Chapitre 70
[Correcteur – Gun]
Chapitre 70 : La famille (1)
Après avoir obtenu la compétence, il commença par retrouver sa famille, comme il l’avait promis au président Kim : il allait dîner avec eux.
C’était aussi l’occasion de reprendre des nouvelles, puisqu’ils étaient rentrés en Corée pour les vacances d’hiver.
« Ça faisait longtemps, maman. »
Il salua sa mère, Choi Yeonok.
« J’ai entendu parler de tous tes efforts. Tu te sens mieux ? Tu n’as plus mal nulle part ? »
Elle lui prit la main, la voix douce et pleine de sollicitude.
« Oui, je vais bien. Je suis complètement guéri. »
« Tu as tellement grandi. Mon fils est devenu un vrai homme. »
Derrière Choi Yeonok, deux visages familiers s’avancèrent : Kim Hyungsuk et Kim Naye.
Kim Hyungsuk et Kim Naye.
Ils étaient les frère et sœur de Kim Minwoo, nés des mêmes parents — une rareté dans une famille où la richesse et le pouvoir compliquaient souvent les choses.
Kim Hyungsuk était le deuxième fils et avait été préparé à reprendre les rênes de l’entreprise.
Il avait éveillé ses capacités avec succès dès son jeune âge et possédait un excellent dossier scolaire. Il étudiait désormais dans une université prestigieuse aux États-Unis.
Héritier pressenti, il était sérieux, compétent et avait le sens des affaires.
Kim Naye était la benjamine. Âgée de six ans seulement, elle était connue pour sa mignonnerie et sa tendance à couvrir tout le monde d’affection.
Parmi les enfants, c’était celle qui faisait fondre les cœurs sans effort, surtout celui de son père.
Leur affection était sincère, car il avait hérité des souvenirs de Kim Minwoo après avoir changé de corps.
« Grand frère ! »
s’exclama Naye en affichant un grand sourire.
« Salut, Naye. Ça fait longtemps. Comment tu vas ? »
Il la souleva alors qu’elle tendait les bras pour qu’il la prenne dans ses bras.
« Porte-moi sur ton dos ! »
Elle gloussa tandis qu’il la juchait sur ses épaules.
Malgré la réputation de Kim Minwoo, connu pour son tempérament incontrôlable et son imprudence, il avait toujours eu un faible pour sa petite sœur.
Elle ne représentait aucune menace et ne suscitait chez lui ni jalousie ni rivalité fraternelle.
Le président Kim s’approcha en feignant d’être blessé.
« Ma fille, tu ne vois même plus ton père ? »
« Hé hé, papa, je te vois ! »
« Hum ! »
Le président Kim ne put dissimuler son sourire.
Sa benjamine le menait par le bout du nez.
Vu son adorable petite bouille et le fait qu’elle était la dernière de la famille, c’était compréhensible.
Minwoo se tourna vers son frère, Hyungsuk, et le salua à son tour.
« Alors, les États-Unis ? Tu t’en sors ? »
« Ouais, ça va. La nourriture est un peu grasse, mais à part ça, tout va bien. J’ai entendu dire que tu te débrouillais vraiment bien ces derniers temps. »
« Ça avance. Mais j’ai encore du chemin à faire. »
« Waouh, ça, c’est surprenant. Papa m’a dit que tu avais changé, mais t’entendre faire preuve d’humilité… Waouh ! »
Hyungsuk le regarda comme s’il avait affaire à un extraterrestre.
Quel changement par rapport à l’ancien Kim Minwoo, dont l’arrogance et l’impudence étaient légendaires !
Les récits de sa transformation étaient parvenus jusqu’aux États-Unis, mais le voir de ses propres yeux, c’était autre chose.
Cette combinaison ne devrait même pas exister, et pourtant il faisait preuve d’humilité.
Autrefois, Kim Minwoo le foudroyait du regard, comme s’il pouvait le tuer sur-le-champ. À présent, il discutait tranquillement avec lui.
Était-ce parce qu’atteindre le rang S l’avait assagi ?
