Chapitre 147
Sucré, avec une légère pointe d’acidité en arrière-goût.
Telle fut la pensée du gobelin après avoir puisé une poignée d’eau dans le fleuve du destin. Pourtant, étrangement, en dehors du goût, rien ne sembla se produire.
« Aurais-je bu dans un faux fleuve du destin ? »
Se léchant les lèvres, le gobelin ne put s’empêcher de se dire que quelque chose clochait.
Cependant, en repensant aux paroles de son lui futur, il secoua vite la tête.
« Ce n’est pas le moment de m’en préoccuper. Vite, je dois boire dans l’autre, au cas où il arriverait quelque chose ! »
Se souvenant qu’il n’avait que trente secondes, le gobelin se hâta vers le fleuve voisin.
Le fleuve du temps !
En regardant le fleuve qui lui avait permis de parler à son lui futur peu de temps auparavant, le gobelin soupira, gagné par la nostalgie.
« Moi du futur, même si j’ignore comment tu es devenu aussi fort et pourquoi tu m’as dit de me méfier des Dieux… »
« Si je deviens plus fort après ça, la première chose que je ferai, c’est retourner dans ma tribu ! »
« Peut-être que je pourrai alors réaliser mon rêve et devenir le meilleur guerrier de la tribu. »
Les poings solennellement serrés, le gobelin confia au fleuve ses espoirs et ses rêves.
Depuis toujours, on le raillait parce qu’il était faible. L’un de ses principaux objectifs avait donc toujours été de leur prouver qu’ils avaient tort.
C’est pourquoi, même s’il savait qu’il n’avait aucune force, le gobelin suivait toujours le groupe de chasse lorsqu’il partait en expédition.
En pensant à son lui futur, qui semblait si puissant, le gobelin se demanda s’il avait réalisé leur rêve.
Malheureusement, son lui futur ne pouvait plus lui répondre.
Glou !
Reprenant le même procédé que pour le premier fleuve, le gobelin s’agenouilla, y puisa une poignée d’eau et l’avala d’un trait.
Brûlant !
Il n’y avait que cela dans l’esprit du gobelin, tandis qu’il l’avalait.
Contrairement à l’eau du premier fleuve, qui n’avait laissé qu’un arrière-goût puissant, celle du fleuve du temps lui brûla le corps de l’intérieur.
« Ça brûle ! Ça brûle ! »
« Bon sang ! Moi du futur, pourquoi ne m’as-tu rien dit avant de disparaître ? »
Tout en maudissant son lui futur, le gobelin commença à avoir la tête qui tournait et sentit différents symptômes apparaître.
Sa vision se brouilla, des images venant par moments la troubler.
Ses jambes flageolaient ; il avait du mal à tenir debout.
Des gouttes de sueur lui ruisselaient sur le corps, comme s’il avait une forte fièvre.
Et ce n’était pas tout : au fil des secondes, de nouveaux symptômes apparurent sans prévenir, aggravant sérieusement son état.
« Merde ! Je ne peux pas mourir ici ! »
« Comment le gobelin censé dominer une époque pourrait-il mourir dans un endroit aussi inconnu ? »
Les dents serrées, le gobelin lutta pour rester debout.
Une quinzaine de secondes s’était écoulée depuis que divers maux l’avaient soudainement assailli.
D’après son lui futur, s’il n’atteignait pas le fleuve de l’histoire et n’y buvait pas dans les quinze secondes suivantes, sa mort serait certaine !
À cette pensée, le regard du gobelin s’affermit.
« Un. »
« Deux. »
« Trois. »
« Quatre. »
« Cinq. »<novelnext></novelnext>
Comptant chaque seconde qui s’écoulait, le gobelin avança lentement vers le fleuve de l’histoire.
« Dix ! »
À sa grande surprise, malgré ses difficultés à marcher, il atteignit la rive du fleuve de l’histoire à la dixième seconde.
J’y suis arrivé ! pensa le gobelin avec un sourire.
Cependant, réalisant qu’il n’avait pas encore bu et qu’il ne lui restait que cinq secondes, il se hâta d’agir.
L’interminable fleuve de l’histoire.
Contrairement aux deux autres fleuves, celui-ci était le seul dont un simple coup d’œil avait failli lui faire perdre la raison.
En repensant à son état, la dernière fois qu’il l’avait regardé, le gobelin frissonna légèrement.
« Heureusement que j’ai un plan, cette fois. »
Prêt à boire dans le fleuve, le gobelin se mit d’abord en position, puis ferma les yeux.
Oui ! Il ferma les yeux.
Pour éviter que ce qui s’était passé la dernière fois ne se reproduise, le gobelin avait imaginé ce plan : en fermant les yeux, peut-être réussirait-il à ne plus entrer en contact avec ces images.
Son plan en tête, le gobelin ferma donc les yeux, s’agenouilla et puisa une poignée d’eau dans le fleuve.
« Glou ! »
Comme pour les deux autres fleuves, il en prit une poignée et l’avala aussitôt.
Boum !
Dès que l’eau du dernier fleuve de l’histoire entra dans sa bouche, un changement sans précédent commença à se produire dans le corps du gobelin.
Boum !
Boum !
Boum !
Au rythme de puissants battements, le cœur du gobelin se mit à résonner bruyamment dans les environs.
Sa température, déjà extrêmement élevée, se mit à fluctuer ; parfois, il faisait si chaud que de la vapeur apparaissait dans l’air.
À d’autres moments, il faisait si froid qu’une brume glacée se formait autour de lui.
Mais ce qui suivit le plongea dans une véritable agonie.
Crac.
Crac.
Dans un vacarme assourdissant, les os du gobelin se mirent à craquer et à grincer, tandis que son corps semblait en pleine transformation.
Ses muscles se contractaient et se relâchaient, donnant l’impression que quelque chose de vivant grouillait sous sa peau.
« Aaah !!! »
À genoux, le gobelin poussa un cri de douleur, avec l’impression qu’il allait mourir.
À plusieurs reprises, il faillit s’évanouir. Pourtant, une voix au fond de son esprit ne cessait de lui répéter que s’il perdait connaissance pendant ce processus, il mourrait pour de bon.
En entendant cette voix, le gobelin, malgré l’intense douleur, refusa de prendre un tel risque.
« Paf ! »
Il prit la dague qu’il avait emportée pour chasser et se la planta dans la cuisse au moment où il allait s’évanouir.
La douleur de la blessure le secoua ; sa vision, qui commençait à s’obscurcir, s’éclaircit aussitôt.
« Haha ! Il suffit de me poignarder encore quelques fois. Tant que je survis à ça, ça en vaut la peine ! »
Une lueur de folie dans les yeux, encouragé par l’efficacité de son premier coup de dague, le gobelin continua à se poignarder chaque fois qu’il sentait qu’il allait perdre connaissance.
Le processus se poursuivit, et bientôt, il ne resta plus qu’un gobelin hurlant de douleur et se poignardant de temps à autre.