Chapitre 163
Traductions WeTried
Traducteur : Nemui
Éditeur : Nemui
Discord : <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>
◈ Le Champ de bataille de Friedrich
Chapitre 163 : Après-guerre (3)
──────
« Hé, vieux retraité. »
« Ah, te voilà, sale gamin. Assieds-toi. »
Diethelm Brightkreuz ouvrit les hostilités par une insulte, et le marquis Joseph Obsidian l’accueillit avec des mots tout aussi rudes. Tous deux souriaient, et aucun ne semblait s’offusquer des injures de l’autre. Bien au contraire, ils semblaient les regretter.
Les funérailles militaires du comte Matthias Hosenfeld auraient lieu quelques jours plus tard, puis viendraient les funérailles nationales du roi Sigismund Edelstein. Diethelm était venu dans la capitale royale pour y assister en tant que général de l’armée du royaume. La première étape de sa visite fut la demeure de la Maison Obsidian.
Le départ de Diethelm, commandant du Régiment Hildegard, de la forteresse d’Arnsberg, point stratégique de la région frontalière, ne posait aucun problème à ce moment-là.
Tout d’abord, Diethelm disposait de subordonnés de confiance qui auraient pu gérer sans difficulté la première réaction en cas d’urgence. De plus, sans doute à la suite d’un accord entre les maisons royales, les funérailles nationales de l’ancien roi d’Arelia et le couronnement du nouveau roi auraient lieu à peu près au même moment. La Maison royale d’Arelia, affaiblie et dont la nouvelle sœur cadette du roi était retenue en otage, ne pouvait pas lancer une action militaire en rompant ses engagements alors que se tenaient d’importantes cérémonies.
C’est ainsi que Diethelm avait pu gagner tranquillement la capitale royale, où il rendait maintenant visite à celui qui était pour lui comme un second père.
Joseph assisterait lui aussi aux funérailles de Matthias et de Sigismund. Il avait quitté l’armée, mais seulement parce qu’il avait perdu une jambe, que son endurance avait diminué et qu’il ne pouvait plus supporter les obligations militaires. Son esprit était toujours parfaitement alerte, et il demeurait à la tête de la maison marquisale.
« Je pensais que tu serais devenu un vrai vieux, mais tu n’as pas tellement changé. Alors, cette retraite tranquille ? »
« Comme si je pouvais vieillir aussi vite en six mois ! Lire, boire du thé et faire la sieste, c’est étonnamment agréable. Et surtout, voir mon fils, sa femme et mes petits-enfants tous les jours, c’est un bonheur. Je peux aussi rester auprès d’Else. »
Comme Joseph avait commandé la défense de la forteresse d’Arnsberg, il possédait également une résidence secondaire dans la capitale du domaine royal de l’ouest. Son épouse, dame Else, y avait vécu à l’origine, mais après être tombée légèrement malade quelques années auparavant, elle s’était installée dans la capitale royale auprès de leur fils et de leurs petits-enfants. Elle ne voyait son mari que quelques fois par an.
Maintenant que Joseph avait pris sa retraite et s’était retiré dans sa demeure de la capitale royale, dame Else pouvait passer chaque jour paisible auprès de lui.
« Eh bien, c’est une bonne chose. Elle t’a pardonné de ne jamais avoir quitté l’armée. À présent, considère que tu lui rends la pareille et traite-la bien. »
« Je le sais sans que tu aies besoin de me le dire… Au fait, j’ai entendu dire que tu t’étais bien distingué lors de la bataille décisive. »
« Bien distingué ? J’ai traversé les lignes ennemies de part en part, tué le marquis Montesque de mes propres mains et, pour finir, mes hommes ont infligé au roi hégémon ennemi les blessures qui lui ont été fatales. Ça ne suffit pas ? »
« Ha ha ha ! Ne boude pas, ne boude pas. C’était effectivement un exploit retentissant… Un exploit que je n’aurais jamais pu égaler à l’époque où j’étais en activité. Je retire ce que j’ai dit : “bien distingué”. Pardonne-moi, commandant de régiment. »
« … Présenté comme ça, c’est gênant à sa manière. »
Quand Joseph prit un ton conciliant, Diethelm fronça les sourcils pour dissimuler son embarras.
« J’en ai assez des rumeurs qui courent en ville. Raconte-moi la bataille décisive en détail, avec tes propres mots. »
« Oui, c’est surtout pour ça que je suis venu. »
Ils discutèrent en buvant du thé, puis, bientôt, du vin qu’on leur servit à la place.
……
Les funérailles nationales du roi Childebert Arelia furent terriblement austères, au regard de l’immense autorité qu’il avait détenue. Peu de nobles du royaume s’y rendirent en personne en tant que chefs de leur maison, les envoyés des autres pays étaient très peu nombreux, et une atmosphère glaciale enveloppa la cérémonie.
Le couronnement du nouveau roi, Samuel Arelia, qui suivit, fut lui aussi bien terne pour une cérémonie censée célébrer l’avènement d’un nouveau souverain dans un grand pays. Le roi lui-même n’y était pour rien, mais cela démontrait de façon flagrante que la Maison royale d’Arelia avait perdu son pouvoir de rassemblement.
Une nouvelle ère s’ouvrait, sans rien de prometteur. Pourtant, Samuel, désormais roi, ne dégageait aucune impression tragique. Au contraire, il montrait son désir d’assumer ses devoirs. Les principaux vassaux liés à la Maison royale d’Arelia comptaient eux aussi le soutenir de toutes leurs forces.
