait ce trésor, il pourrait revenir le lui remettre une fois qu’il serait assez puissant.
Han Fei accepta donc aussitôt cette explication. — De quel trésor s’agit-il ?
Chu Hao répondit avec indifférence : — De la source du Saint-Esprit de la Race céleste. Il m’en faut au moins cent catties.
— La Race céleste ?
— Tu finiras par le découvrir à mesure que tu deviendras plus puissant. Mais laisse-moi te prévenir : les cultivateurs ordinaires du Royaume de l’Ouverture céleste ne devraient pas se rendre chez la Race céleste. Même s’ils y vont, ils ne pourront pas obtenir cet objet.
La bouche de Han Fei tressaillit. — Vous voulez dire que je devrais y aller une fois parvenu au Royaume de la Longévité ?
— Ce n’est pas impossible. À condition que le Royaume marin tienne jusque-là.
Han Fei, perplexe, demanda : — Qu’entendez-vous par là ?
.
Chu Hao répondit d’un ton posé : — Dans les profondeurs du chaos, les ténèbres sont tombées et le présage funeste a envahi le monde. On l’a réprimé maintes fois, mais après la mort des dieux, combien de temps pourra-t-on encore le contenir ? Peut-être cent mille ans, ou un million… Mais les ténèbres finiront par revenir.
…
Han Fei fronça légèrement les sourcils. *Et alors ? De toute façon, tant qu’il ne serait pas assez puissant, il ne se soucierait pas de ces choses.* — Où sont les autres lianes du Pot de Purification des Démons ?
— À l’époque, beaucoup de gens me pourchassaient. Mais si mes suppositions sont justes, il y en a forcément une chez la Race céleste, et il y a quatre-vingt-dix pour cent de chances que les Bêtes sauvages en possèdent une. Quant à la dernière, j’ignore où elle se trouve : trop de Monarques me traquaient à l’époque.
— Les Temples sont-ils impliqués ?
Chu Hao secoua la tête. — Non. Vu leur puissance, les Temples n’ont peut-être pas besoin du Pot de Purification des Démons.
— Le Temple du Vide sait-il que le Pot de Purification des Démons est avec moi ?
Chu Hao secoua de nouveau la tête. — Non. Le Temple du Vide est peut-être très puissant, mais il ne surveille pas le monde entier. À l’époque, quand un humain a quitté cet endroit, j’ai perçu ici l’ombre du Temple du Vide. J’ai donc construit le Palais du Monarque en ce lieu. Sous prétexte de transmettre mon héritage, j’ai créé un double royaume secret, celui du Palais du Monarque et celui du Temple du Vide. Ils le savent peut-être, mais ça leur est égal.
Han Fei crut Chu Hao. Les frères et sœurs aînés du Temple du Vide semblaient tous très occupés. Et ils étaient manifestement très puissants. Lors de la bataille entre le Clan des insectes et les démons marins manipulés par le Temple des Immortels, cinq ou six cultivateurs du Royaume de l’Ouverture céleste étaient morts, mais Frère aîné Six Dieu avait tranquillement dit qu’il s’en chargerait.
Ces mots, prononcés sans en faire grand cas, révélaient toute leur puissance.
À leurs yeux, un Monarque qui avait frôlé la mort ne devait pas représenter une menace. Sinon, le Premier Frère aîné n’aurait-il pas pu simplement lui tendre la main ? Cet homme aurait-il résisté ?
— D’accord ! Marché conclu. Je vous trouverai la source d’eau du Saint-Esprit de la Race céleste, mais j’ignore quand !
Han Fei se doutait que Chu Hao savait peut-être où se trouvait la dernière liane. Sinon, s’il lui disait tout, qui viendrait le sauver ?
Et Chu Hao savait manifestement qu’il possédait le Navigateur du vaste océan. Il devait être certain que celui-ci ne pourrait pas repérer la petite liane ; c’était pour cela qu’il lui avait tout révélé sans détour.
Un homme capable de devenir un Monarque n’avait rien d’ordinaire. Au fond, son destin ressemblait à celui de Chu Hao. Celui-ci avait obtenu le Pot de Purification des Démons, et on l’avait pourchassé partout jusqu’à le réduire à cet état. Quant à Han Fei, il avait déjà goûté aux joies de la traque lorsqu’il avait disputé la Peinture qui apaise les mers et obtenu le Jeton de la Mer.
Une bande de puissants vous pourchassait et vous attaquait sans vous laisser le moindre répit.
S’il pouvait nouer des liens avec Chu Hao grâce à cela, ce ne serait peut-être pas une mauvaise chose.
Voyant Han Fei accepter, Chu Hao sourit. — Très bien. Tu as aussi obtenu de nombreuses occasions dans le Palais du Monarque. Et tu as réussi à entrer au Temple du Vide. Tu ne dois plus avoir besoin de quoi que ce soit ici,
n’est-ce pas ?
— Si, justement !
Han Fei songea : *Qu’est-ce que ça veut dire ? Il essaie de me mettre à la porte ?*
*Il a tout un arbre rempli de trésors, mais il ne veut même pas m’en donner un seul ? C’est un peu fort !*
— Je ne suis qu’au Royaume de l’Établissement de la Mer. Ma Mer d’Origine a besoin de beaucoup de ressources. Il y a tant de trésors dans le Palais du Monarque. Pourquoi ne m’en donneriez-vous pas quelques-uns ? Vous comptez tout garder pour vous ?
Chu Hao : « … »
Chu Hao se tint devant la fresque et répondit d’un ton posé : — Il est vrai que je t’attendais. Et je cherche bel et bien un successeur. Pourquoi ne deviendrais-tu pas le mien ? Si tu acceptes, je te donnerai tous mes trésors.
— Impossible. Je suis déjà membre du Temple du Vide. Mais si vous acceptez de m’enseigner, je pourrai faire prospérer votre héritage.
— Si tu apprends ma voie, tu risques fort d’être reconnu. Dans le Royaume marin, cela ne fera que t’attirer des ennuis.
— Et si je me contentais de quelques ressources de base ? De la Terre mystique jaune, des pierres spirituelles de qualité suprême, des filons miniers, des cristaux mystiques, une source spirituelle, un Héritage spirituel et le Jardin des Cent Herbes…
Han Fei compta sur ses doigts les ressources qu’il pouvait ajouter à sa Mer d’Origine, sans la moindre nervosité ni peur.
Car Han Fei savait que cet homme ne représentait aucune menace pour lui. S’il tentait quoi que ce soit, il mourrait. La main du Premier Frère aîné n’avait rien d’une plaisanterie.
En l’écoutant, Chu Hao resta sans voix. — Pourquoi ne me demandes-tu pas de remplir ta Mer d’Origine
à ras bord ?
— Je peux ?
Chu Hao : « … »
Voyant que Chu Hao gardait le silence, Han Fei reprit : — Regardez comme notre endroit est pauvre. Les ressources ici ne sont certainement pas aussi abondantes que dans le Royaume marin. Préparez-moi quelques ressources. M’aider, c’est aussi vous aider !
Chu Hao finit par céder. — Chacun peut prendre trois trésors spirituels sur l’arbre. Je t’en donnerai dix. Ne sois pas trop gourmand. Beaucoup de ces choses ne te serviraient à rien.
Han Fei s’en moquait. — J’ai encore quelques frères et amis. Quant à la sécurité de ces personnes…