Il avait clairement beaucoup changé.
« On entre ? Le repas va refroidir. »
« D’accord. »
Le président Kim guida Choi Yeonok jusqu’à la table, qui croulait sous les plats.
« Pourquoi en avoir préparé autant ? On ne pourra jamais tout finir. »
« C’est rare qu’on soit tous réunis. Asseyez-vous, tout le monde. »
« À table ! »
Naye s’écria ces mots en se laissant tomber à côté de Kim Minwoo.
« Ma chérie, mange autant que tu veux. »
« D’accord ! »
Naye se mit à empiler le bulgogi sur son riz, jusqu’à former une petite montagne.
Cette enfant avait un sacré appétit, bien plus que n’importe qui dans la famille Kim.
[NdtA : Le bulgogi est un plat coréen à base de viande grillée.]
« Je ne t’ai pas dit de manger tes légumes d’abord ? »
Choi Yeonok déposa quelques morceaux de légumes dans son assiette.
Naye prit un air horrifié.
« Non ! J’en veux pas ! Je veux que de la viande ! Grand frère ! » s’écria-t-elle en s’agrippant au bras de Kim Minwoo avec une force surprenante.
Pour une enfant de six ans, elle avait une sacrée poigne.
Elle transforme peut-être toute cette viande en muscles ?
Il s’amusa de sa prise de fer.
Son regard suppliant suffit à le faire fléchir.
« Maman, laisse-la se faire plaisir aujourd’hui. C’est une occasion spéciale, non ? »
« Hier, elle a mangé quatre assiettes entières de travers de bœuf à elle toute seule. »
Quatre assiettes ?
Kim Minwoo en resta bouche bée.
Il savait qu’elle avait bon appétit, mais quatre assiettes de travers de bœuf, c’était exagéré.
« Mange tes légumes ! »
« Non ! Grand frère ! »
« J’ai dit, mange tes légumes. »
« … Non. »
« Juste un petit peu, d’accord ? »
« Papa ! »
Le président Kim détourna le regard.
« Désolé, ma puce. »
De toute évidence, il ne voulait pas s’attirer les foudres de Choi Yeonok.
Voir Naye manger ses légumes à contrecœur était à la fois amusant et pitoyable.
Le président Kim avait beau avoir de la peine pour elle, il savait que la laisser se gaver n’était pas une bonne idée.
Quatre assiettes, c’était trop, même pour elle.
Une fois toute la famille installée autour de la table, Choi Yeonok demanda au président Kim comment allait l’entreprise.
« Comment ça se passe, en ce moment ? »
« L’entreprise ? Ça marche tellement bien que ça en devient presque problématique. Et tout ça, c’est grâce à notre fils, bien sûr. »
Le président Kim répondit avec fierté.
« Dans l’électroménager, on a enfin dépassé Dorim. Même nos modèles haut de gamme se vendent comme des petits pains. Les autres secteurs se portent très bien aussi. Notre part de marché dans l’équipement a augmenté de plus de vingt pour cent le mois dernier. »
« Oui, mes amis sont contents aussi. Le cours de l’action a grimpé en flèche. »
Le président Kim hocha la tête avec un grand sourire.
Le cours de l’action baissait régulièrement sous la pression de la concurrence de Dorim, mais, depuis le retour de Kim Minwoo du portail de rang A+, il avait bondi de huit pour cent en une nuit.
Pour une entreprise de cette taille, une telle hausse était presque sans précédent.
L’afflux d’investissements étrangers était lui aussi remarquable : il montrait que les attentes à son égard étaient élevées.
Choi Yeonok se tourna alors vers Kim Minwoo.
« Minwoo, tu as déjà envisagé de travailler dans l’entreprise ? »
« Pas du tout. Laissez-la à Hyungsuk. »
Kim Hyungsuk et Choi Yeonok parurent surpris.
