Chapitre 1 687
[Je suis sûr que tu vas réussir à trouver une solution,] grommelle Granin, visiblement irrité. [Tu peux t'inquiéter de ça plus tard ? Il y a des choses plus importantes–]
[Plus importantes ? Plus importantes ?! Qu'est-ce que tu racontes ? Il n'y a RIEN de plus important que l'heure des chatouilles !]
Le shaper golgari lève les yeux au ciel avant de soupirer bruyamment.
[Anthony, tu as dormi pendant six mois. Tu peux te taire au sujet des larves pendant cinq minutes pour qu'on puisse parler de ce qui s'est passé quand tu as évolué ?]
[Je ne peux pas m'empêcher de penser que tu minimises ma souffrance, Granin.]
[Tu m'as tripoté comme si j'étais un nourrisson il y a un instant. Tu me dois bien ça.]
[... Très bien. Tu as cinq minutes. Après ça, je veux me lancer dans une analyse approfondie de toutes les façons dont je peux être rendu plus petit/plus doux en utilisant des techniques de mana multidimensionnel. Je te le dis, ce sera une caractéristique majeure de la prochaine évolution. Assure-toi de ne pas oublier ! Les chatouilles aux larves, c'est ma raison de vivre, bon sang.]
[Oui, oui, d'accord. Maintenant tais-toi. Nous t'avons surveillé du mieux que nous avons pu tout au long du processus, et pour autant que nous puissions en juger, chaque trace de toxine a été absorbée par tes nouveaux organes. Comment te sens-tu ? Peux-tu détecter la moindre trace de contamination ?]
Corun et Torrina ont rejoint la conversation, et ils ont l'air tout aussi préoccupés, levant les yeux vers moi avec des visages inquiets. De tout, tout petits visages.
Concentration, Anthony. C'est une affaire sérieuse, enfin presque.
J'effectue une vérification interne complète, mais comme je le soupçonnais, il n'y a rien.
[Pas la moindre trace de corruption à l'horizon,] j'informe les trois shapers. [En fait, mes organes ne ressemblent en rien à ce à quoi je m'attendais. Ils sont tous du genre « pureté » par-ci et « purifié » par-là. Qu'est-ce qui s'est passé, bon sang ?]
[J'ai moi-même du mal à croire ce qui est arrivé. Juste après le début de l'évolution, les escargots sont apparus et ont extrait la corruption de ton corps.]
[Euh… quoi ?]
[Les chal. Ils ont chanté pour toi pendant une journée entière jusqu'à ce que la souillure de Theorazzn soit complètement éliminée.]
Je fixe Granin. Il me fixe en retour.
Nous restons ainsi un moment tandis que j'essaie de déterminer si ce tête-de-pierre est en train de se payer ma tête.
[Tu es en train de me dire… que des bébés escargots ont chanté pour extraire le poison d'un Ancien de mon corps ?]
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[En fait, non,] dit Granin, et je me détends. Il m'avait bien eu. [Ils ne l'ont pas extrait, ils l'ont purifié. Ce qui est bien plus difficile.]
[C'est insensé ! Tu as perdu la tête ? Torrina, c'est impossible que ce soit vrai, pas vrai ?]
Elle lève les mains dans un geste d'impuissance.
[Je suis désolée, Anthony, je l'ai vu de mes propres yeux,] dit-elle. [Je peux seulement dire que c'était un miracle.]
Des bébés escargots qui chantent pour moi pourraient m'avoir sauvé la vie ? Je… je ne sais vraiment pas comment réagir à ça.
[Ces escargots…] je songe, en frottant mes antennes l'une contre l'autre tout en réfléchissant. [Est-ce qu'ils ont l'air… chatouilleux ?]
Granin fronce les sourcils.
[Tu peux te concentrer ? C'est important. Nous devons passer en revue tous tes nouveaux organes et discuter des changements que nous avons effectués. Si tu sais ce que nous avons fait, tu auras beaucoup plus de facilité à t'adapter à ton nouveau corps.]
Il pointe ostensiblement l'énorme fissure dans le mur.
[Ahem. Eh bien, oui. Il pourrait y avoir quelques… problèmes de jeunesse. Tu peux peut-être m'expliquer pourquoi ça fait si bizarre quand je marche ? C'est comme si mes muscles étaient à des endroits différents, tirant dans de nouvelles directions.]
[Parce qu'ils le sont,] répond Granin sans détour.
[Oh.]
[Nous n'avons pas eu autant de temps que nous l'aurions souhaité, mais nous avons fait une étude approfondie de la physiologie des fourmis. Je sais que tu ne veux pas que j'entre dans tous les détails…]
[Je ne veux vraiment pas.]
[... alors je dirai simplement que la configuration par défaut avec laquelle tu es né n'est pas optimale. Les conceptions du Système changent avec le temps, et ces changements ne sont pas toujours pour le mieux. Nous avons travaillé dur pour trouver un agencement plus efficace pour la musculature d'une fourmi et nous l'avons mis en œuvre du mieux que nous avons pu avec le temps dont nous disposions. Ça paraîtra un peu étrange au début, mais ce sera mieux.]
[Mieux comment ?]
[Plus de force et de vitesse pour la même quantité de muscle. Pas une quantité absurde. Nous estimons environ sept pour cent.]
C'est… bien plus que ce que je pensais.
[Nous avons aussi beaucoup travaillé sur tes cerveaux. L'idéal aurait été de pouvoir tous les réinitialiser en un seul bloc, mais cela aurait coûté une fortune. En l'état, tu devrais remarquer une performance améliorée grâce aux mutations et aux ajustements que nous avons faits.]
Je n'ai pas encore eu beaucoup l'occasion de jouer avec le mana, je n'ai même pas encore lancé mes constructions mentales, mais j'ai hâte d'essayer maintenant. Si Granin dit qu'elles seront bien meilleures, alors je suis sûr qu'elles le seront.
Les portes s'ouvrent à la volée et une procession constante de fourmis commence à entrer, transportant des tas de Biomasse qu'elles déversent sur le sol devant moi. Soudain, je suis affamé.
[Ça vous dérange ?] je demande à la triade.
[Pas du tout,] répond Granin. [Contente-toi de répondre à mes questions pendant que tu manges.]
[Très bien.]
Ils m'interrogent sur mes nouveaux organes et je leur dis ce que je peux, en parcourant les messages du système pendant que je me gave de ce flux apparemment sans fin de nourriture. Encore plus choqués que moi, les golgari discutent entre eux de ce que tout cela va impliquer pendant que je grignote.
[Qu'en est-il de l'Appel ?] me demande soudain Granin. [Comment est-ce que tu le ressens ?]
Je me fige un instant. Bon sang, ça aurait été bien s'il ne me l'avait pas rappelé. C'est là. C'est toujours là.
[Ça fait un mal de chien,] je lui dis.
[Même ici sur la cinquième ?] demande-t-il, surpris.
[Ouais. Ce qui m'inquiète, parce que j'ai des affaires à régler sur la quatrième…]