Chapitre 75
Une fois l'amélioration confirmée, cette étrange sensation de picotements parcourt mon cerveau, comme si quelqu'un me chatouillait l'esprit. Lorsque la sensation finit par s'estomper, je tente avec empressement de penser à mon sens des tunnels et quelque chose de stupéfiant apparaît dans mon esprit.
C'est une carte ! Une carte en trois dimensions de tous les tunnels que j'ai vus ! C'est incroyablement utile ! Suspendue dans mes pensées comme une image dont je peux soudainement me remémorer tous les détails, je peux voir chaque tunnel dans lequel je suis passé, chaque recoin de l'espace ouvert et l'intérieur du nid, le tout relié en une seule carte géante.
Je peux même distinguer les marques que j'ai laissées dans les tunnels quand j'ai fui la chambre supérieure, c'est génial ! Je ne serai plus jamais perdu, peu importe où je vais sous terre, je serai toujours capable de creuser mes tunnels exactement là où je le souhaite ! Je peux déjà constater que mon réseau de pièges est presque relié au nid, il ne manque qu'un peu de distance et une légère correction de trajectoire.
Ma compétence Carte des tunnels est de niveau un, cependant, ce qui signifie qu'elle doit pouvoir monter en niveau. Je ne devrais pas la considérer comme parfaite, il doit bien y avoir quelque chose à améliorer, sinon elle ne gagnerait pas d'XP, n'est-ce pas ?
Quoi qu'il en soit.
Gloire à la Carte des tunnels et gloire à Gandalf !
Débordant d'enthousiasme, je retourne creuser mon tunnel. Je veux vraiment renouer avec la Colonie pour voir comment les choses se passent et apporter mon aide si nécessaire, tandis que mon réseau de pièges peut contribuer à la croissance de la Colonie en tant que moyen sûr d'obtenir de la Biomasse.
Une fois cet objectif atteint, je continuerai à chasser jusqu'à ce que j'aie évolué, puis, fortifié par ma nouvelle puissance immense (je l'espère), je continuerai à explorer, protégeant préventivement la Colonie du danger tout en saisissant toutes les occasions de m'améliorer. C'est du moins le plan.
Il me faut encore une heure de creusement pour enfin percer jusqu'au nid. Mon tunnel a rejoint le puits qui descend de la fourmilière à environ un tiers de sa profondeur. Je ne voulais pas creuser plus bas, cela aurait rendu le tunnel nettement plus long et, si j'avais atteint la chambre de la couvée, cela aurait fait courir un risque inutile à la Colonie elle-même.
En redescendant dans le nid, je vois que la main-d'œuvre continue de s'activer en mon absence ; la nourriture est déplacée et le nid est constamment entretenu. En jetant un œil dans les chambres de la couvée, je constate que les larves sont plus grosses maintenant, mais elles n'ont pas l'air si rassasiées. Dans la nouvelle chambre, les nombreux œufs qui y étaient stockés ont éclos, mais les larves sont loin d'avoir l'air repues. Nous avons un problème de nourriture.
Ne vous en faites pas, petites larves ! Je vais vous ravitailler !
Je retourne directement au réseau de pièges !
Tiny dort toujours à mon retour, affalé contre la paroi du tunnel, les deux bras repliés sous son menton. Le gaillard est bien plus grand que moi maintenant, ce qui est un exploit pour lui, même si je suis beaucoup plus long que je ne suis haut. Fini le temps où je pouvais toiser son visage de chauve-souris.
Il semble que tous les pièges soient armés, mais aucune proie pour l'instant. Hmmm. La Colonie a besoin d'un apport de nourriture pour que la couvée continue de grandir rapidement. Je pourrais abandonner mon réseau de pièges et risquer de chasser à l'air libre, mais cela pourrait vite devenir compliqué. Au mieux, je me retrouve dans un combat épouvantable qui pourrait entraîner les ouvrières ; au pire, je me fais tuer, enterré sous une marée de monstres.
À contrecœur, je décide d'attendre. Le concept des réseaux de pièges est solide et s'est avéré efficace jusqu'ici, me permettant de combattre mes proies en un contre un et de me débarrasser discrètement de la Biomasse sans attirer l'attention. Avec les humains qui s'agitent à la surface et les hordes de monstres qui pullulent partout, la discrétion est de mise.
Si le réseau de pièges ne donne pas assez vite de résultats, ajoutons plus de pièges !
Le travail sur les pièges quatre et cinq commence immédiatement ! Avant qu'ils ne soient terminés, un petit groupe de louveteaux-dragons tombe dans une fosse et Tiny se joint à moi pour les combattre. Entre nous deux, ils sont rapidement éliminés, Tiny me vole même un dernier coup ! Je ne lui en tiendrai pas rigueur, cependant.
