Chapitre 171
Chapitre 171 – Qian Ruping
Soudain, le sifflement aigu d'un projectile fendant l'air retentit, suivi par trois petites flèches noires qui fusèrent dans un sifflement perçant.
C'était la lieutenante Du qui venait de décocher ces trois flèches avec son arc massif.
Le pratiquant, dont le genre restait indéterminé, entra dans une rage folle. Bien qu'il fût encore en plein vol, il secoua sa manche et une épée souple, semblable à un serpent, en jaillit. D'un geste, elle se divisa en trois ombres d'épée qui se ruèrent à la rencontre des trois flèches.
« Hong ! »
Au contact des ombres d'épée, les trois petites flèches explosèrent comme de la céramique. Au même instant, un liquide noir en fut projeté.
Le pratiquant androgyne possédait une solide expérience du combat, mais il ne put réagir à temps face à un revirement aussi soudain. Il fut immédiatement éclaboussé par ce liquide sombre.
D'une pirouette, il atterrit au sol. Il passa rapidement sa manche sous son nez et huma une odeur de poisson. Il ne put s'empêcher de hurler, entre colère et surprise : « Qu'as-tu caché dans cette flèche ? »
« Inutile de demander, tu le sauras bien assez tôt. Je ne veux pas gaspiller mes mots avec un mort. » La lieutenante Du abaissa son arc massif et répondit sans la moindre expression.
« Ah… Même si je dois mourir, je t'emmènerai avec moi ! » hurla le pratiquant alors que sa peau commençait à se corroder. Dans un nouveau cri, l'épée souple qu'il tenait en main se contracta et fut projetée vers la lieutenante Du.
Dans un éclair d'argent, l'épée se transforma en un trait lumineux qui survola la femme avant de s'abattre violemment sur elle.
La lieutenante Du fut saisie d'effroi, n'imaginant pas que son adversaire pût posséder une telle puissance. Elle ne put que lever désespérément son arc massif pour tenter de bloquer la trajectoire.
Cependant, la lieutenante semblait sous-estimer la force d'un pratiquant de niveau intermédiaire à l'agonie. Bien que son arc ne fût pas un objet ordinaire, il ne pouvait rivaliser avec une arme de pratiquant.
Dans un « peng » sonore, la corde épaisse de l'arc fut tranchée. Après un nouvel éclair froid, le trait lumineux sembla sur le point de couper la lieutenante en deux.
C'est alors qu'un « sou » retentit et qu'une lueur verte jaillit de l'autre côté pour intercepter le trait.
« Dang ! »
La lumière verte se dispersa en gouttelettes d'énergie spirituelle et le trait lumineux retomba, reprenant la forme d'une épée souple qui vint s'échouer au sol.
La lieutenante Du marqua une pause avant de tourner la tête vers le jeune érudit.
Elle vit ce dernier abaisser lentement la main. Il était évident que c'était lui qui l'avait sauvée.
La lieutenante Du comprit la situation et adressa un signe de tête à l'érudit, sans toutefois prononcer le moindre remerciement. Elle rugit plutôt en direction des Gardes du Tigre Noir : « Qu'attendez-vous tous ? Éliminez ces bandits ! »
Les autres Gardes du Tigre Noir, d'abord hébétés par l'enchaînement des événements, reprirent leurs esprits à ses mots. Dans un cri, ils chargèrent les hommes aux masques noirs avec une fougue décuplée.
De leur côté, tous les pratiquants du camp adverse étant tombés, les assaillants commencèrent à battre en retraite en toute hâte. Certains prirent même la fuite sans demander leur reste.
Une mêlée confuse s'ensuivit, au cours de laquelle une petite partie des hommes fut abattue sur place, tandis que la plupart parvenaient à s'échapper.
Durant tout ce temps, la lieutenante Du et la servante robuste restèrent aux côtés de Dame Mi et du garçon. Elles n'avaient aucune intention de se battre, restant visiblement sur leurs gardes face à d'éventuelles embuscades.
Mais leurs craintes s'avérèrent inutiles.
