Chapitre 1 848
Au moment où Han Fei se retourna, il resta stupéfait.
Il vit un autre lui-même debout au bas des marches.
Son premier réflexe fut de s’examiner et de vérifier rapidement son état. Il était bel et bien devenu un corps de l’âme.
Pas étonnant que Yan Meng ait dit que la troisième épreuve comprenait une épreuve physique et une épreuve de l’âme. Ce qu’il venait de traverser n’était donc que l’épreuve physique.
Han Fei resta sans voix. Si l’épreuve physique était déjà si difficile, à quoi ressemblerait celle de l’âme ?
Bien sûr, il parlait d’une réussite parfaite.
S’il avait forcé le passage, la difficulté de l’épreuve physique précédente n’aurait été que « pas mal ». Au dix-huitième niveau, au moins cinquante à soixante pour cent des candidats auraient été éliminés.
Han Fei gravit alors les marches. Il n’avait pas encore ressenti les effets de l’épreuve de l’âme.
Il ignorait ce qui l’attendait.
Il s’était attendu à un endroit semblable au Palais idéal, mais lorsqu’il voulut invoquer son arme, rien ne se produisit.
En revanche, lorsqu’il tenta de mobiliser sa puissance, il sentit qu’il pouvait toujours faire appel à son pouvoir de l’âme, sans savoir comment s’en servir.
C’était comme si une force était emprisonnée dans ce corps de l’âme, incapable de jaillir.
L’âme pouvait servir au combat. L’Estoc du Dieu céleste, la Lame de la Réincarnation du Yin-Yang et la Dévoration des âmes des cent bêtes de Han Fei pouvaient toutes être employées comme des techniques de combat de l’âme.
Han Fei leva la main et tenta de libérer la puissance de l’Estoc du Dieu céleste. Pourtant, pour une raison inconnue, elle resta au bout de ses doigts, incapable d’éclater, comme si son corps de l’âme la verrouillait.
Il n’avait gravi qu’une centaine de marches lorsqu’il sentit une légère chaleur. Pourtant, il savait que ce n’était pas un corps, mais un corps de l’âme.
Pourquoi son corps de l’âme était-il devenu chaud ?
Comme il ne percevait aucun danger, Han Fei poursuivit son ascension. Lorsqu’il eut gravi mille marches, la chaleur qui l’envahissait se changea en une douleur brûlante.
Han Fei s’arrêta et contempla la porte de bronze.
Elle semblait s’élever jusqu’au ciel. Vue d’en bas, elle était particulièrement majestueuse.
Han Fei remarqua alors une étrange lueur dans les yeux de la statue mi-homme, mi-serpent représentée sur la porte de bronze, dans le portrait en forme de T.
« Alors, c’est ça, l’épreuve ? »
Son regard était semblable à une lumière divine qui écrasait son âme. Il l’empêchait de libérer son pouvoir de l’âme.
Il y avait donc bien une raison à tout !
Il venait à peine de monter et de gravir mille marches qu’il se retrouvait déjà dans cette situation. S’il avait vu juste, une autre sensation l’attendrait à la marche suivante.
C’était apparemment la tradition de la porte de bronze.
La dernière fois, et celle d’avant, elle avait toujours opprimé les gens.
Cette fois, elle s’y prenait simplement autrement pour opprimer son âme.
Bien sûr, aussi périlleuse que soit la suite du chemin, rien ne pourrait arrêter Han Fei.
Il était venu pour réussir l’épreuve du Temple du Vide.
Han Fei était convaincu d’avoir parfaitement réussi les épreuves précédentes. Il ne pouvait pas échouer à celle-ci !
La porte de bronze se dressait juste devant lui. Il ignorait ce que réservait la quatrième épreuve, mais elle se trouvait à ce niveau. Il devait monter.
Bzzz !
Lorsque Han Fei leva le pied et franchit le cap des mille marches, il eut l’impression que son âme s’embrasait.
La sensation était tout autre que la douleur diffuse qu’il venait d’éprouver.
