Chapitre 34
Le soleil dépassait déjà les montagnes quand Elias ouvrit les yeux.
Il avait dormi près du feu, ou de ce qu'il en restait. Les braises étaient mortes, les cendres froide sous sa main. Ses côtes protestèrent dès qu'il se redressa.
Kael était déjà au seuil, la lance basse, le bras gauche toujours un peu trop serré contre le torse.
« T'as dormi dehors.
— Étonnement. » dit-il en s'étirant
Lyna descendait de la tour, un seau à la main, les oreilles déjà dressées.
« Ilya t'attend. Et la petite aussi. Elle a dormi, je crois. »
L'intérieur sentait encore les herbes. Ilya était agenouillée près de Camille, le bandage du pied déjà à moitié déroulé. Kiki dormait contre sa hanche, un filet de fumée trop faible pour inquiéter qui que ce soit. Camille avait une main dans la poche de sa tunique, fermée.
« Assieds-toi, dit Ilya sans lever les yeux. »
Elias s'exécuta. Ilya finit le pied de Camille d'abord, un petit lavage rapide et un nouveau bandage. Camille serra les dents et ne dit rien jusqu'à ce qu'Ilya tape deux fois sur le tissu.
« Tu peux marcher. Mais pas trop loin. Et tu t'arrêtes dès que ça tire de trop.
— Je suis-
— Grande. Je sais. »
Camille regarda Elias, puis Lyna sur le seuil.
« On peut aller à l'eau ?
— Si Ilya veux bien. Et si quelqu'un vient avec nous, je pourrais pas te défendre toute seule si il y as un problème. »
Ilya se tourna vers Elias.
« Son bandage peut supporter une marche courte. Mais ca risque d'être compliqué si elle commence à courir. »
Elias hocha la tête. Il ne voulait pas envoyer Lyna, une enfant et un dragonnet seuls sur le sentier. Les gobelins n'étaient pas partis bien loin, la veille. Ou avant-hier. Les jours se mélangeaient, et la forêt n'avait pas l'habitude d'attendre qu'on soit prêts.
« Je viens avec eux alors.
— Et le mur ? demanda Kael depuis l'extérieur, assez fort pour qu'on l'entende.
— Tu restes. Renn ira à la tour. Ilya reste ici. On prend le sentier plat de toute façon, on sera rentrer avant midi. »
Kael ne répondit pas tout de suite. Puis :
« D'accord. Mais le truc qui fume, tu le surveilles de près. »
Kiki ouvrit un œil, comme s'il avait compris. Camille posa une main sur son dos.
« Il s'appelle Kiki. Et il est à moi. »
Kael ne répéta pas. Il rentra juste un peu plus la lance contre son épaule.
Ilya retendit le bandage d'Elias, assez pour que la douleur soit moins diffuse.
« Tu fais attention, toi aussi. Tu n'es pas guéri.
— Je sais. »
Camille se leva, appuyée un instant au montant, puis testa le pied. Elle grimaça, mais tint. Kiki grimpa sur son épaule avec un petit cliquetis.
Lyna passa le seau à Elias.
« C'est toi qui le portes. Moi, je montre le chemin. »
Elias prit le seau.
« On y va », dit-il.
Le sentier plat n'était pas le plus court. Renn l'avait dit, et Lyna s'en souvenait : elle évitait les raccourcis, longeait l'herbe haute sans trop s'approcher des arbres, et s'arrêtait parfois pour écouter.
Elias marchait derrière, le seau contre sa hanche, Camille entre eux deux. Kiki changeait d'épaule dès que le soleil passait trop fort, et Camille le rattrapait d'une main sans vraiment ralentir.
« Doucement, dit Elias.
— Je marche. C'est pas courir. »
Son pied laissait une empreinte un peu plus profonde que l'autre. Elle ne s'en plaignait pas. Elias comptait les pas malgré lui : trop vite, elle boiterait surement avant le retour.
« Tes oreilles, dit Camille à Lyna. Elles bougent encore toutes seules ?
— Souvent. J'y peux rien. » Lyna sourit de travers. « C'est pratique, par contre. Pour écouter.
— C'est pratique », répéta Camille.
