Chapitre 1 303
Correcteur : Papatonks
Hum~
Le lac paisible reflétait le regard froid de l’ancien Souverain Céleste.
Zhuo Fan soupira : « Le Souverain Céleste doit être un célibataire endurci, incapable d'accepter que les autres filent le parfait amour. Il se mêle même du bonheur de son propre frère. Et il se prétend sans cœur. C’est de la jalousie pure et simple, c’est évident ! Ce n’est pas de l’impassibilité, c’est de l’amertume. »
« Ha-ha-ha, tu te trompes. Le Souverain Céleste possède la voie du vide, un cœur qui ne peut jamais être corrompu par quoi que ce soit. Il ne fait que suivre son Cœur du Dao, selon lequel le ciel est suprême et la terre en dessous. Il croit que son frère devrait suivre ses traces. Toute déviation est perçue comme un obstacle qui doit être éliminé. »
Le vieil homme eut un sourire en coin : « Assez bavardé, continuons à regarder. »
Zhuo Fan hocha la tête et reporta son attention sur le lac. L’homme en blanc se trouvait dans la même grotte où il avait scellé ses émotions, en compagnie de deux personnes. L’atmosphère était lourde.
L’homme en blanc regarda la femme avec froideur : « C’est fini entre nous, terminé. »
« Pourquoi ? » Les yeux de la femme tremblèrent.
L’homme en blanc déclara : « Je veux atteindre le stade de Souverain et tu es un obstacle. Les Daos Célestes sont sans cœur et je ne veux plus rien avoir à faire avec toi. »
« Tu crois que c’est si facile ? Je suis née de tes sentiments sincères. Je peux ressentir ce que ton cœur éprouve. »
« Je sais, c’est justement pour cela que je suis venu les trancher moi-même. »
L’homme en blanc prit une profonde inspiration. Sous ses yeux stupéfaits, il fut pris d’un tremblement et une lueur aux cinq couleurs s’échappa de lui.
Zhuo Fan s’exclama : « Une voie de Souverain incomplète ? »
La lueur explosa et se dispersa, ne laissant derrière elle qu’une légère brume.
L’homme en blanc cracha du sang, le visage livide. Ses yeux s’éteignirent, tel un cadavre ambulant. Il finit par abandonner la femme, enveloppé d’une aura de mort et de solitude qui fit dépérir la forêt environnante. L’herbe, les arbres, les oiseaux et les insectes, tout mourut.
Il n’y avait plus aucune vie alentour !
La femme eut les larmes aux yeux, les lèvres tremblantes.
« Quelle cruauté ! »
Des larmes coulèrent sur ses joues tandis qu’elle serrait les poings : « Tu es allé jusqu’à arracher le cœur de tes émotions juste pour te débarrasser de moi. Mais n’as-tu pas dit que c’était pour former une voie de Souverain ? En supprimant le cœur de tes émotions, tu n’es plus humain. Comment peux-tu atteindre la Souveraineté maintenant ? »
L’homme en blanc traîna sa silhouette épuisée hors de la grotte, sans jamais lui accorder un regard…
Le cœur de Zhuo Fan était empli de tristesse : « Aîné, qu’est-ce que ce cœur des émotions ? Pourquoi ne peut-on pas atteindre sa voie en l’extirpant ? »
« Chaque être humain naît avec, c’est une partie de lui-même. »
Le vieil homme semblait abattu : « Les humains ont trois relations : la loyauté, la piété filiale et la fraternité. Puis, cinq vertus : la bienveillance, la sagesse, la courtoisie, l’honnêteté et la confiance. Elles constituent le noyau de la condition humaine. Elles servent de fondation aux cultivateurs pour atteindre l’éveil, les bases de leur humanité, la voie humaine. Mais ce n’est pas le plus important, car les humains ont les émotions en leur centre. C’est quelque chose qu’aucune autre créature, pas même les bêtes spirituelles, ne possède. Indépendamment du bien et du mal, les cultivateurs humains ne peuvent jamais échapper à leurs émotions. Même les cultivateurs démoniaques apprennent à travers la haine, le regret, la jalousie et l’envie. Quant au Souverain Céleste, il est devenu vide, supprimant son centre émotionnel pour devenir sans cœur. Lorsqu’on supprime même cela, on ne peut même plus être qualifié de sans cœur ou d’impassible. »
« Mais il vient de s’arracher cela, comme un eunuque privé de ses attributs. Il lui est impossible d’atteindre sa voie. Car atteindre une voie signifie la comprendre à la perfection. Comment peut-il y parvenir alors qu’il est incomplet ? Le Souverain Céleste l’aurait fait depuis longtemps si cela avait suffi. »
Zhuo Fan hocha la tête, observant la silhouette solitaire et fière avec un soupir : « Il savait qu’il était difficile de supprimer son amour complètement, alors il a choisi cette solution cruelle d’arracher son centre émotionnel, juste pour que le Souverain Céleste ne puisse pas l’atteindre. C’est clairement par un excès d’émotion suprême qu’il a choisi de mourir intérieurement. Cela rend la chose encore plus poignante. Eh, pourquoi cela me semble-t-il familier ? On dirait que j’ai déjà vécu cela ? »
« Oh, vraiment ? Alors j’attendrai que tu te réincarnes pour placer tes souvenirs ici, afin de soulager mon ennui, ne serait-ce que pour quelques jours, ha-ha-ha… »
Le vieil homme ricana.
