Chapitre 22
NOUS AVONS TENTÉ DES TRADUCTIONS
Traducteur : Abood
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 22 : Attentes, joie et intention
La semaine suivante fut consacrée à l’entraînement individuel aux techniques de base et aux exercices de combat en petites unités. Peut-être pour aider les nouvelles recrues à s’adapter à la vie au régiment, les séances se déroulèrent dans une atmosphère plutôt détendue.
Comme Yurika était affectée au quartier général sans être rattachée à une unité précise, des chevaliers désœuvrés et des chefs d’escouade la défièrent à plusieurs reprises en duel d’entraînement. Au cours de la semaine, elle livra plus de trente combats et en remporta une vingtaine.
Tout le monde la couvrait d’éloges, affirmant qu’il n’était pas étonnant que le commandant de régiment lui-même eût reconnu sa force. Et comme Yurika se tenait souvent aux côtés de Friedrich, celui-ci commença lui aussi à s’attirer discrètement le respect des autres, bien qu’il n’eût pas encore eu l’occasion de démontrer son intelligence.
« Impressionnant. En combat singulier, sa force est exceptionnelle, surtout compte tenu de son âge et de la brièveté de sa formation. Elle est manifestement tout à fait apte à servir de garde au quartier général. »
Encore un jour, encore un duel d’entraînement. Un jeune chevalier qui avait assuré avec aplomb qu’il pouvait gagner se faisait à présent repousser peu à peu par Yurika. Dans un coin du groupe de spectateurs, Oliver s’adressa à Friedrich.
Friedrich comprit pourquoi Oliver avait limité ses louanges aux talents de combattante de Yurika. La guerre se menait en groupe et, à moins qu’il ne s’agisse d’une escarmouche mineure, les prouesses individuelles pesaient rarement sur l’issue d’une bataille. Savoir se battre était une source de fierté pour un guerrier, mais cela n’allait pas plus loin.
Le commandant de régiment Matthias était lui aussi réputé pour sa force redoutable, mais il avait un jour grommelé : « Une fois commandant, on se bat rarement en première ligne. Une force pareille ne sert qu’à tenir ses subordonnés en respect. »
« Bon sang… Je n’arrive pas à la battre ! »
À cet instant, le duel prit fin. Le jeune chevalier vaincu tomba à genoux et s’écria :
« Hahaha, tu n’as même pas été près d’y arriver. »
« On te l’avait dit. Tu n’avais aucune chance de battre Yurika. »
Le jeune chevalier, qui s’était vanté avant de perdre, fut la cible des moqueries de tous, tandis que Yurika, victorieuse, accueillait les compliments avec un air qui trahissait sa satisfaction.
« Dans ce cas, je vais défier Friedrich ! »
« Hein ? Qu’est-ce que tu racontes ? »
« Yurika l’a dit plus d’une fois, non ? Que Friedrich est encore plus impressionnant qu’elle. Alors, si je bats Friedrich, c’est comme si je battais Yurika ! Qu’en dis-tu, Friedrich ? Tu relèves le défi ? »
Désigné par une épée de bois et soudain placé sous les projecteurs, Friedrich répondit en promenant son regard autour de lui, gêné.
« … S’il s’agit d’un examen écrit ou d’une simulation sur table, j’accepte volontiers. »
« Non, ça ne va pas ! Je sais que je perdrais ! »
À ces mots, le chevalier retomba à genoux en gémissant, et les rires fusèrent autour d’eux.
« Hahaha, qu’est-ce que tu brailles tout seul ? »
« Tu te débrouilles à l’épée, mais pour le reste, tu n’as rien dans le crâne. Cet échange l’a bien montré. »
« Tu n’as aucune chance contre Friedrich, surtout après les éloges de Son Excellence sur son intelligence. »
Tandis que les autres se moquaient du jeune chevalier, Friedrich se joignit à leurs rires, puis prit la parole :
« C’est étrange, mais… je me sens étonnamment… »
« Comme si le régiment commençait vraiment à t’accepter ? »
Pris au dépourvu qu’Oliver ait exprimé tout haut sa pensée, Friedrich hocha légèrement la tête.
