Chapitre 54
Je suis assez satisfait de cette démonstration de Force de Mana. Avec une décharge pareille, je pourrais infliger de sérieux dégâts ! Avec quelques niveaux de plus, je devrais être capable de réduire le temps de préparation nécessaire pour une telle attaque, au point de la rendre utilisable en plein combat.
Mon énergie mentale étant largement épuisée, je décide de faire une sieste de plus avant de replonger dans la vie productive de la colonie. Le style de vie recluse n'est pas pour moi, et aucune fourmi qui se respecte ne pourrait être heureuse en vivant ainsi.
Nous sommes des ouvrières ! Nous devons travailler, pour la gloire de la colonie ! Et pour monter en niveau afin que je puisse évoluer !
Peut-être que mes motivations ne sont pas aussi pures que celles de mes congénères, mais mes résultats seront bien meilleurs. Voyons comment une colonie de fourmis peut prospérer avec une intelligence humaine pour les aider.
Tiny commence à avoir l'air un peu mécontent. Son minuscule visage de chauve-souris est un peu triste sur les bords et il n'arrête pas de regarder autour de lui, devenant de plus en plus abattu à mesure que ses recherches restent vaines.
Tu as faim, petit gars ?
Encore un dodo et ensuite on part à la chasse, d'accord ?
Alors que je m'installe pour faire la sieste, Tiny me rejoint à contrecœur, se blottissant contre mon dos pendant que nous somnolons.
OK !
Belle énergie, petit gars, on a une grosse journée qui nous attend !
Le confort douillet de notre chambre nous entoure, l'agitation de la colonie restant largement hors de notre portée ici, nous pouvons nous reposer en paix. Les murs de terre meuble portent encore les marques de griffes ou de morsures laissées par les ouvrières lors du creusement de cette salle. Je ne suis toujours pas certain de la raison pour laquelle elle a été creusée, étant donné que les ouvrières viennent très rarement ici.
Ça ne me dérange pas plus que ça, puisque cela joue en ma faveur.
Clignant des yeux, somnolent, Tiny grimpe sur ma carapace et je file hors de la pièce, direction le tunnel. Les ouvrières courent frénétiquement dans tous les sens, comme toujours, et lorsque je passe devant la chambre de la couvée, je vois une large escouade d'ouvrières s'affairer autour des nouveaux œufs, veillant à ce qu'ils restent propres et à une température optimale à tout instant.
La colonie va avoir besoin d'une sacrée quantité de nourriture très bientôt pour élever cette génération massive, et j'ai bien l'intention d'y contribuer.
Plus la colonie deviendra grande et forte, plus je serai en sécurité dans ce monde.
Bien sûr, je m'assurerai d'obtenir ma juste part d'expérience et de Biomasse au passage.
Au boulot !
Avec Tiny agrippé à moi, je remonte le tunnel en trombe, bousculant fréquemment d'autres ouvrières sur mon passage. Je passe, les filles, accélérez la cadence, on n'est pas là pour faire du tourisme !
Plus je me rapproche de la fourmilière dans la forêt, plus je remarque un changement sur les parois du tunnel. Les filaments luisants dont je me souviens lors de mes passages dans les tunnels précédents commencent à apparaître, fins au début, mais de plus en plus épais et brillants à mesure que j'approche de l'espace ouvert devant moi.
Est-ce que ces lignes pulsantes… se propagent dans le tunnel ?
Je suis certain qu'elles n'étaient pas là il y a quelques jours à peine !
Je ne sais pas pourquoi, mais je trouve vaguement troublant de penser à ces étranges vignes de lumière ramifiées comme à une chose vivante et en pleine croissance.
Qu'est-ce que c'est ?
Je hausse mentalement les épaules. Je n'ai pas de réponse pour le moment et je ne vois pas comment j'en aurais une à l'avenir. Tout ce que je peux faire, c'est garder un œil sur la situation et voir si je peux en apprendre davantage au fil du temps.
Balayant mes inquiétudes, je me concentre à nouveau sur la mission du jour : assurer la nourriture pour la colonie.
Sortir du tunnel pour déboucher dans l'immense espace ouvert de la forêt fait du bien. Ça fait plaisir d'être dehors et de faire quelque chose à nouveau !
Nom d'un chien, qu'est-ce que c'est lumineux…
Bien plus brillant qu'avant…
Pas d'inquiétude, nous avons du pain sur la planche.
Je peux voir quelques ouvrières ici et là sur la colline, probablement en train de monter la garde, ou peut-être en attente d'un éclaireur revenant avec des nouvelles de nourriture. Tenez bon les filles, j'ai le sentiment que vous allez en entendre parler bientôt.
