Chapitre 207
« C’est bien ici ! »
En prenant une profonde inspiration, Elric remarqua que l’odeur de soufre était particulièrement forte dans les environs.
Cela suffisait à lui faire comprendre que cet endroit avait quelque chose de spécial.
Pourtant, malgré cela, Elric n’éprouvait pas la moindre nervosité à l’idée des dangers qu’il pourrait rencontrer en pénétrant dans un lieu aussi mortifère.
Au contraire, il était inhabituellement impatient à l’idée des trésors et des gains qu’il pourrait y trouver.
D’autant que la porte des Abysses était presque prête à être utilisée : Elric avait déjà prévu un plan B au cas où il rencontrerait un danger.
Et, sans surprise, son plan de secours consistait à filer !
Non, pas à s’enfuir : Elric préférait appeler ça une retraite stratégique.
Oui, après avoir récupéré tous les trésors et les gains qu’il aurait pu amasser, il avait tout prévu pour pouvoir franchir rapidement la porte des Abysses et les emporter avec lui.
Malgré toutes ces précautions, Elric espérait ne pas avoir à s’en servir.
Malheureusement, vu ce qu’il avait fait quelques minutes plus tôt, il savait que son excursion dans la Vallée de la Mort pourrait ne pas se dérouler comme prévu.
En repensant à ce qui s’était passé, Elric ne put retenir un soupir las.
À ce moment-là, après avoir repris le contrôle de son corps principal, Elric avait absorbé l’existence du démon du cœur sans même s’en rendre compte.
Avec ses souvenirs, cela avait complètement revigoré son corps.
On aurait dit que son niveau spirituel avait été amélioré d’un cran, tant son corps lui semblait léger.
À ce souvenir, une lueur dangereuse traversa ses yeux, tandis que de féroces intentions se dissimulaient derrière son regard.
Sentant ces changements, Elric ne put s’empêcher de souhaiter pouvoir tuer le démon du cœur encore quelques fois.
Malheureusement, pour l’instant, c’était impossible.
Mais cela pourrait bien changer dans un avenir proche.
À cette idée, Elric esquissa un léger sourire. Hélas, il n’eut pas le temps de s’y attarder : le temps lui était presque compté.
Après s’être remis des effets secondaires causés par la mort du démon du cœur, Elric avait remarqué que quelques démons n’avaient pas encore été tués.
Ils fonçaient toujours sur lui, le regard intrépide, sans prêter la moindre attention aux cadavres de leurs compagnons autour d’eux.
Sur le moment, Elric avait même eu envie de les féliciter un peu : foncer en connaissance de cause vers sa mort n’était certainement pas chose facile.
Pourtant, tous les démons abyssaux semblaient posséder cette qualité rare. En effet, pendant tout le temps qu’il s’était battu contre eux,
Elric n’en avait jamais vu un seul reculer par peur. Quelle race intrépide et chaotique !
Secouant la tête, Elric ne put s’empêcher de soupirer, reconnaissant envers la volonté d’Elias de ne pas être né démon abyssal.
Si cela était arrivé, il imaginait que sa santé mentale ne tiendrait plus qu’à un fil, à présent.
Le meurtre, les combats, les trahisons, la guerre, la faim et tant d’autres horreurs…
Mais quand il s’imaginait vivre dans un monde où tout cela faisait partie du quotidien, Elric était certain qu’il aurait fini par devenir fou.
Heureusement, ce n’était pas le cas. Il avait eu la chance de se réincarner en humain et, mieux encore, d’en devenir un puissant.
Et il était également reconnaissant envers leur nature intrépide et avide : après tout, ce serait le facteur déterminant de la réussite de son plan.<novelsnext></novelsnext>
En repensant à son plan, Elric ne put s’empêcher d’espérer qu’il fonctionnerait, ainsi que d’appréhender les conséquences de sa réussite.
De toute évidence, ce qu’il avait prévu n’était pas une mince affaire ; même lui devait rester prudent.
Après tout, son acte risquait de déclencher une nouvelle guerre dans tout l’Abîme.
Elric avait délibérément laissé un démon s’échapper, après lui avoir dit qu’il avait trouvé le rubis de sang dans la Vallée de la Mort et comptait le rapporter.
Cette annonce semblait parfaitement absurde, mais Elric était certain que, connaissant les démons abyssaux, ils ne manqueraient pas de la répandre.
Quant à la raison de son geste, après avoir parcouru les souvenirs du démon abyssal absorbés avec ceux du démon du cœur,
Elric avait eu une intuition sur l’endroit où le rubis de sang avait pu aller. Mais pour éviter d’être blessé en chemin, il avait besoin d’aide.
Et quoi de mieux que des millions de démons abyssaux, chair à canon chargée de lui ouvrir la voie ?
À cette idée, Elric ne put s’empêcher de soupirer en regardant au loin, vers les profondeurs de la Vallée de la Mort.
« Mais avant qu’ils n’arrivent, je dois prendre quelques dispositions. »
Sur ces mots, Elric posa une main sur son menton et se mit à réfléchir.
« Il faudra que je modifie certaines choses ici ! »
« Déplace ça là-bas ! »
« Crée ça ici ! »
En désignant différents endroits, Elric commença à visualiser les changements qu’il apporterait et les éléments qu’il ajouterait.
Il ferait en sorte que, peu importe d’où ils viendraient ou combien ils seraient, ces démons ne pourraient jamais échapper à son emprise : ils n’étaient que de la chair à canon.
Rien que d’y penser, Elric se sentait fébrile.
L’idée d’utiliser tous ces êtres comme des pions lui procurait une certaine excitation.
Ce n’était pas l’excitation que lui inspirait une découverte, ni celle que lui procurait l’acquisition d’un nouveau pouvoir.
C’était une sorte de sensation nouvelle, qu’il n’avait encore jamais éprouvée.
« Serait-ce l’excitation que procure la domination ? »
En repensant aux généraux passionnés, aux empereurs et aux seigneurs de guerre qu’il avait lus dans les romans sur la Planète bleue,
Elric eut l’impression de comprendre enfin ce qu’ils avaient ressenti.
À cette pensée, il avait hâte d’accueillir ses pions sur le champ de bataille et de voir comment son plan se déroulerait.
Après tout, c’était la première fois qu’il réunissait autant de monde pour servir son plan.
Il espérait que tout réussirait. Mais avant cela, il lui restait une chose à faire.
Il devait achever ses préparatifs aux entrées de la Vallée de la Mort.
Pourtant, en contemplant une nouvelle fois l’immensité de la vallée, Elric sentit malgré lui venir un mal de tête en essayant de déterminer par où commencer.
« Hé, Ava, tu veux m’aider ? »
En se tournant vers Ava, Elric afficha un sourire.