Chapitre 180
Traductions WeTried
Traducteur : Nemui
Éditeur : Nemui
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◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 180 : La situation dans chaque région
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L’armée de Yorgos Caruna avait débarqué dans la région de Faro et avançait en grossissant ses rangs. Elle était déjà plus nombreuse que les forces de Cecilia, et l’écart risquait de doubler au moment où les deux armées se rencontreraient. Dans un affrontement classique, la bataille tournerait à coup sûr au désavantage de Cecilia.
La rumeur se répandit en un instant dans l’armée menée par la comtesse Cecilia Fargiere. Elle se traduisit par la fuite de nombreux officiers et soldats tandis que l’armée marchait vers le nord. À chaque aube, ses effectifs avaient diminué ; même en plein jour, des hommes disparaissaient les uns après les autres pendant les haltes.
La société arélienne, épuisée, avait mobilisé les conscrits pour moitié sous la contrainte. Quant aux mercenaires, on les avait recrutés à prix d’or. Nombre d’entre eux abandonnèrent la bataille et prirent la fuite. En outre, certains officiers et soldats qui avaient rejoint l’armée royale arélienne après la guerre désertèrent à leur tour. Beaucoup s’étaient engagés parce qu’ils n’avaient pas d’autre moyen de survivre, et leur loyauté et leur moral n’avaient rien d’élevé. Il était naturel que certains craignent pour leur vie en pensant qu’ils allaient perdre à ce rythme.
Cecilia ordonna également à la garnison de la région de Caruna de la rejoindre, mais rares furent ceux qui obéirent. Parmi les petites unités éparpillées dans la région, une centaine d’hommes à peine, dont le commandant de la garnison, à l’air sérieux, se joignirent docilement à elle.
Un bon nombre de nobles qui appartenaient depuis toujours au Royaume d’Arelia se mirent eux aussi à rester en retrait, jugeant peut-être que la famille royale arélienne avait de fortes chances de perdre face à Yorgos. Ils avancèrent de piètres excuses, prétendant par exemple « défendre la région frontalière avec celle de Caruna en tant que force détachée », mais en vérité, ils se replièrent sur leurs propres terres.
Cecilia n’envoya pas l’armée régulière pour pourchasser les déserteurs. Ceux qui avaient fui une fois ne se battraient pas correctement, même si on les forçait à revenir, et ne feraient que gêner les autres. Il fallait avancer rapidement avant l’arrivée de l’armée de Yorgos ; s’occuper des déserteurs n’avait donc ni utilité ni intérêt.
Cecilia détacha également certaines unités — une centaine de chevaliers montés et les forces de la Baronnie de Welek — et les envoya rejoindre les renforts du Royaume d’Edelstein. Puisqu’elles ne pourraient pas donner leur pleine mesure lors du siège défensif qui s’annonçait, elle estima qu’elles seraient plus utiles en se joignant aux renforts qui combattaient à l’extérieur.
Il ne restait donc sous les ordres de Cecilia que le régiment très loyal de la région de Loire, plus de la moitié de l’unité de l’armée royale arélienne mobilisée dans la région centrale, les officiers et soldats de la garnison qui l’avaient rejointe, ainsi que les forces des nobles, les mercenaires et les conscrits qui n’avaient pas fui. En comptant les pertes de la bataille de Cuanca, ils étaient environ trois mille.
Cecilia prit la tête de ces troupes et se dirigea vers la Forteresse de Chatellerault, située près de la frontière entre l’ancien territoire du Royaume d’Arelia et la région de Caruna.
Cette forteresse avait autrefois servi de base défensive frontalière, surveillant le Royaume de Caruna. Elle se dressait près de la route principale qui traversait une petite plaine, l’un des rares endroits de l’ancienne région frontalière — couverte de collines et de forêts — où celles-ci s’interrompaient, facilitant le passage.
