Chapitre 291
Livre 3 : Chapitre 111 — Tant que tu es heureuse
Gu Hai s’enfonça le sabre d’os dans le ventre.
Mu Chenfeng, Long Sanqian et Sima Changkong en restèrent bouche bée.
Gu Hai se donnait vraiment du mal pour calmer la petite princesse. Il s’enfonçait un sabre d’os dans le ventre ?
Long Wanyu le force à se suicider sous le coup de la colère. La mort de Long Wanqing l’a bouleversée au point qu’elle voit tout le monde comme un ennemi. Mais lorsqu’elle aura fini par se calmer, elle comprendra.
Pourtant, tu l’as vraiment écoutée et tu t’es poignardé pour apaiser sa colère ?
En voyant Gu Hai s’enfoncer le sabre d’os dans le ventre, Long Wanyu tressaillit à son tour.
Elle voulait tuer Gu Hai pour venger sa sœur aînée, mais le voir acculé à la mort ne lui procura pas la satisfaction qu’elle avait imaginée. Elle n’eut pas l’impression d’avoir vengé sa sœur, ni de ressentir le moindre soulagement. À cet instant, elle eut le sentiment d’avoir fait quelque chose de mal.
« Long Wanyu ! » rugit soudain le Vénérable Liu Nian, furieux.
Crac !
Long Wanyu fit instinctivement claquer son fouet, mais le Vénérable Liu Nian s’en saisit.
« Ça suffit ! » lança-t-il avec colère en la fusillant du regard.
Le Vénérable Liu Nian jeta le fouet de côté et reprit, le visage courroucé : « C’est ce que tu veux ? Forcer Gu Hai à mourir ? Le tuer ? Est-ce ainsi que tu venges Wanqing ? Sais-tu combien elle serait triste, si elle était encore en vie et te voyait le pousser à la mort ? »
« C’est lui qui a causé la mort de ma sœur aînée ! Sa mort ne suffirait pas à payer pour ça ! » s’écria Long Wanyu, les yeux injectés de sang. Cette fois, sa voix était nettement plus douce.
« Celui qui a causé la mort de ta sœur aînée, c’est Lu Yang. Elle a donné sa vie pour protéger cet homme. Et toi, tu le forces à mourir ? C’est ton beau-frère ! Le mari de Long Wanqing ! » cria le Vénérable Liu Nian.
« Je m’en fiche. Sans lui, ma sœur aînée ne serait pas morte. Snif ! Snif ! Snif ! Snif ! » Long Wanyu se mit brusquement à pleurer.
Lorsqu’elle éclata en sanglots, on aurait dit qu’elle laissait enfin échapper tout ce qu’elle avait sur le cœur.
Sima Changkong, Long Sanqian et Mu Chenfeng restèrent à l’écart, sans oser intervenir.
« Vénérable, inutile de blâmer davantage Long Wanyu. Tant qu’elle est heureuse. » La voix de Gu Hai retentit.
En l’entendant, Long Wanyu fut soudain prise de remords.
Forcer Gu Hai à mourir, est-ce vraiment venger ma sœur aînée ? Est-ce que cela lui ferait plaisir ?
« Gu Hai, arrêtez de vous poignarder ! » s’exclama le Vénérable Liu Nian.
Fchit !
Le Sabre faucheur de vie s’enfonça encore plus profondément dans le ventre de Gu Hai.
Lorsque Long Wanyu releva la tête, elle ne vit plus qu’un petit bout du sabre d’os dépasser du corps de Gu Hai. Son expression changea. Elle ouvrit la bouche pour l’arrêter, mais aucun son ne sortit.
« Long Wanyu, n’oubliez pas votre promesse. Que la rancune que vous avez contre moi s’arrête ici », dit Gu Hai avec un faible sourire.
Long Wanyu se mordit les lèvres, l’air horrifié.
Gu Hai s’est vraiment poignardé et a tenté de se suicider devant moi ? Il s’est vraiment enfoncé le sabre dans le ventre ?
Long Wanyu sentit sa chair de poule se hérisser ; un frisson la parcourut.
Gu Hai poussa de la paume le dernier morceau de la poignée du sabre d’os, l’enfonçant dans son ventre.
« Votre Majesté ! » s’écrièrent les fonctionnaires de la dynastie céleste Han, horrifiés.
Le Vénérable Liu Nian, Sima Changkong, Long Sanqian et Mu Chenfeng semblaient tous très inquiets.
« Ne… » murmura Long Wanyu, d’une voix presque inaudible, pleine de regrets.
Mais il était trop tard. Le sabre d’os était entièrement enfoncé dans le ventre de Gu Hai. Tout était fini.
« Gao Xianzhi, apportez-moi des vêtements ! » dit Gu Hai.
« Hein ? » Ceux qui s’inquiétaient pour Gu Hai en furent stupéfaits.
Quelque chose clochait. Gu Hai n’aurait-il pas dû s’effondrer ?
Où était la blessure ? Où était celle qu’il avait au ventre ? Elle avait disparu, sans même laisser de cicatrice !
S’était-il vraiment poignardé ?