Lyna s'accroupit près d'une racine, flaira, puis se releva.
Elle montra plus loin, là où l'herbe devenait plus basse.
« L'eau, c'est par là. »
Camille hocha la tête. Elle écoutait vraiment, cette fois.
Ils arrivèrent au point d'eau : un bras de rivière peu profond, cailloux clairs, courant assez faible pour remplir un seau sans se faire emporter. Lyna s'agenouilla, lava ses avant-bras, puis fit signe à Camille.
Elias posa le seau, la lance en travers des genoux, et balaya la berge du regard. Pas de traces fraîches. Pas de voix. Seulement l'eau, et Kiki qui s'était déjà glissé jusqu'au bord pour laper.
« Il a soif, dit Camille.
— Laisse-le. Tant qu'il te brûle pas, dit Lyna »
Camille sourit un peu, de travers. Elle trempa ses doigts, se lava le visage, et le bandage de son pied resta juste assez loin pour ne pas se tremper.
Elias prit le seau des deux mains dès qu'il fut plein. Le bois tira sur ses doigts. Ses côtes tirèrent aussi. Il serra les dents, redressa le dos, un pas, un deuxième, et attendit que ça passe.
« Tu veux que je… » commença Camille.
« Non, ca va aller. C'est bien trop lourd pour toi. Puis, tu as déjà Kiki, non ?
— C'est vrai, j'y avais pas penser. Si t'as besoin d'aide hésite pas alors ! »
Kiki, sur l'épaule, éternua un filet de fumée qui se dissolvait avant d'atteindre l'herbe. Lyna recula d'un demi-pas, les oreilles penchées.
« Il fait ça tout le temps ? dit Lyna
— Bien sûr. »
Camille le dit comme une évidence.
Ils repartirent plus lentement. Le seau balançait. Camille boitait un peu plus, maintenant, et elle le cachait moins bien.
« On s'arrête, dit Elias.
— Je vais bien.
— On s'arrête quand même. »
Ils s'accroupirent à l'ombre d'un buisson. Lyna guettait la plaine, la queue battant parfois l'herbe. Camille caressait Kiki, le regard perdu vers le territoire au loin. Elias posa le seau un instant, assez pour que ses doigts se dénouent, et but une gorgée dans sa main.
Après quelques minutes Lyna se releva.
« On devrait rentrer. Avant que Kael décide de sortir nous chercher. »
Camille se mit debout trop vite, grimaça, et accepta la main d'Elias sans discuter. Ils reprirent le sentier. Le seau pesait davantage. Derrière eux, la rivière continuait de couler.
Kael les vit arriver avant qu'ils franchissent le seuil. Il baissa un peu la lance.
« Vous en avez mis du temps.
— Ont as pris le sentier plat, dit Lyna. Comme Renn nous l'as consigné. »
Renn, en haut de la tour, leva une main. Ses oreilles de cervidé étaient tournées vers la forêt.
Ilya sortit de l'infirmerie, et vérifia le bandage de Camille d'un coup d'œil.
« Posez le seau près du mur. L'eau doit rester clair.»
Ils obéirent. Lyna distribua l'eau : d'abord à boire, et ensuite ce qui restait pour cuisiner. Des restes de viande trop secs, des baies dans un panier trop léger.
« Six parts, dit Elias.
— Six et demi, si on compte le petit, répondit Lyna. »
Kiki était déjà près du panier. Camille le retint par le cou.
« Attends. On partage. »
Ils mangèrent debout, près de l'atelier. Les parts étaient trop fines. Personne ne le dit à voix haute, mais Kael regarda son morceau, et ensuite vers la forêt, et Elias comprit qu'ils devraient chassez.
Il ouvrit Colons.
Renn : Éclaireur. Ilya : Soins. Lyna : Cueillette. Kael : Construction. Capacité 4/4. Il laissa le doigt suspendu sur l'assignation de Renn. La Chasse étais une assignation plutôt correct en vu de la situation. Et Renn pouvait justement en être assigné.
Mais il laissa Renn sur Éclaireur.
« On a besoin de viande, dit-il à voix haute.
