Chapitre 17
« Des trolls ? C’est un peu beaucoup pour des enfants d’une dizaine d’années, non ? »
C’est ce qu’a pensé Eugène en les voyant.
Ce n’étaient pas de vrais trolls. Juste une illusion. Il n’était pas attaqué au sens propre. Il pouvait ressentir de la douleur, mais c’était aussi une illusion.
S’il surmontait cette peur, son adversaire n’était pas invincible. Supporter la douleur, foncer, et dès l’attaque, riposter.
« Ça avait l’air tellement réel. »
Eugène observa le troll de haut en bas, émerveillé. Il savait que ce n’était qu’une illusion, mais on aurait pu croire que c’était réel.
Non seulement les mouvements, mais aussi l’odeur corporelle unique d’un troll était présente.
« Mais j’imagine qu’il a une certaine conscience. »
Sa taille n’était pas celle des trolls adultes. Il ressemblait à un jeune, pas encore initié à la chasse et au combat, incapable de tenir debout seul, et il n’avait même pas le gourdin habituel des trolls.
Pour autant, il était bien plus grand qu’Eugène, 13 ans. Eugène s’approcha lentement du troll, son bouclier en main.
« J’ai déjà tué des orques et des gobelins. Ce serait ma première rencontre avec un monstre de taille moyenne avec ce corps-là. »
Il ne voulait pas avoir un combat difficile juste parce que c’était une proie facile.
Son corps était en effervescence à l’idée du combat imminent. Cela faisait longtemps qu’il avait pénétré le labyrinthe, et après avoir marché pendant des heures, il avait l’impression d’avoir parcouru un long chemin. Il n’avait pas ressenti de crise sur son chemin.
Il devait donc s’échauffer.
Eugène réduisit lentement et courageusement la distance entre lui et le troll.
Le troll le regardait sans bouger, sans se précipiter sur Eugène.
Il ne fut pas surpris par sa réaction. Les monstres qu’il avait affrontés auparavant ne l’avaient attaqué que lorsqu’il était à une certaine distance.
Ceci devait être un paramètre pris en compte par le mage, étant donné l’âge des enfants participants.
Lorsque Eugène avança le pied, le troll réagit en conséquence.
Il fit un mouvement brusque et tourna la tête vers Eugène.
De la salive coulait entre ses grandes dents.
Un visage assez laid pour effrayer les enfants.
Cependant, Eugène ressentit de la joie plutôt que de la peur.
« Il ressemble à Moron. »
Il y avait quelques monstres qui ressemblaient à Moron.
Trolls, ogres, cyclopes, etc. Tous ces monstres humains laids marchant sur deux pattes, c’est ce qu’Eugène considérait comme ressemblant à Moron.
Moron n’avait jamais nié sa laideur. Il le savait.
Eugène prit appui sur le sol pour gagner en vitesse, se remémorant le visage de son ancien collègue.
La distance se réduisant en un instant, le troll réagit.
Ce fut facile.
Kagagak !
L’épée d’Eugène trancha le mollet du troll.
Après avoir frappé entre les jambes du troll, Eugène fit rapidement demi-tour, rappela son épée et, sans hésitation, la balança à ses pieds.
La coupure fut superficielle et n’affecta pas beaucoup le troll.
Néanmoins, cela le fit reculer.
Après plusieurs coups, la peau du troll commença à se déchirer, révélant des os au milieu du sang vert foncé qui jaillissait.
Eugène ne voulait pas se salir, alors il se protégea avec son bouclier.
Son pied ayant subi d’importants dégâts, il commença à perdre pied.
Il hurla en titubant pour garder l’équilibre. Sa grande main tomba sur la tête d’Eugène.
Le bouclier qui couvrait son corps était maintenant au-dessus de sa tête.
Smack !
L’attaque fut assez puissante pour un enfant de 13 ans.
Il s’entraînait peut-être excessivement, mais il était toujours impossible d’esquiver l’attaque du troll.
Utilisant toute son épaule et son bras, tout en inclinant légèrement son bouclier, la puissance de l’attaque fut réduite.
Cela aurait brisé son bras si le timing avait été légèrement différent, mais Eugène n’avait même pas envisagé l’échec.
Sa défense fut parfaite.
Le troll balança son autre bras sans défense. Eugène balança son épée d’une seule main.
Paak !
La peau du bras du troll fut coupée, et le sang jaillit.
Eugène enfonça davantage son épée en la faisant tourner profondément dans l’os.
Quagak !
Le troll ouvrit la gueule et hurla. La douleur de la blessure qui atteignait l’os se répandait dans tout son corps et paralysa le troll.
« Il n’avait pas besoin d’ajouter une mauvaise haleine pour rendre ça plus réaliste. »
Eugène balança son bouclier avec mécontentement.