Au moins, dans le château royal, une atmosphère nouvelle prenait forme : chacun se préparait à affronter l’avenir et résolu, allait de l’avant.
Pourtant, la comtesse Cecilia Fargiere, général de l’armée du Royaume d’Arelia, ne parvenait pas vraiment à se fondre dans cette ambiance.
« … Après un pareil échec, est-il vraiment acceptable qu’on me confie encore un poste de ce genre ? »
Le lendemain matin du couronnement, dans une pièce du château royal, Cecilia, qui avait quitté Toulouse, la capitale de l’est, pour assister aux funérailles nationales et au couronnement, laissa échapper ces mots devant le comte Patrick Villeneuve, assis en face d’elle.
Il était difficile d’attribuer à une seule personne la responsabilité de la cuisante défaite de la bataille décisive précédente. En définitive, elle incombait à Childebert lui-même, qui avait personnellement dirigé la campagne ; mais il était évident que Cecilia, qui avait conçu les grandes lignes du plan, en portait elle aussi une lourde part.
Cecilia s’était donc préparée à être écartée par la Maison royale d’Arelia. Pourtant, le nouveau roi Samuel avait montré son intention de lui accorder sa confiance, comme l’avait fait son défunt père.
« Vous êtes sans conteste un général compétent. Vous avez même reçu l’occasion de laver votre honneur ; vous n’avez donc d’autre choix que de vous consacrer à votre devoir. »
« Et vous ? Vous n’avez rien à vous reprocher ? »
Cecilia posa la question à Patrick, dont les paroles pouvaient passer pour des encouragements.
Lui aussi avait commis une grave faute, mais il avait gardé son poste. Capitaine de la Garde royale, il n’avait pas réussi à protéger Childebert et l’avait perdu ; pourtant, on lui confiait toujours le commandement de la Garde royale.
« Si, bien sûr. Malgré tout, puisqu’on m’a confié cette tâche, je n’ai d’autre choix que de l’accomplir au péril de ma vie… parce que personne d’autre ne le peut. Pour l’instant, nous sommes les seuls à pouvoir soutenir la Maison royale et protéger le pays. »
Patrick répondit après avoir poussé un léger soupir.
Cecilia acquiesça, résignée.
Le marquis Robert Montesque, qui avait servi depuis le règne du père de Childebert, était mort au combat. À présent que la Maison royale avait perdu son pouvoir de rassemblement, Samuel disposait de peu de généraux en qui il pouvait avoir confiance.
Pour reconstruire et commander la Garde royale, qui avait perdu des hommes lors de la précédente bataille décisive, Patrick restait le mieux placé. Et si des combats éclataient à l’intérieur ou à l’extérieur du Royaume d’Arelia, Cecilia était sans conteste la personne la plus apte à diriger habilement une armée et à remporter la victoire.
Tous deux étaient désormais des soldats indispensables et irremplaçables pour la Maison royale d’Arelia.
« … Franchement, la vie ne se déroule jamais comme on le voudrait. »
Cecilia prononça ces mots avec un pâle sourire empreint d’autodérision.
En vérité, elle avait voulu mourir. Elle avait voulu tomber sur ce champ de bataille, là où elle avait appris que son frère était vivant. Elle avait voulu mettre fin à cette vie qu’elle n’avait consacrée qu’à assouvir sa vengeance.
Le baron Vincent Alanbure. Son adjoint, le chevalier Celestan. Tous les vassaux de son défunt père avaient disparu. Elle avait causé la mort de nombreux chevaliers et soldats placés sous ses ordres au fil des batailles auxquelles elle avait pris part. Quel sens y avait-il à ce qu’une personne aussi vide qu’elle continue de vivre ?
Elle avait beau se lamenter, sa vie continuait. Et dans ce monde, le petit frère qu’elle croyait ne jamais revoir était vivant.
Elle devait se ressaisir. Si elle avait compris que sa vie jusqu’alors n’avait été que le fruit de son égoïsme et de sa folie, elle ne pouvait désormais que servir correctement la Maison royale et le pays en tant que soldat, et expier ainsi la mort de ceux qu’elle avait entraînés dans la tombe. Si son cœur était vide, elle n’avait plus qu’à accomplir son devoir dans un esprit littéralement désintéressé.
Jusqu’au jour où son heure viendrait enfin et où elle mourrait.
Afin de devenir, ne serait-ce qu’un tout petit peu, une grande sœur dont son frère pourrait être fier.
Oui. Elle était une grande sœur. Elle n’était pas seule au monde. Elle était véritablement liée par le sang à un frère cadet qui vivait dans ce monde.
Elle ne croyait pas qu’après tout ce temps, ils puissent devenir proches comme le sont des frères et sœurs. C’est pourquoi elle ne lui demanderait pas de l’appeler sa sœur, ni de la considérer comme telle. Malgré tout, elle, le voyait comme son petit frère.
Cela lui suffisait. Garder l’existence de son frère au plus profond de son cœur lui permettait de continuer à vivre.
« Excusez-moi de vous avoir ennuyé avec mes états d’âme. Passons aux affaires. »
« Oui, en effet. Nous ignorons combien de temps il reste à la Maison royale d’Arelia. Nous devons reconstituer autant que possible l’armée royale avant que le chaos ne s’installe. »
Pour l’instant, Cecilia mit de côté ses pensées personnelles et prit part à la réunion en général.
Rejoignez notre Discord sur <a target="_blank" rel="noopener noreferrer nofollow" class="link" href="https://dsc.gg/wetried">https://dsc.gg/wetried</a>