Si l’armée de Yorgos Caruna ravageait non seulement les régions de Caruna et de Faro, mais aussi l’ancien territoire du Royaume d’Arelia, la famille royale arélienne aurait bien plus de mal à rallier des soutiens. Loin de pouvoir laisser chaque territoire conquis recouvrer paisiblement son indépendance, elle risquerait même de ne plus parvenir à conserver l’ancien royaume et la région de Loire.
Cecilia avait donc décidé de s’appuyer sur la Forteresse de Chatellerault pour établir une ligne de défense, d’intercepter l’armée de Yorgos Caruna, de l’empêcher de pénétrer dans l’ancien territoire du royaume, de compenser son infériorité numérique grâce au siège et de gagner du temps.
« Nos pertes en hommes restent faibles. Nous ne déplorons que huit nouveaux morts et quatorze blessés graves… Mais, comme on pouvait s’y attendre, le moral baisse. »
Au quartier général installé dans le bâtiment principal de la forteresse, Cecilia reçut ce rapport de son aide de camp, Rose.
« Je vois. Si les pertes sont faibles, c’est une bonne chose. Quant au moral, il est temps que nous agissions. »
Cecilia répondit aux paroles de son aide de camp comme si elle se parlait à elle-même.
Face aux trois mille hommes de Cecilia retranchés dans la Forteresse de Chatellerault, l’armée de Yorgos Caruna en comptait environ dix mille. Outre les mercenaires et l’armée rebelle qui s’était soulevée, ses rangs avaient grossi en chemin, attirant les gens du peuple qui pensaient que Yorgos avait la faveur du sort. Grâce aux fonds et aux provisions pillés dans la région de Faro, ainsi qu’à la coopération des marchands carunais, elle semblait également disposer de réserves suffisantes. Dans sa hâte, Yorgos avait déjà commencé à se faire appeler « roi Yorgos Caruna ».
Sur le plan militaire, les deux camps avaient chacun leurs avantages et leurs faiblesses. Pour l’ennemi, l’écart de forces restait un peu juste. Pour donner l’assaut à une forteresse solide, disposer d’un peu plus de trois fois les effectifs des défenseurs ne suffisait pas à être à l’aise. De son côté, l’armée de Cecilia avait vu ses rangs réduits de moitié par les désertions successives et, encerclée par l’ennemi, son moral s’effritait. Aussi solide fût-elle, rien ne garantissait que la forteresse tiendrait si les officiers et les soldats perdaient leur volonté de combattre.
Dans ces circonstances, Yorgos employait des tactiques destinées à saper encore davantage leur moral.
Le jour, des unités ennemies s’approchaient soudain et tiraient des flèches enflammées ou lançaient des pierres. Elles déployaient même de grosses machines de siège, comme des balistes et des catapultes, pour bombarder régulièrement la forteresse. La nuit, elles s’en approchaient également, décochant de nouveau des flèches enflammées et des pierres tout en faisant un vacarme assourdissant.
Les officiers et les soldats de Cecilia n’arrivaient donc presque jamais à relâcher leur vigilance, et la fatigue s’accumulait dans leur corps comme dans leur esprit. Elle entraînait à son tour une baisse de moral.
« L’ennemi semble-t-il préparer une nouvelle attaque nocturne ? »
« Il en donne l’impression, mais, comme prévu, elle sera de faible ampleur. Ce sera sans doute encore du harcèlement. »
« Alors distribuez jusqu’à deux coupes de vin à chacun, sauf aux hommes de garde cette nuit. Ceux qui monteront la garde demain en recevront autant pendant la journée. »
« Vous êtes sûre que c’est raisonnable ? »
« Oui. Les officiers et les soldats doivent se sentir étouffés. Pour dissiper ce sentiment d’être pris au piège, rien ne vaudra le vin… Je pourrais bien en boire avec eux. Avec les officiers et les soldats, nous ferons encore plus de bruit que l’ennemi. »
Cecilia prononça ces mots avec un sourire bravache. Rose lui répondit par un sourire en coin.
