Chapitre 44
Les origines de la Légion des Profondeurs sont perdues dans les méandres de l'histoire. Ce qui en est connu semble relever davantage du mythe que de la réalité. Cela est dû en partie au manque de documents ayant survécu au grand Cataclysme, particulièrement ici, au sein de la Confédération de Tibérial.
Ce sur quoi tout le monde s'accorde, c'est qu'à un moment donné durant cet événement qui a ébranlé le monde, alors que des monstres venus des tréfonds du donjon erraient librement à la surface, semant la destruction partout sur leur passage, un groupe d'individus s'est rassemblé pour fonder la Légion des Profondeurs.
L'organisation s'est développée rapidement, recrutant parmi la population, et a su frapper efficacement les monstres en surface tout en menant des contre-attaques à l'intérieur du donjon. Personne ne peut expliquer pourquoi ils ont réussi là où d'autres forces humaines ont échoué.
À ce jour, quelque trois mille ans plus tard, la Légion subsiste en tant qu'organisation militaire indépendante qui surveille et explore régulièrement le donjon. Dans certains endroits, on leur confie encore un rôle de régulation, supervisant l'accès au donjon selon leur coutume stricte habituelle.
« Sur les origines des puissances post-Déchirure, Chapitre 4 : La Légion des Profondeurs » par Resselan le lettré.
La Tribune Aurillia fixait intensément les mercenaires captifs, pieds et poings liés, assis au sol devant elle. Deux légionnaires montaient la garde de chaque côté du groupe hétéroclite, les mains posées sur leurs lames, prêts à accomplir leur devoir à tout instant.
« Alors, vous essayez de me faire croire qu'un petit monstre cracheur d'acide vous a tendu une embuscade, détruisant votre bouclier pendant que vous pilliez le lac, puis vous a suivis jusqu'à votre camp pour voler plusieurs noyaux de monstres en creusant sous vos protections ? »
Nystina, la mage, hocha vigoureusement la tête.
« C'est exact, je n'ai même jamais réussi à apercevoir ce petit bâtard. »
Aurillia se massa les tempes. « Pour une raison qui m'échappe, je ne suis même pas surprise d'apprendre que des mercenaires se sont fait surpasser par un monstre. »
« Hé, allez vous faire voir ! » cria l'un des hommes les plus imposants du groupe. « Qui a déjà entendu parler d'un monstre aussi intelligent ici, dans la première étendue ? »
Il n'avait pas tort ; en général, les monstres de cette zone possédaient une astuce exceptionnellement faible. Il existait quelques évolutions donnant lieu à des ennemis grands et relativement dangereux, mais presque tous sacrifiaient d'autres statistiques pour permettre cette taille et cette force.
« La question n'est pas là. Vous auriez dû recevoir l'avis d'évacuation du donjon que nous avons envoyé il y a plusieurs jours. Pourquoi votre groupe opère-t-il encore dans l'Étendue forestière malgré les instructions de la Légion ? »
Le groupe commença immédiatement à s'agiter, évitant de croiser le regard de la Tribune autoritaire.
Aurillia les maudit intérieurement : « Vous êtes des enfants ou quoi ? »
« Euh, je crois que notre cristal de communication a mal fonctionné », finit par proposer la mage, « nous n'avons reçu aucun message. »
« Et quand vous avez remarqué que tous les autres groupes de chasse avaient quitté la zone, vous n'avez pas trouvé ça étrange ? Ou étiez-vous trop distraits par les profits que vous pouviez réaliser en ayant toute l'étendue pour vous seuls ? » lança Aurillia avec sarcasme.
Elle se tourna vers l'un des légionnaires en faction et fit un signe sec de la tête.
Le soldat s'avança immédiatement, se pencha et asséna un coup de poing violent au visage de la mage, avant de se tourner vers le plus grand des combattants pour lui donner un coup de pied direct dans la poitrine. L'homme tomba à la renverse, cherchant son souffle alors qu'il gisait dans la poussière.
« Vous ne pouvez pas nous traiter comme ça », protesta un autre combattant, « nous sommes des membres enregistrés de l'Union des Mercenaires. »
« Nonnn », traîna Aurillia, « vous êtes des ordures de mercenaires idiots qui ont été trop gourmands et qui vont en payer le prix. »
Elle se tourna vers un Centurion qui attendait ses instructions derrière elle. « Saisissez tout matériel provenant du donjon en leur possession et confisquez leurs licences. Les enfants qui ne savent pas respecter les règles n'ont pas le droit de jouer du tout. »
Après avoir rendu son jugement, elle fixa chacun des mercenaires à tour de rôle. « S'ils se plaignent trop, n'hésitez pas à leur offrir un peu plus de "l'hospitalité" de la Légion. »
Secouant la tête, la Tribune s'éloigna. Les mercenaires avaient été trouvés quelques heures plus tôt, alors qu'ils se repliaient vers leur camp après avoir farmé des noyaux au lac. Il n'était pas rare que les mercenaires locaux tentent de pousser l'autorité de la Légion à bout ; ces dernières années, la Légion s'était fait un point d'honneur à répliquer.
