Chapitre 1 955
À l’extérieur de l’Abîme sauvage.
Bei Luochen et les autres puissants se tenaient déjà là. Ils n’avaient pas l’intention de chercher Han Fei. À leurs yeux, s’ils parvenaient à prendre directement le contrôle du Monde Yin-Yang et du Monde des Eaux et du Bois, ils pourraient forcer Han Fei à se montrer.
Ils étaient dix Établisseurs de Mer, sans compter Bei Luochen, un Ouvreur de Ciel.
Parmi eux se trouvait Huo Bulie, le Maître du Palais céleste du Corbeau doré. La puissance de cet homme n’était pas à sous-estimer.
À vrai dire, Han Fei ne pouvait certainement pas résister seul à tant d’Établisseurs de Mer. Quant aux rois du Monde Yin-Yang et du Monde des Eaux et du Bois, comme Tang Yan, ils étaient bien moins puissants que ceux des Palais célestes des territoires extérieurs.
Après tout, de quelles ressources un roi du Monde Yin-Yang ou du Monde des Eaux et du Bois pouvait-il disposer pour progresser ? Le manque extrême de ressources rendait presque impossible toute amélioration notable de leur puissance. Leur talent n’y changeait rien.
Ainsi, de l’avis de Han Fei, c’était déjà bien que Tang Yan et les autres rois puissent tenir tête aux deux rois de l’extérieur. En réalité, ils ne pouvaient résister qu’aux rois les plus ordinaires du monde extérieur. Quant aux Maîtres des Palais célestes, même celui d’un Palais céleste des territoires extérieurs était hors de leur portée.
Han Fei ne comptait donc pas sur eux depuis le début.
À cet instant, l’aspiration de l’Abîme sauvage s’interrompit — un phénomène rare — car le petit monde où se trouvaient le Monde Yin-Yang et le Monde des Eaux et du Bois était en train d’être recraché.
En voyant ce monde descendre, Bei Luochen ricana. « Puisque vous êtes sortis, faites réapparaître le Monde Yin-Yang et le Monde des Eaux et du Bois dans la Mer déchaînée ! »
Bei Luochen se changea en une main de vide et frappa la boule de cristal transparente, dont la surface n’était plus couverte de fissures.
Crac, crac, crac…
Dans le vide, les fissures se réparèrent. Mais un monde capable d’abriter deux Palais célestes pouvait-il être ordinaire ?
Bei Luochen ne pouvait évidemment pas le briser d’une seule claque.
Pourtant, à l’intérieur, des milliards de créatures furent saisies d’effroi. À cet instant, elles crurent entendre dans le ciel le grondement du Grand Dao. Ce rugissement terrifiant faillit rendre sourds les gens ordinaires.
Pour les habitants du Monde Yin-Yang et du Monde des Eaux et du Bois, cette sensation n’avait rien à envier à la fin du monde. On aurait dit que quelqu’un leur martelait le cœur, mettant leur vie en péril.
Boum ! Boum !
Comme une première claque n’avait pas suffi, une seconde suivit. La puissance d’un Ouvreur de Ciel était extraordinaire. Aussi solide que fût ce petit monde, il ne résisterait peut-être pas à cent ou mille coups.
Toc, toc, toc !
Le Monde Yin-Yang et le Monde des Eaux et du Bois n’étaient pas les seuls, dans le petit monde, à ressentir les terribles grondements du Grand Dao : Han Fei percevait lui aussi les déflagrations d’énergie, à des dizaines de millions de kilomètres de là.
Cent secondes plus tard.
Crac…
Une nette fissure noire apparut sur la boule de cristal.
Aussitôt, les rois qui entouraient Bei Luochen virent leurs yeux s’illuminer. « Une fissure est apparue ! »
Bei Luochen déclara : « Ce petit monde a été dérobé au Palais du Monarque. Une seule fissure ne suffit pas à révéler son apparence originelle. J’avoue être curieux de savoir à quel point ce petit monde, entre leurs mains, est solide. »
…
Monde Yin-Yang.