« Vraiment ? Tu n’étais pas comme ça, avant. »
« Être un éveillé doué ne signifie pas forcément qu’on sera bon en affaires. J’ai déjà assez à faire avec mon travail actuel. Je me consacre à ma carrière d’éveillé, et Hyungsuk peut s’occuper de diriger l’entreprise. C’est une répartition des rôles idéale, non ? »
Si la spécialisation du travail existait, ce n’était pas pour rien.
Vu les compétences de Kim Hyungsuk, il ferait un héritier tout à fait convenable.
[Correcteur – Gun]
Ce n’est pas une relation particulièrement conflictuelle.
Les deux frères ne se détestaient pas ; le plus âgé s’était simplement senti inférieur à son cadet, autrefois.
Maintenant que Kim Minwoo avait confiance en lui dans son rôle d’éveillé, il n’avait plus aucune raison de rivaliser avec son frère pour l’entreprise familiale.
À ses yeux, peu importait que l’entreprise reste entre les mains du président Kim ou qu’elle soit transmise à Kim Hyungsuk : elle demeurait dans la famille.
Après le repas, Kim Minwoo accompagna son père dans son bureau.
« Père. »
« Oui ? »
« Ces derniers temps, beaucoup de gens veulent investir dans notre guilde. Ils nous jettent pratiquement leur argent à la figure. »
« Ah bon ? »
« Oui. Bien sûr, j’aimerais confier l’affaire à Ilsung, mais avec la guilde qui attire l’attention et le public qui nous observe de près, je ne peux pas faire de passe-droit, n’est-ce pas ? »
« Bien sûr que non. »
« Il faut que j’achète des livres de compétence, que je nourrisse et que j’habille les membres de ma guilde, et que je veille à ce qu’ils ne manquent de rien. »
« Absolument. »
Le président Kim hocha la tête, mais une légère gêne se lisait sur son visage.
Il savait que cela finirait par représenter des centaines de milliards, voire des milliers de milliards de wons.
Mais il était tout aussi impensable de ne pas investir.
Money Talks.
La guilde était peut-être petite, avec seulement trois membres, mais son potentiel était immense et l’international lui tendait les bras.
En outre, les prochains tournois de portails pourraient rapporter gros, surtout si la guilde se faisait un nom.
Ils ont de grandes chances de bien se débrouiller dans les combats de portails.
Le président Kim prit un air sérieux.
Les portails se divisaient généralement en trois catégories : les portails aléatoires, les portails cachés et les portails désignés.
Les portails aléatoires pouvaient apparaître n’importe où, n’importe quand.
Personne ne savait ni quand ni où ils surgiraient.
Les portails cachés, eux, n’étaient accessibles que par des moyens spéciaux et exigeaient souvent que certaines conditions soient remplies.
Mais les portails les plus lucratifs étaient les portails désignés, attribués par le système lors de tournois officiels.
Les pays dont les concurrents obtenaient les meilleurs résultats dans ces tournois se voyaient attribuer des portails désignés, presque toujours de rang S.
Le président pensa à l’histoire des portails désignés de la Corée.
Une trentaine d’années plus tôt, les meilleurs éveillés du pays, dont le Saint de l’Épée, s’étaient âprement battus lors d’un tournoi de portails pour obtenir le Tombeau du Dragon, l’un des rares portails de rang S de Corée.
Cependant, depuis que ces éveillés d’élite s’étaient retirés de la vie active, au moins en partie, la Corée n’avait obtenu aucun nouveau portail désigné. Elle n’avait donc plus accès à de nouvelles sources de ressources et de pierres de mana.
Les États-Unis, en revanche, étaient une puissance mondiale parmi les éveillés.
Avec leurs nombreux portails désignés et leur quasi-monopole sur les portails de haut niveau, ils dominaient le secteur.
Aux tournois de portails désignés, organisés tous les deux ans, les États-Unis l’emportaient régulièrement. Ils bénéficiaient ainsi d’un flot constant de nouveaux portails, de ressources et d’occasions.
Bien sûr, les portails désignés n’étaient pas sans danger.
Avoir de nombreux portails de rang S semblait formidable, mais cela signifiait aussi devoir affronter des monstres d’une puissance incroyable et des épreuves potentiellement mortelles.