Bien sûr, dès qu'ils le faisaient, l'Union des Mercenaires criait au scandale auprès de la Reine, accusant la Légion d'abuser de son autorité. Encore un souci de plus pour le Commandant.
Elle trouva Titus en train de hurler sur les recrues, les dirigeant vers le terrain d'entraînement de fortune qu'ils avaient établi dans le camp. Les recrues épuisées commencèrent à se mettre par deux pour s'entraîner au combat, tandis que le Commandant les observait sévèrement, aboyant des instructions dès qu'il remarquait une erreur.
Aurillia le rejoignit et lui expliqua l'étrange témoignage qu'elle avait reçu des mercenaires.
« Ça ne te semble pas bizarre ? Pourquoi y aurait-il un membre aussi intelligent de cette espèce si haut dans le donjon ? Penses-tu qu'il puisse s'agir du même que celui que les recrues ont aperçu près de la surface ? »
Titus resta silencieux un moment, ruminant les faits à sa manière, lente et méthodique.
« Je pense que oui », dit-il finalement, « ça semble trop être une coïncidence pour qu'il y en ait deux. Si nous admettons qu'il s'agit du même, alors comment diable cette fourmi a-t-elle survécu à notre ratissage des tunnels pour arriver jusqu'ici, puis aux monstres une fois sur place ? Ce monstre a fait preuve d'une intelligence presque humaine. »
La Tribune hocha la tête en signe d'accord. « Pour une créature aussi peu évoluée, montrer un tel niveau d'Astuce est du jamais vu. Devrions-nous consulter Alberton à ce sujet ? »
Le Commandant grogna : « Il adorerait étudier un spécimen pareil, mais nous n'avons pas de temps à perdre. Nous devons nettoyer autant de l'Étendue que possible, puis localiser le nid de ces créatures. Si notre petite fourmi intelligente est arrivée jusqu'ici, il y a une chance que nous l'y trouvions et nous pourrons l'exterminer en même temps que les autres. »
Il fit une pause pour hurler d'autres critiques à ses recrues avant de poursuivre. « Nous avons déjà vu des monstres avec une intelligence proche de celle des humains. À en juger par le nombre de rejetons dans la zone, nous devrions supposer que ce vieux sac à vin de Garralosh a traîné dans le coin récemment. Assure-toi que les groupes de chasse soient en alerte ; il ne devrait pas être capable de montrer sa grosse tête aussi haut dans le donjon, mais certains de ses rejetons de plus haut niveau, eux, le pourraient. »
Garralosh et le Commandant s'étaient croisés à quelques reprises dans les profondeurs du sol ; la créature titanesque et antique était connue pour être le monstre le plus vieux et le plus puissant sous Liria. Les monstres aussi vieux et forts étaient incapables de monter aussi haut dans le donjon, car le mana y était trop ténu pour soutenir leurs noyaux incroyablement denses et puissants. De telles créatures étaient si vieilles et avaient évolué tant de fois qu'elles avaient effectivement reçu un nom du système lui-même.
La peau épaisse de la bête portait plusieurs cicatrices causées par la hache qui reposait sur l'épaule de Titus à cet instant. Le vieux croco était rusé, cependant, et extrêmement prudent, s'échappant des pièges qu'ils lui préparaient sans subir de dommages fatals.
« Quelque chose ne va pas », dit Titus, interrompant les pensées vagabondes de sa Tribune.
« Quelque chose ne va pas, Commandant ? »
Il se tourna et fit un signe de tête vers la forêt en contrebas. « Je ne crois pas avoir jamais vu la forêt aussi lumineuse. Les points d'apparition crachent des monstres presque aussi vite que nous les tuons, et la vague n'a toujours pas faibli. Ce n'est pas comme d'habitude. »
Aurillia acquiesça à contrecœur. « Il semble effectivement que l'intensité monte plus vite que d'ordinaire. Qu'est-ce que cela signifie, selon toi ? »
Titus secoua la tête. « Je ne sais pas. Je sais juste que ça ne me plaît pas. Cette vague va être énorme. Nous ferions mieux de nous préparer au pire. »