Chapitre 540
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Traducteur/éditeur : ZERO_SUGAR
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◈ Échapper à l’Hôtel Mystérieux ◈
Épisode 539 : Chambre 207, Salle de la Porte – Quatrième Épreuve, « Le Roi déchu » (25)
──────
– Jonathan Swift
Je repris la feuille sur laquelle je griffonnais depuis des jours.
« Je m’appelle Jonathan Swift et je suis journaliste depuis sept ans au Times britannique.
Tout ce que j’écris à partir de maintenant est la vérité absolue, sans le moindre mensonge.
Il y a quatre jours, le Premier ministre David a été assassiné… »
C’était une lettre que j’écrivais pour révéler la vérité, même si je devais y laisser la vie !
Pourtant, je n’arrivais pas à écrire la phrase suivante.
L’histoire était trop extravagante. Personne ne me croirait.
Même le Premier ministre, réputé depuis l’enfance pour son génie, n’avait laissé derrière lui que des écrits incohérents !
Si je n’avais pas moi-même vécu cet étrange événement, je n’aurais pas cru non plus le dernier message du Premier ministre.
« J’ai appris que le bateau était prêt au port de Douvres. Jonathan, on y va ? »
« Ah, d’accord. »
Peu après notre départ, Thomas reprit la parole depuis le siège avant.
« J’ai accouru quand tu m’as appelé hier, mais… je ne comprends toujours pas. Tu pars soudainement en France ? Tu comptes émigrer ou quelque chose comme ça ? »
« … »
« Tu ne peux pas me le dire franchement ? »
Thomas était mon ami depuis l’enfance, depuis l’époque où nous traînions dans les ruelles de Manchester.
Il avait même accepté ma demande absurde : trouver un bateau de contrebande au port de Douvres. Thomas était presque de ma famille.
C’était justement pour ça que je ne pouvais pas le lui dire.
S’il fallait que quelqu’un meure, ce devait être moi, et moi seul. Je ne pouvais pas laisser mourir un ami aussi gentil.
« Je suis désolé. »
« Ha, franchement… Je me suis donné un mal fou pour t’aider, et tu ne peux toujours pas me le dire ? »
En écoutant mon ami bougonner, une idée me traversa soudain l’esprit.
J’avais demandé de l’aide à un ami, et Thomas exigeait un secret en échange, puis se plaignait de mon refus.
C’était normal… et pourtant, d’une certaine manière, ça ne l’était pas du tout.
Quand quelqu’un vous suppliait désespérément, ne deviez-vous pas tout naturellement l’aider sans rien demander en retour ?
La Sainte Mère avait répandu ce principe dans le monde entier !
« Bon sang ! »
— Clic !
Au moment où je sortis mon pistolet et le pointai sur Thomas, celui-ci me regarda, complètement déconcerté.
« Quoi ? Jonathan, si c’est une blague, elle n’est pas drôle… »
— Bang !
Je n’avais pas le temps d’hésiter.
Un être qui avait tué le Premier ministre me menaçait à présent !
Un démon avait le pouvoir de manipuler les corps humains.
Dès que Thomas m’avait réclamé quelque chose en échange de son aide, j’avais eu la certitude qu’un démon le contrôlait !
* * *
Il était tard quand j’arrivai au port et courus vers le bateau de contrebande dont Thomas m’avait parlé.
Trois hommes baraqués apparurent bientôt.
« Hé ! C’est vous, le journaliste ? »
« Oui. Tout de suite… »
« Où est Thomas ? »
« … Thomas est parti en chemin. »
« Quoi ? Ce n’était pas ce qu’on avait convenu ! On est venus parce qu’on faisait confiance à Thomas… »
« Messieurs. Je dois absolument, vraiment absolument, traverser la Manche et rejoindre l’Europe. Je vous en prie, aidez-moi. »
Je m’inclinai désespérément, et les hommes baraqués parurent embarrassés.
« La Sainte Mère n’a-t-elle pas dit qu’on devait tous se faire confiance et s’aimer les uns les autres ? »
« Hmm… »
Même les criminels méfiants qui vivaient dans l’ombre ne pouvaient échapper entièrement aux principes du monde nouveau créé par la Sainte Mère.
« … Comment voulez-vous qu’on fasse confiance à un journaliste qu’on vient de rencontrer ? »
Encore !
Quelque chose qui n’aurait jamais dû arriver se reproduisait !
Ce monde aurait dû être empli d’amour et de confiance. Alors pourquoi cet homme me parlait-il de « méfiance » ?