« Tout le monde fait une confiance absolue au comte Hosenfeld. Et le comte t’a personnellement reconnu et te garde à ses côtés. Forcément, les gens supposent que tu as le talent qui va avec. En plus, tu as déjà un fait d’armes à ton actif : la répression des bandits. Que tu t’en rendes compte ou non, on attend beaucoup de toi au régiment. Évidemment, une seule grosse erreur pourrait tout faire voler en éclats. »
« … Alors, je vais devoir faire de mon mieux. Ne serait-ce que pour ne pas trahir la confiance que tous accordent au comte. »
« Ouais, donne-toi à fond. Bon, aujourd’hui, j’ai des affaires à régler dans la capitale. Son Excellence a ordonné que vous m’accompagniez tous les deux. Alors, venez avec moi. »
Sur ces mots, Oliver se retourna et interpella le groupe rassemblé.
« Bon, ça suffit, tout le monde. Fin du spectacle, retournez vous entraîner ! Yurika, viens une minute ! »
・・・・・・
Friedrich et Yurika quittèrent le quartier général de l’Armée royale en compagnie d’Oliver.
« Nous allons chez l’un des fournisseurs attitrés du Régiment Ferdinand. »
Oliver leur expliqua la chose tandis qu’ils parcouraient les rues de la capitale. Friedrich et Yurika le suivaient côte à côte.
L’Armée royale du royaume d’Edelstein était une vaste organisation qui comptait plusieurs milliers de membres. En temps de guerre comme en temps de paix, ses activités nécessitaient d’énormes quantités de provisions, de la nourriture au fourrage pour les chevaux.
Le transport des fournitures incombait au corps de la logistique, mais leur approvisionnement dépendait largement de la coopération des associations de marchands civils. Friedrich avait appris au cours de ses études que la capitale comptait de nombreux fournisseurs sous contrat avec le gouvernement, qui travaillaient directement avec l’armée.
« Chaque régiment a ses propres marchands attitrés pour le matériel militaire. Les demandes de paiement officielles passent par le quartier général, mais pour simplifier les choses, en temps de paix, les régiments passent eux-mêmes leurs commandes et les marchandises sont livrées directement à leurs bases. Ce n’est pas une tâche qu’on peut confier à de simples soldats, alors elle revient aux officiers. Comme tu es affecté au quartier général, tu seras sans doute souvent envoyé faire ce genre de courses. Autant apprendre dès maintenant comment ça se passe. »
« Compris. Je n’ai pas encore été d’une grande aide, alors je vais faire de mon mieux. »
Tout en parlant, Friedrich laissait simplement son regard errer autour de lui.
L’uniforme des officiers de l’Armée royale était bien sûr reconnaissable par tous les habitants de la capitale. Sa teinte acier et son manteau noir de jais ne passaient pas inaperçus. Au premier coup d’œil, n’importe quel passant pouvait comprendre que tous trois étaient des officiers de l’Armée royale.
Certains leur adressaient un léger signe de tête en signe de respect, des enfants et des adolescents les regardaient avec admiration, tandis que de tout petits enfants les désignaient du doigt en chuchotant : « Trop la classe ! » Dans l’ensemble, ils ne recevaient que des regards chaleureux et bienveillants.
Friedrich s’efforça de garder son sérieux et de retenir le sourire qui menaçait de lui échapper.
Des uniformes assortis couleur acier. Des manteaux noir de jais qui flottaient sur leurs épaules. Friedrich avait aperçu plusieurs fois des officiers de l’Armée royale dans la capitale de la Vicomté de Dofen et les avait trouvés impressionnants. Ces hommes de l’armée du royaume d’Edelstein, tels qu’on les représentait souvent dans les livres situés à l’époque moderne… Il n’aurait jamais cru qu’ils existaient pour de vrai. Il les avait autrefois regardés avec admiration.
À présent, c’était lui qui portait cet uniforme et parcourait les rues de la ville. Le respect et l’admiration qu’il avait autrefois éprouvés se tournaient désormais vers lui.
Il savait que se complaire dans ces regards n’était pas très admirable, et il se sentait quelque peu coupable d’être admiré alors qu’il n’avait encore rien accompli en tant que véritable soldat. Pourtant, il ne pouvait s’empêcher d’y prendre plaisir.
Arpenter les rues avec un sourire niais aurait ruiné l’image du soldat digne qu’il voulait donner. Friedrich s’appliqua donc à garder un visage impassible tandis qu’il traversait la capitale.
・・・・・・
Plusieurs semaines s’étaient écoulées depuis que Friedrich et les autres s’étaient engagés. À présent, même les nouvelles recrues s’étaient intégrées à leurs escouades respectives, et le régiment tout entier s’entraînait régulièrement.
On travaillait d’abord les formations à l’échelle de toute l’unité, puis leurs changements et les manœuvres offensives, en simulant un affrontement contre une armée ennemie. Outre ces exercices de combat, le régiment était déployé plusieurs fois par an près des frontières, même en temps de paix, pour y effectuer des manœuvres de campagne. Cela servait aussi à montrer sa force au royaume d’Arelia, avec lequel Edelstein était en conflit.