Des milliers de personnes pointèrent le ciel du doigt, stupéfaites. « Regardez, le ciel se fissure ! »
Tous avaient les yeux écarquillés. Le ciel, jusque-là plongé dans l’obscurité, venait de s’ouvrir, laissant paraître une lumière blanche qui le traversait de part en part. Cette lumière ressemblait à une fissure, ouverte au-dessus de leurs têtes.
Mais alors, une voix que tous attendaient avec impatience s’éleva, indistincte, depuis la fissure dans le vide.
Elle hurla : « Vieux bâtard de Bei Luochen, tu comptes vraiment ruiner ta propre voie de cultivation ?! »
Frouich ! Frouich ! Frouich !
Une lueur dorée fendit le vide à plusieurs reprises. Au moment où le craquement retentit entre ciel et terre, Han Fei arriva enfin. À un million de kilomètres de là, il lança ses injures.
Dans le Monde Yin-Yang.
Quelqu’un s’interrogea : « Je ne sais pas si c’est une illusion, mais pourquoi ai-je l’impression d’entendre la voix du Roi des Humains ? »
Un autre s’étonna : « Toi aussi, tu l’as entendue ? Je croyais avoir des hallucinations. »
Les gens ordinaires se questionnaient les uns les autres, visiblement intrigués par cette voix. En revanche, les puissants au-dessus du royaume des Vénérables l’entendirent très clairement.
Reine Vie s’exclama : « C’est lui ! Mais… la situation n’a pas l’air bonne. »
Jing’er demanda : « Votre Majesté, pourquoi ai-je l’impression qu’il se bat contre quelqu’un ? »
Reine Vie fronça les sourcils. « Ce qui m’intrigue, c’est l’espace où nous nous trouvons. Pourquoi entendons-nous encore le monde extérieur ? Et qu’était ce grondement du Grand Dao, à l’instant ? »
Dans le monde extérieur.
Frouich…
Han Fei apparut soudain à un million de kilomètres de Bei Luochen et des autres. Presque aussitôt, un pressentiment l’assaillit. Il vit alors l’ombre d’une flèche déchirer le vide, transpercer le ciel et fondre sur lui en un instant, comme pour le clouer à mort.
Han Fei n’avait plus rien à cacher. Un halo bleu tournoya devant lui et la vitesse de la flèche terrifiante chuta de dix fois. Il tendit la main et tira : le vide infini se déchira, la flèche le traversa et disparut.
Han Fei ricana. « Tu es un Ouvreur de Ciel, et tu me joues des tours en douce ? Bei Luochen, comment as-tu atteint le Royaume de l’Ouverture céleste ? »
Han Fei invectiva un empereur comme il aurait insulté un Poisson à tête de fer. Il l’accabla d’injures sans la moindre hésitation, au grand désarroi des gens autour de lui, qui se demandaient si ce type ne tenait pas à mourir.
Bei Luochen ricana. « Han Fei, on dirait que tu ne fais que fanfaronner. Même si le Monde Yin-Yang et le Monde des Eaux et du Bois réapparaissent plus tôt que prévu, je peux toujours soumettre cet endroit. Dépêche-toi de te rendre. Peut-être me montrerai-je clément envers les milliards de créatures de ce petit monde. »
Han Fei scruta les environs avec prudence. Il ignorait qui avait décoché la flèche, mais elle était si puissante qu’elle avait failli mettre sa Technique du Temps hors d’usage. Celui qui l’avait tirée était assurément redoutable.
Han Fei lança : « Vieux bâtard, tu crois que je ne peux rien contre toi ? »
Han Fei n’arrêtait pas de le traiter de vieux bâtard, ce qui déplaisait fortement à Bei Luochen.
Celui-ci cria : « Petit insolent à la langue bien pendue, tu veux sauver ta race humaine ? Voyons comment tu vas t’y prendre ! »
Boum !
Boum ! Boum !
Bei Luochen frappa de nouveau et asséna trois coups de suite à la boule de cristal. Celle-ci se couvrit de fissures, tandis que des ondulations du vide se propageaient sur plus de cent mille kilomètres.