Cette brûlure semblait provenir d’une mer de feu. Elle n’endommageait pas son âme, mais la douleur était d’une netteté extrême.
…
En un clin d’œil, cinq jours passèrent.
Une autre personne apparut soudain sur les marches.
Si Han Fei s’était retourné, il aurait découvert avec surprise que le nouvel arrivant ne venait ni du Monde de Suprême Clarté ni du Monde de l’Infini, ni du Monde chaotique ni du Monde du Domptage du Dragon : c’était Song Kaiyuan.
Song Kaiyuan était érudit et possédait un vaste savoir. Au dix-huitième niveau, il avait médité cinq jours avant de trouver enfin comment résoudre l’épreuve.
En arrivant au pied des marches, Song Kaiyuan aperçut aussitôt le dos de Han Fei.
Puis il leva les yeux et vit la magnifique porte de bronze.
Gloups !
Song Kaiyuan inspira malgré lui et s’approcha lentement de Han Fei. « Capitaine, pourquoi restez-vous planté là ? Pourquoi ne montez-vous pas ? »
Mais Song Kaiyuan n’obtint aucune réponse.
Quand il tourna la tête, il vit Han Fei immobile comme une souche, sans même sembler l’avoir entendu.
« Hein ? »
Song Kaiyuan comprit aussitôt que quelque chose clochait.
En regardant de nouveau les marches, il crut comprendre. Ce niveau devait être une épreuve de l’âme. Puisque Han Fei ne réagissait pas, son âme était probablement en train de la subir.
Song Kaiyuan se retourna aussitôt, se plaça à côté de Han Fei et posa à son tour le pied sur les marches.
Il sentit alors son cœur tressaillir.
Il se retourna brusquement et découvrit que son corps était lui aussi figé sur place. Il comprit aussitôt : pour passer cette épreuve de l’âme, il fallait que l’âme quitte le corps.
Pourtant, en levant les yeux, il ne vit pas le corps de l’âme de Han Fei.
Son premier réflexe fut de se dire qu’il n’était pas arrivé malheur à Han Fei, mais qu’il ne pouvait tout simplement pas le voir.
Les âmes qui empruntaient ce chemin ne pouvaient pas se voir. L’épreuve de l’âme qu’elles traversaient ressemblait donc à une route que chacun devait parcourir seul.
Dans le monde extérieur.
Yan Meng déclara : « Nous ne pouvons pas les voir une fois qu’ils atteignent le terrain de l’épreuve de l’âme. Beaucoup ont déjà été éliminés. À mon avis, il sera très rare que mille personnes atteignent le terrain d’épreuve au bout du compte. »
Zhang Luotian répondit : « Si l’on met Han Fei de côté, ceux du Monde de la Mystique suprême sont vraiment intelligents. Song Kaiyuan a percé le secret des Dix-huit Épées divines, et sa sœur cadette l’a suivi de près. Le Monde de la Mystique suprême n’est peut-être pas doué pour le combat, mais il ne faut pas le sous-estimer. »
…
Au moment où Song Kaiyuan posa le pied sur les marches, s’il avait pu voir, il aurait découvert que Han Fei était assis en tailleur sur la mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuvième marche.
À cet instant, l’âme de Han Fei brûlait de flammes déchaînées.
Ces flammes intenses ne brûlaient pas son âme, mais détruisaient sa volonté.
Pourtant, Han Fei possédait déjà un Cœur invincible et un Cœur du Dao inébranlable. Comment de simples flammes auraient-elles pu le consumer ?
Ce qui l’empêchait d’avancer, cependant, c’était la silhouette qu’il apercevait sur les marches au-dessus. Elle semblait l’attendre.
Son intuition lui disait que, dans son état actuel, s’il posait le pied sur la deux millième marche et affrontait cette personne, il ne pourrait que fuir.
Il ne pouvait pas se battre. C’était là son plus gros problème.
En toute logique, son corps de l’âme possédait lui aussi une grande puissance, mais celle-ci était réprimée.