Bam !
Le bouclier fendit la mâchoire inférieure du troll. Simultanément, Eugène retira son épée plantée dans le troll et la plaça entre ses côtes.
Quagak !
Il perça les poumons du troll.
La peau était si épaisse qu’il atteignit à peine les poumons entre les côtes.
Eugène balança son épée horizontalement pour ouvrir sa poitrine. Puis, il coupa entièrement les poumons et retira son épée dès qu’elle toucha le sternum (le sternum est l’os avant qui relie les paires de côtes).
Le troll était incapable de lever les bras, et il était détrempé de sang.
S’il s’agissait d’un monstre ordinaire, le combat serait terminé. Cependant, les trolls sont connus pour leur fort pouvoir de régénération. Eugène n’attendit pas qu’il se régénère.
Il enfonça son épée avec assez de force pour qu’elle résiste.
Eugène déchira le corps du troll, poignarda son cœur cinq ou six fois de plus et lui trancha la gorge avec son épée. Il maniait habilement ses épées et évitait les os.
« Waouh. »
Après avoir tué le troll avec le plus grand soin, Eugène regarda son cadavre avec satisfaction.
Robertian et Guillard avaient assisté à la scène du début à la fin. La bouche grande ouverte, Robertian se demanda quelle opinion il devait exprimer.
Même si c’était une illusion… c’était quand même un troll.
Loin de faire un bruit effrayant à la vue du troll, un enfant de 13 ans a déchiqueté le troll de manière impressionnante.
« …C’est cruel. Il n’avait pas besoin de faire ça… », murmura Robertian.
Guillard, regardant l’écran avec les mêmes yeux vides, secoua bientôt la tête en souriant.
« C’est une illusion bien faite, il a peut-être cru que c’était réel. »
« Oui, mais… »
« C’est formidable, c’est formidable… Je ne pense pas qu’il ait jamais rencontré un troll. Loin d’être submergé par la peur, il a abattu les trolls avec audace et précision… »
Guillard ne trouvait aucun défaut à l’escrime d’Eugène. Pour être précis, c’était plus une forme d’abattage et d’anéantissement qu’un art de l’épée.
Mais qu’est-ce que ça change ?
Eugène a tout de même tué le troll avec un grand mérite.
« Il n’y avait aucun signe de pièges sur son chemin. »
Robertian regarda Eugène et exprima ses pensées.
« Il ne s’est jamais fait prendre au piège, sauf la première fois. »
« Quand je l’ai vu agir, j’ai pensé qu’il y était habitué. »
« D’où vient ce garçon ?
« De la campagne. »
« Je ne crois pas qu’il y ait de tours inconnues là-bas… »
La plupart des tours riches en ressources servent de cachettes aux sorciers. Puis, parfois, après que le propriétaire de la tour, le sorcier, meurt ou part, la tour est découverte par des aventuriers.
Si vous avez de la chance, vous pouvez trouver un trésor dans la tour. Une fois qu’ils ont emporté tout ce qu’ils devaient emporter, la tour, sans trésor, est transformée en destination touristique.
« …même s’il fréquentait de nombreuses tours, il n’aurait pas pu savoir comment éviter les pièges aussi habilement. Peut-être qu’il l’a appris dans un livre. »
« Un enfant de 13 ans ne lit généralement pas de livres sur les pièges. »
« Il n’a pas l’air d’un enfant normal. Et peut-être que ce n’est pas une question de connaissances, mais de sens. »
« …hmm. C’est un labyrinthe conçu pour les enfants, mais… Juste par les sens… Je ne l’avais pas rendu si facile d’éviter les pièges… »
« Quel que soit le jeune âge d’un enfant, ne serait-il pas capable de faire cela s’il était né pour être grand ?
Robertian savait exactement comment on devait appeler ce genre d’enfant.
« Génie. »
Désormais, Guillard ne fixait plus Cyan, Ciel et Ioken.
Il observa Eugène s’avancer vers le centre du labyrinthe, les yeux joyeux.
Face à un monstre, le combat et l’abattage ne sont pas les seules solutions. Les trolls étaient de tels monstres à cet endroit. Une grande taille avec des réactions lentes… Plutôt que de les combattre de front, ils auraient pu les éviter et les traverser.
Seuls Gargis et Eugène ont combattu les trolls.
« Argh ! »
Gargis poussa un rugissement furieux. Bien que son corps entier souffrait, le brave Gargis finit par abattre le troll. Gargis retira la baïonnette de la poitrine du troll et cria à nouveau.
Il célébra sa victoire par un autre rugissement.
Il s’assit de toutes ses forces.
« J’ai tellement reçu de coups. »
Il avait peut-être de gros muscles, mais l’attaque du troll était puissante. Il ne savait pas combien de ses os étaient cassés.
