Chapitre 479
Caelus avait une raison bien précise de garder le dernier Embryon de monde.
Le vendre lui aurait sans aucun doute rapporté une somme considérable en crédits primordiaux, mais il voulait surtout découvrir si l’Analyse du Chaos pouvait percer les secrets de sa création.
Après tout, l’Analyse du Chaos pouvait étudier des objets, des aptitudes et même les principes fondamentaux à l’origine de divers pouvoirs.
S’il parvenait à comprendre comment se formait un Embryon de monde, il pourrait peut-être finir par en reproduire un lui-même.
Et si cela fonctionnait, il découvrirait peut-être même comment en améliorer le rang.
Les avantages potentiels étaient tout simplement trop importants pour être ignorés.
Cette idée en tête, Caelus ouvrit l’interface du Système pour vérifier l’avancement de ses recherches en cours.
[Analyse du Chaos – Recherche sur les Codes mystiques : 90 %.]
« Déjà quatre-vingt-dix pour cent ? »
Caelus ne s’était pas attendu à ce que les recherches avancent aussi vite.
Il étudiait les Codes mystiques depuis quelque temps, mais, récemment, son attention avait été accaparée par les différentes Autorités qu’il possédait.
Ces Autorités se situaient à un niveau supérieur à celui des Codes mystiques ordinaires. Peut-être que les étudier et les utiliser avait indirectement accéléré sa compréhension des pouvoirs de rang inférieur.
Quelle qu’en soit la raison, c’était une bonne nouvelle.
À ce rythme, ses recherches seraient bientôt terminées, et il avait hâte de découvrir ce que l’Analyse du Chaos allait révéler.
Mais cela pouvait attendre.
Pour l’instant, il avait autre chose à étudier.
[Talent activé : Analyse du Chaos.]
[Sujet d’analyse ajouté : Embryon de monde de haut rang.]
[Analyse en cours.]
Après s’être assuré que l’analyse avait commencé, Caelus referma l’interface.
L’Embryon de monde doré était toujours en sécurité dans sa dimension de poche, ce qui permettait à l’Analyse du Chaos de continuer à l’examiner.
« Chéri, qu’est-ce qui te fait sourire ? »
Sylvia avait remarqué son expression tandis qu’ils attendaient près de l’entrée.
« Rien de spécial. Je viens de lancer l’analyse de l’Embryon de monde avec l’Analyse du Chaos. »
« Je me demande comment ces choses sont créées. Si l’Analyse du Chaos parvient à le découvrir, je pourrai peut-être un jour les fabriquer moi-même. »
Sylvia comprit aussitôt où il voulait en venir.
« Ça voudrait dire que tu pourrais créer autant d’Embryons de monde que tu veux ? »
« Peut-être. Je ne peux encore rien garantir, mais ça vaut la peine d’essayer. »
« Hé hé, alors tu as bien fait d’en garder un. Et puis, sept Embryons de monde de haut rang devraient déjà nous rapporter beaucoup de crédits. »
« C’est ce que j’espère. »
Quand ils eurent fini de discuter, Bertram avait achevé les premiers préparatifs avec les gardes.
L’un des employés le reconnut aussitôt et s’approcha avec déférence.
« Seigneur Bertram, bienvenue. Je n’avais pas été informé de votre venue à la vente aux enchères d’aujourd’hui. Ces invités vous accompagnent-ils ? »
« Oui, ils sont avec moi. Toutefois, avant d’entrer dans la salle des enchères, j’aimerais faire ajouter plusieurs objets à la vente d’aujourd’hui. »
« Bien sûr, seigneur. Veuillez me suivre. »
L’employé les guida à travers l’entrée jusqu’à un élégant salon de réception.
Un homme d’âge mûr était assis derrière un grand bureau et examinait plusieurs documents. À la vue de Bertram, il se leva aussitôt pour le saluer.
Après quelques politesses, Bertram lui expliqua la raison de leur visite.
« Mon ami souhaite mettre aux enchères sept Embryons de monde de haut rang. »
L’homme d’âge mûr allait répondre lorsque le nombre fit enfin son chemin dans son esprit.
« Sept Embryons de monde de haut rang ? »
« C’est exact. Nous voudrions les faire expertiser et les inclure dans la vente d’aujourd’hui. »
« Veuillez pardonner ma surprise, seigneur Bertram. Il est tout simplement rare que quelqu’un apporte autant d’Embryons de monde de haut rang à la fois. »
« Je comprends. Pouvez-vous organiser l’expertise ? »
« Certainement ! Je vais convoquer l’un de nos experts principaux sans attendre. »
Pendant que l’homme contactait l’expert, Caelus entreprit de sortir les sept sphères dorées de sa dimension de poche.
Il les posa une à une sur le bureau, emplissant la pièce d’une douce lueur dorée.
Freya observa la scène avec un amusement manifeste.
« Les gens vont toujours être aussi surpris quand ils verront nos Embryons de monde ? »
Sylvia eut un petit rire.
« Probablement. Les Embryons de monde de haut rang semblent bien plus rares que nous le pensions. »
« Alors j’espère qu’ils nous les paieront très cher. »
« C’est bien le but, Freya. »
L’expert ne tarda pas à arriver.
C’était un vieil homme qui portait une plaque de cristal transparente gravée de nombreux symboles complexes.
Après avoir salué Bertram, il plaça avec précaution le premier Embryon de monde au-dessus de la plaque et activa le réseau qu’elle renfermait.
Des symboles dorés apparurent aussitôt sur la surface du cristal.
L’expert examina le minuscule territoire à l’intérieur de l’embryon, puis consigna plusieurs mesures.
Il répéta l’opération avec les six autres embryons, prenant le temps de les évaluer soigneusement un par un.