Plein de confiance, je dévale la colline et me glisse sous le couvert des arbres et des champignons imposants, la canopée multicolore me protégeant d'en haut.
Le sous-bois semble plus dense qu'il y a quelques jours, comme s'il se nourrissait de l'intensité croissante de la lumière dans la forêt.
En fait, alors que je me déplace entre les racines des arbres et les longues tiges blanches, je remarque que tout l'espace semble avoir pris vie, comme une forêt tropicale après une tempête. Les bruits des monstres m'entourent : grognements, rugissements et le fracas déchiquetant des combats.
L'endroit est devenu bondé de monstres.
Quand les monstres se croisent, il n'y a qu'une seule issue : le combat ! Actuellement, la zone autour de moi est remplie de tels affrontements, les forts dévorant les faibles, devenant encore plus puissants grâce à l'expérience et à la Biomasse récoltées en récompense.
Je ne sais pas pourquoi cette zone est devenue si peuplée tout d'un coup. Peut-être est-ce lié à l'intensité de la lumière dans la forêt ?
Quoi qu'il en soit, cette abondance de monstres fait mon affaire. S'il y a de l'expérience et de la Biomasse à gagner, la colonie et moi aurons notre part du gâteau !
Je grimpe à un arbre, espérant repérer une opportunité depuis les branches supérieures. Me hissant vers le sommet, j'observe à travers le feuillage la zone autour de moi, utilisant pleinement ma vue pour explorer les environs.
Je peux voir quelques tertres ou collines qui contiennent probablement des nids, mais ce n'est pas exactement ce que j'espérais voir.
Peut-être de ce côté… Aha !
Un arbre plus grand dépasse de la canopée, se dressant plus haut et plus fièrement que ceux qui l'entourent. Ses larges branches s'étendent sur un grand diamètre, offrant une quantité phénoménale d'espace et d'abri au sein de ses bras feuillus.
Même de cette distance, je peux apercevoir les petites silhouettes qui filent ici et là, haut dans l'arbre.
Je mémorise l'emplacement, puis je redescends de l'arbre pour retourner à la fourmilière. Il y a toujours des ouvrières en position défensive, courant ici et là en état d'alerte, prêtes à bondir sur toute menace perçue.
Bon travail les filles, continuez comme ça !
Après avoir réfléchi un instant à la manière de procéder, je commence à déposer une piste de phéromones pour la nourriture, en me dirigeant vers le grand arbre que j'avais repéré au loin.
Après m'être éloigné d'une centaine de mètres de la colline, je reviens et je renforce la piste. Puis je recommence.
Tracer la même piste plusieurs fois la rend plus pertinente et intéressante pour les ouvrières, augmentant la probabilité qu'elles choisissent de la suivre.
Effectivement, mes efforts sont récompensés : quelques ouvrières sortent du nid et, après avoir « reniflé » les environs avec leurs antennes, elles commencent à suivre mon chemin.
Bien joué, mes camarades de colonie, je vous promets que vous ne regretterez probablement pas ce choix.
Je me dépêche vers le grand arbre que j'avais vu, en pensant à continuer de marquer ma piste en chemin. Je devrais songer à dépenser de la Biomasse pour mes phéromones. Maintenant que je les utilise réellement pour influencer la main-d'œuvre, je réalise à quel point il serait utile de pouvoir envoyer des signaux meilleurs et plus forts, ce qui inciterait le reste des fourmis à réagir plus rapidement à mes actions.
Même maintenant, après avoir tracé la piste trois fois, je n'ai réussi à attirer que quelques ouvrières. Si j'avais amélioré cette compétence à +3 ou +4, j'aurais sûrement reçu une réponse beaucoup plus enthousiaste.
C'est si difficile de décider où dépenser sa Biomasse ici ! Toutes les options semblent si utiles !
Je me déplace rapidement pour arriver à destination bien avant celles qui me suivent, et il ne me faut pas longtemps avant que ce grand arbre ne se profile dans les bois autour de moi. Tout comme je l'avais vu depuis mon poste d'observation, ce spécimen impressionnant est entièrement occupé par un grand nombre de ces petits singes que j'avais vus auparavant : les chimpanzés étincelants.
Quand ils voient Tiny et moi arriver au pied de leur arbre, les chimpanzés commencent immédiatement à hurler comme des fous, pointant du doigt avec leurs petites mains et criant à pleins poumons, provoquant une cacophonie impressionnante.
De son côté, Tiny semble totalement indifférent à ses cousins primates dans l'arbre ; sa seule réponse est un grognement sourd au fond de la gorge tandis qu'il observe l'arbre avec des yeux plissés.
Vous savez vraiment bien jacter, petits singes, mais on va bientôt voir si vous savez aussi agir !