Chapitre 2 196
La griffe de la Duchesse jaillit en avant.
Vu sa vitesse, il aurait dû être impossible pour les sens de Sylas de suivre les siens. Elle était absolument certaine qu'il ne pourrait rien faire si elle décidait de le tuer… si confiante, jusqu'à ce qu'elle voie les yeux de Sylas suivre sa main tout au long du mouvement.
Même s'il parvenait à suivre le mouvement, elle était sûre qu'il lui était impossible de réagir, n'est-ce pas ? Suivre du regard était une chose, réagir en était une tout autre.
Et comme prévu, Sylas ne sembla rien pouvoir faire.
Cependant, juste au moment où sa paume allait saisir sa gorge, ses griffes prêtes à s'enfoncer dans sa chair, elle se figea.
Rien ne l'avait forcée à s'arrêter. Il n'y avait aucun pouvoir émanant du Champ de Bataille Doré, ni de Sylas. C'était comme si elle avait simplement choisi de s'arrêter d'elle-même.
Sa main trembla un instant, puis elle se retira.
Du début à la fin, Sylas ne cligna même pas des yeux, son regard conservant un calme étrange, intouchable.
Pour une raison qu'elle ignorait, elle était absolument certaine que si elle touchait Sylas, quelque chose changerait. Elle ne savait pas d'où venait ce sentiment, mais il hurlait en elle, lui disant que si elle ne changeait pas d'attitude, elle perdrait quelque chose à jamais.
Volonté Démoniaque.
La Volonté de Sylas était calme et imperturbable, mais sa Volonté Démoniaque… c'était presque comme un dragon endormi qui aurait entrouvert un œil pour observer quelqu'un ramper dans sa grotte alors qu'il gardait ses trésors.
« Allons-y », dit froidement Sylas.
Il y avait un commandement dans sa voix qui fit trembler le cœur de la Duchesse.
Elle était une existence intouchable en ce moment, dotée d'une puissance que le Sylas actuel ne pouvait concevoir, et pourtant, il avait prononcé ces mots.
Et pourtant, elle savait pertinemment que ce n'était pas parce qu'il voulait lui donner des ordres, ni parce qu'il voulait l'utiliser pour sa puissance, mais parce qu'il percevait que dans le monde entier, il n'y avait aucun endroit où son enfant serait plus en sécurité qu'à ses côtés.
Il ne laisserait pas la Duchesse hors de sa vue, qu'elle le veuille ou non.
Cassarae gloussa. « Bon choix. »
Les yeux de la Duchesse lancèrent des éclairs. Elle était déjà à moitié levée de son siège quand Cassarae parla. Elle n'avait même pas réalisé qu'elle bougeait, mais quelque chose chez Cassarae l'agaçait profondément.
Elle était une rang S. Elle n'était pas une seconde épouse, et certainement pas une concubine.
« Je ne comprends pas, dit calmement la Duchesse. Où était toute cette assurance il y a cinq minutes ? »
Cassarae cligna des yeux, se rappelant son état précédent. Puis elle regarda Sylas.
« On peut la renvoyer à l'expéditeur ? Cette Duchesse est revenue avec une langue bien pendue, je n'aime pas ça. L'autre était plus mignonne. »
Sylas se contenta de secouer la tête. Il sentait bien qu'il y avait un changement chez la Duchesse, mais il ne pensait pas qu'elle était une personne fondamentalement différente.
C'était plutôt que les deux versions précédentes des Duchesses qu'il avait rencontrées étaient jeunes et immatures à bien des égards.
Celle du passé était naïve et protégée. Cependant, le clone qu'il avait rencontré, bien que froid et stoïque, ne faisait pas preuve de maturité pour autant. Cela ressemblait davantage à une phase d'adolescence rebelle où l'on pense que c'est la seule façon d'être royale et imposante.
Cette Duchesse aurait étouffé un rire même si elle avait trouvé la situation sincèrement drôle, et c'était là toute la différence entre quelqu'un de vraiment froid et quelqu'un qui fait semblant de l'être.
Celle-ci ressemblait davantage à la vraie Duchesse, une femme qui avait connu la vie et les épreuves. Elle était froide, mais elle ne cacherait pas son agacement par simple fierté, et elle ne tiendrait pas sa langue juste pour ne pas « s'abaisser » au niveau de Cassarae.
Les trois versions de la Duchesse étaient, en effet, elle-même. Mais chacune était différente à sa manière.
Ces différences, cependant, n'avaient pas beaucoup d'importance pour Sylas. Ce n'était pas comme s'il était tombé amoureux de la Duchesse. Elle portait son enfant, et c'était toute l'étendue de l'affection qu'elle recevrait. Son enfant devait être protégé à tout prix.
Et par conséquent, la Duchesse serait toujours protégée.
Si elle pensait qu'il voulait l'utiliser pour sa puissance, elle se trompait lourdement. Tant qu'elle était enceinte, Sylas ne demanderait jamais une telle chose. En fait, même si elle ne l'était pas, les chances qu'il le fasse un jour étaient quasi nulles.
C'était un homme qui n'avait pas utilisé deux de ses plus puissants atouts face au plus grand défi de sa vie.
Il n'allait pas laisser sa femme se battre à sa place.
En ce moment, son objectif était unique.
Le Royaume des Demi-Dieux.
Il avait l'impression qu'à chaque fois qu'il était sur le point de franchir ce pas, quelque chose le détournait de son chemin. Mais pour une bonne raison.
Chaque détour menait à une nouvelle réalisation et à une nouvelle opportunité florissante.
Et maintenant, le moment était venu.
**
Les semaines passèrent en un éclair, et au milieu de la quatrième, la Terre trembla. Sylas se tenait les bras croisés, son regard balayant l'horizon.
Il avait dû gérer beaucoup de choses ces dernières semaines, régler les derniers détails, faire face aux regards en coin de sa mère concernant une seconde femme, puis son excitation à l'idée d'avoir deux petits-enfants, mais aussi des affaires très importantes.
Par exemple… que se passerait-il avec le portail de la Terre vers le Monde des Démons s'ils ascensionnaient soudainement vers le Royaume des Demi-Dieux ?
Mais maintenant, le moment était vraiment venu. Il n'y avait plus d'autre issue que d'avancer.
Sa petite sœur ne l'avait pas déçu. Peut-être y avait-il un côté positif à ce qu'elle soit une telle rebelle après tout.
Le regard de Sylas brilla. Il était temps de découvrir ce que le Royaume des Demi-Dieux leur réservait.
**
« TROUVEZ-LA ! » Un rugissement déchira le ciel comme un coup de tonnerre.
La fureur aurait pu effondrer des montagnes, et elle était entièrement dirigée vers une seule personne…
Elara Grimblade.