Si un portail n’était pas conquis dans le délai imparti, le chaos s’ensuivait.
Les portails commençaient à s’effondrer en chaîne, plongeant le monde dans un pandémonium absolu.
Mais les États-Unis, première nation du monde en nombre d’éveillés, avaient les moyens de gérer de telles crises.
Chaque portail de rang S pouvait peser sur l’économie et la puissance du pays.
C’était pourquoi les nations prenaient les tournois de portails si au sérieux.
Obtenir un portail pouvait leur procurer un énorme surcroît de ressources et de prestige.
Bien sûr, la Corée du Sud participait elle aussi à ces tournois de portails et faisait de son mieux.
Le problème, c’était que, malgré ses efforts, elle échouait souvent dès les qualifications.
Pour obtenir un portail, un pays devait se classer parmi les trois premiers, ce qui était un véritable défi pour la Corée du Sud.
Mais un nouvel élément venait de faire son apparition : la guilde « Money Talks ».
Chacun de ses membres avait le potentiel de représenter le pays, ce qui faisait renaître l’espoir.
Les tournois de portails acceptaient toutes sortes de participants, des éveillés de bas rang à ceux de haut rang.
Les résultats du tournoi déterminaient quel pays ou quel groupe prendrait le contrôle des nouveaux portails.
Ces portails fournissaient de précieuses ressources, et le premier groupe à en venir à bout remportait généralement la première conquête.
Le vainqueur obtenait aussi l’accès exclusif au portail pendant vingt ans et pouvait en contrôler les ressources.
À l’expiration de ces vingt années, le portail redevenait propriété de l’État.
Pendant cette période, le propriétaire pouvait autoriser d’autres groupes à y entrer, tout en s’octroyant jusqu’à la moitié des bénéfices.
Mais réclamer la totalité de ces cinquante pour cent décourageait généralement les autres d’utiliser le portail ; la part habituelle tournait donc autour de dix pour cent.
Le président Kim avait investi dans la guilde « Money Talks » non seulement parce que c’était l’entreprise de son fils, mais aussi parce qu’il voyait plus loin : les portails désignés.
Si la guilde parvenait à obtenir ne serait-ce qu’un portail de rang S, sa valeur économique pourrait atteindre des dizaines, voire des centaines de milliards de dollars.
Cela rehausserait aussi considérablement le statut d’Ilsung.
« Vous voulez acheter des parts de la guilde ? »
« Oui. Autant que ça reste dans la famille. »
Minwoo hocha la tête avec assurance.
S’ils devaient accepter des investissements, mieux valait qu’Ilsung en profite aussi.
Ainsi, les ressources resteraient dans la famille et tout le monde en bénéficierait.
« Quel prix demandes-tu par part ? »
« Trois mille milliards de wons par pour cent, et je ne vendrai pas plus de vingt pour cent. »
« Trois mille milliards par pour cent ? »
La dernière fois que Minwoo avait évoqué la vente de parts, il avait demandé cinq mille milliards de wons pour dix pour cent.
Cette nouvelle estimation était nettement plus élevée.
Était-ce trop cher ?
Pas du tout, surtout après la réussite de Minwoo dans le portail de rang A+ et l’arrivée de Seo Yerim, une éveillée de rang SSS.
Le président Kim savait que si un autre pays, comme les États-Unis, découvrait la véritable valeur de la guilde, il serait prêt à payer bien davantage.
Un éveillé de rang EX et une éveillée de rang SSS dans la même guilde ?
S’ils l’apprenaient, ils chercheraient désespérément à y investir, quitte à faire tourner la planche à billets et à offrir bien plus que ce que Minwoo demandait.
C’était peut-être la dernière chance d’Ilsung d’obtenir une part importante avant que le monde entier ne comprenne la valeur de la guilde.
Le président Kim savait qu’une fois les acteurs internationaux entrés dans la danse, même son fils aurait du mal à refuser leurs offres.
Il était temps de convaincre le conseil d’administration de soutenir cet investissement.
Déterminé, il mit son plan à exécution.
[Correcteur – Gun]