Je donne un corps à Tiny et j'utilise les deux autres pour m'assurer que tous mes pièges sont appâtés, ce qui m'en laisse un à offrir à la Colonie. Le serrant dans mes mandibules, je le transporte jusqu'à la jonction entre mon tunnel et la Colonie et je le dépose sur le bord.
Il ne faut pas longtemps avant qu'une ouvrière repère la Biomasse et s'en saisisse, l'emportant au cœur de la Colonie pour être distribuée.
Bien joué, l'amie !
Ça fait du bien de contribuer à nouveau à la Colonie, même un tout petit peu.
Je retourne au réseau. Je passe une autre journée à batailler avec le sol et quelques monstres occasionnels avant que mes nouveaux pièges ne soient fin prêts et appâtés. Tiny prend une bonne part de la Biomasse et je cède la mienne à la Colonie pour le moment. Ces larves ont besoin de manger. Je suis tellement épuisé à ce stade que je tombe dans un état de torpeur très bienvenu.
Ça fait du bien de faire la sieste !
Crac !
Je sursaute, réveillé par le bruit bienvenu de branches qui cassent et de végétation qui bruisse alors qu'une autre couverture de fosse s'effondre sous le pas d'un monstre. J'espère que ce n'est pas encore un mille-pattes non évolué, quel est l'intérêt de combattre un seul mille-pattes, honnêtement ?
Je réveille Tiny en le poussant et je me précipite vers le piège, mes six pattes s'agitant avec rapidité. Le temps est toujours précieux lorsqu'un piège est déclenché ; plus vite j'arrive, plus la proie sera désorientée et empêtrée.
ROAR !
Un rugissement assourdissant et fracassant résonne dans le tunnel.
La puissance pure de ce rugissement me frappe presque comme un coup physique. Je sens mon sang se glacer. C'était quoi, ce truc ?!
En approchant de la fosse, je peux voir la tête d'un monstre terrifiant qui me fixe depuis le tunnel. Il semble que ce monstre soit trop gros pour tenir entièrement dans la fosse ; il a apparemment marché sur le piège avec ses pattes avant et a basculé dedans la tête la première. Je ne peux qu'imaginer l'arrière de cette créature dépassant actuellement de la fosse à la surface, son derrière exposé à l'air libre alors même que son visage est enfoncé dans la terre.
Tout cela serait tellement amusant si cette créature n'avait pas l'air si redoutable.
C'est un ours. Un ours massif, vraiment massif. Une fourrure épaisse brun foncé striée de vert encadre ses yeux brutaux et furieux. Son museau s'ouvre en grand pour révéler sa gueule béante alors qu'il rugit à nouveau, me laissant sans voix sous la force de sa rage.
Nom d'un chien !
Deux pattes avant, chacune de la taille de mon abdomen, grattent et poussent le sol alors que l'ours tente d'extraire son corps massif du trou. Au bout de chaque patte, de longues griffes s'enfoncent dans le sol, creusant de profonds sillons dans les parois de terre de la fosse.
Vous savez quoi ? Je ne suis pas obligé de combattre tout ce qui tombe dans mes pièges, non ? Je ne suis pas sûr de vouloir faire l'expérience d'un combat fourmi contre ours, je pourrais juste laisser celui-ci partir, non ?
Alors que j'hésite dans ma décision, observant cet ours énorme, presque aveuglé par la rage alors qu'il lutte pour se redresser, j'entends un bruit de frottement derrière moi et mon cœur tombe dans mes talons.
S'il te plaît, non.
Juste…
Pas maintenant.
Mes supplications silencieuses restent totalement ignorées cette fois-ci alors que Tiny passe devant moi en trombe, les yeux brillants de la joie du combat et son corps rayonnant d'enthousiasme pour la bataille.
Je veux dire… je… très bien.
TRÈS BIEN !
Tu es peut-être plus stupide qu'une souche déracinée et sculptée en forme de souche plus petite et moins intelligente, mais personne ne pourrait remettre en question ton courage, Tiny.
Ou alors es-tu juste trop idiot pour comprendre les probabilités ?
Comment pourrais-je laisser Tiny se mettre en danger sans l'aider ? Évidemment, je ne peux pas ! Cette action ne restera pas sans suite ! En avant Anthony, au combat !
Je passe à la vitesse supérieure et me propulse en avant aussi vite que je peux. Je veux essayer d'atteindre l'ours avant Tiny pour pouvoir attirer l'aggro et protéger mon ami singe.
Tu n'as pas fini de me rembourser, Tiny, tu n'as pas le droit de passer l'arme à gauche !