Cette guerre était désormais devenue une épreuve d’endurance. Les renforts du Royaume d’Edelstein, menés par le comte Friedrich Hosenfeld, arriveraient-ils les premiers ? Ou bien le moral de Cecilia s’effondrerait-il complètement, permettant à Yorgos de s’en rendre compte, de lancer une offensive générale et de les anéantir ? L’issue se jouerait probablement de l’une ou l’autre manière.
Tant que le moral ne flanchait pas, la Forteresse de Chatellerault ne tomberait pas. Elle avait d’abord servi de base de ravitaillement intermédiaire lors de l’avancée dans la région de Caruna. De plus, au cas où la répression de la rébellion échouerait et où il faudrait battre en retraite, Cecilia avait ordonné d’y entreposer de grandes quantités de provisions : nourriture, bois de chauffage, flèches, pierres à lancer et huile. Même avec trois mille officiers et soldats à l’intérieur, elle pourrait facilement tenir plusieurs semaines.
Et Cecilia était convaincue que Friedrich anéantirait à coup sûr la force rebelle qu’il affrontait, puis viendrait à son secours. Elle était certaine que cela ne tarderait pas.
C’est pourquoi elle n’hésiterait pas à tenter un pari quelque peu risqué, comme distribuer du vin en pleine bataille, si cela pouvait préserver le moral des officiers et des soldats.
……
Dans la région de Muret, l’armée rebelle constituée des forces des nobles des montagnes avait établi une solide ligne défensive et se préparait à une guerre d’usure. Son objectif immédiat semblait être d’attirer autant de troupes ennemies que possible, jusqu’à ce que l’armée de Yorgos Caruna vainque celle de la famille royale arélienne dans la région de Caruna.
Dans un terrain montagneux où il était difficile d’avancer avec une grande armée, une ligne composée de plusieurs forts et villes fortifiées était extrêmement difficile à prendre de force. Le duc Julius de Novakia, qui avait déplacé son armée pour réprimer les rebelles, avait donc choisi de pousser l’ennemi à bout par ses provocations.
Il fit approcher ses unités des forts et des villes fortifiées, où elles crièrent à tue-tête et se moquèrent des nobles des montagnes. Il envoya dans leurs positions, attachées à des flèches, quantité de lettres insultant l’armée rebelle. De plus, il attaqua et incendia les villages voisins qui, selon lui, soutenaient probablement la rébellion des nobles des montagnes.
Ces provocations furent d’autant plus efficaces qu’elles venaient d’une armée de Novakiens, ennemis de longue date des habitants de Muret, et de l’armée royale arélienne, qui avait imposé aux nobles des montagnes une soumission humiliante.
« Sept cents, dites-vous ? Les rebelles retranchés dans cette ville devaient être environ cinq cents. Des habitants se sont-ils eux aussi joints à la rébellion ? »
Peut-être incapables de supporter ces provocations répétées, des rebelles étaient sortis de l’une des villes fortifiées de la ligne défensive. Ils avaient poursuivi l’unité qui les avait affrontés et provoqués, se retrouvant ainsi en avant de la ligne défensive et manifestant clairement leur intention d’attaquer. À cette nouvelle, Julius prit la tête du gros des troupes, un millier d’hommes qui attendaient derrière les unités faisant face à la ligne ennemie, et marcha à leur rencontre.
Les rebelles venus les affronter étaient moins nombreux, mais ne montraient aucun signe de fuite. Ils semblaient ardents et prêts à se battre.
« Je le crois. D’après les rapports des éclaireurs, les effectifs supplémentaires sont tous des miliciens mal équipés. »
Celui qui répondit à Julius était le vicomte Esaias Wallienfeld. Fils de la vicomtesse Paulina Wallienfeld, morte en héroïne lors de la précédente guerre contre le Royaume d’Arelia, il comptait parmi les principaux membres de l’armée reconstituée de la Maison de Novakia.
