Chapitre 678
« Il est nerveux, lui aussi. »
Bien sûr qu’il l’était.
C’était la première fois qu’il était intime avec quelqu’un, tout comme pour elle.
Bien qu’il ait pu fréquenter une autre femme pendant qu’elle se réincarnait, Moraine chassa cette pensée de son esprit.
Elle ne voulait pas gâcher un si beau moment.
Un sourire taquin étira ses lèvres.
« Pourquoi tu ne dis rien ? Tu es trop gêné pour trouver une de tes blagues ? »
« Ah... ça... »
« Alors toute cette assurance n’était que du cinéma ? »
Ses mots provocateurs le firent sursauter.
Sa poigne se raffermit sur sa taille et il l’attira contre lui.
Soudain, Moraine réalisa qu’il était devenu plus grand qu’elle.
Cela avait dû se produire au fil du temps qu’ils avaient passé ensemble, et elle ne l’avait pas remarqué jusqu’à présent.
Elle dut se mettre sur la pointe des pieds tandis que ses bras se resserraient autour de son cou.
Leurs lèvres se rencontrèrent.
Leurs mouvements étaient hésitants.
Ils se séparèrent.
Pour mieux s’embrasser à nouveau.
Plus longuement cette fois.
Puis encore.
Leurs langues s’entremêlèrent.
Moraine eut l’impression que sa langue fondait, comme si des étincelles se propageaient dans tout son esprit.
Des frissons parcoururent son échine.
Elle n’aurait jamais cru qu’une sensation puisse être aussi agréable.
Elle ne pouvait plus s’arrêter.
Au contraire, elle pressa tout son corps contre le sien.
Cette chaleur et cette euphorie lui appartenaient.
Une fois. Deux fois. Trois fois.
Ils s’arrêtaient un instant, puis reprenaient.
Chaque baiser durait plus longtemps.
Chaque baiser était plus affamé que le précédent.
« Chuap... mhmm... »
Des bruits humides et suggestifs s’élevèrent entre eux.
Un fil de salive s’étirait lorsqu’ils se détachaient l’un de l’autre.
Et pourtant, ils revenaient toujours l’un vers l’autre.
Il la souleva légèrement et fit un pas.
Le décor changea.
La lumière douce de la chambre de Moraine remplaça la vue de la colline au crépuscule.
Moraine ne sembla pas se soucier de la téléportation, ou peut-être ne l’avait-elle même pas remarquée.
Il la déposa délicatement sur le lit.
Elle tendit les bras vers lui, les doigts tremblants.
« Tiens-moi... haah... haah... »
Sa voix était à peine audible et son visage était empourpré par la chaleur.
Le désir et l’affection tourbillonnaient dans ses yeux embrumés.
Le contraste entre sa pureté et cette expression impudique le rendait fou.
Il se pencha, déposant des baisers le long de sa nuque, de sa clavicule, de ses épaules.
Un gémissement haletant s’échappa de ses lèvres.
« ...Encore... »
C’était comme si un barrage venait de rompre.
Toute résistance ou dignité qu’elle avait pu avoir auparavant s’était évaporée.
Elle réclamait son affection ouvertement.
Leurs lèvres se rejoignirent. Cette fois, avec encore plus d’intensité. Leurs langues s’entremêlèrent, maladroites, avides.
Il glissa ses mains sous ses vêtements.
Ses doigts effleurèrent son nombril nu et doux.
Puis...
Moraine sursauta comme si on l’avait aspergée d’eau glacée.
« A-attends ! Arrête... ! » bégaya-t-elle soudain, en essayant de le repousser. « On ne peut pas faire ça ! »
« ...Quoi ? »
Ses sourcils se froncèrent. Il se redressa légèrement, son corps surplombant toujours le sien. Sa respiration était saccadée et ses pensées s’emballaient.
Il ne comprenait pas ce qu’elle voulait dire.
Moraine se couvrit le visage de ses deux mains.
« Je ne veux pas le faire. P-plus tard. Faisons-le dans une autre vie », marmonna-t-elle, la voix étouffée par ses paumes.
« ...Pourquoi ? »
Plus il l’écoutait, plus son expression devenait froide.
Ses mots touchaient quelque chose de vif et d’amer en lui.
Est-ce qu’elle s’était jouée de lui tout ce temps ?
Était-ce juste un jeu ?
Lui donner quelques miettes, l’attirer, puis reculer dès qu’il s’approchait ?
La frustration monta de ses entrailles.
Poussé par la colère, il attrapa ses deux poignets d’une main et les épingla au-dessus de sa tête.
Il l’obligea à le regarder.
« ...Pourquoi tu dis ça ? Dis-le-moi. »
Elle ferma les yeux avec force et secoua la tête.
Sa poitrine se soulevait au rythme de ses respirations irrégulières.
Ses cuisses se frottaient l’une contre l’autre involontairement, mais elle refusait de répondre.
« ...Moraine. »
Il n’aurait jamais cru pouvoir se mettre en colère contre elle.
