Chapitre 46
WE TRIED TRANSLATIONS
Traducteur : Abood
Discord :<a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf"> </a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a><a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://discord.com/yT4GsFAYRf">
</a>
◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 46 : Manœuvres de terrain (2)
Matthias leur ayant ordonné de rejoindre le régiment qui les attendait dans la cour tandis qu’il resterait discuter du programme du lendemain avec Joseph, Friedrich et Gregor reprirent le chemin du retour.
Après s’être reposés pendant qu’ils attendaient, les soldats se préparèrent à passer la nuit sous la direction de Gregor. Toutes les casernes étant occupées par le Régiment Hildegard, ils devraient se contenter de tentes dressées dans la cour.
En tant qu’officier d’état-major, Friedrich se retrouva plongé dans la coordination logistique avec le Régiment Hildegard. Il fallait organiser les repas, l’approvisionnement en eau et tout le nécessaire pour accueillir un millier d’hommes supplémentaires.
À la tombée du jour, les préparatifs étaient achevés. Épuisé, mais soulagé, Friedrich prit un instant pour reprendre son souffle devant les rangées de tentes soigneusement alignées.
« Friedrich. »
À la voix d’Oliver, Friedrich se retourna. Celui-ci s’approchait, accompagné de Diethelm en personne.
« Laisse-moi vous présenter. Tu connais sans doute déjà son nom : voici Diethelm Brightkreuz, capitaine de cavalerie du Régiment Hildegard. »
Présenté par Oliver, Diethelm leva nonchalamment la main en direction de Friedrich. Celui-ci lui répondit par une révérence formelle.
« Seigneur Diethelm, je suis honoré de faire votre connaissance. Je suis Friedrich, héritier de la Maison Hosenfeld… »
« Ah, laisse tomber. Pas de ça entre nous. »
Diethelm balaya ses paroles d’un geste impatient. Son attitude n’avait rien à voir avec celle qu’il avait affichée en saluant le Régiment Ferdinand plus tôt. On pouvait tout au mieux le qualifier de décontracté ; au pire, il frôlait la grossièreté.
*Donc, tout à l’heure, il faisait simplement son devoir. C’est ça, le vrai lui ?* songea Friedrich.
« On est dans l’armée royale, les grades n’y sont pas si foutrement rigides. Détends-toi. En dehors du service, je t’appellerai par ton prénom, alors appelle-moi Diethelm. Pas de titres. »
« … D’accord. »
Friedrich hocha la tête, quelque peu déconcerté. Oliver, qui observait la scène, esquissa un sourire en coin.
« Diethelm a toujours été comme ça. Quand on s’est rencontrés, il m’a dit la même chose. Je lui ai répondu que, même dans l’armée royale, je ne pouvais pas me permettre d’appeler par son prénom l’héritier d’une maison comtale, plus âgé que moi. Il m’a menacé de me coller un coup de poing si je refusais. Après ça, difficile de dire non. »
« Ha ! Si je ne me montre pas aussi catégorique, tout le monde garde ses distances et se plie en quatre devant moi. Je peux supporter ça de la part des troufions ou des chevaliers de bas rang, mais quand même mes camarades officiers me traitent avec déférence juste à cause de ma naissance, c’est étouffant. »
Diethelm lâcha ces mots avec une franchise brutale.
« Alors, Friedrich. J’ai entendu parler de toi… Eh bien, eh bien. Le seigneur Hosenfeld a choisi un successeur sacrément hors du commun, pas vrai ? »
Son regard parcourut Friedrich de la tête aux pieds, sans cérémonie, mais sans malveillance non plus ; celui-ci ne s’en offusqua donc pas. À côté de lui, en revanche, Yurika affichait clairement l’air de se demander : « C’est quoi, son problème ? »
« Le seigneur Hosenfeld a jadis sauvé les territoires de l’Ouest de l’invasion du Royaume de Loire. Pour nous, les gens de l’Ouest, c’est une véritable légende vivante. Comme tous les petits nobles de mon âge, je l’idolâtrais. Je me suis entraîné jusqu’à l’épuisement dans l’espoir de devenir un chevalier aussi grand que lui. Alors, quand j’ai appris qu’il avait adopté un héritier, je me suis demandé quel genre de monstre tu pouvais être… Mais, franchement ? Tu n’es pas celui que j’imaginais. »
La remarque, lancée sans la moindre ironie et presque d’un ton enjoué, arracha un rire involontaire à Friedrich. Pendant ce temps, Yurika fusillait Diethelm du regard.
