Chapitre 172
« Téléportation, activation ! »
À l’ordre d’Elric, Ava et lui se concentrèrent sur leur environnement et se mirent à agir.
« Ha… Ha… »
« Bon sang, ce n’est pas facile… Heureusement, ça a l’air de fonctionner. »
Tout en haletant, Elric sentit l’espace autour de lui se déformer, comme lorsqu’il avait invoqué la porte des Abysses.
« Maître, c’est maintenant ou jamais ! »
Sentant Baphomet approcher, Ava comprit qu’ils étaient à court de temps.
Heureusement, tout était déjà prêt.
« Très bien, Ava, allons-y ! »
Sur ces mots, sous le regard stupéfait de Baphomet, Elric disparut. Le démon ne frappa que le vide.
Boum !
Baphomet s’écrasa sur le sol désert. Il s’attendait à embrocher un humain tout frais avec ses cornes, mais il se retrouva
perplexe.
???
Se grattant la tête, Baphomet balaya rapidement les alentours du regard, à la recherche de sa proie.
« Plus d’humain ? »
« Impossible ! Comment un simple humain a-t-il pu échapper à ma charge, unique en son genre ? »
Des bouffées de vapeur blanche s’échappèrent de ses naseaux tandis que ses yeux rougissaient d’incrédulité.
Boum !
Boum !
Boum !
« Sortez, les humains ! N’obligez pas le seigneur Baphomet à vous chercher ! »
Les yeux brûlants de rage, Baphomet hurla tout en détruisant tout ce qui se trouvait sur son passage.
Boum !
Boum !
Boum !
Le temps passa bientôt, et le déchaînement de Baphomet avait creusé d’immenses cratères, larges de plusieurs kilomètres.
« Sale taureau stupide, comment as-tu pu laisser l’humain s’échapper ? »
« Au lieu de tout détruire, tu ferais mieux d’envoyer quelques démons le chercher ! »
Flottant dans les airs, Ginoress fronça les sourcils en observant d’en haut Baphomet saccager les environs.
« Cela dit, cet humain a l’air vraiment intéressant. »
« D’abord cette étrange porte, et maintenant cette étrange méthode de téléportation… »
« Ça me donne envie de te dévorer ! »
Se léchant les lèvres avec charme, Ginoress sourit, espérant que ce voyage dans les Abysses inférieurs ne serait pas trop ennuyeux.
Malheureusement, elle ignorait que le petit humain qu’elle et Baphomet méprisaient tous deux allait bientôt les surprendre.
……………
Boum !
« Hum ! Hum ! »
« Ava, qu’est-ce qui s’est passé ? Je suis mort ? »
Émergeant d’un tas de sable, Elric cracha des grains de terre.
« Mais si je suis mort, je suis au paradis ou en enfer ? »
« Après tout, c’est un monde où les dieux et les démons existent. Je ne serais pas surpris qu’il y ait aussi un paradis et un enfer. »
Tout en marmonnant, Elric se dégagea du sable, s’attendant à ce qu’un ange ou un démon vienne le chercher.
Mais une voix familière résonna soudain dans son esprit, lui apprenant qu’il n’était pas mort.
« Ha ha, maître, qu’est-ce que vous racontez ? Vous n’êtes évidemment pas mort ! »
« Vous ne vous souvenez pas ? Nous venons de nous téléporter, après avoir failli nous faire embrocher par ce taureau bizarre. »
À l’évocation de Baphomet, la voix d’Ava se teinta d’une frustration manifeste.
« Ah oui, c’est vrai ! »
« Sans cette tête de taureau, on aurait pu rentrer par la porte des Abysses. »
« Maintenant, il va falloir attendre au moins deux mois. »
La main sur le front, Elric ne put s’empêcher de maudire Baphomet.
À cause de son attaque imprévue, il était piégé dans les Abysses.
Hum, hum !
« Bon sang, et pour couronner le tout, ma maladie semble empirer… »
Crachant un peu de sang, Elric fronça les sourcils en regardant son bras droit.
Et, de fait, la situation n’était pas brillante.
Comme Alvin autrefois, les veines d’Elric avaient commencé à rougir.
« Je suis en train d’être assimilé ! »
Sentant son corps changer, Elric comprit que, si le processus continuait, deux issues seulement s’offriraient à lui.
Soit il serait assimilé avec succès et deviendrait un démon des Abysses,
soit il mourrait parce que le processus d’assimilation aurait échoué.
Elric ne voulait connaître ni l’une ni l’autre de ces issues. Malheureusement, tout semblait déjà joué.
À en juger par le sang qu’il venait de cracher, le processus d’assimilation échouait à l’évidence.
S’il ne trouvait pas rapidement une solution, la mort serait tout ce qui l’attendait.
Heureusement, même s’il ne savait pas quoi faire, quelqu’un d’autre le savait.
« Hé hé, maître, je crois que vous oubliez quelque chose. »
Le rire d’Ava résonna dans l’esprit d’Elric. Sa voix apaisante lui arracha un sourire.
« Quoi donc, Ava ? »
Hum, hum…
« Comme tu vois, le fait que je sois encore en vie n’y changera rien. Je ne pense pas que ça durera longtemps. »
Peinant à se redresser, Elric s’assit en tailleur sur son monticule de sable et poursuivit sa conversation avec Ava.
« Maître, souvenez-vous qu’Avalon n’est pas un monde ordinaire. »
« À l’origine, il a été fusionné avec la “source de l’extraordinaire” et d’autres choses encore. »
« Pourtant, chacune de leurs caractéristiques propres existe toujours. »
En entendant Ava, les yeux d’Elric s’illuminèrent.
« Ha ha, comment ai-je pu oublier ? »
« La source de l’extraordinaire… Ça fait si longtemps que je l’ai reçue que j’avais presque oublié. »
En repensant aux paroles d’Ava, Elric comprit aussitôt ce qu’elle voulait dire.
À l’époque, lorsqu’il avait reçu la source de l’extraordinaire, celle-ci lui avait conféré de nombreuses capacités.
L’une d’elles lui permettait d’utiliser toutes les capacités que les mages créeraient, aujourd’hui comme à l’avenir.
Grâce aussi à la possibilité d’emprunter leur mana, Elric était pratiquement assuré de devenir le mage le plus puissant.
Et à présent, cette capacité qu’il avait presque oubliée était la seule chose qui pouvait lui sauver la vie.
« Ha ha, merci, Ava ! Tu es la meilleure ! »
Elric éclata de rire et ne cessa de remercier Ava de le lui avoir rappelé.
Après tout, sans elle, il aurait été perdu.
À cette pensée, Elric secoua la tête.
« Mais je dois agir vite. Je ne crois pas que mon corps puisse tenir encore longtemps dans cet état. »
Une vive brûlure lui dévorait le cœur et les poumons, et Elric peinait à respirer.
« Alvin, c’est à toi de jouer ! »
« Transformation en mage abyssal, c’est parti ! »
Faisant appel à la capacité d’Alvin, Elric sentit peu à peu sa structure se transformer en celle d’un démon des Abysses !
Crac !
Sous l’effet de cette transformation soudaine, ses os et ses organes se brisèrent, éclatèrent, fondirent et se réorganisèrent.
« Aaargh ! »
Une douleur insupportable lui traversa tout le corps. Elric n’eut d’autre choix que de hurler vers le ciel, à l’agonie.