Chapitre 164
Chapitre 162 : La Valkyrie [5]
Pour la première fois depuis longtemps, Sophia était stupéfaite ; elle était abasourdie par le comportement arrogant, ou plutôt « dédaigneux », d'Axel. Lorsqu'elle entendit ces mots : « Ne nous revoyons pas, sauf si c'est nécessaire. »
Une colère visible apparut sur son visage. Et non, l'homme ne faisait pas semblant pour attirer son attention ; il pensait réellement ce qu'il disait. Il ne supportait même pas d'être dans la même pièce qu'elle, il ne pouvait pas supporter de la voir. Pour une femme désirée par tous les hommes qui posaient les yeux sur elle, elle... ne pouvait pas concevoir un tel comportement.
Elle ne pouvait tout simplement pas l'accepter. Elle aurait pu admettre qu'il ne soit plus attiré par elle, non, c'était même quelque chose qu'elle aurait apprécié. Mais ces mots étaient un manque de respect flagrant, et elle ne pouvait le tolérer. Sans compter qu'elle ne comprenait pas pourquoi cet homme était si méfiant à son égard.
Elle se leva de sa chaise avec une grâce et une rapidité extrêmes. Sa robe ondula vivement sous l'effet de son mouvement brusque. Elle poussa légèrement le sol du pied droit et, en un instant, apparut juste derrière Axel. Elle posa sa main fine, blanche comme le jade, sur son épaule. Mais contrairement à la fragilité apparente de ses paumes, la force d'une montagne colossale s'abattit sur Axel, le forçant à s'immobiliser.
Elle lui lança d'un ton menaçant qui aurait pu glacer le sang de n'importe qui : « Qu'est-ce que tu viens de dire ? »
Axel fut stoppé net. Il ne pouvait plus bouger, il ressentait une douleur vive à l'épaule sous l'emprise de sa force colossale. Axel ne fit rien dans l'immédiat. Pendant un instant, il ferma les yeux et réfléchit : c'était exactement ce qu'il essayait d'éviter. Il n'aurait pas dû dire ces mots ainsi. Peut-être devrait-il se retourner et s'excuser, peut-être devrait-il dire qu'il plaisantait. Il ne devait pas l'affronter, il ne devait pas, ne devait pas, ne devait pas... devrait... ah, soupir, peu importe.
Son expression devint totalement sérieuse. Il contracta son corps et se tourna légèrement, juste assez pour plonger son regard dans le sien. Il l'avertit : « Mlle Valkyrie, retirez votre main de mon épaule. »
Mais la Valkyrie répondit froidement, ses yeux brillant d'une teinte écarlate plus intense : « Réponds d'abord à ma question, Axel Nomrad. Qu'est-ce qui te fait croire que tu peux me manquer de respect ainsi ? »
Au moment où elle prononça ces mots, elle accentua la pression de sa main. Le sol sous les pieds d'Axel se fissura presque sous la puissance pure générée par l'héroïne invoquée du Grand royaume de Suncrest, mais Axel ne broncha pas.
Axel fut réellement pris de colère à cet instant. Il répéta, usant de ses dernières réserves de patience, ses yeux bleus brillant violemment tandis que, pendant un court instant, les runes dorées vacillèrent dans son regard, donnant à sa voix le ton d'un ordre tyrannique : « Veuillez retirer votre main de mon épaule. Je suis sûr que vous n'aimeriez pas être touchée par un homme ? »
Sophia fronça les sourcils à cette déclaration, son expression sérieuse se fissurant enfin. Elle desserra sa prise et retira doucement sa main. Elle détesterait effectivement être touchée par un autre homme, même si celui-ci n'avait aucune intention lubrique. Elle le regarda cette fois avec confusion : pourquoi avait-elle l'impression qu'il savait tout cela depuis le début et... presque comme s'il avait été prévenant envers elle, évitant de retirer sa main par la force, sachant qu'elle serait dégoûtée par le contact d'un homme ?