« Oh-ho, tu as une sacrée terreur avec toi. C’est ta femme ? »
Diethelm éclata de rire, nullement intimidé par le regard de Yurika ; il semblait même la taquiner.
« C’est ça. C’est ma compagne et une chevalière qui me sert de garde du corps. »
« Je m’en doutais. Si le seigneur Hosenfeld la laisse à tes côtés, c’est qu’elle doit être sacrément compétente. »
À ces mots, Yurika afficha un sourire féroce et provocateur.
« Tu veux vérifier ? »
« Oh ? Voilà qui me tente. »
« N’y pense même pas, Diethelm. Je parie que le marquis Joseph Obsidian t’a expressément interdit de provoquer les nouvelles recrues du Régiment Ferdinand dès ton arrivée. »
Quand Oliver intervint, Diethelm prit l’air d’un enfant qu’on venait de gronder.
« Pfff, sérieux ? On se retrouve après tout ce temps et tu joues déjà les baby-sitters ? … Mais bon, tu as raison. Même un capitaine de cavalerie très occupé comme moi ne peut pas se permettre de tirer au flanc trop longtemps, sinon le commandant du régiment et mes subordonnés vont me tomber dessus. Alors je m’en tiendrai à la raison pour laquelle je suis venu : vous saluer. »
Diethelm reporta son regard sur Friedrich, le visage soudain sérieux.
« Friedrich. Es-tu vraiment digne de succéder au seigneur Hosenfeld ? »
Le défi dans sa voix était évident, mais Friedrich se contenta de sourire légèrement et de hocher la tête.
« C’est ce que je compte devenir. J’ai déjà obtenu deux fois des mérites au combat avant même d’intégrer officiellement l’armée, et je suis résolu à survivre sur le champ de bataille. »
« Ha ! Ça se tient. Mais tu connais le dicton : même la chance peut frapper deux fois. Deux victoires, ça peut n’être que des coups de bol. Et que les choses soient claires, je ne suis pas le seul à douter. Beaucoup de gens, dans l’armée royale et parmi les nobles, pensent la même chose. Ils ne te le diront simplement pas en face. »
Un sourire en coin étira les lèvres de Friedrich.
Il savait bien que certains doutaient encore de ses capacités à hériter d’un héros. Le Régiment Ferdinand, profondément loyal à Matthias, pourrait peut-être l’accepter, mais rallier le reste de l’armée royale et la noblesse à sa cause ne serait pas si simple.
*Alors, que devrais-je faire ?* Il inclina légèrement la tête, posant silencieusement la question à Diethelm.
« Remporte la gloire trois fois de suite, et même les sceptiques devront se taire. Alors, à la prochaine bataille, prouve-leur encore ce que tu vaux. Après ça, les enquiquineurs comme moi n’auront plus aucune raison de te chercher des noises. »
Diethelm afficha un large sourire, inexplicablement satisfait de lui-même.
« Et puisque je te fais la leçon, je vais te montrer pourquoi les rumeurs me disent exceptionnel. Demain, pendant les manœuvres, observe-moi à l’œuvre. »
« … J’ai hâte d’y être. »
« Ha ! Je ne pensais pas que tu jouerais le jeu aussi facilement. Tu me plais bien. »
Sur ces mots, il donna une légère tape à Friedrich sur la poitrine, puis s’éloigna d’un pas décidé.
« C’est… quelqu’un de bien ? »
« Comme soldat, il est exceptionnel. Et au fond, ce n’est pas un mauvais bougre. Même si les avis sont partagés à son sujet. »
Friedrich posa la question en regardant Diethelm s’éloigner. Oliver lui répondit en touchant machinalement la cicatrice sur sa joue, comme il en avait l’habitude.
Personnellement, je ne le déteste pas.
Friedrich se fit donc cette première impression de Diethelm.
・・・・・・
Le lendemain, dans les plaines près de la forteresse d’Arnsberg, Diethelm tint parole
lors des manœuvres de formation.
« Infanterie, gardez la formation et avancez. Archers, déployez-vous sur les flancs tout en progressant. »
Le Régiment Ferdinand au grand complet, la moitié du Régiment Hildegard placée sous le commandement temporaire de Diethelm — prêtée par Joseph — et des conscrits rassemblés dans les territoires royaux de l’Ouest prirent part à l’exercice, soit près de deux mille hommes. À leur tête, Matthias donna ses ordres en tant que commandant en chef.