— Les baies, près de la rivière, dit Lyna. Y'en a encore. Pas trop près de la lisière, mais assez loin pour m'enfouir en cas de danger. Je peux y retourner, si Camille reste ici.
— Je peux venir ! dit Camille.
— Ton pied a déjà assez marché, dit Ilya. Tu restes dans l'enceinte. »
Camille bouda une seconde, puis hocha la tête. Elle avait encore de la baie au coin de la bouche. Kiki lui lécha le menton, elle le repoussa en riant.
Kael était déjà à la palissade nord. Un pieu avait cédé dans la nuit. Il travaillait d'une seule main, le bras gauche trop raide pour serrer correctement. Elias le rejoignit, la lance posée contre le mur, et aida à tenir pendant que Kael nouait.
« Tire mais pas de trop. »
Ils tirèrent. Kael jura entre ses dents, ajusta, et recommença. Elias changea d'appui, une main contre le pieu, l'autre libre pour rattraper si le nœud lâchait. La sueur lui coulait déjà dans le bandage.
Camille s'approcha, Kiki sur l'épaule, et regarda sans toucher.
« Je peux aider ?
— Tu peux ramasser les fibres, là, dit Kael, en montrant du menton. Celles qui sont sèches. Pas celles qui sentent le moisi. »
Camille s'agenouilla. Elle triait mal au début, puis mieux ensuite. Kiki, lui, s'intéressait au pieu. Il le renifla, battit des ailes, et grimpa d'une patte sur la traverse basse.
« Kiki, non, dit Camille.
— Descends-le, dit Kael.
— Il s'est juste… intéressé, dit Camille. Il fait pas exprès. »
Kael ne répondit pas. Il reprit son nœud, plus serré, et garda un œil sur le dragonnet jusqu'à ce que Camille le recule vers le milieu de la cour.
Lyna revint avec un autre panier, plus plein cette fois. Des baies, et quelques racines qu'elle connaissait. Elle les posa près de l'atelier, loin de Kiki, et s'essuya les mains sur sa tunique.
L'après-midi s'étira sans nuages.
Camille resta dans l'enceinte, comme Ilya l'avait voulu. Elle aidait Lyna à étaler les herbes près de l'infirmerie, Kiki tantôt sur son épaule, tantôt au sol, à renifler tout ce qui bougeait. Une fois, il s'approcha trop près d'un pieu. Camille le rappela d'un sifflement bas, et il obéit. Elias le nota. Kael aussi, sans doute.
Elias et Kael finissaient le pieu. Renn n'avait pas quitté la tour.
« Elias, dit Camille en s'approchant. Y a écrit Familier Dragon. C'est… c'est Kiki, non ? »
Elias s'essuya les mains.
« Je pense oui. Tu l'as lu où ?
— Sur mon statut. »
Kiki éternua. Un nuage plus épais, cette fois. Assez pour que Lyna, à trois pas, tousse et batte de la queue.
« Oh. Désolée, dit Camille. Kiki, arrête. »
Le dragonnet battit des ailes, trop content, et cracha de la fumée chaude qui passa contre un pieu de la palissade, près de l'atelier. Le bois noircit d'un trait. Une braise minuscule s'y accrocha, rouge une seconde, puis mourut.
Kael fut plus rapide que sa pensée.
Camille se mit devant Kiki d'un pas, les bras ouverts, le bandage qui tirait déjà.
« Touche pas à Kiki !
— Kael. Baisse cette lance. »
Kael ne baissa pas tout de suite.
« Il a failli mettre le feu. Dans un camp de pieux. Tu veux attendre qu'il réussisse à tous brûler ?
— Il a pas fait exprès ! cria Camille. »
Sa voix cassait.
Lyna s'était figée, les oreilles plaquées, ça faisait longtemps qu'elle n'avait pas vu son frère aussi énerver. Ilya apparut sur le seuil de l'infirmerie, les manches relevées, sans s'interposer.
Elias s'avança entre la lance et l'enfant. Derrière lui, Camille respirait trop vite.
« Baisse. Maintenant. »
Kael obéit d'un cran. Pas plus.
« Tu as dit qu'elle restait, dit-il. Tu as pas dit que le camp risquer de brûler par un jouet qui crache du feu.
