Chapitre 57
Ma nouvelle pratique du mana est un peu plus complexe que l'ancienne, puisque j'ai désormais trois compétences à entraîner au lieu d'une seule.
La Manipulation de Mana est assez simple à travailler. Tout ce que j'ai à faire, c'est extraire le mana de mon noyau et, au lieu de le libérer simplement de mon corps comme je le faisais auparavant, je le retiens en moi pour tenter de créer les symboles et les motifs simples que la compétence, dans mon esprit, m'indique que je dois apprendre à former.
Je ne peux qu'imaginer qu'en les combinant avec d'autres compétences, ces formes me permettront de lancer des sorts d'une manière ou d'une autre.
La Manipulation de Mana externe est tout aussi simple à pratiquer. Il me suffit d'étendre mes sens pour saisir le mana dans l'air autour de moi et tenter de le déplacer. Ça a l'air facile, non ?
Malheureusement, ces deux exercices sont mentalement épuisants, bien plus que ma pratique initiale de la Manipulation de Mana. Je suis tellement crevé !
Si je dois continuer à faire ça tous les jours, Gandalf sait pendant combien de temps, je serai totalement vidé mentalement avant même d'avoir une chance d'aller chasser !
Je commence à reconsidérer mon opinion sur l'ajout de centres cérébraux supplémentaires. Lors de ma prochaine évolution, je pourrais regarder s'il est possible d'attacher un sous-cerveau à mon noyau ou ailleurs pour m'aider à supporter une partie de ce fardeau mental.
Je ne peux m'empêcher de penser qu'un tel ajout rendrait l'entraînement beaucoup moins pénible et donc bien plus efficace !
Qu'est-ce qu'un cerveau de plus, après tout ? J'ai six pattes maintenant alors qu'avant je n'en avais que deux, et franchement, je dois dire que c'est une amélioration. Pas besoin de faire tout un plat pour un détail aussi insignifiant que le nombre de cerveaux !
Après m'être épuisé sans pour autant gagner de niveaux, je me traîne hors du nid pour la suite de ma journée, Tiny faisant une fois de plus le voyage sur mon dos.
Combien de temps faudra-t-il avant qu'il ne soit vraiment utile ? Il est peut-être adorable sous sa forme miniature, mais je préférerais qu'il soit plus grand et un peu plus compétent…
Il a grandi en taille à chaque repas jusqu'à présent ; pour être honnête, il est presque deux fois plus gros que lorsqu'il a été formé à partir du noyau de monstre. Par conséquent, il a pu manger davantage et grandir encore plus vite. À son rythme actuel, je pense qu'il sera probablement plus grand que moi dans quatre jours. Aucune idée du temps qu'il lui faudra pour atteindre sa taille massive d'origine.
Alors que nous remontons le tunnel vers la fourmilière dans le grand espace ouvert, je sens une certaine agitation chez les quelques ouvrières devant moi. Il se passe quelque chose ?
Lorsque nous atteignons le sommet du tunnel et débouchons à l'air libre, je prends un instant pour scanner rapidement les environs. À la lisière des arbres, non loin de la fourmilière, je peux voir la source de l'inquiétude des ouvrières : deux créatures massives ressemblant à des loups, leurs puissantes queues draconiques fouettant l'air derrière elles, rôdent de long en large, observant les fourmis bien plus petites avec avidité.
Ces types sont très certainement la forme évoluée des loups-dragons que j'avais croisés il y a longtemps dans les tunnels supérieurs. Comparés à leurs versions plus petites, ces spécimens sont facilement deux fois plus gros, leurs crocs et leurs griffes sont bien plus imposants, sans parler de leur arme la plus redoutable : cette queue musclée. Je me souviens très bien de la force dévastatrice qu'ils peuvent exercer en faisant tournoyer cette chose effrayante.
En fait, quand j'étudie les deux bêtes de plus près, je remarque que la queue de l'une d'elles est nettement plus grande que celle de l'autre ; elle semble aussi scintiller à la lumière, comme si elle était recouverte d'une sorte d'éclat métallique par-dessus les écailles.
Ce monstre aurait-il obtenu une mutation pour sa queue ? Je vais devoir être prudent…
Je ne peux m'empêcher de me demander pourquoi ces deux-là sont apparus ici et maintenant… Sont-ils liés à la portée de louveteaux que la colonie a pillée il y a quelques jours ? Ou lorgnent-ils simplement sur l'énorme quantité de biomasse que représente toute une colonie de créatures bien plus petites et faibles comme les fourmis ?
Hé. S'ils essaient de piller cette fourmilière, ils courent tout droit à leur perte ! Je rallierai facilement mes frères pour les abattre !
En fait, alors même que ces monstres bien plus gros lorgnent sur la colonie, je suis occupé à les lorgner en retour, l'avidité s'accumulant lentement dans mon cœur.
Si je parviens à terrasser ces deux-là, il pourrait même y avoir un niveau complet à la clé, sans parler de la biomasse ! Entre les deux monstres, je pourrais espérer cinq points ou plus ! De quoi potentiellement faire muter mes antennes, et peut-être une autre partie de mon corps par la même occasion.
Une fois que cette pensée a germé dans mon esprit, elle s'avère extrêmement difficile à chasser…
Reprends-toi, Anthony !
Ne laisse pas l'avidité te pousser à une action déraisonnable ! Si je tentais de me battre ici, il n'y a aucune chance que la colonie ne soit pas impliquée, et je ne veux pas que des ouvrières meurent inutilement à cause de mes actes.
Cela signifie-t-il que je dois laisser ces deux traqueurs s'en aller ?
Absolument pas ! Tu es fou ou quoi !
Adoptant une attitude décontractée — aussi décontractée qu'on puisse l'être quand on est une fourmi monstrueuse géante — je rejoins une file d'ouvrières qui s'enfonce dans la forêt.
Ces types ne s'arrêtent jamais, après tout. Même quand je pratique la magie ou que je fais une sieste, la main-d'œuvre est toujours en train de patrouiller et de se battre pour assurer la nourriture, et ce moment ne fait pas exception.
Une fois que j'ai suivi la piste assez loin pour que la végétation me dissimule, je passe immédiatement en mode requin et me faufile dans les sous-bois, faisant le tour jusqu'à arriver derrière la dernière position où j'avais vu les loups.
Effectivement, la paire est toujours là, à la lisière des arbres, faisant les cent pas tout en observant la fourmilière.
Vous voulez croquer la colonie, hein ?
Et si la colonie vous croquait en retour ?
Ricanant intérieurement, je regarde autour de moi jusqu'à trouver un arbre proche qui, je pense, m'offrira la vue dont j'ai besoin.
Trouvant un candidat idéal, je grimpe et j'observe. Oui, d'ici, j'ai une vue dégagée sur les deux loups-dragons. Pas seulement une vue dégagée, mais aussi une ligne de tir parfaite.
Si ces types veulent goûter à une fourmi, je vais d'abord leur laisser goûter aux produits de ma place commerciale !
PAN !