Même lorsque les Gardes du Tigre Noir eurent vaincu le dernier homme masqué qui n'avait pas pu fuir à temps, personne d'autre n'apparut.
Voyant cela, la servante poussa un long soupir et jeta un regard vers le jeune érudit, avant de murmurer quelque chose à l'oreille de Dame Mi.
Dame Mi hocha la tête, une lueur dans les yeux. Elle prit le garçon par la main et, accompagnée de la servante, se dirigea vers le jeune érudit.
La lieutenante Du avait déjà commencé à ordonner aux Gardes du Tigre Noir de nettoyer les lieux et d'interroger les deux hommes masqués capturés.
« Merci de nous avoir sauvés ; sans vous, mon fils et moi aurions eu bien du mal à rester en vie. » Dame Mi s'approcha de l'érudit et s'inclina respectueusement pour le remercier.
« C'est vrai, sans votre intervention, ma dame n'aurait probablement jamais pu atteindre Xuanjing vivante », ajouta la servante en s'inclinant à son tour.
« Inutile de me remercier, je ne suis pas intervenu pour vous sauver. Ils m'ont attaqué les premiers, c'est tout. » Le jeune érudit remua les braises du feu de camp avec un bâton, répondant sans la moindre émotion. Son attitude était radicalement différente de celle qu'il avait eue auparavant.
« Maître Immortel, vous plaisantez. Nous sommes en vie grâce à vous, cela ne fait aucun doute. Puis-je vous demander votre nom ? Vous rendez-vous à Xuanjing ? » demanda Dame Mi avec un sourire.
« Je ne suis qu'un Apôtre Spirituel, je ne mérite pas le titre de Maître Immortel. Vous pouvez m'appeler Monsieur Qian, et il se trouve effectivement que je dois me rendre à Xuanjing pour quelques affaires », répondit l'érudit d'un ton léger.
« Alors, c'est Monsieur Qian. Je m'appelle Mi, et mon mari jouit d'une certaine influence à Xuanjing. Cependant, nous avons offensé quelques personnes malveillantes en partant et avons été la cible de plusieurs tentatives d'assassinat. Si vous acceptiez de nous escorter jusqu'à Xuanjing, je vous assure qu'une récompense conséquente vous attendrait », proposa Dame Mi d'un ton implorant.
« Vous escorter ? Cela ne m'intéresse pas. La seule raison pour laquelle je vais à Xuanjing est de trouver un remède pour ma nièce. Je ne veux pas me retrouver mêlé à vos histoires. » En entendant cela, le jeune érudit refusa immédiatement sans réfléchir.
Ces mots firent disparaître le sourire sur le visage de Dame Mi.
Cependant, la servante à ses côtés reprit sans hésiter :
« Si Monsieur Qian se rend à Xuanjing pour trouver un remède spirituel, ma dame peut vous aider. Vous ne le savez peut-être pas, mais le mari de ma dame est le propriétaire de la célèbre Maison des Cent Esprits, une boutique qui collecte toutes sortes de remèdes et de minerais spirituels. Nous avons des succursales dans d'autres États ; si vous ne trouvez pas ce que vous cherchez dans notre boutique, ma dame pourra demander aux autres établissements de vous aider. »
« Oh, j'ai déjà entendu parler de la Maison des Cent Esprits. Êtes-vous vraiment l'épouse de son propriétaire ? » L'expression du jeune érudit changea et il réexamina Dame Mi, cherchant à déterminer si les paroles de la servante étaient sincères.
« Si vous nous escortez, mon fils et moi, en sécurité jusqu'à Xuanjing, je trouverai personnellement tout ce dont vous avez besoin », promit Dame Mi en serrant les dents, consciente qu'elle devait faire des concessions.
« Dans ce cas… Très bien, je vous croirai cette fois ! Mais sachez qu'une fois à Xuanjing, si vous ne tenez pas votre promesse, ne vous attendez pas à ce que je sois clément. » Le jeune érudit réfléchit un instant avant de hocher la tête.