« Alors, nous n’avons rien à craindre… Je me demande combien de temps durera leur ardeur. »
Julius comprenait la colère que l’on éprouvait contre un ennemi ayant piétiné sa patrie et sa fierté. Il avait autrefois ressenti la même chose et, aujourd’hui encore, cette colère ne l’avait pas quitté.
Mais prendre les armes sous le coup de l’émotion ne suffisait pas à protéger sa patrie. Julius l’avait appris par expérience.
« Faites signe au seigneur Mozzetti. Que la bataille commence. »
« … En avant, tous ! »
À la réception du signal de Julius, le marquis Angelo Mozzetti, qui commandait l’avant-garde, donna l’ordre aux officiers et aux soldats.
Leurs forces comprenaient les sept cents hommes qui surveillaient la ville fortifiée où l’ennemi s’était retranché, ainsi que le gros des troupes, un millier d’hommes, qui les avait rejoints, soit un total de mille sept cents. La moitié du gros des troupes avançait en détachement ; ils étaient donc mille deux cents sur place.
L’avant-garde, composée d’environ cinq cents élites placées sous les ordres directs d’Angelo, s’ébranla la première.
Angelo lui-même marchait en tête. Ses fidèles subordonnés suivirent leur fougueux général, qui avançait sans hésiter.
L’armée rebelle, pleine d’ardeur, et la puissante avant-garde des forces de répression s’entrechoquèrent. Sur place, les rebelles avaient l’avantage du nombre et un moral élevé ; malgré leur entraînement et leur équipement bien inférieurs, ils tinrent tête à l’avant-garde.
Mais ils ne purent faire davantage que lui tenir tête. Ils ne parvinrent pas à la repousser. Face à cette attaque furieuse, Angelo ne recula pas ; ses hommes ne reculèrent donc pas non plus.
Le moral des rebelles avait d’abord été élevé, mais ils n’étaient finalement qu’une foule de miliciens. Au milieu du carnage, couverts de sang et de boue, leur moral s’effondra rapidement.
Puis l’arrière-garde menée par Julius s’approcha.
Les rebelles avaient cru qu’en battant séparément l’avant-garde et l’arrière-garde des forces de répression, ils auraient une chance de l’emporter. Mais ils n’étaient même pas parvenus à vaincre l’avant-garde, et l’arrière-garde arrivait à son tour : ils comprirent qu’ils n’avaient plus aucun espoir de victoire. Les miliciens s’enfuirent les premiers, puis les soldats réguliers, incapables de les arrêter, commencèrent peu à peu à battre en retraite à leur tour.
Cependant, les rebelles en fuite ne tardèrent pas à trouver leur voie de retraite barrée. Un détachement de cinq cents hommes de l’armée de répression avait contourné l’ennemi et lancé une attaque en tenaille.
L’armée rebelle était une force disparate, composée en majorité de miliciens. Sa reconnaissance des environs était bâclée ; prise facilement en tenaille, elle fut anéantie comme sous une meule. Les troupes du duc de Novakia, qui souhaitait réduire autant que possible les forces de Muret, un territoire qui lui serait de nouveau hostile un jour, ne firent preuve d’aucune pitié envers les rebelles. L’armée royale arélienne n’en montra pas davantage : les nobles des montagnes faisaient obstacle à l’installation d’un roi de Muret favorable à la famille royale arélienne.
Bientôt, l’armée rebelle fut détruite, à l’exception de quelques hommes qui réussirent à s’enfuir. Les pertes des forces de répression furent légères. Angelo, qui avait commandé l’avant-garde, s’en sortit également indemne.
« … Quelle bagatelle. »
Julius, qui avait remporté la victoire en sa qualité de commandant en chef de nom, murmura ces mots sans manifester grande joie.
Il rétablirait le Royaume de Novakia dans des conditions plus solides et plus favorables. Ce n’était qu’une étape de ce processus.
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