— C'est pas un jouet, dit Camille, les yeux brillants. C'est Kiki. »
Elias regarda le pieu. La marque noire était réelle. Petite. Mais suffisante.
« Kael a raison sur une chose, dit-il, assez lentement pour que Camille entende chaque mot. Ici, le bois, c'est nos mur. Si le mur part, on a plus de territoire. Plus de noyau. Donc plus de Système pour toi non plus. »
Camille pâlit. Elle serra Kiki contre elle.
« Il le fera plus. Je le jure. Je le surveille. Tout le temps.
— Ce n’est pas un serment qui fait tenir le bois. Je n’ai rien contre elle, bien au contraire, mais si « Kiki » venait à réduire en cendres tout ce qu’on a mis tant de temps à construire, je-
— Alors on pose une règle, d'accord ? dit Elias. »
Il se tourna vers Camille.
« Kiki ne reste pas contre la palissade. Et encore moins près du bois stocké. Mais au milieu, près de toi, près de l'infirmerie si Ilya accepte. Et s'il fume trop fort, tu l'éloignes. »
Camille hocha la tête trop vite.
« D'accord. D'accord. Kiki, t'as entendu ? »
Kiki ne répondit pas. Il se colla contre sa joue, encore chaud.
Kael planta le bout de sa lance dans la terre.
« Ca me vas.. Que ça ne recommence pas. »
Ilya s'approcha la première. Elle s'agenouilla près de Kiki sans le toucher, attendit que Camille desserre un peu les bras, puis pencha la tête vers la gueule et la gorge, comme la veille.
Elle releva les yeux vers Elias. « Il semble allez mieux, c'est peut-être pour ça qu'il est surexcité. »
« Il peut pas… arrêter de fumer ? demanda Camille.
— Je ne sais pas à quoi cela est dû, sur Solaris ont avais bien des dragons, des vouivres, wyverns, ou toute autre reptile ailés, mais c'étais des créatures de Mythologie, je pourrais même m'estimer chanceuse d'en croiser une de mon vivant, c'est encore qu'un bébé, j'me demande bien jusqu'où il grandira.. Cela dis, il peut se reposer. Boire. Et ne pas trop s'énerver. » Ilya montra le pieu noirci du doigt. « Ça, c'était de l'énervement. Ou de la joie. Peu importe. »
Kael n'avait pas bougé. La lance était toujours plantée, mais sa main ne l'avait pas lâchée.
« Un souffle dans la palissade, et y a plus de mur. Y a plus d'abri. Y a plus d'infirmerie. On survit pas à ça qu'avec des baies. »
« Je sais, dit Elias.
— Tu le sais, et tu l'as quand même fait entrer.
— Oui. »
Le mot sortit plat. Un fait.
Camille serrait Kiki assez fort pour qu'il proteste. Elle relâcha d'un cran.
« J'ai nulle part ailleurs, dit-elle. Mon territoire, il est cassé. Si vous me mettez dehors… » Elle regarda Elias.
Personne ne répondit. Lyna, un peu en retrait, avait les oreilles mi-baissées, la queue collée à sa jambe.
« On te met pas dehors, dit Elias. La règle, c'est justement pour qu'on puisse te garder. Toi et lui. Pas l'un sans l'autre, je te l'ai déjà promis, tu te souviens ?
— Tu l'as promis, oui. Mais Kael, il a pointer une lance sur moi.. »
« Il as juste pas penser avant d'agir, c'est pour le mur, dit Elias. Pas contre toi.. Ont as mis du temps à faire tout ça tu sais, Kael c'est juste énerver un peu trop vite, il as simplement peur qu'ont se retrouve sans rien, à cause de Kiki qui est un peu trop énerver, tu comprend ? »
Kael souffla par le nez.
« J'accepte le risque. Tous les jours. Jusqu'à ce qu'il grandisse, ou qu'il apprenne.
— Alors on le surveillera tous les jours, dit Elias. »
Il se tourna vers Camille.
« Tu m'avais dit Familier Dragon plus tôt. Tu sais ce que ça fait, à part… Kiki ?
— Non. » Elle secoua la tête. « Ça dit juste ça. Familier Dragon. Et Kiki, dans mon inventaire.. »
Kael arracha sa lance du sol.