« Friedrich. Ici, notre infanterie se trouve en première ligne, les archers juste derrière, et la cavalerie attend sur le flanc droit. L’ennemi dispose de mille fantassins et de deux cents archers. Il a très peu de cavaliers, placés à l’arrière. Ses archers sont déployés de part et d’autre d’une ligne d’infanterie centrale. Comment l’attaquerais-tu ? Si tu te trompes, ton unité sera anéantie. Beaucoup de vies seront perdues. Réfléchis bien avant de répondre. »
Lors d’une nouvelle séance de simulation de bataille organisée depuis son engagement, Friedrich observait le régiment depuis le poste de commandement aux côtés de Matthias lorsqu’il fut pris au dépourvu par cette question inattendue. Il prit néanmoins le temps d’y réfléchir sérieusement.
Les deux camps avaient adopté des formations classiques. Ils étaient moins nombreux en infanterie, mais disposaient de davantage d’archers. Le fait que l’ennemi n’ait qu’une faible cavalerie constituait également un avantage.
Une attaque frontale serait écrasée par la supériorité numérique de l’infanterie ennemie. Mais s’ils parvenaient à contenir quelque temps son avancée, la puissance dévastatrice de leur cavalerie pourrait décider de l’issue. Fort de ce constat, Friedrich prit la parole :
« … Étalez l’infanterie et les archers sur toute la largeur de la ligne, puis affrontez de front l’infanterie ennemie. Que la compagnie d’archers du centre tire en cloche pour soutenir notre première ligne, tandis que celles des ailes gauche et droite prennent pour cible les archers ennemis de chaque côté. Nous profiterons de notre supériorité numérique en archers pour tenir la ligne. Pendant qu’ils nous feront gagner du temps, envoyez la cavalerie charger le flanc gauche ennemi. »
« Très bien. Tu as suivi les principes fondamentaux de la stratégie militaire. Et tu as répondu rapidement. »
Matthias hocha brièvement la tête, satisfait, puis expliqua le scénario de l’exercice à tout le régiment et donna ses ordres à chaque unité.
Les archers de chaque compagnie décochèrent des flèches d’entraînement en direction de leurs cibles désignées, qui représentaient les positions ennemies. Les fantassins de première ligne levèrent tous leurs boucliers d’un même mouvement et pointèrent leurs lances vers l’avant.
Peu après, la cavalerie se mit en mouvement. Au même moment, les compagnies d’archers reçurent l’ordre de cesser le feu. La cavalerie fila devant l’infanterie, traversant l’endroit où se seraient trouvées les lignes ennemies dans une véritable bataille, et fondit sur elles dans une charge spectaculaire. L’exercice prit fin sur cette victoire fictive.
« …… »
Matthias avait donné lui-même les ordres précis et choisi le moment de la charge ainsi que celui où les archers cesseraient le feu, mais Friedrich avait conçu le plan général des mouvements de troupes. Sa décision était sûre et sensée. Cette certitude le rassura quelque peu. En tournant la tête, il aperçut Yurika qui lui souriait ; il lui rendit son sourire.
« Friedrich. »
Matthias prononça son nom. Friedrich reprit aussitôt une expression sérieuse et reporta son attention sur lui.
« Prendre une décision qui engage une troupe de mille hommes n’a rien d’anodin. Même un officier compétent peut perdre ses moyens ou faire des choix manifestement mauvais lorsqu’on le place dans la peau d’un général et qu’il doit trancher sous la pression. De ce point de vue, tu t’en es bien sorti. »
« Je vous remercie, monsieur. »
« Mais ne prends pas la grosse tête. Dans une vraie bataille, il est rare d’affronter de front un ennemi de force comparable, sur une plaine dégagée, sans piège ni formation particulière. La guerre est bien plus complexe que ça. Elle est très imprévisible. »
« Je tâcherai de m’en souvenir. »
Friedrich acquiesça gravement aux paroles du héros.
Dernièrement, Matthias lui dispensait directement ce genre d’enseignement. Il ne s’agissait pas des compétences et des connaissances fondamentales que Gregor lui avait inculquées, mais de la sagesse et de l’expérience d’un général, transmises de vive voix par le héros lui-même.
Friedrich s’interrogeait sur le sens de ces leçons. Dans quel but Matthias les lui donnait-il ? Quelle était l’intention du héros ? Il y réfléchissait chaque jour.
Notes de bas de page :
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