L'expression colérique d'Axel s'apaisa quelque peu alors qu'il se tournait complètement vers elle. Il déclara alors, d'un ton apologétique : « Je m'excuse, Mlle Valkyrie, mais mes paroles n'étaient pas destinées à vous manquer de respect. J'espère que vous ne le prendrez pas à cœur. »
Le visage de la Valkyrie redevint totalement stoïque, et celui d'Axel devint inexpressif alors que l'atmosphère se faisait tendue et pesante. La Valkyrie lui dit d'un ton mécontent : « Quoi qu'il en soit, tu n'as aucun droit de me parler ainsi ; tu n'en es pas digne. »
Axel hocha la tête, ravalant sa rage silencieuse : « Vous avez raison, Mlle Valkyrie, je vous présente mes excuses. »
Sophia l'observa intensément pendant un moment. Bien qu'il se soit excusé, elle pouvait voir qu'il n'y avait aucune trace de regret dans ses yeux. Elle finit par demander, incapable de comprendre le raisonnement de l'homme : « Axel Nomrad, pourquoi ? Pourquoi es-tu si méfiant envers moi ? As-tu peur de moi ? »
Axel soupira, les yeux fermés, une main sur le visage. Il fallait vraiment qu'elle pose cette question, n'est-ce pas ? Et qu'elle formule les choses ainsi ? Il laissa échapper un sourire sombre et amusé : « Non, Mlle Valkyrie, je n'ai pas peur de vous. Mais j'ai pu voir dès le premier regard quel genre de personne vous êtes. Vous êtes une meurtrière, Mlle Valkyrie. Je n'ose imaginer combien de vies vous avez dû faucher pour avoir ce regard prédateur, et cette soif de sang... combien d'innocents avez-vous tués ? »
« Vous êtes une psychopathe dégoûtante sous les traits d'une beauté humaine. Vous êtes inhumaine, et vous le savez aussi. » Axel lui révéla sans retenue.
Pendant un moment, l'expression de la Valkyrie ne changea pas. Axel ne put déceler aucune émotion sur son visage, jusqu'à ce que... pour la première fois, son masque stoïque et glacial se brise totalement. Ses lèvres fines, couleur cerise, s'étirèrent, ses dents apparurent alors qu'elle laissait échapper un rire sombre, presque dément. Les ténèbres environnantes tremblèrent et s'alourdirent à mesure qu'elle riait.
Elle lui dit avec moquerie : « Comme tu es naïf, comme tu es faible, et comme tu es pathétique, Axel Nomrad. Eh bien, je suis effectivement ce que tu décris, mais qu'est-ce que ça change ? »
« Personne dans ce monde n'est un saint, Axel Nomrad, et encore moins toi. Tu es pire que moi. Au moins, je ne suis pas une hypocrite qui prétend être gentille ou normale pour se fondre dans la masse. Contrairement à toi, je ne cache pas la vraie nature de mon regard. Je l'ai acceptée, je l'ai affrontée, je l'ai embrassée. Je sais qui je suis, Axel. »
« Mais est-ce que toi, tu le sais ? » ajouta-t-elle avec un pur dédain.
Axel la regarda avec rage : « De quoi diable parles-tu ? »
Elle sourit à cette déclaration, se pencha vers lui, posa une main sur sa joue et plongea son regard dans ses yeux bleu océan. Axel soutint son regard, au plus profond de ses yeux écarlates flamboyants. Elle murmura à son oreille comme un démon malveillant : « Tu sais au fond de toi ce que tu es, Axel. Tu es exactement comme moi. Les gens voient en toi un océan calme et infini, un symbole de paix et de tranquillité dans tes yeux. »
« Mais ils ignorent que c'est dans la profondeur de l'océan que se cachent les plus grandes horreurs. Quand une tempête fait rage, c'est l'océan qui devient le plus violent, causant la plus grande destruction et la plus grande terreur. Et tu le sais, ta vraie nature n'est pas celle de la paix. »
« Mais celle du chaos et de la conquête », déclara-t-elle triomphalement.
Ses murmures sinistres continuèrent, envoûtants : « Tu n'es qu'un fou violent essayant de supprimer sa vraie nature sous un manteau de fausse gentillesse. »
Axel recula, sous le choc et une trace de terreur, ainsi qu'une panique qui s'infiltra dans son être à chaque mot manipulateur chuchoté par l'enchanteresse.
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