Chapitre 215
Le Jour du Châtiment Divin — c'est ainsi que le peuple nomma le jour où la guerre entre les dieux éclata.
À leurs yeux, tout — le tremblement du continent, la pluie de sang et les terres dévastées autour de la capitale — n'était rien d'autre que le signe d'un Châtiment Divin.
« La Famille Royale a commis de grands péchés avec l'accord tacite des nobles qui la servaient. Ce jour-là, les Dieux du Royaume Divin ne pouvaient plus laisser faire. »
« Après s'être concertés, ils ont décidé de bénir à nouveau la race humaine. »
« D'un simple geste, ils ont détruit la capitale, ce foyer de péchés de la Famille Royale, et d'un autre, ils ont repris leur pouvoir. »
Dans une taverne, un vieux conteur narrait l'histoire, ne s'interrompant que pour boire une gorgée de son verre de temps à autre.
« Vieil homme, tu oses appeler ça une bénédiction ? J'ai entendu dire que la voie des Chevaliers est terminée ! Plus personne ne pourra jamais devenir un Grand Chevalier ! »
« Nos rêves d'obtenir un pouvoir extraordinaire sont finis ! », lança une voix jeune et colérique à travers la taverne.
Lorsque le conteur et l'auditoire tournèrent la tête pour en identifier la source, ils découvrirent qu'il s'agissait d'un jeune homme.
Vêtu d'une fine armure de cuir et portant une épée en bois à la ceinture, il était clair qu'il rêvait de devenir un célèbre Chevalier et de parcourir l'Empire.
Le conteur ne s'offusqua pas d'avoir été interrompu par le jeune homme. Au contraire, il secoua la tête et gloussa.
« Héhé. Tu ne comprendrais pas... »
« Est-ce vraiment une si mauvaise chose que les gens ne puissent plus devenir de Grands Chevaliers ? »
« Combien de personnes ont subi l'oppression de ces soi-disant nobles, et combien de familles ont été ruinées par leur faute ? Des femmes ont été enlevées, des innocents tués, tandis que d'autres servaient de sacrifices ! », déclara le vieil homme.
« La seule raison pour laquelle les Chevaliers étaient nécessaires, c'était à cause du danger représenté par les bêtes. Mais maintenant que les Dieux sont intervenus et les ont piégées dans le Désert des Bêtes Anciennes, il n'y a plus aucune raison pour que les Chevaliers existent ! »
« Nous, le peuple, ne serons plus opprimés par les nobles ! »
« Notre destin sera entre nos mains ! »
La voix du vieil homme était tonitruante, et ses paroles passionnées trouvèrent un écho chez la plupart des gens.
C'est vrai !
Pourquoi devraient-ils être brimés simplement parce qu'ils ne peuvent pas devenir des Chevaliers ?
Pourquoi doivent-ils travailler dur juste pour survivre, alors que les nobles peuvent mener une vie de luxe basée uniquement sur la gloire de leurs ancêtres ?
Plus important encore, pourquoi les autres peuvent-ils posséder une force puissante alors qu'eux ne le peuvent pas ?
Bien que personne n'ait osé exprimer cette dernière question à voix haute, beaucoup savaient que c'était la véritable raison de leur mécontentement.
Ce n'était pas qu'ils haïssaient les nobles et les Chevaliers. C'était plutôt le fait de ne pas faire partie de cette « classe » chanceuse qui les exaspérait.
En entendant les mots du vieil homme et en sentant le regard malveillant de l'auditoire autour de lui, le visage du jeune homme vira au rouge. Il voulut répliquer, mais il n'eut finalement aucune réponse.
Après avoir frappé la table avec son verre dans un accès de colère feinte, il se leva précipitamment et sortit de la taverne.
Personne ne le suivit.
Après avoir secoué la tête en se moquant de sa naïveté, ils reportèrent leur attention sur le conteur, qui avait déjà repris son récit.
« Comme tout le monde le sait, après le Jour du Châtiment Divin, le continent a été divisé en quatre parties. »
« La Terre de la race humaine, la Terre des Bêtes, la Zone Interdite du Péché là où se trouvait autrefois la capitale, et enfin, la Mer de Sang au sud du continent. »
L'auditoire retint son souffle, attendant les prochains mots du conteur.
Une seule personne se démarquait parmi eux.
Avec ses longs cheveux blonds et portant un voile qui lui couvrait le visage, une femme secoua la tête et se leva.
Après avoir jeté quelques pièces sur la table, elle quitta la taverne.
Alors que le vent soufflait sur son visage, le fin voile qui le recouvrait voleta.
Son visage fut révélé.
Avec ses yeux brillants comme des pierres précieuses, son expression sereine et ses traits pittoresques, ce n'était nulle autre qu'Eleanor.
« Cela fait déjà six mois. », murmura Eleanor malgré elle.
Elle leva la tête, regarda le ciel bleu au-dessus d'elle et se perdit dans ses pensées.
Après quelques secondes, elle porta la main à son visage pour remettre le voile en place.
Puis, elle quitta la ville et s'enfonça dans la nature sauvage.
--
Ce ne fut que quelques heures plus tard qu'Eleanor revint dans une zone habitée.
C'était une ville gigantesque aux hauts murs faits de matériaux précieux, et des bâtiments luxueux étaient visibles de loin.
Si quelqu'un regardait de plus près, il découvrirait qu'elle ressemblait étrangement à la capitale de l'ancien Empire de l'Armure de Fer.
Alors qu'Eleanor franchissait la porte, elle fut arrêtée par les gardes qui lui demandèrent de présenter une pièce d'identité.
Cependant, lorsque le plus âgé d'entre eux remarqua l'insigne sur le côté gauche de sa poitrine, il murmura quelque chose à ses compagnons et la laissa passer, la panique se lisant clairement sur son visage.
Eleanor resta indifférente.
D'un pas rapide, elle déambula dans la ville et arriva bientôt en son centre, où un tout nouveau palais impérial avait été érigé.
Tout comme à l'entrée, le palais était rempli de gardes armés puissants.
Lorsqu'ils virent la silhouette d'Eleanor, cependant, leur expression devint solennelle. En tant que Gardes Royaux, ils en savaient plus que les hommes chargés de surveiller l'entrée de la ville.
Par conséquent, ils la saluèrent immédiatement avec respect, lui permettant de pénétrer à l'intérieur du palais.
Peu après, Eleanor arriva dans le hall principal du palais.
Après avoir expiré doucement, elle s'assit sur le trône et retira son voile.
Elle tapota sur l'accoudoir et s'apprêtait à convoquer quelqu'un lorsqu'une voix excitée parvint à ses oreilles.
« Sœur, tu es enfin de retour. »
En tournant la tête, Eleanor vit qu'il s'agissait de son propre frère.
Bien que beaucoup de temps ait passé, son visage et sa voix étaient toujours immatures, remplis d'une naïveté et d'une lâcheté qui ne correspondaient pas à son statut.
Eleanor aurait ignoré cela par le passé.
Cependant, cette fois, son expression devint sévère. À l'insu de tous, une trace de pourpre brilla dans ses yeux bleus sereins.
« Ne t'ai-je pas dit que tu devais agir en fonction de ton statut ? Ne comprends-tu pas ? Tu n'es plus un enfant ni un simple Comte ! Tu es un Roi ! Un Roi ! », gronda-t-elle avec colère.
Au même moment, une aura oppressive se propagea depuis elle et s'abattit sur son jeune frère, le projetant au loin.