Le cœur de Han Fei se serra. En voyant la scène, il blêmit. Quelle puissance avait ce bâtard ? Si ce petit monde s’effondrait vraiment, des milliards de créatures mourraient. Comment pourrait-il ensuite poursuivre sa cultivation jusqu’au Royaume de l’Ouverture céleste ?
Pourtant, tandis que Han Fei restait interdit, son cœur se serra de nouveau. Il sentit le vide autour de lui se sceller d’un coup.
« Hein ? Comment est-ce possible ? »
Han Fei avait gardé un œil sur celui qui l’avait attaqué quelques instants plus tôt. Hélas, il ne l’avait pas repéré. Pourtant, l’autre avait réussi à sceller le vide malgré sa vigilance. Son expression changea.
« Royaume de l’Ouverture céleste ? »
Cet homme devait être un Ouvreur de Ciel. S’il avait été un Établisseur de Mer, Han Fei, avec sa perception de l’âme et sa puissance actuelle, n’aurait presque pas pu manquer ce qu’il préparait.
À cet instant, un homme d’âge mûr vêtu d’une robe noire apparut soudain dans le vide. Il tenait un grand arc.
Après avoir jeté un regard à Han Fei, l’homme déclara d’un ton indifférent : « Tu es plutôt vigilant, mais ta perception a une portée limitée. »
Bei Luochen ricana. « Un Établisseur de Mer reste un Établisseur de Mer. Merci pour ton aide, frère Jingyuan. »
Han Fei leva brusquement les yeux vers lui. « Huang Jingyuan, le Maître du Monde du Sceau de l’Âme ? »
Un Établisseur de Mer du côté de Bei Luochen le rabroua : « Insolent ! Comment oses-tu appeler le Maître du Palais par son nom ? »
Huang Jingyuan déclara : « Han Fei, livre-moi Xia Xiaochan et je quitterai cet endroit. »
D’un simple mouvement de pensée, Bei Luochen se hâta de rejoindre l’endroit où se trouvait Han Fei. Huang Jingyuan était venu à cause de Xia Xiaochan. Si Han Fei acceptait vraiment de la sacrifier, il se retrouverait dans une position délicate.
Han Fei répliqua : « Tu peux toujours rêver. Un jour, je raserai le Monde du Sceau de l’Âme. »
En l’entendant, Bei Luochen fut soulagé. Han Fei était vraiment arrogant. Il n’était qu’au Royaume de l’Établissement de la Mer et osait pourtant défier deux Ouvreurs de Ciel.
Ce jour-là, quelles que fussent les capacités de Han Fei, le vide était scellé. Même s’il avait un moyen de s’enfuir, comment pourrait-il échapper à deux Ouvreurs de Ciel ?
Huang Jingyuan renifla à son tour. « Tu refuses un toast pour boire la coupe de punition. La flèche, tout à l’heure, ne servait qu’à vérifier si tu avais utilisé la Technique divine jumelle. Maintenant, comment comptes-tu t’échapper ? »
Han Fei, lui, prit un air étrange. « Vous êtes vraiment convaincus d’avoir déjà gagné ? »
Frouich…
À cet instant, Han Fei avait même utilisé la Technique du Temps. Pourquoi aurait-il caché sa Technique du déplacement de la lumière dorée ?
Huang Jingyuan pouvait bien sceller le vide, mais comment aurait-il pu sceller le temps ? Une lueur dorée enveloppa Han Fei, qui bondit dans le Fleuve du Temps.
L’instant d’après, Han Fei réapparut à six cent mille kilomètres de là. Il regarda avec indifférence Bei Luochen, qui fonçait sur lui comme un clown.
Les pupilles de Bei Luochen se contractèrent. Il cria du fond de la gorge : « Han Fei est Wang Yijian ! Arrêtez-le ! »
Tous se demandaient encore comment Han Fei avait pu s’échapper. En entendant les paroles de Bei Luochen, ils furent stupéfaits.
« Han Fei est Wang Yijian ? »
À cet instant, Han Fei s’élança dans le vide et saisit la boule de cristal.