Chapitre 725
Liora eut l’impression d’être entrée dans la Mer cosmique qui se trouvait en elle.
Pendant un bref instant, elle se sentit véritablement toute-puissante et omnisciente, comme si elle pouvait plier l’Univers cosmique à sa volonté.
En fait, son état actuel dans ce monde dépassait de loin celui qu’elle connaissait au sein de la Mer cosmique.
Partout où elle posait les yeux, des scènes du présent, du passé et de l’avenir surgissaient et défilaient devant elle.
Elle avait l’impression de pouvoir toutes les contrôler d’un simple geste.
Si elle le souhaitait, elle pouvait effacer le passé. Sinon, elle pouvait modifier l’avenir.
Princesse du Monde des Démons !
À moins qu’un adversaire d’une puissance égale ne se dresse contre elle, un être de ce niveau était véritablement tout-puissant et omniscient.
Il pouvait altérer le passé et l’avenir d’une simple pensée, sans subir le moindre contrecoup du Fleuve du Temps.
Il pouvait même détruire la Mer des Origines avant qu’elle n’existe !
Bien que sa véritable forme fût encore loin d’atteindre un tel niveau, sa fusion avec l’Univers cosmique lui avait conféré ces capacités.
Pendant un instant, elle-même perdit le contrôle et s’enivra de cette sensation de puissance.
Heureusement, elle reprit vite ses esprits.
Ce ne fut pas de son propre chef, mais parce que quelque chose attira son attention.
Elle plissa soudain les yeux, ayant perçu quelque chose.
Sans qu’elle eût besoin d’intervenir, sa silhouette disparut et réapparut au cœur de l’Univers cosmique.
Contrairement à la dernière fois qu’elle était venue, le Noyau se réjouit à présent de son arrivée, comme s’il accueillait sa maîtresse.
Liora lui accorda un bref regard et hocha la tête, puis s’enfonça dans le vide obscur.
Bientôt, elle eut laissé loin derrière elle le lieu où s’était déroulé le précédent combat.
Les traces de l’Ancêtre du Vide, de l’« Empereur humain » et de l’ancienne Volonté avaient disparu depuis longtemps.
L’Origine du Monde disparut à son tour peu après.
Seules les ténèbres insondables entouraient Liora.
… Jusqu’à ce qu’une lueur grise apparaisse soudain à l’horizon lointain.
Liora s’en approcha, le visage calme.
Lorsqu’elle fut assez près, la nature de cette lueur se révéla enfin.
C’était une faille spatiale.
Longue d’innombrables kilomètres, elle déchirait de part en part la trame de l’Univers cosmique, telle une blessure sur le corps d’un géant.
De l’autre côté, contrairement à ce qu’on aurait pu croire, il n’y avait pas la Mer des Origines.
À la place s’étendait une vaste étendue grise.
Une étrange puissance l’imprégnait. Elle prenait une forme matérielle, se muant en mer, et ses gouttelettes suintaient à travers la faille pour pénétrer dans l’Univers cosmique.
Ploc ! Ploc ! Ploc !
La puissance grise atteignit le Noyau et disparut.
Liora la reconnut aussitôt. Elle ne la connaissait que trop bien.
Le Néant !
De plus, même si elle ne s’y était jamais rendue, ses Souvenirs de lignée lui permirent aussi de reconnaître la terre qui s’étendait de l’autre côté.
Incroyable : une faille de l’univers menait directement à la Terre du Néant !
Le Néant s’y déversait sans cesse, dévorant une partie de l’Origine du Monde et menaçant de conduire cet univers à l’extinction.
« Pas étonnant que l’Univers cosmique soit dans un tel état et que la Volonté du Monde ait choisi de le détruire et de le reconstruire sans cesse.
— Tout est dû à l’existence de cette faille, murmura Liora.
Chaque monde fonctionnait en absorbant la puissance du chaos et en la convertissant en Origine du Monde, afin de se maintenir et de se renforcer.
En théorie, chaque monde pouvait progresser sans fin, jusqu’à égaler le Monde des Démons, voire dépasser la Mer des Origines.
Bien sûr, c’était impossible.
Tout comme les pratiquants, les mondes devaient eux aussi affronter des tribulations.
Et, du point de vue de l’Univers cosmique, cette faille était précisément l’une d’elles.
« La Terre du Néant ronge sans cesse l’Origine du Monde que l’univers absorbe dans la Mer des Origines. Cela signifie que l’Origine du Monde présente dans l’univers ne cesse de diminuer.
— Sans les mesures impitoyables de la Volonté de l’Univers cosmique, ce monde aurait été détruit depuis longtemps.
Détruire les ères les unes après les autres n’était qu’une partie de ces mesures. Une autre consistait à empêcher les créatures de déchirer la membrane du monde et de pénétrer dans la Mer des Origines.
Après tout, chaque être qui partait emportait avec lui une partie de son Origine du Monde. S’il ne revenait pas ou venait simplement à périr, cette Origine du Monde était perdue à jamais.
Comment la Volonté, acculée, aurait-elle pu le permettre ?
Une foule de pensées traversa l’esprit de Liora. Enfin, tout prenait sens.
Son regard fixé sur l’immense brèche, elle prit un air grave.
Jusqu’alors, cela avait été le problème de la Volonté du Monde et ne la concernait pas.
À présent, cependant, c’était devenu le problème auquel elle devait faire face.
« Heureusement, je suis bien plus libre que la Volonté précédente. Elle ne pouvait tout au plus qu’agir selon des règles prédéterminées. Détruire la faille lui était impossible.
— Mais je n’ai pas ce problème. L’autorité de l’univers n’est qu’un aspect de moi.
— Je suis l’Univers cosmique, mais l’Univers cosmique n’est pas moi. »
Dès que cette pensée prit racine, Liora passa à l’action.
Sous son contrôle, la puissance de tout l’Univers cosmique s’amassa sans fin devant elle, avant de se déverser sur les bords de l’immense faille.
La puissance du Néant fut aussitôt repoussée. L’espace le long de la faille commença à se réparer.
La brèche commença à se refermer.
Lentement, mais sûrement.
Pourtant, alors que tout semblait devoir se dérouler sans encombre, l’autre côté de la faille réagit.
La puissance du Néant s’embrasa.
Une aura oppressante en émana.
Comme un monstre marin remontant des profondeurs de l’océan, un être émergea lentement de la puissance du Néant.
La majeure partie de son corps restait engloutie dans le Néant,
Seul un œil était visible.
Mais, face à sa pupille grise, Liora prit un air grave.
Un Prince du Monde des Démons !
Elle comprit aussitôt que la faille n’était pas apparue ici par hasard. Elle avait très probablement été créée par cet être.
À présent, ayant senti que quelqu’un tentait de la refermer, il était venu l’en empêcher.
L’être inconnu sentit lui aussi la présence de Liora.
Un instant, leurs regards se croisèrent à travers l’espace et le temps.
Puis aucun des deux ne prononça un mot.
Une lumière grise jaillit de la pupille grise.
Liora leva la main et abaissa deux doigts.