L’adjudant Gregor et les messagers du quartier général transmirent ses ordres, qui descendirent la chaîne de commandement, des capitaines de bataillon aux chefs de compagnie et de peloton, jusqu’au dernier soldat. Les formations se mirent alors en mouvement.
Comme prévu, le Régiment Ferdinand, aguerri par un entraînement rigoureux, exécuta ses manœuvres avec une précision parfaite. Mais le Régiment Hildegard et les conscrits suivirent eux aussi le mouvement sans faillir. Le moindre incident ne vint troubler l’exercice.
C’était grâce à Diethelm, qui remplissait le rôle de commandant en second. En ralliant le Régiment Hildegard et les conscrits, il avait fait en sorte que l’ensemble de l’opération se déroule sans la moindre hésitation.
Pour l’exercice suivant, consacré à une manœuvre de retraite tactique, Matthias confia le commandement à Diethelm.
« Avant-garde, repliez-vous d’un seul mouvement. Archers, continuez à couvrir les deux flancs. Arrière-garde, décrochez rapidement. Cavalerie, protégez les côtés. »
Les ordres de Diethelm étaient précis et ne souffraient aucune hésitation. Le Régiment Hildegard et les conscrits, désormais habitués à le suivre, formèrent le cœur du dispositif tandis que les deux mille hommes avançaient en parfait ordre.
Ses ordres, mais aussi son attitude et sa façon de parler, étaient exemplaires pour un officier.
« … Tu ne crois pas qu’il a vraiment un jumeau ? »
« Ahaha, imagine si, dans sa famille, les jumeaux se relaient pour surprendre les nouvelles recrues de l’armée royale ! Ce serait assez drôle. »
Depuis le poste de commandement, Friedrich observait les manœuvres et ne put s’empêcher de rire doucement en entendant Yurika marmonner.
Le comportement de voyou de la veille semblait n’avoir été qu’un mauvais rêve : Diethelm était à présent le chevalier modèle en personne. C’était manifestement un officier compétent, qui avait toutes les qualités d’un véritable commandant.
Le contraste était si saisissant que Friedrich aurait presque cru Diethelm s’il lui avait dit avoir un jumeau, l’un discipliné et l’autre un peu rustre. Pourtant, il n’avait jamais entendu la moindre rumeur sur des jumeaux dans la famille Brightkreuz.
L’exercice s’acheva sans incident et les préparatifs du retour à la forteresse d’Arnsberg commencèrent.
« Hé, Friedrich ! »
Diethelm, qui venait de l’interpeller, avait déjà repris le ton décontracté de leur première rencontre, la veille. Il n’avait donc vraiment pas de jumeau.
« Alors, qu’as-tu pensé de mon commandement ? »
« … J’ai été impressionné. C’était digne du futur commandant du Régiment Hildegard. Vraiment excellent. Comme j’aspire moi-même à devenir général, j’ai beaucoup appris. »
Friedrich le félicita avec sincérité. En vérité, il n’y avait désormais plus aucune raison de douter des capacités de Diethelm.
« Hahaha, tu sais parler aux hommes… Bon, j’ai tenu ma promesse, alors à toi de jouer maintenant, compris ? »
« Entendu. Mon troisième haut fait, c’est ça ? »
Friedrich répondit ainsi, bien qu’il ne se souvînt pas qu’une promesse explicite eût été faite la veille. Quoi qu’il en soit, une chose ne changeait pas : il lui faudrait encore se distinguer lors de la prochaine bataille.
« Exactement, ton troisième haut fait. J’attendrai la bonne nouvelle. »
Sur ces derniers mots, Diethelm retourna auprès de son régiment.
・・・・・・
Le lendemain de la fin des manœuvres, le Régiment Ferdinand prit la route du quartier général militaire de la capitale royale.
Le trajet du retour, comme celui de l’aller, faisait partie de l’exercice. Cela dit, la phase la plus importante étant derrière eux, le voyage de retour se révéla encore plus détendu que l’aller.
« Friedrich. Je t’ai vu discuter avec Diethelm tout à l’heure. Vous vous êtes bien entendus ? »
« … Oui, je crois. Je pense qu’on pourrait devenir amis. »
À la question de Matthias, Friedrich hocha la tête, se remémorant le commandant de cavalerie à l’esprit libre, à la fois décontracté et indéniablement compétent.