« Moi, je retourne au mur.»
Camille recula vers le milieu de la cour, Kiki contre elle. Lyna la rejoignit avec un bol d'eau pour le dragonnet. Ilya rentra chercher d'autres herbes, le pas plus lourd qu'elle ne voulait le montrer.
Elias resta seul un moment devant le trait noir.
Kael n'avait pas tort. Un camp de bois et quelque chose qui crachait du feu, même par accident, même par amour, c'était pas négligeable. Mais laisser une enfant et son dragonnet dehors, après ce qu'il avait déjà vu dans la forêt, c'en était une autre.
Il passa le pouce sur la marque. Elle ne s'effaça pas.
Renn, en haut, changea d'appui. Ses oreilles étaient toujours vers la forêt.
« Quelque chose ? cria Elias.
— Pas encore, répondit Renn. Juste… le silence. Trop de silence même. »
Il ne dit rien de plus. Elias alla chercher une traverse, aida Kael à caler le pieu, et garda Camille dans son champs de vision, au milieu, près du noyau, avec Kiki qui buvait enfin.
La règle tenait. Pour l'instant.
Le soir vint plus vite que la faim.
Ils s'assirent autour du feu, six parts encore trop fines, Kiki avec un morceau que Camille avait gardé pour lui. Kael avait sa lance contre sa jambe. Il ne parlait pas. Il mangeait, regardait le dragonnet, et ne disait rien tant que la fumée restait dans le foyer.
Lyna parlait un peu trop. Des herbes près de la rivière. De ce qu'on pourrait planter, plus tard, si la terre voulait bien. Ilya hochait, parfois, et Renn, qui avait enfin descendu de la tour, s'était collé à son épaule sans un mot. Il mâchait lentement, regardait encore vers l'entrée entre deux bouchées.
« Braise, dit Lyna en montrant les braises du doigt. C'est le nom, hein ? Celui de… votre truc à vous deux.
— Oui, dit Elias.
— C'est… » Elle chercha. « Ça colle. Moins nul que ce que j'imaginais, en tout cas. »
Camille sourit un peu, la main dans sa poche.
« Demain, Lyna et Renn iront chercher les baies. Kael et moi, ont sera au mur. Camille reste dans l'enceinte. Kiki aussi.
— La Règle, répéta Camille. Compris.
— Et si le petit fume trop près du bois, dit Kael, tu cries.
— Je crierai, dit Camille. Plus fort que toi, même. »
Kael sourit légèrement.
Le feu baissa. Renn se releva le premier, remonta à la tour, et Elias le vit s'immobiliser là-haut, les oreilles tournées vers la forêt, trop longtemps pour un simple réflexe.
« Renn ? »
Le cervidé ne répondit pas tout de suite.
« Rien qui bouge, dit-il enfin. Mais j'écoute... Quelque chose. »
Elias ne demanda pas quoi. Il garda le regard vers les arbres une seconde, puis le ramena au foyer. Les braises étaient encore rouges.
« Bonne nuit, dit-il.
— Bonne nuit, répondit Lyna. »
Camille se leva, Kiki sur l'épaule, et rentra à l'infirmerie sans traîner. Ilya la suivit pour vérifier le bandage une dernière fois. Kael resta près du seuil. Elias près des braises, comme la veille, jusqu'à ce qu'elles ne soient plus que des points dans la cendre.
Dans l'infirmerie, Camille s'allongea sur la fourrure. Kiki se roula contre sa hanche.
Elle ouvrit une fenêtre, juste un instant. Elle trouva nulle part, le nom de Samy. Elle ouvrit le Chat d'un geste trop rapide, trop de noms, trop de phrases d'adultes qu'elle ne connaissait pas, et le chassa avant d'avoir lu quoi que ce soit d'utile.
Elle le referma.
« On les retrouvera, murmura-t-elle à Kiki. Peut-être. »
Kiki souffla, tiède, sans fumée cette fois. Dehors, quelque chose craqua dans la nuit, une branche, ou juste le vent, et les oreilles de Renn, en haut de la tour, se tournèrent encore une fois vers la forêt.
Camille serra les clés et ferma les yeux.