« Ça fait mal… »
Gargis serra les dents et cracha. Cela faisait plus mal que lorsqu’il avait été touché par une flèche ou transpercé par une barre de fer. Il savait que toute cette douleur n’était qu’un tour de magie, mais avoir mal, ça fait mal… Gargis descendit du corps du troll, retenant les larmes qui étaient sur le point de jaillir de ses yeux. Puis, il trébucha contre le mur.
« Parce que j’ai été autant battu. Les autres… »
Il savait que Dira était forte. Eugène était plus fort qu’elle. Mais il ne pensait pas qu’ils soient plus forts qu’un troll. Comment leurs corps fragiles pouvaient-ils affronter un troll géant…
Contrairement à ses inquiétudes, Dira allait bien. Elle avait réussi à passer devant le troll sans le combattre de front. Il en était de même pour Cyan et Ciel.
(N.d.T. : Gargis est un type de personne avec des muscles mais pas de cerveau, lol.)
Cyan et Ciel les rejoignirent en chemin. À partir de là, Ciel ne prit pas la tête, mais plutôt persuada Cyan d’être le premier sur la route. Il fut très facile pour Ciel de persuader son frère.
« Oppa, par où devons-nous aller ?
« Tu ne sais pas ça ?
« Je ne sais pas. »
« Idiot. Pourquoi ne sais-tu pas alors qu’on a lu un livre ensemble ? Regarde ce que je fais. »
Cyan ne s’était jamais senti inférieur à sa sœur cadette, née quelques secondes plus tard. Au contraire, il se considérait supérieur à sa sœur cadette, et voulait toujours se montrer devant elle.
Il en était toujours ainsi. Dès que les mots « Je ne sais pas » sortirent de sa bouche, Cyan jugea que c’était l’occasion de laisser sa sœur voir sa grandeur. Il y a quelques jours, il avait été humilié devant elle, alors il pensait devoir restaurer son honneur froissé lors de cet événement.
« Ne reste pas derrière et suis-moi. Ce labyrinthe a été créé par le Seigneur de la Tour Rouge. »
« Pourquoi ?
« Tu ne sais pas ce qui va arriver. Un monstre pourrait soudainement apparaître devant nous. Peut-être que quelque chose d’étrange tombera du plafond. »
« Comme un fantôme ?
« Imbécile, dans des moments comme celui-ci, tu devrais dire mort-vivant, pas fantôme. Sais-tu ce qu’est un mort-vivant ?
« C’est comme un zombie, mais en os. »
« C’est ça. C’est dans le livre qu’on a vu. Une invocation faite par un méchant sorcier noir, de la tombe d’aventuriers stupides aveuglés par le trésor ! Les sorciers noirs d’autrefois créaient des morts-vivants ou des chimères à partir d’aventuriers morts à l’époque. »
« Mais le Seigneur de la Tour Rouge n’est pas un sorcier noir. »
« C’est vrai, mais peut-être que ça va sortir par surprise. »
« Je déteste les fantômes parce qu’ils font peur. »
« Moi, je n’ai pas peur du tout. »
En fait, Cyan avait aussi peur des fantômes.
Quand ils étaient jeunes, les deux frères et sœurs partageaient la même chambre. Ils ne pouvaient pas dormir la nuit, alors les nourrices leur lisaient des histoires, et ils en entendaient beaucoup sur ceci et cela. Parfois, la nourrice racontait des histoires effrayantes, Cyan ne s’endormait pas toute la nuit et était toujours conscient de ce qui se trouvait sous le lit ou dans l’armoire.
Mais il ne pouvait pas exprimer sa peur devant sa sœur.
« Pourquoi parlons-nous soudainement de fantômes ?
Cyan jeta un coup d’œil au plafond, ressentant toutes les vibrations. La « chose étrange » qu’il imaginait tomber du plafond était une araignée ou un monstre de ce genre. Il n’avait jamais pensé à un fantôme.
Bien sûr, Ciel avait délibérément évoqué des histoires de fantômes. Elle savait très bien que son frère avait peur des fantômes depuis son jeune âge, alors elle voulait prendre les devants et taquiner son frère fier.
« J’espère que tu seras surpris si quelque chose sort. »
Ciel suivit Cyan avec des pensées espiègles. À un certain moment, il n’y avait plus de pièges sur la route. Mais ce n’était pas forcément droit, il y avait de nombreux chemins bloqués. Chaque fois que cela se produisait, Cyan était extrêmement méfiant, pensant que quelque chose pouvait surgir sur le côté.
Comme son frère criait rarement, Ciel s’ennuyait lentement. Elle préférait lui donner un coup dans le dos, alors son frère ferait un son surprenant. Mais comment ? Il était sur ses gardes maintenant.