Caelus observa toute la procédure sans intervenir.
Il faisait confiance à Bertram, mais tenait tout de même à s’assurer que l’expertise se déroulait sans problème.
Une fois les sept Embryons de monde vérifiés, l’expert confirma leur qualité et les fit transférer dans des coffrets de stockage sécurisés.
Bertram s’occupa ensuite des formalités nécessaires.
« Tout est prêt. Il ne vous reste qu’à confirmer le contrat de dépôt. »
Caelus prit le document et en examina le contenu avant de le signer.
Cela réglé, il ne leur restait plus qu’à attendre le début de la vente.
Un employé conduisit bientôt le groupe dans un salon privé à l’étage supérieur.
La pièce était spacieuse et confortablement aménagée, avec une grande fenêtre donnant sur toute la salle des enchères.
En contrebas, des centaines de sièges entouraient une estrade où seraient présentés les lots.
De nombreux salons privés occupaient les étages supérieurs, permettant aux invités influents de participer sans révéler leur identité.
Certains étaient déjà occupés.
De sa place, Caelus percevait plusieurs puissantes auras dispersées dans le bâtiment.
Bertram n’avait donc pas exagéré en affirmant que la vente attirerait des personnalités importantes.
« Ils ont réuni du beau monde. »
« C’est normal, répondit Bertram. Les ventes aux enchères privées organisées par la famille impériale Adler déçoivent rarement. »
Caelus s’installa confortablement près de Sylvia.
Il n’avait aucune envie d’attirer inutilement l’attention aujourd’hui.
Tant qu’il obtenait un bon prix pour ses Embryons de monde, il considérerait le voyage comme une réussite.
Cependant, tandis que Caelus et les autres attendaient le début des enchères, une tout autre conversation se déroulait au dernier étage du bâtiment.
Dans une chambre privée coupée du monde extérieur, deux des êtres les plus puissants du Monde primordial étaient assis face à face.
L’un d’eux était Aron, roi des Diables stellaires.
L’autre était l’Empereur divin Leopold Adler, souverain de la région des étoiles du Nord.
Aron portait un manteau noir orné d’étoiles rouges au col. Deux cornes sombres recourbées vers l’arrière dépassaient au-dessus de ses oreilles et, malgré sa posture décontractée, son expression était indéniablement grave.
Leopold, lui, portait d’élégantes robes blanches sous un manteau doré. Un blason en forme d’aigle ornait sa poitrine, tandis qu’une couronne étroite reposait sur ses cheveux argentés.
Aucun des deux n’avait amené de suite.
Cette rencontre devait manifestement rester privée.
« Leopold, je vais aller droit au but. Une terrible menace approche et, si nous ne nous y préparons pas, le Monde primordial tout entier risque d’être détruit. »
Leopold savourait son thé, mais les paroles d’Aron le poussèrent à reposer sa tasse.
« Voilà une affirmation audacieuse. Qu’est-ce qui te rend si sûr de toi ? »
« Parce que je l’ai vu. »
« Tu as vu l’avenir ? »
« Quelque chose comme ça. Tu sais bien que je ne serais pas venu jusqu’ici pour t’effrayer avec une prédiction ordinaire. »
Leopold observa Aron quelques instants.
Leurs factions n’avaient jamais entretenu de relations amicales, mais il connaissait suffisamment le Roi des Diables pour savoir qu’il ne lançait pas ce genre d’affirmations sans raison.
« Admettons que je te croie. Qu’attends-tu exactement de moi ? »
Aron sourit.
« Que nous unissions nos forces. »
« Non. »
Le refus fut si prompt qu’Aron faillit éclater de rire.
« Allons, Leopold. Tu n’as même pas entendu ma proposition. »
« Ce n’est pas nécessaire. La famille impériale Adler n’a aucune intention de s’allier aux Diables stellaires. »
« Tu es déraisonnable. Je ne te demande ni de céder ton territoire ni de me prêter allégeance. Je parle de coopérer contre une menace capable de détruire nos deux factions. »
« Et moi, je te dis qu’une telle coopération est impossible. »
Aron s’était attendu à de la résistance, mais l’entêtement de Leopold commençait à l’irriter.
« Écoute, les Diables stellaires contrôlent le sud et ta famille contrôle le nord. En unissant nos ressources, nous pourrions commencer à nous préparer avant l’arrivée de la menace. Tu comprends sûrement à quel point ce serait précieux. »
« La famille Adler est parfaitement capable de prendre ses propres dispositions. »
« Vraiment ? Et comment comptes-tu t’y prendre, alors que tu ne sais même pas ce qui nous attend ? »
Leopold plissa les yeux.
« C’est pour ça que tu es venu ? Pour te servir de cette prétendue catastrophe comme prétexte afin de m’imposer une alliance ? »
« T’imposer une alliance ? Leopold, tu t’entends ? Je suis venu parce que je pensais que tu étais assez intelligent pour comprendre la situation. »
L’atmosphère de la chambre s’alourdit aussitôt.
Le visage de Leopold s’assombrit et une pression terrifiante commença à émaner de son corps.
« Pèse tes mots, Aron. »
« Alors cesse de faire l’idiot et écoute ce que je te dis. »
Pendant un instant, aucun des deux ne parla.
La pression dans la pièce continua de monter, mais Aron resta assis sans montrer le moindre signe de gêne.
Il était lui-même un être de niveau Empereur divin. L’aura de Leopold ne suffisait pas à l’intimider.
Finalement, Aron reprit la parole.
« Écoute, je sais que nos factions ont leurs différends. Vous vous prenez pour des dieux, et nous sommes des diables. Mais, au bout du compte, nous sommes tous des Primordiaux. Notre essence est la même. »