Chapitre 2 237
Sylas restait là, à écouter Vaelith parler, tout en se disant qu'elle parlait beaucoup trop… encore une fois.
Mais lorsqu'il regarda au-delà d'elle, vers les murs dorés, il vit quelque chose d'étrangement intéressant. Cette pièce bloquait leur vue vers l'extérieur, mais n'empêchait pas les autres de regarder à l'intérieur.
Avait-elle prononcé ces mots exprès, sachant que d'autres écouteraient ? Probablement pas. Vu son tempérament, si elle avait voulu lui causer des ennuis, elle l'aurait fait elle-même.
Elle parlait simplement parce qu'elle était agacée par sa réaction précédente. Mais peu importe la raison, il ne faisait aucun doute qu'elle venait de rendre sa vie bien plus difficile.
Qu'est-ce que cela pouvait bien changer, après tout ?
Il détourna son attention du mur et croisa calmement son regard, son expression si indéchiffrable qu'on aurait pu le croire sourd.
L'air entre eux scintilla, et la forme d'une femme en plein sommeil descendit. Il lui fallut un long moment avant que ses yeux ne s'ouvrent, la forme illusoire qu'elle arborait brillant d'un éclat plus vif encore que le mur doré.
Elle descendit et se posa doucement sur le sol.
Son regard se posa d'abord sur Vaelith, et son visage inexpressif s'étira en un sourire. Cependant, avant qu'elle ne puisse parler, ses sens encore embrumés semblèrent réaliser que Vaelith n'était pas la seule ici.
Elle pencha la tête sur le côté, confuse, et se tourna vers Sylas. Elle cligna des yeux, scrutant Sylas de haut en bas, puis elle fronça les sourcils et inclina la tête de l'autre côté.
« Est-ce là ton véritable corps ? » demanda-t-elle.
Sylas fixa la femme. Elle possédait une beauté innocente qui démentait son âge réel. C'était une femme qui avait dû traverser d'innombrables ères, d'innombrables guerres, d'innombrables épreuves. Et pourtant, elle portait en elle l'innocence d'une enfant.
« C'est le mien », répondit Sylas.
« Est-ce vrai… » sa voix s'éteignit, comme si elle ne croyait pas Sylas.
Contrairement à Vaelith, elle ne pouvait pas simplement deviner que la Volonté de Sylas était puissante, elle pouvait en ressentir le niveau.
Une Volonté Infinie Véritable au rang D ?
Impossible.
Il était plus probable que quelqu'un ait dérobé le corps d'un jeune homme avant de venir ici.
Ironiquement, cela avait failli arriver en présence de Sylas une fois auparavant. Mais il s'agissait d'une tentative de prendre le contrôle du corps de Gogo, pas du sien.
Quoi qu'il en soit, l'innocente semblait ressentir une attirance bien plus forte pour Vaelith. Vaelith comprenait sa voie. Une Volonté puissante ne suffisait pas pour embrasser son Chemin des Runes, il fallait un contrôle de la Volonté exceptionnel, et celle de Sylas était bien trop sauvage.
Ironiquement, parce que la Volonté de Sylas était si puissante dans un corps si faible, à moins d'avoir un Charisme capable d'y correspondre, il ne pourrait jamais maîtriser une telle Volonté.
Lui confier son héritage reviendrait à donner un outil électrique à un enfant.
Malheureusement, elle était liée aux lois de la tour et ne pouvait les enfreindre à sa guise. Combien de temps s'était écoulé depuis son dernier réveil ? La Création de la Clé devait être dans une situation bien désespérée pour en arriver là… Dans ce cas, elle ne pouvait qu'autoriser Sylas et Vaelith à se disputer l'héritage lors d'un combat loyal. Et par là… elle entendait leurs capacités de compréhension.
« Je vous soumettrai tous les deux à trois épreuves. Tant qu'il y a un vainqueur pour chacune, le premier à obtenir deux victoires recevra mon héritage. Votre première épreuve commence maintenant. »
Elle agita la main et un carré apparut devant eux.
Rapidement, ce carré se remplit d'une palette de couleurs peignant un paysage magnifique. Ce processus prit trois heures entières, chaque trait méticuleux ajoutant au réalisme jusqu'à ce que cela ressemble moins à une peinture qu'à une fenêtre ouverte sur un monde nouveau.
Pourtant, les coups de pinceau n'étaient ni lents ni calmes. Ils semblaient se déplacer à la vitesse de la lumière, s'arquant, se courbant, se tordant avec une sorte d'abandon brut.
Les mouvements semblaient tout aussi naturels que la peinture elle-même, et pourtant, ils ne faisaient jamais plus qu'un seul balayage à la fois, sans jamais dépasser un millimètre sur la toile.
Et à l'instant même où le dernier trait fut tracé…
L'énorme carré tomba, se brisa en morceaux et disparut en poussière de lumière.
Bientôt, un nouveau carré se forma à sa place et un pinceau apparut, flottant devant Sylas et Vaelith.
« Votre tâche est de reproduire cette peinture. Le temps que vous y consacrez n'a aucune importance dans cette épreuve. Seule la précision sera prise en compte. Cependant, il y a une limite de 24 heures. Si vous dépassez ce délai, la précision sera mesurée en pourcentage. »
Sylas tendit la main et saisit le pinceau. Il l'observa un instant.
Il n'avait pas besoin de lever les yeux pour savoir que Vaelith avait déjà commencé.
C'était un sentiment intéressant que d'être pris de haut. Habituellement, Sylas ne le ressentait pas vraiment, car l'idée que quelqu'un puisse lui être supérieur était tout bonnement ridicule.
Vaelith, cependant, du moins dans le présent, pourrait légitimement l'être.
Mais ce qui était particulièrement amusant avec cette épreuve, c'est qu'elle n'avait rien à voir avec la Maîtrise des Runes, domaine où Vaelith aurait pu avoir une chance.
Cette femme, quel que soit son nom ou son titre, cherchait quelqu'un compatible avec son héritage. Le fait est que Sylas n'avait pas vraiment l'intention d'endosser le manteau de quelqu'un d'autre ; il voulait simplement apprendre ce qu'il pouvait pour reforger le sien.
Mais si tout ce qu'elle voulait tester, c'était la conscience spatiale… elle allait être très, très déçue.
Sylas était cet enfant doté d'un sens de la géométrie si aiguisé qu'il avait déduit la carte des Montagnes de Giza à partir d'une feuille griffonnée.
En matière d'acuité visuelle, de compréhension de l'espace et de ses relations, ou de tout ce qui s'y rapportait de près ou de loin, le talent de Sylas était tout simplement hors norme. Il ne pouvait être mesuré.
À tel point que le Legacy lui-même s'en remettait à un enfant pour résoudre un mystère qu'ils ne pouvaient percer eux-mêmes.
Quel genre d'épreuve cela pouvait-il bien être pour lui ?
Sylas saisit l'extrémité du pinceau à pleine main et en arracha tous les poils fins.