Chapitre 152
Après cela, la foule fut rapidement calmée et je fus soulagé que la Reine ne lance pas secrètement les gens sur moi. Comme convenu, elle et moi restâmes proches l'un de l'autre alors que nous passions à la phase suivante du plan.
Avec une population apaisée, moins suicidaire et, par la même occasion, dirigée contre ses ennemis, la Reine souhaite désormais concentrer son attention sur ses forces les plus puissantes et les plus loyales. Celles qu'elle a « intelligemment » déployées dans le Donjon pour assister d'autres troupes, dans le but de paraître affaiblie et d'attirer ceux qui travaillaient à déstabiliser son règne vers une rébellion ouverte. Dommage pour elle qu'ils aient eu plus de soutiens qu'elle ne l'avait prévu ; avec les soldats qui lui restaient, elle a été sévèrement battue.
Elle avait même gardé sa garde dans l'ignorance, car ils auraient refusé de la laisser aussi vulnérable s'ils avaient été au courant. Même maintenant, ces pauvres bougres sont coincés au niveau supérieur du Donjon à poignarder des mille-pattes, tandis que la Reine qu'ils ont juré de défendre a été forcée de fuir la ville.
Honnêtement. Tous ces gens sont si stupides qu'il m'est pénible d'être près d'eux ! Garde ces précieux noyaux en tête, Anthony ! Tu sortiras d'ici riche et tu laisseras ces idiots se débrouiller tout seuls.
La façon dont les gens de Malgate réagissent à ma présence est pour le moins déconcertante. Alors que je passe, ils reculent prudemment, s'assurant de ne pas obstruer mon chemin, et beaucoup s'inclinent même respectueusement. Toutes ces démonstrations de soumission sont troublantes, Sombre Anthony ! Ignorez-moi, les gens ! Je suis honnêtement plus heureux en restant dans l'ombre !
Cela n'a pas d'importance, cependant. Avec ma taille, il devient difficile de se cacher. Je fais déjà la hauteur et la longueur d'un bureau, en gros. Si je continue à évoluer, vais-je finir par atteindre la taille d'une voiture ? D'un bus ?! Aïe. Quoi qu'il en soit, alors que je me déplace avec la Reine, les gens me trouvent facilement et continuent de me témoigner leur respect tout au long de la journée.
La Reine parle aux gens en tête-à-tête, en petits groupes, et s'adresse à de grandes foules. Partout où elle va, la réaction est favorable et ceux qui sont prêts à aller se battre se préparent rapidement, emballant des provisions, agrippant leurs lames rudimentaires et s'équipant d'armures de cuir usées qui appartenaient probablement à un parent ayant combattu dans une guerre il y a trois générations.
Même le prêtre est à fond là-dedans. Il passe la majeure partie de son temps à me suivre, vantant mon statut de messager sacré à pleins poumons. J'ai demandé à la Reine de me dire ce qu'il racontait, mais je l'ai forcée à s'arrêter au bout de deux phrases. C'est tellement embarrassant !
Tout ça pour l'argent !
Comment la Reine va-t-elle rejoindre ses soldats dans le Donjon sans entrer dans la ville et se mettre en danger ? Quelle tâche seule une armée dédiée d'experts en terrassement pourrait-elle accomplir ?! La réponse est TOUJOURS plus de tunnels !
De la terre meuble est entassée partout dans cette zone, car nous devions la déverser là où elle ne pouvait pas être vue depuis les murs. Les empreintes de fourmis sont partout, mais pas une seule ouvrière n'est en vue. Alors que la colonne arrive à l'ouverture du tunnel dans le sol, la Reine rassemble tout le monde et explique ce qui a été fait. Lorsqu'elle a terminé, les yeux respectueux de la foule s'illuminent d'une ferveur renouvelée alors qu'ils me regardent et, à l'unisson, ils s'inclinent ensemble.
En bas, Sombre Être ! Ce ne sont pas nos esclaves !
Un petit remerciement pour le dur labeur de l'excavation est apprécié, cependant. Créer le tunnel a pris beaucoup de temps, car les humains auraient besoin de pouvoir s'y déplacer assez confortablement, et ils sont beaucoup plus grands que les fourmis. Même Tiny peut se déplacer plus bas qu'eux, car il est presque conçu pour se pencher en avant lorsqu'il bouge, le poids sur ses articulations. C'est un moment rare où le singe s'étire réellement jusqu'à sa pleine taille, qui n'est pas négligeable.