Il reniait les enseignements de la Sainte Mère.
C’était la preuve qu’un démon l’avait infecté !
— Clic !
Dès que je sortis mon pistolet, l’atmosphère autour de moi devint hostile.
« Si tu nous tues avec ça, tu comptes piloter le bateau tout seul ? »
« … »
C’était mal parti.
J’avais pu conduire après avoir tué Thomas, mais si je tuais les marins, qu’adviendrait-il du bateau ?
Et des démarches pour entrer discrètement sur le continent une fois arrivés ?
J’en étais incapable !
Alors que je restais figé, paniqué, une voix calme s’éleva.
« Envoyons-le, c’est tout. On a été payés. »
« … Très bien. »
* * *
Ce ne fut qu’une fois monté à bord que je me détendis enfin.
C’était ma patrie bien-aimée, mais je devais m’enfuir de la Grande-Bretagne, désormais un pays fou grouillant de démons !
L’Allemagne… non, allons en France.
Je devais y retrouver des journalistes et leur raconter ce qui se passait en Grande-Bretagne.
Non, même pas besoin de les rencontrer. Je pouvais utiliser Internet.
En Grande-Bretagne, même Internet était devenu un enfer où plus rien n’était fiable, mais le continent européen devait encore être sûr.
Ensuite, à coup sûr, le Saint-Siège en Espagne…
« … Hah ! »
Le bateau ne partait pas.
Il ne se préparait même pas le moins du monde à lever l’ancre.
Cela signifiait qu’il n’était rien de plus qu’une prison construite pour me retenir.
Accablé par un désespoir sans fond, je sortis de la cabine où je m’étais caché. Les gens sur le pont me fixaient d’un regard calme.
Je levai mon arme, paniqué.
Juste au moment où j’allais appuyer sur la détente…
Les cinq marins ouvrirent la bouche en même temps.
« Viens ici. »
Ils avaient tous le même regard.
— Craquement !
Les cinq hommes penchèrent la tête vers la droite exactement au même moment.
Ils avaient des corps différents, mais leurs mouvements étaient parfaitement identiques.
« Je ne t’ai pas dit de venir ici ? »
« A-ah… »
La peur et la terreur dévorèrent mon esprit.
Ma raison hurlait que je devais fuir, mais mon corps se mit à ramper vers eux comme une marionnette, comme s’il était possédé.
« Jonathan, viens ici et regarde-moi dans les yeux. »
« M-mais lesquels ? Il y en a tellement… »
« Hé hé ! Tu as raison. »
Les cinq hommes éclatèrent de rire, comme si cet échange les amusait.
Une main se tendit lentement vers moi.
« J-j’ai vu ce que le Premier ministre a écrit ! Il disait qu’il y avait un démon, un être maléfique qui contrôlait les corps humains… »
« Est-ce qu’il disait ce qu’était vraiment le démon ? »
« … »
La véritable identité du démon.
Elle était vraiment incroyable.
« Le prince Harrison… ! »
« Le prince ? »
Étrangement, l’être parut un peu déçu par cette réponse.
« Ce n’est pas ma véritable identité. Ce n’est qu’un réceptacle au talent exceptionnel. »
« Un talent exceptionnel ? »
« Journaliste, savez-vous pourquoi le Premier ministre et vous êtes encore sains d’esprit ? »
« … »
« Certaines personnes naissent avec une résistance au pouvoir maléfique. Celles-là ne peuvent pas être facilement mises à genoux par le pouvoir d’un réceptacle sans talent. C’est pourquoi il faut une épée affûtée. »
— Tap !
Quelqu’un approchait.
« Hah ! »
Je compris.
Je ne savais pas à quel point était forte la « résistance » dont j’avais eu la chance d’être doté, mais elle ne suffirait pas à tenir face à cette « épée affûtée » qui approchait au loin !
Quand le « prince Harrison » apparut enfin derrière moi, j’abandonnai tout espoir.
« Q-qui êtes-vous ? Quel est votre but ? »
Le jeune homme aux splendides cheveux blonds esquissa un sourire.
« Si la Sainte Mère a apporté la paix au monde, je suis venu lui apporter une épée. Je ferai en sorte que fils et pères, filles et mères, se voient comme des ennemis. »
Puis le jeune homme, cette « épée affûtée », me toucha.
Ce n’est qu’alors que je compris que j’étais enfin libéré de toute peur et de toute douleur.