Han Fei avait déjà réfléchi à son corps de l’âme, mais il avait seulement cru qu’il existait des techniques de combat de l’âme à cultiver. Pourtant, ce n’était pas le cas.
Han Fei comprit alors que les techniques de combat de l’âme n’étaient que cela : des techniques de combat. Il était fort probable qu’elles manifestaient la puissance de l’âme en s’appuyant sur le corps.
Mais à présent qu’il n’avait plus de corps et qu’il ne lui restait qu’un corps de l’âme, Han Fei découvrit aussitôt que toute sa puissance était entravée par celui-ci et ne pouvait pas jaillir.
Han Fei se dit : *Je peux franchir les deux mille premières marches grâce à mon seul Cœur du Dao. Mais les mille dernières ne seront probablement pas aussi faciles.*
Han Fei s’efforçait sans cesse de mobiliser sa puissance, mais il avait beau la sentir dans son corps, il ne pouvait pas s’en servir.
Quinze jours plus tard.
Han Fei continuait d’essayer, encore et encore.
Il se retourna à de nombreuses reprises et vit qu’une centaine de personnes se trouvaient au pied des marches, parmi lesquelles Xia Xiaochan.
Pourtant, il ne vit aucune de leurs âmes apparaître sur les marches.
Han Fei supposa que les gens ordinaires ne pouvaient pas voir les corps de l’âme. Yin’er, par exemple, apparaissait souvent dans le Jardin de méditation céleste, mais combien de personnes pouvaient la voir ?
Ce jour-là, Han Fei, frustré, jura tout bas : « C’est impossible que je ne puisse pas utiliser ma puissance alors que je la possède ! À moins que… cette puissance soit fausse. »
Mais si cette puissance était fausse, pourquoi pouvait-il la sentir ?
Bzzz !
À cet instant, Han Fei sentit une silhouette apparaître sur une marche, non loin de lui.
Elle semblait souffrir terriblement. À peine avait-elle monté les marches qu’elle s’assit et se mit à haleter.
« Song Kaiyuan ? »
Han Fei demanda, surpris : « Tu es là ? »
Song Kaiyuan, lui aussi stupéfait, regarda Han Fei, assis en tailleur, qui semblait parfaitement détendu.
« Capitaine ? Vous êtes là, vous aussi ? »
Han Fei ne put s’empêcher de regarder derrière lui. « Alors, on ne peut se voir qu’une fois arrivé à cet étage ? »
Song Kaiyuan répondit : « Je suppose. Mais, Capitaine, depuis combien de temps êtes-vous assis ici ? En arrivant, j’ai vu votre corps debout en bas. »
Han Fei répondit aussitôt, d’un air dépité : « Eh bien, ça fait un demi-mois que je suis assis ici. »
Song Kaiyuan resta sans voix.
Il se sentit encore plus mal. Han Fei voulait-il dire qu’il n’avait mis qu’une demi-journée à franchir l’épreuve physique précédente ?
Mais, songeant à l’identité particulière de Han Fei, Song Kaiyuan comprit. Après tout, il était le maître d’un Palais céleste.
Song Kaiyuan demanda : « Capitaine, vous n’avez pas l’air de souffrir. Pourquoi êtes-vous toujours assis ici ? »
Han Fei fit la moue et répondit : « Là-bas ! Il y a quelqu’un, on dirait. Je n’arrive pas du tout à libérer ma puissance ; je risque donc de ne pas pouvoir le battre. »
Song Kaiyuan fixa les marches un long moment avant de reprendre ses esprits. « Pourquoi ne pouvez-vous pas libérer votre puissance ? »
Han Fei demanda : « Toi, tu arrives à faire jaillir la tienne ? »
Song Kaiyuan resta un instant interdit. Il agita la main et fit apparaître le Pinceau qui fend le Ciel sous la forme d’une ombre. Celui-ci traça quelques traits dans les airs ; des faisceaux d’épée faits de pouvoir de l’âme surgirent, à la grande stupéfaction de Han Fei.
« Hiiiss ! »
Han Fei resta bouche bée. « Comment tu as fait ? »