Zhuo Fan leva les yeux au ciel, continuant de regarder.
La femme le regarda s’éloigner, le cœur brisé. Elle retourna dans la grotte, le visage figé et les yeux vides. Elle y resta assise pendant des mois.
Le chant d’un oiseau résonna dans cette terre morte alors qu’il se posait sur une branche flétrie où gisait un autre oiseau.
Le cœur de la femme tressaillit et elle prit l’oiseau mort. Dans un éclat rose, l’oiseau fut ranimé.
Les deux oiseaux s’envolèrent à nouveau ensemble.
La femme ferma les yeux, saisie par une réalisation. Un mois passa et une lueur prismatique couvrit les cieux tandis qu’une aura rose brillait autour de la grotte et de ses environs, emplissant les terres mortes de chaleur.
La vie bourgeonna à nouveau, les oiseaux chantaient et les insectes bourdonnaient.
La femme sortit de la grotte et sourit alors qu’une larme solitaire tombait sur sa main.
« C’est la dernière fois que je verse des larmes pour toi. Dorénavant, je régnerai sur les émotions du monde. J’espère qu’un jour, ton centre émotionnel pourra être restauré. »
Elle fit un geste de la main et la larme disparut dans le ciel.
Zhuo Fan demanda : « Est-ce elle, la Souveraine des Émotions ? Était-ce son siège d’éveil, la Grotte de l’Émotion ? »
« Oui, l’homme a utilisé ses émotions comme base pour créer la Souveraine des Émotions sans s’en rendre compte, mais elle est née des émotions de tous les êtres vivants. Lorsqu’elle est devenue Souveraine, elle avait déjà surmonté leur petit amour. Sa dernière larme signifiait l’émotion suprême que l’homme avait laissée en elle. Mais désormais, elle n’en avait plus l’utilité… »
Le vieil homme hocha la tête avec un regard lourd : « La larme aurait pu aider l’homme à retrouver son centre émotionnel, mais… »
Zhuo Fan frissonna en voyant la larme arriver dans une vaste cour et pénétrer dans une pièce.
L’homme en blanc y était assis, mais il était désormais enveloppé d’une énergie noire, sinistre et mortelle.
La larme, inconsciente du danger, chercha à restaurer ses émotions en se dirigeant vers lui.
Hélas, l’énergie noire jaillit et la brisa en une brume rose qui s’évanouit dans le vent.
« Qu’était-ce que cela ? »
Le Souverain Céleste arriva devant la pièce au moment même où la brume rose s’envolait vers les cieux, l’air confus : « Mon jeune frère est là-dedans depuis des mois et n’a toujours pas atteint sa voie, alors que la femme a obtenu la dernière place. Humph, quelle honte. Cœur d’Épée, entre et vois pourquoi il est toujours en méditation. »
« Oui ! »
Cœur d’Épée entra et fit voler la porte en éclats, mais l’énergie noire inonda aussitôt l’ouverture.
Cœur d’Épée agita ses manches, envoyant deux ondes d’épée, mais elles se dissipèrent comme si de rien n’était au contact de l’énergie.
[Comment est-ce possible ?]
Cœur d’Épée haleta, et le Souverain Céleste parut également stupéfait : « Calme-le. Je veux savoir ce qui se passe. »
« Oui ! »
Cœur d’Épée cria à nouveau et utilisa sa voie.
Une lueur prismatique brilla, repoussant l’énergie noire pendant un instant. Finalement, l’énergie noire dissout la lueur, pouce par pouce, la dévorant.
Les deux hommes fixèrent la scène, confus, mais Zhuo Fan s’écria : « C-c’est comme ma flamme de tonnerre apocalyptique ! »
« Bien sûr, car c’est presque au même niveau. » Le vieil homme soupira : « C’est juste qu’aucun être ne peut manier de tels pouvoirs, pas même le Souverain Céleste. »