Il pensait qu’il resterait patient.
Mais c’en était trop.
Elle ne cessait de l’attirer à elle pour mieux le rejeter.
S’il devait continuer à jouer à ce jeu de « je t’aime, moi non plus », alors peut-être valait-il mieux qu’il parte pour de bon.
« ...Dis-moi pourquoi. Je ne te lâcherai pas tant que tu ne m’auras pas répondu. »
Son visage brûlait, inconsciente de ses pensées.
Elle semblait en plein conflit, comme si son cœur et son corps parlaient des langues différentes.
Mais elle ne répondait toujours pas.
« Moraine, si tu ne me le dis pas, alors... »
« J’ai presque trente ans ! »
« ...Hein ? »
Elle détourna la tête, visiblement mortifiée.
Sa voix devenait de plus en plus faible à chaque mot.
« Je suis une... vieille dame. »
« ...Vieille dame ? »
Sa voix se brisa sous l’embarras.
Pour le cacher, elle le fixa et éleva la voix.
« Oui ! Une vieille dame ! Alors faisons-le la prochaine fois, quand je serai plus jeune ! Genre... vingt ans ! Ou au début de la vingtaine ! »
Ses lèvres tremblaient.
Sa colère montait parce qu’il l’obligeait à dire des choses aussi embarrassantes.
Mais sa voix s’éteignit à mesure qu’elle continuait.
« Tu ne prendrais pas de plaisir avec quelqu’un d’aussi vieux. Alors... alors faisons-le quand je serai jeune, d’accord ? Je veux qu’on prenne tous les deux du... »
« Pfft... »
Il ne put se retenir.
Il essaya de se couvrir la bouche d’une main, le corps secoué par un rire incontrôlable.
« Vieille... pfft... dame, elle dit. »
Moraine se raidit.
Sa voix devint glaciale, tout comme la sienne plus tôt.
« ...Pourquoi tu ris ? »
« Je n-ne ris pas ! » répondit-il, essayant de reprendre son sérieux.
Elle se tortilla sous lui.
Ses mains étaient toujours immobilisées, mais sa jambe bougea.
« Attends... attends ! Qu’est-ce que tu fais ? » dit-il, réalisant qu’elle s’apprêtait à lui donner un coup de pied.
« Dégage ! Je ne te parlerai plus jamais ! »
« D’accord, d’accord ! Pardon de t’avoir ri au nez ! » dit-il rapidement, tout en gloussant encore. « Je t’écoute sérieusement, promis. »
Moraine s’arrêta une seconde.
Puis, doucement, elle demanda : « ...Tu ne riras plus ? »
« Non. Je le jure. Vas-y. »
Il la trouvait incomparablement mignonne à cet instant.
Elle inspira lentement.
« ...Je ne veux pas le faire quand je suis... comme ça. »
« ...Pourquoi ? »
« Parce que je suis... peu attirante maintenant. Je ne veux pas que le souvenir de notre première fois soit celui d’une femme... vieille et moche. Je veux qu’on le fasse quand je serai jeune et... et plus jolie. »
« Peu attirante ? »
Ses sourcils se détendirent lentement.
« Moraine, regarde-moi et dis-moi si je te trouve peu attirante. »
Elle le regarda, confuse par ses mots.
Avant qu’elle ne puisse répondre, elle sentit quelque chose bouger sous son pied.
Ses yeux se baissèrent.
Et elle se figea.
En essayant de lui donner un coup de pied dans l’abdomen et de le repousser, son pied avait touché quelque chose de dur.
Même maintenant, son pied était toujours là, puisqu’elle n’avait pas changé de position...
Tout son corps se raidit.
Elle retira rapidement sa jambe.
Incapable de le regarder dans les yeux, elle tourna la tête sur le côté.
Son visage était rouge écarlate.
Il se pencha à nouveau.
Un sourire en coin apparut sur son visage, et il murmura près de son oreille :
« Qu’est-ce que tu as vu ? Est-ce que j’ai l’air de quelqu’un qui te trouve peu attirante ? »
Elle ne répondit pas. Elle en était incapable.
Moraine secoua simplement la tête, incapable de former le moindre mot.
Son visage était en feu. Même le bout de ses oreilles était devenu rose.
Il était satisfait de cette réponse.
En vérité, il préférait son apparence mature à celle de sa version plus jeune.
Peut-être parce que la majeure partie de leur temps ensemble s’était déroulée ainsi.
Il voyait la Moraine mature la plupart du temps.
Elle était forte, douce mais tranchante, belle dans sa réserve silencieuse, et pourtant bruyante et audacieuse.
Embarrassant à dire, mais le temps passé avec elle avait façonné ses préférences.
Il se pencha encore.
« Alors... on peut le faire maintenant ? » demanda-t-il doucement.
Elle leva les yeux vers lui.
Sa tête bougea comme pour refuser.
Puis elle s’arrêta.
Son regard s’adoucit et elle se mordit la lèvre inférieure.
Lentement, avec hésitation, elle hocha la tête.