Vénérable Liu Nian : « … »
Sima Changkong : « … »
Long Wanyu : « … »
Tous gardèrent le silence un moment. Les fonctionnaires de la dynastie céleste Han, qui semblaient sur le point de fondre en larmes, arboraient maintenant des expressions figées. Les larmes qui menaçaient de couler s’évanouirent aussitôt.
Sa Majesté va bien ?
Sa Majesté allait vraiment bien. Pas une goutte de sueur ne perlait à son front. Son teint était normal et son expression aussi. Son ventre ne portait même pas la moindre cicatrice.
J’ai rêvé, tout à l’heure ?
À côté d’eux, Gao Xianzhi, stupéfait, s’empressa d’apporter un vêtement.
« Vous m’avez trompée ! Gu Hai, vous m’avez trompée ! » Les regrets de Long Wanyu s’évanouirent aussitôt. La colère et la haine emplirent de nouveau son regard.
« En quoi vous ai-je trompée ? » demanda Gu Hai en fronçant les sourcils.
« Vous avez fait une diversion tout à l’heure. Vous ne vous êtes pas du tout enfoncé le sabre d’os dans le ventre. Vous avez simplement… pas… pas… pas… pas… pas… pas… » accusa Long Wanyu en le désignant du doigt. Mais elle se figea soudain en plein milieu de sa phrase.
Long Wanyu ne fut pas la seule : tous les yeux s’écarquillèrent presque, rivés avec stupeur et effroi sur le ventre de Gu Hai.
Tous virent la poignée d’un sabre d’os ressortir lentement de son corps. C’était bien le sabre d’os.
Ce n’était ni un tour ni une diversion. C’était bien réel. Gu Hai s’était vraiment enfoncé le sabre d’os dans le ventre.
« Vous… vous… vous… » Long Wanyu le désigna du doigt, incapable de trouver ses mots.
Gu Hai s’était vraiment enfoncé le sabre d’os dans le ventre ? Et il pouvait le ressortir ? Comment était-ce possible ?
« Wanqing était une femme de parole. Long Wanyu, j’espère que vous ne me décevrez pas et que vous ne reviendrez pas sur votre promesse », dit Gu Hai d’un ton indifférent.
Tout en parlant, il appuya de l’index sur la poignée du sabre d’os et l’enfonça de nouveau dans son ventre.
Sima Changkong : « … »
Vénérable Liu Nian : « … »
Long Sanqian : « … »
Un silence gêné s’installa. L’atmosphère était si étrange que personne ne parvenait à prononcer un mot.
Bon sang ! Il aurait pu dire qu’il en était capable. Il nous a fait peur pour rien.
Après cet instant de stupeur, tous regardèrent Long Wanyu. C’était comme si chacun lui disait :
Gu Hai s’est poignardé le ventre, alors vous devriez être satisfaite. Pour lui, c’était aussi facile que de boire de l’eau, mais c’est vous qui avez choisi cet endroit précis. Vous n’allez tout de même pas revenir sur votre parole ?
Long Wanyu sentit tous les regards posés sur elle, comme si on la prenait pour une idiote. C’était une chose que tout le monde la regarde ; mais on aurait dit qu’ils attendaient qu’elle reconnaisse qu’elle était idiote. Mieux encore, qu’elle l’avoue à voix haute.
En regardant Gu Hai enfiler des vêtements, Long Wanyu sentit ses yeux rougir. Cette fois, à la haine s’ajoutait un sentiment d’injustice.
« Gu Hai, je vous déteste ! Ce n’est pas fini ! » hurla-t-elle, pleine de haine.
« Qu’est-ce que vous regardez ? Où est le navire volant ? On part ! » Long Wanyu donna un coup de fouet à Sima Feng.
« Oui, oui ! » Sima Feng sortit aussitôt un navire volant.
Long Wanyu monta à bord et s’éloigna rapidement avec ses subordonnés, ne voulant plus rester ici.
Long Wanyu prit la fuite.
Long Sanqian et Sima Changkong restèrent bouche bée. À plusieurs reprises, ils semblèrent vouloir dire quelque chose, mais se ravisèrent.
Le Vénérable Liu Nian s’approcha de Gu Hai et esquissa un sourire amer. « On dirait que vous avez trouvé le moyen de tenir Long Wanyu en respect. Ha ! »
« Ce n’était qu’un coup de chance. Tant qu’elle est heureuse », répondit Gu Hai avec un faible sourire amer.
Gu Hai avait entendu parler du caractère de Long Wanyu depuis longtemps. Il s’était attendu à un affrontement lors de leur première rencontre. Pourtant, celle-ci s’était plutôt bien passée.
« Monsieur Gu, vous voilà enfin ! » lança Sima Changkong en s’approchant à tire-d’aile, le sourire aux lèvres.
Pourtant, Sima Changkong et Long Sanqian regardaient Gu Hai avec des expressions étranges.
——
Lu Yang avait fait isoler une zone de la dynastie royale Ying. Un épais brouillard s’étendait sur les lieux, empêchant quiconque de voir à l’intérieur.
Lu Yang se tenait à l’entrée d’une salle du palais et contemplait cette zone noyée dans le brouillard.