« Vraiment ? C’est un original, celui-là. Mais il ne fait aucun doute qu’il portera l’avenir de l’armée du royaume sur ses épaules. Vous avez à peu près le même âge ; vous travaillerez sans doute ensemble pendant des années. C’est une bonne chose que vous ayez fait connaissance dans de bonnes conditions. »
Les yeux tournés vers l’avant, Matthias prononça ces paroles d’un ton pensif.
・・・・・・
« Tu sembles particulièrement intéressé par lui. »
« Hum ? »
À peu près au même moment, dans le bureau du commandant de la forteresse d’Arnsberg, Diethelm répondit à Joseph avec sa franchise habituelle.
« Je parle du fils adoptif du comte Hosenfeld. Avant l’arrivée du Régiment Ferdinand, tu étais tout excité à l’idée de cogner sur le premier type ennuyeux qui ne serait pas digne du nom Hosenfeld, non ? »
« Ah, lui… À première vue, il a l’air chétif et peu fiable, mais j’ai compris en croisant son regard. C’est le genre de type qui te fera regretter de l’avoir sous-estimé. »
« Oh ? Tu l’as vite compris. »
Joseph haussa un sourcil devant l’analyse de Diethelm, qui rejoignait la sienne.
« À force de me battre comme un con quand j’étais gosse, j’ai appris que les types avec un regard pareil sont les plus coriaces. Ceux qui ne reculent jamais quand il s’agit de leurs principes, qui se battent salement s’il le faut et qui sont prêts à tout pour gagner. »
Désormais réputé comme l’un des plus grands chevaliers du royaume, Diethelm avait révélé des talents remarquables dès l’enfance. Il avait été adoubé à seulement quatorze ans, avant même d’atteindre l’âge adulte.
Mais il était tout aussi tristement célèbre pour son tempérament explosif et son goût des ennuis.
Qu’il s’agisse d’enfants de nobles, de fils de retenus ou de roturiers, cela lui était égal. Si quelqu’un lui déplaisait, il allait le provoquer de front. Il ne se servait jamais du statut de sa famille comme d’un bouclier : il encaissait les coups et les blessures sans chercher à se venger en invoquant son lignage. Son goût de la bagarre ne connaissait tout simplement aucune limite.
Il lui arrivait même de s’échapper du domaine pour traîner dans les quartiers populaires de la capitale, où il dissimulait son identité et provoquait les durs du coin en duel.
Excédé par son héritier brillant, mais incontrôlable, le comte Brightkreuz ne perdit pas de temps et envoya Diethelm dans l’armée royale sitôt celui-ci adoubé. Joseph, réputé pour son expérience de commandant, le prit en quelque sorte sous son aile, l’accueillit dans son unité et le forma sans relâche.
Diethelm se transforma ainsi d’un gamin arrogant en véritable soldat. Il apprit à évaluer les situations et devint presque méconnaissable par rapport à celui qu’il était avant son engagement.
Pour Diethelm, Joseph était à la fois son supérieur et une sorte de second père. Sauf en présence de ses subordonnés, dans un cadre officiel, il avait le droit de lui parler familièrement, un privilège rare.
« Ce n’est pas tout. Ces yeux-là ont bel et bien contemplé la mort en face. Et pourtant, ils n’ont pas perdu leur détermination à continuer de se battre. Avec un tel regard, il a peut-être ce qu’il faut pour porter l’héritage du Héros… Même s’il ne peut pas le montrer à tout le foutu royaume pour le prouver. »
« Alors, pourquoi ne pas le faire savoir toi-même ? Dis à tout le monde que Friedrich a le regard digne de succéder au Héros. Tu sais bien que certains doutent encore de lui. »
« Et pourquoi je me donnerais tout ce mal, bordel ? C’est à lui de faire ses preuves. Il n’a qu’à accumuler des hauts faits incontestables et faire taire jusqu’au dernier noble et soldat du royaume. »
En entendant Diethelm, Joseph esquissa un sourire en coin.
« Tu l’aimes bien, hein ? »
« Ahhh, la ferme. Si c’est tout, je me tire. »
« Ouais, ouais, vas-y. Bon travail pour le rapport. »
Diethelm, qui avait été convoqué pour rendre compte des exercices, s’arrêta à la porte. Son attitude désinvolte disparut et il se redressa pour reprendre la tenue d’un chevalier digne de ce nom.
Il salua avec raideur, puis prit congé.
Notes de bas de page :
Rejoignez notre serveur Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>