…
« Quoi ? Les souvenirs du journaliste sont étranges. Je n’ai jamais touché Thomas, si ? »
À la question du prince, un marin répondit :
« Exactement. J’ai fouillé les souvenirs de tous les réceptacles, mais rien n’indique qu’un réceptacle ait jamais touché Thomas. »
Bien sûr, cet échange n’était rien d’autre qu’un dialogue intérieur, une question suivie de sa propre réponse.
« On dirait que le journaliste s’est trompé. Je n’ai jamais touché Thomas. Autrement dit… »
Le prince de Grande-Bretagne afficha bientôt un large sourire.
« Cela signifie que les sujets de l’Empire britannique se réveillent enfin de la Malédiction de la Dégradation intellectuelle de la Sainte Mère ! Je suis donc celui qui sauvera la Grande-Bretagne, puis le reste du monde ! »
* * *
– Jin Mok-gyeong
« … »
Je regardai le papier posé sur la table et réfléchis.
À cet instant précis, je traversais la plus grande crise de ma vie, moi, Jin Mok-gyeong, secrétaire général de la République populaire de Chine !
Les paroles suivantes étaient écrites sur la feuille.
« Le drapeau rouge aux cinq étoiles flotte au vent,
Le grand dragon de Chine illumine le monde,
Le fleuve Jaune et le Yangzi coulent sans fin à travers dix mille lis de montagnes et de rivières.
Suivons tous notre dirigeant et poursuivons le rêve chinois de renouveau national que nous portons dans nos cœurs. »
« … »
Bon. Jusque-là, je pouvais me dire qu’il s’agissait de paroles ordinaires destinées à inspirer le patriotisme.
Mais la suite était un peu…
« Si tu veux te marier, trouve un homme comme Jin Mok-gyeong.
C’est un homme plein de détermination, qui se donne à fond dans tout ce qu’il entreprend.
Mouches, tigres ou monstres, il les abat tous.[1] »
« Allez, là, c’est vraiment exagéré, non ? »
« Si tu veux te marier, trouve un homme comme Jin Mok-gyeong.
C’est un homme d’une grande ouverture d’esprit et d’une ferme résolution.
Héroïque et inflexible… »
« Sérieusement ! Les types du département de la propagande du Parti ont perdu la tête ou quoi ? »
Je n’étais pas sûr de pouvoir garder mon sérieux en entendant une chanson pareille résonner partout.
C’est pourquoi je demandai son avis à la seule autre personne présente dans la pièce : ma garde du corps.
« Qu’en penses-tu ? »
Sa réponse fut parfaitement calme.
« C’est drôle. »
« T-tu trouves ça drôle ? »
« Ça dit que si on veut se marier, il faut trouver un homme comme toi. Jin Mok-gyeong, le meilleur parti du continent ! »
« … A-ri. Je veux une réponse sérieuse. »
« C’était une réponse sérieuse. Pourquoi crois-tu que tu occupes cette position ? Pour attirer la foi de 1,4 milliard de personnes, non ? »
« Je n’aime pas le mot “foi”. Il n’y a pas de dieux dans ce monde, seulement des démons féroces et sauvages. En tant que secrétaire général et protecteur du continent… »
« D’accord, d’accord. Donc tu ne fais ça que pour protéger le monde ? »
« … »
Elle s’approcha de la fenêtre et prit la parole, le regard froid et brillant.
« Jin Mok-gyeong. Écoute bien ce conseil que je te donne en tant qu’“investisseuse”. »
« Je t’écoute. »
« Accepte la vérité. »
« … »
« En tant que secrétaire général du Parti communiste, tu as propagé un athéisme radical, puis tu t’en es servi comme prétexte pour tuer environ 400 000 membres du clergé. »
« La religion est l’opium du peuple. »
« Bref ! Dans le processus, tu as réussi à rassembler pas moins de 7 824 Fragments. Un grand nombre d’entre eux se faisaient passer pour des membres du clergé. »
« … »
« Parmi les Fragments que je connais, tu es l’un des plus puissants. Tu en as rassemblé autant. Et pourtant, tu n’as toujours pas franchi le “dernier pas”. »
« Le dernier pas ? »
« Accepte-le. Tu es le reste d’un dieu qui a fait de l’athéisme son Écriture. »
C’était un sujet qui me mettait mal à l’aise.
A-ri sembla le sentir et n’ajouta rien.