« Hehe, soyez rassuré. Tant que vous ne cherchez pas des objets spirituels légendaires, les remèdes courants ne posent aucun problème », répondit la servante avec un sourire rapide.
« Hmph, le remède que je cherche n'est peut-être pas extrêmement coûteux, mais il est très rare et peu de gens en ont l'utilité. Il est donc très difficile à trouver. » L'érudit sembla saisir le sous-entendu de la servante et grogna.
« Dans ce cas, ce n'est pas un problème. D'ailleurs, de quel mal souffre votre nièce ? Je m'y connais assez en médecine, je pourrais peut-être l'examiner. » En entendant cela, la servante poussa un soupir de soulagement et, après avoir jeté un regard à la jeune fille au teint pâle et maladif assise près de l'érudit, elle ne put s'empêcher de proposer son aide.
« Ce n'est pas nécessaire. Si vous êtes vraiment compétente en médecine, vous devriez plutôt commencer par vous occuper du poison qui affecte votre jeune maître. » L'érudit secoua la tête en répondant.
« Quoi ? Le jeune maître a été empoisonné ! »
« Impossible, comment mon fils aurait-il pu être empoisonné ! »
La servante et Dame Mi s'écrièrent de surprise en entendant ces mots.
« Hehe, si vous ne me croyez pas, vérifiez par vous-mêmes. Il y a une aura sombre entre ses sourcils, ce qui prouve que ce poison est en lui depuis au moins un mois. » L'érudit regarda le garçon avant de répondre sans émotion.
Entendant l'érudit parler avec une telle assurance, Dame Mi et la servante échangèrent un regard, convaincues qu'il ne mentait pas.
Dame Mi s'excusa rapidement et entraîna la servante vers le garçon.
La servante parla alors au jeune domestique, qui s'empressa de sortir du temple.
Quelques instants plus tard, il revint avec un sac bombé.
La servante s'en saisit et, après avoir fouillé rapidement, en sortit une boîte d'aiguilles en argent et quelques glyphes.
Sous le regard inquiet de Dame Mi, elle apposa rapidement un glyphe sur le garçon et planta quelques aiguilles en argent dans ses coudes.
« Frère Ming, est-il vraiment empoisonné ? »
À cet instant, la jeune fille aux côtés de l'érudit ne put s'empêcher de lever la tête pour demander.
« Oui, il est bien empoisonné. Et c'est un poison étrange et très problématique. Sans moi, ils ne s'en seraient rendu compte que le jour où le poison se serait déclaré. » L'érudit esquissa un léger sourire et tapota la main de la jeune fille avec compassion.
L'érudit, qui semblait avoir vingt-sept ou vingt-huit ans, n'était autre que Liu Ming sous un déguisement.
Quant à la jeune fille, Liu Ming s'était rendu dans une petite ville d'un autre État après avoir quitté l'État de Fengtian. Il y avait retrouvé la seule descendante de l'Oncle Qian : sa petite-fille.
Sur l'Île Sauvage, l'Oncle Qian avait été pour Liu Ming un mentor et une figure paternelle. Sa dernière volonté avait été que Liu Ming prenne soin de sa descendance s'il en avait l'occasion.
Cependant, après avoir quitté l'Île Sauvage, Liu Ming avait été traqué par les autorités. Il avait ensuite cultivé au sein de la Secte du Fantôme Barbare en tant qu'Apôtre Spirituel. Ce n'est que maintenant qu'il avait pu se rendre dans la ville natale de l'Oncle Qian pour retrouver ses descendants.
Après quelques recherches, il avait découvert que l'Oncle Qian avait laissé un fils avant d'être contraint à l'exil sur l'Île Sauvage. Ce fils avait fondé une famille, mais quelques années plus tard, lui et sa femme étaient morts d'une épidémie, laissant derrière eux une petite fille de trois ou quatre ans nommée Qian Ruping.
Orpheline, la petite fille avait été exploitée par ses proches jusqu'à être chassée de chez elle, finissant par mendier dans les rues.