Le Briseur d’armées se tenait respectueusement derrière Lu Yang.
« L’armée de Long Shenwu a-t-elle bougé ? » demanda Lu Yang.
« Pas pour l’instant. Elle est bloquée et n’ose pas avancer davantage. Votre Majesté, avec Monsieur Dongfang et moi-même en action, Long Shenwu peut oublier toute nouvelle avancée. Nous aurions dû demander à Monsieur Dongfang d’agir plus tôt. Sans l’insistance de Mo Yike pour envoyer d’autres groupes en renfort, nous n’aurions pas essuyé sept défaites pour une seule victoire », répondit le Briseur d’armées, une lueur de fierté dans les yeux.
Lu Yang plissa légèrement les yeux. « Monsieur Mo ? Je me méfie de lui, c’est vrai, mais il a raison. Une armée ne peut miser sur un seul atout. Elle doit pouvoir se passer de n’importe qui, sauf du commandant en chef. »
« Hein ? Oui ! » Le Briseur d’armées se raidit.
Un instant plus tôt, il avait fait preuve d’un peu trop d’assurance, comme si l’armée ne pouvait pas se passer de lui.
« Monsieur Dongfang est à l’intérieur ? » demanda Lu Yang.
« Empereur royal de Ying, entrez, je vous prie ! » répondit une voix enfantine venue du brouillard.
Grondement…
Un passage s’ouvrit soudain dans le brouillard, laissant entrer Lu Yang et le Briseur d’armées.
« Snif ! Snif ! Snif ! Snif ! Snif ! »
« Lâchez-moi ! »
« À l’aide ! »
« Pitié ! Pitié ! »
Des cris déchirants s’élevaient du réseau rituel.
Une fois les deux hommes entrés dans le réseau rituel noyé de brouillard, le passage se referma.
L’intérieur du réseau rituel ressemblait à une scène tout droit sortie des enfers asura. Au milieu se trouvait un immense bassin, au-dessus duquel brûlaient des langues de flammes bleues. Dans le bassin, des silhouettes translucides se débattaient parmi les flammes.
« Ce sont les âmes de ceux qui sont morts au combat lorsque nos armées se sont affrontées ? » demanda Lu Yang en fronçant les sourcils.
« En effet. Certaines viennent de l’armée de Long Shenwu, d’autres de la nôtre », répondit le Briseur d’armées en hochant la tête.
« Votre Majesté ! Votre Majesté ! J’ai servi loyalement la nation et lui ai tout donné. Pourquoi ne nous avez-vous pas laissé nous réincarner après notre mort ? Pourquoi nous avoir jetés dans ce bassin pour nous raffiner ? » s’écria aussitôt l’âme d’un officier.
« C’est le duc Lu Yang ? Démon ! Les armées de Sa Sainte Éminence vous anéantiront ! »
« Votre Majesté ! Votre Majesté ! Je vous ai toujours servi loyalement ! »
D’innombrables âmes injustement mortes au combat poussèrent des cris horrifiés depuis le bassin.
« Silence ! » retentit une voix enfantine.
Une personne vêtue de blanc, de la taille d’un jeune enfant, se tenait sur une grande plateforme au bord du bassin des âmes. La capuche de sa robe dissimulait son visage.
« Démon ! Démon ! »
« Ne me raffinez pas ! Ne me raffinez pas ! »
« C’est un cultivateur de longévité, un être qui vole la durée de vie des autres ! Il veut raffiner nos trois âmes spirituelles pour s’en nourrir et renforcer sa cultivation ! »
« Tous ceux qui sont morts dans les deux armées sont pris au piège ! On nous a tous capturés et amenés ici ! On nous a tous capturés et amenés ici ! »
« Non ! Votre Majesté ! Ce sujet est mort au combat pour la dynastie royale Ying. Je ne vous demande pas de me venger. Je vous demande seulement de me laisser me réincarner ! »
Les innombrables âmes se mirent à clamer leur désespoir.
« Quel vacarme ! Hum ! » La personne vêtue de blanc, qui avait l’apparence d’un enfant, reprit la parole en agitant la main.
Boum !
Les flammes bleues jaillirent soudain, formant un immense couvercle au-dessus du bassin et étouffant les cris des âmes.
Le Briseur d’armées et Lu Yang s’avancèrent vers la personne vêtue de blanc.
« Monsieur Dongfang, récupérer les âmes de l’armée de Long Shenwu, passe encore. Mais pourquoi… ? » demanda Lu Yang en fronçant les sourcils.
« Héhéhéhé ! Empereur royal de Ying, je n’ai accepté de vous aider qu’à la condition que vous me laissiez recueillir les âmes des morts au combat. Je prends le risque de m’attirer les foudres des cultivateurs de longévité de la dynastie céleste Qian pour vous aider, n’est-ce pas ? » La voix de Monsieur Dongfang retentit.
Le duc Lu Yang fronça les sourcils, puis répondit : « Très bien. Continuez. »
« Cela ne suffit pas. Il me faut davantage de morts. Je veux plus d’âmes ! » Monsieur Dongfang fixa Lu Yang.