Le tunnel est sacrément long et nous avons dû creuser assez profondément sous terre pour nous assurer qu'il ne s'effondrerait pas. Je ne sais pas quelle physique étrange régit les tunnels dans ce monde, mais ils parviennent certainement à tenir mieux que ce à quoi je m'attendais. Peut-être est-ce la compétence Excavation qui aide à éviter les zones susceptibles d'altérer l'intégrité structurelle, ou peut-être que ce monde est fondamentalement construit pour supporter des espaces souterrains ; le Donjon existe ici, après tout. Même l'étendue forestière dans laquelle nous nous trouvions défie ma compréhension de ce qui était possible sur Terre.
Finalement, nous arrivons au dernier tronçon du tunnel. Selon mon sens des tunnels, nous avons débouché juste à côté de la caverne avec le bassin que j'avais explorée peu après mon éclosion. Je me suis assuré que les ouvrières ne terminent pas le tunnel, car les soldats de l'autre côté les auraient sûrement tuées à vue. Je voulais creuser les derniers mètres moi-même, puis pousser la Reine en premier pour qu'elle puisse expliquer la situation.
Après avoir pelleté le reste de la terre, au moment précis où le dernier morceau s'effrite pour révéler une ouverture, je recule précipitamment et me place derrière la Reine, m'appuyant contre le côté gauche du tunnel en essayant de rester discret.
Le visage crispé par le dégoût, la Reine s'avance pour écarter le reste de la terre, élargissant l'ouverture jusqu'à ce qu'elle puisse se faufiler à travers. De l'autre côté, je peux entendre des cris et les paroles apaisantes de la Reine. Après un court instant, la Reine passe la tête par l'ouverture du tunnel et nous invite à avancer.
Je marque une pause et laisse les villageois qui nous accompagnaient passer en premier, me serrant sur un côté. Heureusement, le tunnel est un peu plus large ici et il y a de la place pour se faufiler. Une fois que la dernière personne a quitté notre petit tunnel de liaison, c'est enfin mon tour.
Hésitant, j'approche de l'ouverture avant de soudainement passer une patte. Après un moment, voyant que rien ne se passe, je retire la patte et pousse lentement ma tête à travers. Il faut un instant à mes yeux pour s'adapter à la lumière vive infusée de mana du Donjon. Alors que la lumière m'inonde, un sentiment réconfortant m'envahit. Peut-être suis-je légèrement fou, mais revenir au Donjon ressemble un peu à un retour à la maison, particulièrement dans cet endroit familier. Je suis né juste à côté d'ici, après tout.
Autour de l'ouverture, les villageois sont rassemblés et, alors que j'émerge parmi eux, mes six pattes prenant appui sur les parois fermes du Donjon, ils me font de la place, restant proches tout en me laissant de l'espace.
Au premier rang se trouve le prêtre, Beyn. Où que j'aille, ce type n'est jamais bien loin. Mon propre tourment humain en forme de gastre.
Au-delà des villageois se trouve une troupe de soldats à l'allure féroce et usée. Leur armure dorée et leurs lames fines me sont assez familières, tout comme ces mêmes armes qui ont été retournées contre ma colonie. Ce doivent être les gardes de la Reine.
La Reine est parmi eux maintenant, parlant doucement, et ils écoutent attentivement, la rage clairement visible sur leurs visages.
Elle doit leur expliquer exactement ce qui s'est passé pendant qu'ils étaient ici en bas. J'avance lentement, observant prudemment les soldats tandis que je me déplace. Ils ne semblent pas hostiles ; leur colère et leur frustration semblent être dirigées davantage vers la surface que vers moi. La plupart d'entre eux ne m'accordent même pas un regard.
Très bien… jusqu'ici, tout va bien.
Après avoir laissé à la Reine le temps d'informer ses troupes et de planifier l'offensive, elle marche vers moi et reprend notre communication.
[Mes gardes auront besoin d'un peu de temps pour digérer cette nouvelle et planifier la phase suivante. Je pense que nous devrions accorder aux villageois un temps de repos. Ils peuvent se rassembler de ce côté du bassin et manger. Dans cinq heures environ, nous serons prêts à avancer].
[Très bien. Je resterai de ce côté alors. Avertissez-moi quand vous serez prêts].
Dans le cadre de l'accord, je dois faire partie des forces qui assailliront la surface. Afin de sécuriser ma récompense, je devrai libérer le château de toute façon ; difficile d'atteindre le trésor sans d'abord expulser les rebelles. Comme la Reine avait été témoin de mes prouesses au combat personnellement, elle a insisté pour que je fasse partie de l'attaque. Elle voulait aussi que Tiny se joigne à nous, ce qui n'est pas surprenant après la démonstration qu'il a faite, mais j'ai catégoriquement refusé. J'étais prêt à m'y coller moi-même, mais il n'était pas question que Tiny vienne aussi. Il a d'autres choses que j'ai besoin qu'il fasse.
Retournant à l'entrée du tunnel, je m'installe et me prépare à me reposer, entouré de mes fidèles disciples.