« A-ri. Tu connais beaucoup de Fragments, à part moi. »
« Ouais. »
« … Qui est le candidat le plus probable, en ce moment ? »
« Tu peux probablement le deviner en regardant les infos et Internet, mais je vais te le dire. La Sorcière errante d’Amérique, le pasteur rusé de Corée, le prince maléfique de Grande-Bretagne et le secrétaire général charmeur de Chine. Ces quatre-là sont en tête. »
« Il n’y en a que quatre ? »
« Il y en a peut-être d’autres. »
La Sorcière errante d’Amérique.
Le pasteur rusé de Corée.
Le prince maléfique de Grande-Bretagne.
Le secrétaire général charmeur de Chine…
« Comment ça, charmeur ? »
« Si tu veux te marier, trouve un homme comme Jin Mok-gyeong~ ! »
Comme toujours, la jeune fille n’en finissait pas de me taquiner.
Le jour de notre première rencontre, elle m’avait murmuré :
« Je vais investir en toi. Je pense que le meilleur scénario serait que tu sois le grand gagnant. »
« … »
Même maintenant, je ne comprenais pas vraiment ce qu’elle voulait dire.
Que voulait-elle dire en prétendant que le meilleur scénario se produirait si je remportais la victoire finale ?
* * *
– Kim Mook-seong
Cela faisait presque trois ans que je cohabitais tant bien que mal avec un salaud aussi rusé que cinq énormes serpents, non, cinq imugis.
À un moment, je m’étais mis à l’appeler ainsi :
« Premier. »
« Oui. »
« Premier. »
Il refusait tous les autres noms.
« Je n’ai pas besoin de nom. Si j’en avais un, il entraverait la grande œuvre. »
Un nom entraverait la grande œuvre ?
Qu’est-ce que ça voulait dire ?
Je m’en étais souvent rendu compte, mais ce type était décidément différent de Ga-in.
Ga-in savait bien mieux jouer les gens ordinaires.
Il avait l’air d’un jeune homme joyeux et travailleur, dont l’étrangeté ne se remarquait pas au cours d’une conversation normale.
Ce salaud de Premier vous écœurait en moins d’une minute de conversation.
« Ces derniers temps, je suis les infos, alors je vois à peu près ce qui se passe, moi aussi. »
« Il était temps. Le moment de la bataille finale approche. »
« Six personnes ? Non, sept ? Il y en avait à peu près autant qui sortaient du lot. »
« Ah oui ? »
« L’escroc coréen, le démon britannique, le cinglé chinois, l’idiot indien, la beauté américaine, la deuxième plus belle femme d’Espagne. Et… »
J’avalai le dernier mot : « toi ».
« Escroc, démon, cinglé, idiot. Tout sauf “beauté” est une insulte. Tu as la langue bien acérée, Aîné. Ce sont mes frères et sœurs. »
« À ton avis, qui va gagner ? »
« Eh bien… »
« Tu dis toujours que tu n’en sais rien. »
« Qu’est-ce que tu veux que j’y fasse si je n’en sais rien ? »
« Tu ne peux pas te faire une idée ? Hé, que ce soit du côté du Grimoire ou du Soleil sacré, le pays le plus puissant a l’avantage. »
« Ah oui ? »
« On ne peut pas négliger les avantages de la population et de la puissance nationale. Au bout du compte, je pense que ce sera la Chine ou l’Amérique. Et à la fin… »
Ce serait toi.
Le jeune homme esquissa un sourire.
« Aîné, tu as oublié une chose. »
« Quoi ? »
« À première vue, le combat entre mes frères et sœurs ressemble à une bataille entre factions, mais le duel final se déroule généralement en un contre un. »
« C’est vrai, en effet. »
« Dans un combat, il y a toujours beaucoup de variables. Le camp qui a les meilleures caractéristiques ne gagne pas forcément. »
« … »
« Encore une chose. »
« Quoi donc ? »
« Le combat entre mes frères et sœurs n’est pas une fin en soi. Ce n’est qu’un moyen. Tu sais bien que le véritable objectif est tout autre, non ? »
L’objectif fondamental.
À quoi Ga-in avait-il pensé en créant tout ce bazar ?
J’avais mal à la tête.
Dans ces moments-là, je regrettais de ne pas être plus intelligent.
« Au fait, il y a un candidat que je soutiens. »
« Qui ? »
« Mademoiselle Serena, d’Amérique. »
« Pourquoi ? »
« Elle est mignonne. »
« Espèce de fou ! Tu devrais être en prison ! »
Notes :
[1] La formule des « mouches et des tigres » parodie un slogan chinois anticorruption associé à Xi Jinping, qui désigne la traque des fonctionnaires corrompus, des plus petits aux plus hauts placés.
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