Chapitre 711
Liora comprit aussitôt qu’elle était arrivée à destination.
Le contraire aurait été étonnant.
L’Origine du Monde s’étendait à l’infini, solidifiée. Deux puissances familières s’entrechoquaient dans un affrontement acharné.
Une pression invisible s’abattait sans cesse sur elle, cherchant à l’anéantir entièrement. Toute Éveillée de rang inférieur à treize aurait péri sur-le-champ.
En somme, Liora savait qu’elle avait atteint le Noyau de l’Univers cosmique !
Plus précisément, l’endroit où résidait sa Volonté.
Elle ne se précipita pas pour agir. Elle choisit plutôt d’examiner les lieux.
Son regard parcourut lentement les alentours.
La première chose qui attira son attention fut, bien sûr, l’Origine du Monde.
Elle était véritablement infinie.
En une seule inspiration, Liora sentit qu’elle en avait absorbé davantage que durant tout son voyage. Respirer en ce lieu revenait à dévorer plus d’une douzaine de mondes de bas et moyen niveau.
« Il mérite bien son statut de monde de haut niveau, puisqu’il abrite des êtres comme le Souverain humain. »
« Même si quelque chose a mal tourné et qu’il est en reconstruction permanente, la quantité d’Origine du Monde qu’il a accumulée dépasse de loin celle de n’importe quel monde qui ne soit pas de haut niveau.
Le blanc de l’Origine du Monde se reflétait dans ses yeux, dont le rouge cramoisi s’assombrit.
Autrefois, elle avait été une Dévoreuse de mondes, un Diable qui se repaissait littéralement d’Origine du Monde.
À présent, même si elle n’en était plus une, elle pouvait dévorer l’Origine du Monde pour améliorer la Mer cosmique et, indirectement, accroître sa puissance.
Aussi, en découvrant une telle quantité d’Origine du Monde, son premier réflexe fut de se précipiter pour tout dévorer.
Mais elle réprima rapidement cette impulsion.
Car elle sentait deux puissances se ruer vers elle et la sonder.
L’une était chaotique et débordait d’émotions négatives.
L’autre était ordonnée et, à l’origine, lui était proche. Pourtant, dès que l’idée d’absorber l’Origine du Monde avait germé dans son esprit, elle s’était mise en colère. On aurait dit qu’elle s’apprêtait à s’allier à la Volonté chaotique pour lui tomber dessus.
Liora comprit aussitôt qu’elle ne pouvait pas se permettre de toucher à ces choses pour le moment. Elle n’avait aucune envie d’en faire ses ennemies.
Son regard se déplaça, remontant jusqu’aux propriétaires des deux puissances.
Elle aperçut aussitôt deux êtres qui s’affrontaient au loin.
L’un avait une forme immatérielle, son corps semblant composé d’une brume dorée et de runes. Il brillait comme un soleil, et sa puissance s’étendait en fils pour affronter son adversaire.
Malheureusement, il était en difficulté.
L’être auquel il faisait face était non seulement plus puissant, mais maîtrisait aussi sa puissance avec plus de finesse.
Liora le reconnut.
Un jeune homme à l’apparence quelconque, mais à l’allure d’un Seigneur démoniaque. Son regard était indifférent et impitoyable, sans la moindre émotion.
Son corps était couvert de blessures, mais il n’y prêtait aucune attention. Sans un mot, il continuait d’affronter la brume dorée.
Peu à peu, il prit l’avantage.
Même si sa forme était devenue illusoire et que son aura avait changé, Liora ne pouvait pas se tromper.
C’était l’Ancêtre du Vide !
Son ennemi juré et la raison de son arrivée dans ce monde !
Dès que son regard se posa sur lui, un faible sourire apparut sur ses lèvres.
« Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vus… »
« Il faut croire que le destin s’acharne sur nous deux… »
Un léger soupir lui échappa.
Puis, avant que l’Ancêtre du Vide ait pu répondre, elle ignora l’Origine du Monde qui l’entourait et s’approcha des deux êtres.
En quelques instants, elle avait rejoint leur champ de bataille.
Constatant qu’elle ne visait plus son Origine du Monde, la Volonté de l’Univers cosmique retrouva son attitude familière.
Elle laissa Liora s’approcher, tandis qu’une partie de sa propre puissance se retirait, comme pour lui faire place.
Liora ne réagit pas.
Comme une voyageuse épuisée, elle s’assit sur le « sol » du vide.
D’innombrables fils azurés jaillirent de son corps. De concert avec ceux de la Volonté de l’Univers cosmique, ils se mirent à affronter l’Ancêtre du Vide.
Ils ne recoururent ni à des capacités ni à la force brute.
Les trois êtres semblaient se livrer à un combat absurde, leurs fils de trois couleurs différentes s’entrechoquant.
Au premier abord, cela ne semblait pas digne de leur statut. Mais si un être du niveau du Souverain humain avait assisté à la scène, il en aurait été stupéfait.
Les trois ne se battaient pas avec leur force, mais en faisant appel à leurs concepts.
La Volonté de l’Univers cosmique déchaîna le pouvoir de l’Ordre, cherchant à détruire toute anomalie et à ramener chaque chose à son cours prédéterminé.
La puissance chaotique de l’Ancêtre du Vide lui faisait directement opposition. Tout ce qu’elle touchait se divisait en une multitude de versions, chacune suivant une ligne temporelle différente.
Liora haussa les sourcils.
Ce n’était pas étonnant que l’Ancêtre du Vide ait réussi à faire reculer sans cesse la Volonté de l’Univers cosmique et à prendre autorité sur l’univers lui-même.
Ce n’était pas seulement parce que la Volonté avait été blessée, mais aussi parce que son pouvoir visait directement sa plus grande faiblesse.
Ajoutée à sa propre force, cette particularité rendait sa victoire tout sauf surprenante.
Mais à présent, les choses allaient forcément changer.
Les fils azurés qui s’étendaient depuis son corps fouettèrent l’air.
Depuis son arrivée dans ce monde, la Loi la plus puissante de Liora avait toujours été la Prédation. Pilier de la Mer cosmique en son sein, c’était aussi la Loi qui avait le plus bénéficié de son développement.
Pourtant, dans son affrontement contre l’Ancêtre du Vide, elle ne choisit pas d’utiliser la Prédation.
Elle ne choisit pas davantage des concepts familiers comme la Destruction, le Temps, l’Espace ou même le Dragon.
À la grande surprise de l’Ancêtre du Vide, une Loi inconnue émana d’elle.
Il ne la reconnut pas d’abord. Ce ne fut qu’en l’examinant de plus près qu’il en discerna quelques indices.
Quand il en identifia enfin la nature, une lueur de surprise passa sur son visage.
« L’humanité… ? » murmura-t-il, incapable de cacher le tremblement de sa voix.